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  • il y a 7 semaines
«Entendre ses mots dans la bouche du président, ça donne une espèce de vertige», confie Astrid Roucher

Tous les jours, actualité, débats et bonne humeur rythment L'Heure des pros. Ce jeudi, Pascal Praud reçoit Astrid Roucher à l'occasion de la sortie de son livre "La Plume et le prince".

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Transcription
00:00Pascal Proulx.
00:01Astrid Rouchet est avec nous, La Plumée et le Prince.
00:03C'est effectivement un roman à clé, un récit à clé dans un monde imaginaire,
00:09mais vous avez été au contact d'Emmanuel Macron et vous étiez,
00:12vous nous avez raconté votre parcours et comment vous avez écrit pour lui
00:15et puis pourquoi vous nous direz que ça s'est arrêté.
00:20Mais vous avez une question à poser.
00:21Oui, j'ai lu ce matin l'interview que vous avez donnée à Eugénie Bastier dans Le Figaro,
00:25tout à fait intéressante, mais vous dites ceci,
00:28« J'ai eu la chance d'écrire pour de grands moments de l'histoire de France ».
00:31Est-ce que vous pourriez quand même éclairer ma l'antenne ?
00:33Parce que les grands moments de l'histoire de France avec Emmanuel Macron,
00:37je ne les vois pas tellement.
00:38Ah, je pense qu'il y a un quiproquo.
00:40Je parlais des commémorations, c'est-à-dire que tous les moments de l'histoire de France,
00:43ce que j'ai pu commémorer, c'était les 75 ans, les 80 ans,
00:47de moments nombreux et très riches, du débarquement, de la libération de Paris,
00:51du plateau des Glières, beaucoup de pages de la Résistance.
00:54Et c'est en ça que je me suis imprégnée et j'ai beaucoup lu sur l'histoire de France.
00:58Mais finalement, ça en dit beaucoup.
01:01Vous, qui avez travaillé avec Emmanuel Macron, j'ai envie de dire, vous savez.
01:05Nous, on ne sait pas.
01:06Vous, vous savez qui il est, comment il est, vous avez travaillé avec lui.
01:09Et la manière dont il garde vos textes et les mots que vous avez écrits ont dit beaucoup sur lui.
01:16C'est-à-dire que quand vous lui soumettez un texte, à l'arrivée, combien reste-t-il de votre
01:23texte ?
01:25Alors, c'est difficile à quantifier.
01:27Ça dépend beaucoup des circonstances.
01:29C'est-à-dire que quand c'est des discours en petit format où il y a peu d'enjeux,
01:33il va assez peu reprendre.
01:34Mais pour les grands discours, avec un auditoire très vaste,
01:39il va beaucoup plus les retravailler.
01:40Il peut y avoir un dialogue aussi, par exemple.
01:43Donc en fait, alors il faut se représenter.
01:46Peut-être le processus, pour replacer un peu, le processus d'écriture d'un discours.
01:49La base de mon travail, c'était un agenda qui était flouctiant, qui était mobile.
01:53C'est pour ça que je parle de tapisserie de Pénélope,
01:56puisque le vent politique tournant, les humeurs internes des Français,
02:00et l'actualité dictant un tempo qui n'était pas forcément celui qu'on avait anticipé.
02:05Cet agenda a changé énormément.
02:06Il m'est arrivé de nombreuses reprises de préparer des discours d'annonce qui n'ont pas été faits,
02:12ou pour des discours qui finalement ont été dits six mois plus tard.
02:15Il m'est arrivé de préparer un discours qui finalement n'a pas été dit par Emmanuel Macron,
02:19mais par un de ses ministres, qui l'a repris d'ailleurs.
02:22Vous voyez, le recyclage, c'est même au sein du gouvernement.
02:27Donc, sur la base de cet agenda, je voyais qu'il y avait, par exemple, un mois plus tard,
02:31un déplacement dans tel pays.
02:32Et à ce moment-là, je vais organiser une rapide concertation
02:37avec les différents conseillers qu'on appelle les conseillers au fond,
02:39la plume étant considérée comme un conseiller à la forme,
02:41même si ce travail de synthèse est aussi un travail d'idée.
02:44C'est qui les conseillers au fond ?
02:46Ce sont tous les conseillers qui ont un portefeuille thématique.
02:48Le conseiller industrie, la conseillère G7, la conseillère TPE,
02:53le conseiller mémoire, que vous connaissez bien.
02:56Par exemple, Bruno Roger Petit, il est conseillé au fond.
02:59Il est mémoire.
02:59Oui.
03:00Il n'écrit pas du tout.
03:01Je pensais qu'il écrivait de temps en temps, Bruno Roger Petit.
03:03Il donne des éléments, il donne des éléments d'ambiance.
03:05Il retravaillait parfois nos discours.
03:07Il avait des idées de formules pour les discours historiques.
03:10Et donc, ces conseillers vont me proposer soit des idées, soit des indications,
03:14soit parfois des éléments de langage, les fameuses EDL.
03:18Ah oui, ça vous en parlez, la neuf langue.
03:21Qui sont souvent nourrées par les ministères.
03:23Et sur la trame de ces éléments de langage,
03:25je vais faire monter la mayonnaise et essayer de proposer un discours.
03:28Il y a une navette rapide entre les conseillers.
03:30Je leur envoie, ils me renvoient, ils me disent s'il y a des idées factuelles.
03:33Souvent, ils rallongeaient, je raccourcissais.
03:35Ils rallongeaient, je raccourcissais.
03:37Quand j'étais arrivée à quelque chose qui me paraissait indissible
03:40et à un point de maturité suffisant,
