00:00Pascal Proulx.
00:01Astrid Rouchet est avec nous, La Plumée et le Prince.
00:03C'est effectivement un roman à clé, un récit à clé dans un monde imaginaire,
00:09mais vous avez été au contact d'Emmanuel Macron et vous étiez,
00:12vous nous avez raconté votre parcours et comment vous avez écrit pour lui
00:15et puis pourquoi vous nous direz que ça s'est arrêté.
00:20Mais vous avez une question à poser.
00:21Oui, j'ai lu ce matin l'interview que vous avez donnée à Eugénie Bastier dans Le Figaro,
00:25tout à fait intéressante, mais vous dites ceci,
00:28« J'ai eu la chance d'écrire pour de grands moments de l'histoire de France ».
00:31Est-ce que vous pourriez quand même éclairer ma l'antenne ?
00:33Parce que les grands moments de l'histoire de France avec Emmanuel Macron,
00:37je ne les vois pas tellement.
00:38Ah, je pense qu'il y a un quiproquo.
00:40Je parlais des commémorations, c'est-à-dire que tous les moments de l'histoire de France,
00:43ce que j'ai pu commémorer, c'était les 75 ans, les 80 ans,
00:47de moments nombreux et très riches, du débarquement, de la libération de Paris,
00:51du plateau des Glières, beaucoup de pages de la Résistance.
00:54Et c'est en ça que je me suis imprégnée et j'ai beaucoup lu sur l'histoire de France.
00:58Mais finalement, ça en dit beaucoup.
01:01Vous, qui avez travaillé avec Emmanuel Macron, j'ai envie de dire, vous savez.
01:05Nous, on ne sait pas.
01:06Vous, vous savez qui il est, comment il est, vous avez travaillé avec lui.
01:09Et la manière dont il garde vos textes et les mots que vous avez écrits ont dit beaucoup sur lui.
01:16C'est-à-dire que quand vous lui soumettez un texte, à l'arrivée, combien reste-t-il de votre
01:23texte ?
01:25Alors, c'est difficile à quantifier.
01:27Ça dépend beaucoup des circonstances.
01:29C'est-à-dire que quand c'est des discours en petit format où il y a peu d'enjeux,
01:33il va assez peu reprendre.
01:34Mais pour les grands discours, avec un auditoire très vaste,
01:39il va beaucoup plus les retravailler.
01:40Il peut y avoir un dialogue aussi, par exemple.
01:43Donc en fait, alors il faut se représenter.
01:46Peut-être le processus, pour replacer un peu, le processus d'écriture d'un discours.
01:49La base de mon travail, c'était un agenda qui était flouctiant, qui était mobile.
01:53C'est pour ça que je parle de tapisserie de Pénélope,
01:56puisque le vent politique tournant, les humeurs internes des Français,
02:00et l'actualité dictant un tempo qui n'était pas forcément celui qu'on avait anticipé.
02:05Cet agenda a changé énormément.
02:06Il m'est arrivé de nombreuses reprises de préparer des discours d'annonce qui n'ont pas été faits,
02:12ou pour des discours qui finalement ont été dits six mois plus tard.
02:15Il m'est arrivé de préparer un discours qui finalement n'a pas été dit par Emmanuel Macron,
02:19mais par un de ses ministres, qui l'a repris d'ailleurs.
02:22Vous voyez, le recyclage, c'est même au sein du gouvernement.
02:27Donc, sur la base de cet agenda, je voyais qu'il y avait, par exemple, un mois plus tard,
02:31un déplacement dans tel pays.
02:32Et à ce moment-là, je vais organiser une rapide concertation
02:37avec les différents conseillers qu'on appelle les conseillers au fond,
02:39la plume étant considérée comme un conseiller à la forme,
02:41même si ce travail de synthèse est aussi un travail d'idée.
02:44C'est qui les conseillers au fond ?
02:46Ce sont tous les conseillers qui ont un portefeuille thématique.
02:48Le conseiller industrie, la conseillère G7, la conseillère TPE,
02:53le conseiller mémoire, que vous connaissez bien.
02:56Par exemple, Bruno Roger Petit, il est conseillé au fond.
02:59Il est mémoire.
02:59Oui.
03:00Il n'écrit pas du tout.
03:01Je pensais qu'il écrivait de temps en temps, Bruno Roger Petit.
03:03Il donne des éléments, il donne des éléments d'ambiance.
03:05Il retravaillait parfois nos discours.
03:07Il avait des idées de formules pour les discours historiques.
03:10Et donc, ces conseillers vont me proposer soit des idées, soit des indications,
03:14soit parfois des éléments de langage, les fameuses EDL.
03:18Ah oui, ça vous en parlez, la neuf langue.
03:21Qui sont souvent nourrées par les ministères.
03:23Et sur la trame de ces éléments de langage,
03:25je vais faire monter la mayonnaise et essayer de proposer un discours.
03:28Il y a une navette rapide entre les conseillers.
03:30Je leur envoie, ils me renvoient, ils me disent s'il y a des idées factuelles.
03:33Souvent, ils rallongeaient, je raccourcissais.
03:35Ils rallongeaient, je raccourcissais.
03:37Quand j'étais arrivée à quelque chose qui me paraissait indissible
03:40et à un point de maturité suffisant,
03:42j'envoie au président, c'est-à-dire que j'envoie à son secrétariat particulier,
03:46qui l'imprime et lui soumet.
03:48Lui, il retravaille.
03:50Soit il raie des mots, il propose des formules,
03:52soit il dit, voilà, trop court, l'angle n'est pas le bon.
