00:08Et à présent, la preuve par trois. C'est un dossier d'actualité, disons, en trois temps, sous trois angles.
00:13Et ce soir, on parle de la loi sur la transparence salariale.
00:15C'est en fait un projet de loi qui transpose en France une directive européenne adoptée il y a trois
00:20ans maintenant
00:21pour améliorer la transparence sur les salaires et l'égalité entre les femmes et les hommes.
00:25Donc ce projet de loi, il était ce matin au Conseil des ministres.
00:27Ensuite, ce sera l'examen au Parlement.
00:30Donc forcément sans garantie d'aboutir d'ici à la fin de la législature.
00:34En tout cas, si c'est le cas, ça va fonctionner ainsi puisque certaines entreprises l'ont déjà mis en
00:38place,
00:38comme chez Swan, une entreprise de la tech de 300 salariés.
00:41On a un tableau. Il y a la possibilité d'ailleurs très simplement de filtrer sur sa propre tranche
00:46et derrière se positionner par rapport aux autres niveaux.
00:49Ça désamorce la peur qu'on peut avoir de parler d'argent.
00:52C'est vrai que souvent, on a tendance à se déprécier.
00:54Un peu le syndrome de l'imposteur, ça permet de se dire je ne me suis pas sous-estimé, je
00:58ne me suis pas sous-vendu.
00:59Alors concrètement, Pierre Herbulot, bonsoir.
01:02Bonsoir.
01:02Voyons ce que prévoit ce texte.
01:04Alors, il donne un nouveau droit aux salariés, celui de demander les niveaux de rémunération moyens
01:08des autres employés qui font le même poste que lui.
01:11Pas donc le salaire de son voisin ou de son supérieur.
01:14J'ai bien dit la moyenne des salaires des postes équivalents aux siens.
01:18Et encore, il y a une condition majeure.
01:20Il faut qu'il y ait suffisamment de monde au même poste pour que le salarié ne puisse pas connaître
01:24ou deviner la rémunération de ses collègues.
01:27Exemple, deux caissiers dans un supermarché, c'est non.
01:30La moyenne donnerait forcément le salaire du voisin.
01:32Il en faut au moins dix.
01:34Rien que ça.
01:35En tout cas, c'est ce que dit la première version du texte.
01:37Il pourra évidemment évoluer lors des débats au Parlement dans les prochains mois.
01:40Pour l'instant, ce sont les entreprises de plus de 50 salariés qui sont concernées.
01:44Mais ça peut évoluer, tout comme la date d'application qu'on ne connaît pas encore de ce texte de
01:48loi.
01:49Alors, maintenant, on veut savoir si c'est contraignant.
01:50Ce qui se passe en cas d'écart de rémunération manifeste et injustifié.
01:55Alors, au-delà de 5% d'écart entre des femmes et des hommes,
01:58les entreprises devront corriger le tir, éventuellement en passant par les syndicats.
02:03Aucune sanction n'est prévue pour punir ces écarts.
02:05En revanche, la non-publication des éléments d'information peut être sanctionnée.
02:10Jusqu'à 1% de la masse salariale et même 2% en cas de récidive.
02:13Dernier point, Pierre. La loi apporte des changements au moment de l'embauche.
02:17Oui. D'abord, une entreprise qui recrute devra obligatoirement communiquer
02:21une fourchette de salaire sur ses offres d'emploi en ligne.
02:24Ou le dire oralement avant ou pendant le premier entretien.
02:27Autre nouveauté, l'employeur n'aura plus le droit de demander à un candidat
02:31des informations sur sa rémunération actuelle ou antérieure.
02:33Merci Pierre Bulot du service Économie d'RTL.
02:36On a compris le contenu du texte.
02:38La question, c'est maintenant de savoir s'il sera en mesure de gommer les inégalités salariales,
02:42et notamment entre les femmes et les hommes, des inégalités qui perdurent,
02:47même si elles ont quand même baissé ces dernières années.
02:49Bonsoir Julie Ferrua.
02:52Bonsoir.
02:52Vous êtes co-déléguée du syndicat Solidaire.
02:54C'est un syndicat qui est proche de Sud, pour que nos auditeurs comprennent.
02:59On va dire plutôt sur une ligne anticapitaliste.
03:02Est-ce que cette réforme telle qu'elle est écrite dans ce projet de loi vous convient ?
03:06Alors, nous on est assez déçus du projet qui a été fait,
03:11parce qu'on trouvait que la directive européenne sur la transparence salariale
03:13était une réelle avancée pour justement gommer les écarts de salaire
03:18entre les femmes et les hommes.
03:19Et en fait, on s'aperçoit que la transposition qui en a été faite
03:23dans ce projet de loi est largement en dessous de ce qu'on était en droit d'exiger.
03:30Sur quel point, par exemple, ça s'est édulcoré, adouci ?
03:34Sur quel point ?
03:37Par exemple, s'il n'y a pas d'accord sur la comparaison des métiers
03:41au sein d'une même entreprise, entre les syndicats et l'employeur,
03:47ça sera l'employeur qui prendra la décision à la fin.
03:49Je vais prendre un titre d'exemple, peut-être que ça va être plus parlant
03:52quand on parle des métiers et des valeurs des métiers.
03:54Et aujourd'hui, une sage-femme dans le milieu hospitalier
04:00et un ingénieur informaticien dans le milieu hospitalier,
04:03tous les deux sont Bac plus 5,
04:06il y a environ 400 euros d'écart entre ces deux métiers.
