00:01La révolution numérique a profondément démocratisé l'accès à l'information et à la parole publique.
00:07C'est une avancée qu'il faut préserver, mais au Gabon, une confusion grandissante mérite désormais d'être interrogée,
00:14celle qui consiste à assimiler audience numérique, création de contenu et exercice professionnel du journalisme.
00:20Aujourd'hui, il suffit parfois de créer une page sur les réseaux sociaux, de la sponsoriser, d'acquérir plusieurs milliers
00:26d'abonnés,
00:26de se munir d'un téléphone, d'une caméra et d'un microphone pour se présenter comme média et exercer.
00:33De fait, une activité concurrente de celle d'entreprises de presse soumises à des obligations professionnelles, administratives, fiscales et sociales.
00:43La liberté d'informer doit rester entière. La qualité de média professionnel, elle, ne devrait pas devenir une simple autodésignation.
00:52Personne ne devrait avoir besoin d'être journaliste pour commenter l'actualité.
00:55Enquêter sur un sujet, filmer un événement ou s'exprimer publiquement, c'est précisément ce que permettent la liberté d
01:01'expression et les nouveaux outils numériques.
01:04Mais diffuser de l'information comme activité régulière, démarcher des annonceurs, facturer les prestations,
01:10interviewer les responsables publics et se présenter comme organes de presse pose une autre question,
01:15celle des règles applicables à ceux qui exercent professionnellement dans ce secteur.
01:20Les entreprises de presse constituées supportent des charges et des responsabilités bien réelles.
01:25Elles emploient des salariés, déclarent leurs activités, paient des impôts et doivent satisfaire aux obligations sociales auprès des organismes compétents,
01:32notamment la CNSS et la CNAMGS.
01:36Elles évoluent également dans un environnement réglementé par les textes applicables au secteur de la communication
01:41et sous le regard de la haute autorité de la communication.
01:45À côté de ces structures peuvent pourtant prospérer les pages ou plateformes qui produisent quotidiennement de l'actualité
01:50et commercialisent leur audience sans nécessairement supporter les mêmes contraintes.
01:55C'est là que naît une véritable distorsion.
01:57Comment demander à une entreprise de presse de supporter le coût de la professionnalisation,
02:01des journalistes, des cotisations sociales, de la fiscalité et du fonctionnement d'une rédaction
02:07tout en la mettant en concurrence avec une structure dont l'existence professionnelle se résumerait à une page et à
02:13son nombre d'abonnés.
02:15Le journalisme n'est pas défini par l'outil utilisé.
02:18Posséder une caméra ne fait pas davantage un journaliste que posséder un stéthoscope ne fait un médecin.
02:24Le métier repose sur des méthodes, rechercher l'information, identifier ses sources, vérifier les faits, recouper les versions,
02:32contextualiser, respecter le contradictoire, distinguer informations et opinions
02:35et assumer juridiquement et déontologiquement ce qui est publié.
02:40Cette distinction est essentielle parce que l'audience ne constitue pas une certification professionnelle.
02:44Une publication peut réunir des centaines de milliers de vues et rester fausse.
02:49A l'inverse, une enquête rigoureuse peut toucher une audience beaucoup plus réduite
02:53tout en présentant un intérêt public considérable.
02:56Faire dépendre la reconnaissance médiatique du seul nombre d'abonnés reviendrait donc
03:00à laisser des algorithmes décider, indirectement, de ceux qui constituent un média.
03:04Il ne faudrait cependant pas répondre à cette dérégulation par une restriction de la liberté d'expression.
03:10Les blogueurs, créateurs de contenu, citoyens et lanceurs d'alerte participent eux aussi au débat public.
03:16Ils doivent pouvoir continuer à s'exprimer.
03:18L'enjeu est plutôt de savoir à partir de quel moment une activité revendiquée comme médiatique
03:23et exercée professionnellement doit satisfaire à des critères objectifs de reconnaissance.
03:27C'est sur cette frontière que le ministère chargé de la communication
03:30et la Haute Autorité de la Communication devraient engager une réflexion avec les organisations professionnelles.
03:36Statut juridique de l'entreprise éditrice, existence d'une direction de publication identifiable,
03:41présence de professionnels reconnus dans la rédaction, responsabilité éditoriale,
03:45situation fiscale et sociale régulière, transparence sur les contenus commerciaux,
03:49autant de critères qui pourraient permettre de distinguer clairement le média professionnel
03:54du simple compte d'information sans confisquer à quiconque son droit de s'exprimer.
03:59La vitalité d'une démocratie se mesure notamment à celle de sa presse.
04:02Encore faut-il qu'existe une presse suffisamment professionnelle, indépendante et économiquement viable
04:07pour enquêter, contredire le pouvoir, documenter les politiques publiques
04:11et rendre compte des préoccupations des citoyens.
04:14Laissez s'installer une confusion permanente entre journalisme, influence, communication
04:18et publication sur les réseaux sociaux, fragilise progressivement cette fonction démocratique.
04:24Le Gabon doit donc réussir un équilibre délicat.
04:27Ne jamais transformer la régulation en instrument de sélection politique des médias,
04:30mais ne pas davantage laisser le secteur de l'information devenir un espace
04:35où le simple fait de posséder une page, un micro et des abonnés suffira à s'attribuer à la qualité
04:40du journaliste.
04:41La liberté de parole appartient à tous.
04:43Le journalisme professionnel implique, lui, des compétences, des responsabilités et des obligations.
04:50Le débat dépasse finalement la protection corporatiste des journalistes installés.
04:54Il concerne la qualité de l'information offerte aux Gabonais
04:57et l'équité économique entre ceux qui interviennent sur un même marché.
05:01Dès lors qu'une plateforme se présente comme média, produit régulièrement de l'information
05:05et tire des revenus commerciaux de cette activité,
05:08il paraît légitime qu'elle soit soumise aux exigences correspondant réellement à son statut et à son activité.
05:15Le gouvernement, le ministère chargé de la communication, la haute autorité de la communication
05:19et les professionnels du secteur ont donc intérêt à clarifier rapidement les frontières entre médias,
05:25créateurs de contenus, influenceurs et simples pages d'informations.
05:30Non pour décider qui a le droit de parler, mais pour déterminer qui peut professionnellement se prévaloir du titre de
05:36média
05:36et assumer les droits comme les devoirs qui l'accompagnent.
05:40Car une démocratie forte a besoin d'une presse vivante,
05:43mais une presse vivante ne peut durablement se construire dans la confusion des statuts,
05:47l'inégalité des obligations et la déduction du métier de journaliste.
05:51Sous-titrage Société Radio-Canada
06:12Sous-titrage Société Radio-Canada
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