03:54Revoir ça, telle proposition.
03:56Et les corrections sont toujours bonnes ou vous n'êtes pas d'accord ?
03:58Est-ce que vous avez un regard sur les corrections
04:00ou est-ce que vous appliquez ?
04:02Alors quand c'est des formules précises,
04:04il me raie, il me met dire ça, j'exécute.
04:07Parfois, c'est des corrections un peu plus larges.
04:09En me disant, creusez telle idée,
04:12avez-vous mentionné telle chose ?
04:13Contactez tel historien qui saura vous aider.
04:15Vérifiez avec telle famille de victimes
04:17qui a une opinion intéressante sur le sujet.
04:20Et voilà, donc j'avais encore cette phase 2.
04:23Je lui renvoie.
04:24Et les navettes peuvent parfois être multiples.
04:26Je me souviens du discours dans le Trame de Paris
04:28où j'ai eu la lecture assez tard du président.
04:31Et toute la journée du samedi avant le discours,
04:33j'ai passé la journée, derrière mon ordinateur,
04:36à recevoir, renvoyer, recevoir, renvoyer
04:39des ajustements à ce discours qui lui tenait à cœur.
04:40Mais c'est lui dans ces cas-là ?
04:42C'est lui qui le fait ?
04:43C'est lui qui vous envoie les réajustements ?
04:45Oui.
04:46En direct ?
04:47En direct, c'est-à-dire que l'escrit.
04:49Il a ce fameux feutre bleu mapette.
04:51Donc si vous voulez, le stylo du président,
04:52ce n'est pas du tout un mont blanc de risseur tranche,
04:54c'est vraiment le feutre bleu des colliers
04:56qui a l'avantage de trancher sur le document.
05:00Sa secrétaire, le Roscan, me le renvoie.
05:02Je réintègre les corrections sur le document,
05:04je le renvoie.
05:04Voilà, il y a ce jeu de...
05:05La journée type, vous arrivez à quelle heure le matin ?
05:08En général, les réunions et les rendus
05:10commencent à arriver à 9h, ce qui est plutôt tard.
05:12Mais il faut comprendre que nous,
05:13on est en bout de course dans la chaîne de l'État.
05:15Des informations qui viennent du terrain,
05:18qui remontent par le préfet ou par la région,
05:19par le ministère et qui nous arrivent.
05:21Donc les journées commencent plutôt tard
05:23par rapport à d'autres institutions
05:24comme les préfets ou les élus locaux.
05:27En revanche, c'est assez dense.
05:30Moi, j'essayais toujours d'avoir une pause déjeuner
05:31avec des gens de l'extérieur,
05:33justement pour garder cette fraîcheur d'esprit
05:35qui est nécessaire,
05:36et avoir des gens qui n'étaient pas du tout politiques
05:37et qui pouvaient m'apporter une vision de terrain,
05:40des directeurs de l'association, des professeurs.
05:42C'est ma pause.
05:43Et ensuite, les journées finissaient tard,
05:46vers 20h, 21h.
05:48Et...
05:48Et vous le voyez, le Président ?
05:4922h, 23h.
05:50Vous le voyez ?
05:50Parce qu'il faut un contact, j'imagine, personnel.
05:52Quand même, il y a une intimité.
05:54Vous dites que vous n'êtes que deux à écrire...
05:56Donc, j'imagine, il y a quelque chose entre vous et lui
06:00qui existe de l'ordre de l'estime,
06:03forcément réciproque.
06:04Alors, c'est très paradoxal,
06:06puisque, effectivement, les mots, c'est très intime.
06:08La première fois que j'ai vu une formule
06:10que j'avais pensée la veille
06:12dans la bouche du Président,
06:13je me souviens, je le regardais...
06:15C'était à Strasbourg, donc je n'étais pas là.
06:16Et je regardais cette phrase
06:18qui était passée de mon papier,
06:19que je connaissais,
06:20que j'avais griffonné sur un bloc-notes
06:21au cas de couleur,
06:22et que je voyais dans sa bouche.
06:23J'ai une espèce d'effet de vertige total.
06:25C'était pour l'inauguration d'un théâtre,
06:27je me souviens.
06:28Et donc, en cela,
06:29il y a quelque chose de très proche.
06:31Mais en réalité, la relation,
06:32c'est une relation professionnelle,
06:33c'est une relation de travail,
06:34qui est une relation dématérialisée
06:36par le prisme de ces échanges de papiers.
06:40C'est une relation qui est fonctionnelle.
06:43Oui, mais ça n'empêche pas les sentiments.
06:45Alors, dans mon cas...
06:46L'estime, c'est un sentiment.
06:47Alors, il faut un minimum...
06:48Ou d'admiration, même.
06:49Je pense qu'il avait pour ses plumes
06:51une confiance,
06:52c'est-à-dire qu'il savait
06:53que si on lui avançait un chiffre,
06:55il savait que c'était un chiffre
06:56que j'avais vérifié
06:56auprès de trois historiens et cinq livres.
06:58Je vous assure que
06:59quand j'ai dû faire des additions
07:00de parachutistes
07:01pour la commémoration du débarquement
07:02du 6 juin 1944,
07:03je les ai refaits cinq fois,
07:04j'ai demandé à trois historiens,
07:06il savait que, voilà,
07:07s'il me disait,
07:07mais je crois que c'est 50 000,
07:09voilà, s'il lui disait non,
07:09c'est 60 000,
07:10j'étais sûre de mon fait,
07:12et lui, donc, fait confiance,
07:13mais pas seulement à ses plumes,
07:14à tout le processus de conseil
07:16qui a précédé.