03:42j'envoie au président, c'est-à-dire que j'envoie à son secrétariat particulier,
03:46qui l'imprime et lui soumet.
03:48Lui, il retravaille.
03:50Soit il raie des mots, il propose des formules,
03:52soit il dit, voilà, trop court, l'angle n'est pas le bon.
03:54Revoir ça, telle proposition.
03:56Et les corrections sont toujours bonnes ou vous n'êtes pas d'accord ?
03:58Est-ce que vous avez un regard sur les corrections
04:00ou est-ce que vous appliquez ?
04:02Alors quand c'est des formules précises,
04:04il me raie, il me met dire ça, j'exécute.
04:07Parfois, c'est des corrections un peu plus larges.
04:09En me disant, creusez telle idée,
04:12avez-vous mentionné telle chose ?
04:13Contactez tel historien qui saura vous aider.
04:15Vérifiez avec telle famille de victimes
04:17qui a une opinion intéressante sur le sujet.
04:20Et voilà, donc j'avais encore cette phase 2.
04:23Je lui renvoie.
04:24Et les navettes peuvent parfois être multiples.
04:26Je me souviens du discours dans le Trame de Paris
04:28où j'ai eu la lecture assez tard du président.
04:31Et toute la journée du samedi avant le discours,
04:33j'ai passé la journée, derrière mon ordinateur,
04:36à recevoir, renvoyer, recevoir, renvoyer
04:39des ajustements à ce discours qui lui tenait à cœur.
04:40Mais c'est lui dans ces cas-là ?
04:42C'est lui qui le fait ?
04:43C'est lui qui vous envoie les réajustements ?
04:45Oui.
04:46En direct ?
04:47En direct, c'est-à-dire que l'escrit.
04:49Il a ce fameux feutre bleu mapette.
04:51Donc si vous voulez, le stylo du président,
04:52ce n'est pas du tout un mont blanc de risseur tranche,
04:54c'est vraiment le feutre bleu des colliers
04:56qui a l'avantage de trancher sur le document.
05:00Sa secrétaire, le Roscan, me le renvoie.
05:02Je réintègre les corrections sur le document,
05:04je le renvoie.
05:04Voilà, il y a ce jeu de...
05:05La journée type, vous arrivez à quelle heure le matin ?
05:08En général, les réunions et les rendus
05:10commencent à arriver à 9h, ce qui est plutôt tard.
05:12Mais il faut comprendre que nous,
05:13on est en bout de course dans la chaîne de l'État.
05:15Des informations qui viennent du terrain,
05:18qui remontent par le préfet ou par la région,
05:19par le ministère et qui nous arrivent.
05:21Donc les journées commencent plutôt tard
05:23par rapport à d'autres institutions
05:24comme les préfets ou les élus locaux.
05:27En revanche, c'est assez dense.
05:30Moi, j'essayais toujours d'avoir une pause déjeuner
05:31avec des gens de l'extérieur,
05:33justement pour garder cette fraîcheur d'esprit
05:35qui est nécessaire,
05:36et avoir des gens qui n'étaient pas du tout politiques
05:37et qui pouvaient m'apporter une vision de terrain,
05:40des directeurs de l'association, des professeurs.
05:42C'est ma pause.
05:43Et ensuite, les journées finissaient tard,
05:46vers 20h, 21h.
05:48Et...
05:48Et vous le voyez, le Président ?
05:4922h, 23h.
05:50Vous le voyez ?
05:50Parce qu'il faut un contact, j'imagine, personnel.
05:52Quand même, il y a une intimité.
05:54Vous dites que vous n'êtes que deux à écrire...
05:56Donc, j'imagine, il y a quelque chose entre vous et lui
06:00qui existe de l'ordre de l'estime,
06:03forcément réciproque.
06:04Alors, c'est très paradoxal,
06:06puisque, effectivement, les mots, c'est très intime.
06:08La première fois que j'ai vu une formule
06:10que j'avais pensée la veille
06:12dans la bouche du Président,
06:13je me souviens, je le regardais...
06:15C'était à Strasbourg, donc je n'étais pas là.
06:16Et je regardais cette phrase
06:18qui était passée de mon papier,
06:19que je connaissais,
06:20que j'avais griffonné sur un bloc-notes
06:21au cas de couleur,
06:22et que je voyais dans sa bouche.
06:23J'ai une espèce d'effet de vertige total.
06:25C'était pour l'inauguration d'un théâtre,
06:27je me souviens.
06:28Et donc, en cela,
06:29il y a quelque chose de très proche.
06:31Mais en réalité, la relation,
06:32c'est une relation professionnelle,
06:33c'est une relation de travail,
06:34qui est une relation dématérialisée
06:36par le prisme de ces échanges de papiers.
06:40C'est une relation qui est fonctionnelle.
06:43Oui, mais ça n'empêche pas les sentiments.
06:45Alors, dans mon cas...
06:46L'estime, c'est un sentiment.
06:47Alors, il faut un minimum...
06:48Ou d'admiration, même.
06:49Je pense qu'il avait pour ses plumes
06:51une confiance,
06:52c'est-à-dire qu'il savait
06:53que si on lui avançait un chiffre,
06:55il savait que c'était un chiffre
06:56que j'avais vérifié
06:56auprès de trois historiens et cinq livres.
06:58Je vous assure que
06:59quand j'ai dû faire des additions
07:00de parachutistes
07:01pour la commémoration du débarquement
07:02du 6 juin 1944,
07:03je les ai refaits cinq fois,
07:04j'ai demandé à trois historiens,
07:06il savait que, voilà,
07:07s'il me disait,
07:07mais je crois que c'est 50 000,
07:09voilà, s'il lui disait non,
07:09c'est 60 000,
07:10j'étais sûre de mon fait,
07:12et lui, donc, fait confiance,
07:13mais pas seulement à ses plumes,
07:14à tout le processus de conseil
07:16qui a précédé.

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