04:09Alors qu'on dit que nous, la valeur,
04:12ce même diplôme de Bac plus 5, en fait, il n'est pas reconnu de la même valeur.
04:15Et ça, pour nous, c'est assez scandaleux.
04:17Et cette directive européenne pouvait permettre cela.
04:20Or, la retranscription dans le droit français,
04:24tel que le projet est écrit aujourd'hui,
04:26ne permet pas de comparer des métiers différents.
04:29Nous, on voulait justement cette comparaison
04:31au niveau du diplôme, des niveaux d'études,
04:37de la pénibilité des métiers,
04:38de reconnaître la charge mentale de certains métiers
04:42qui sont plus féminisés,
04:44je pense notamment aux infirmières, aux aides-soignantes.
04:47Mais est-ce que c'est vraiment l'objet de ce texte ?
04:53C'était l'objet, c'était le fond de la directive, en fait.
04:56Là, aujourd'hui, on s'éloigne vraiment de ce qui a été porté
04:59dans le projet européen,
05:01qui s'est inspiré, ce projet européen,
05:02il ne sort pas de nulle part,
05:04il s'est inspiré de ce qui s'est fait au Canada
05:07quand les orthophonistes se sont aperçus
05:09qu'elles gagnaient moins que des soigneurs animaliers.
05:13Donc là, ils se sont dit, ce n'est pas normal, il y a un problème.
05:15Du coup, cette directive européenne,
05:16elle s'est inspirée de ça pour comparer ces métiers
05:19et réduire les écarts de salaire entre les femmes et les hommes.
05:21Mais il y a des pays en Europe, par exemple,
05:23qui l'appliquent mieux ?
05:25Il y a des pays en Europe qui l'appliquent mieux
05:27et où, par exemple, il y a des amendes forfaitaires
05:30qui sont mises en place
05:32en cas de non-respect de la réduction des écarts de salaire.
05:37En Norvège, ça peut monter jusqu'à 80 000 euros.
05:40Ça tombe très bien, ça tombe très bien,
05:43Julie Ferrua.
05:43En tout cas, je vous remercie.
05:44Je rappelle que vous êtes co-déléguée du syndicat solidaire.
05:47Vous parlez de la Norvège.
05:48Eh bien, on y va dans ce pays,
05:51alors qu'il n'est pas dans l'Union européenne,
05:53on le précise,
05:54mais qu'il pratique la transparence salariale sans aucune limite.
05:57Bonsoir, Vybe Korknoup.
05:59Bonsoir.
06:00Journaliste norvégienne basée à Paris,
06:02correspondante pour Aftenposten,
06:04notamment le premier quotidien norvégien,
06:05et puis les auditeurs d'RTL le savent bien,
06:08vous êtes régulièrement le vendredi soir avec nous,
06:10donc ils refont la France.
06:12Quand je dis transparence salariale sans aucune limite en Norvège,
06:16c'est vraiment ça ?
06:17Presque.
06:20Ça veut dire qu'on peut consulter, en fait,
06:23les listes du fisc qui sont publiées tous les ans.
06:28La seule condition, c'est de s'inscrire et d'avoir plus de 16 ans.
06:31Et il ne faut pas consulter plus de 500 personnes par mois.
06:37Mais ça veut dire que vous pouvez connaître le salaire de n'importe qui ?
06:41Oui, des collègues, des voisins, des hommes politiques, des femmes politiques.
06:48La seule chose, c'est que la transparence est à double sens.
06:51C'est-à-dire que les personnes consultées,
06:54sur lesquelles on regarde combien ils gagnent,
06:57ils voient aussi qui a cherché leur revenu.
07:02Oui, c'est ça.
07:03Donc, on laisse une trace.
07:04Quand on consulte, on laisse une trace.
07:06Mais justement, pourquoi les gens se servent de cette possibilité ?
07:09Et est-ce que c'est, on en parlait évidemment au sein de l'entreprise,
07:12est-ce que c'est utilisé pour savoir si on est mieux ou moins bien payé
07:16que son voisin de bureau ?
07:17Bien sûr que c'est utilisé pour ça.
07:20Et c'est aussi utilisé pour avoir une certaine vigilance.
07:25Par exemple, je prends un exemple extrême, bien sûr,
07:29mais un peu à descente.
07:31Si vous descendez dans le garage et que vous vous apercevez
07:35que votre voisin, tout d'un coup, a deux Ferraris qui sont garés là,
07:41alors qu'il déclare pas beaucoup de revenus,
07:44ça devient suspect.
07:47Et on le signale.
07:48Donc là, effectivement, on dénonce aussi.
07:51Mais est-ce que ça a des effets en matière d'égalité salariale
07:55entre les hommes et les femmes ?
07:56Ou est-ce que déjà, de toute façon, sur cette question-là
08:01de l'égalité salariale entre les genres,
08:03vous êtes en Norvège à 50-50 ?
08:06Je ne suis pas sûre qu'on soit à 50-50,
08:09mais je pense que les écarts sont moins grands chez nous
08:13qu'en France, par exemple.
08:15Mais bien sûr, ce système, cette transparence,
08:21sert aussi à ça.
08:23C'est-à-dire que, vous preniez des exemples précis précédemment,
08:28on peut effectivement chercher à savoir
08:31si les hommes d'une entreprise,
08:34avec la même qualification, les mêmes diplômes,
08:37gagnent plus que les femmes.
08:39Merci beaucoup de cet éclairage venu de Norvège.
08:43Vibke Knoop, que vous retrouverez évidemment bientôt
08:46un vendredi soir.
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