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  • il y a 6 semaines
Ils sont payés quelques euros de l’heure pour filmer leurs propres gestes. En Inde, des centaines de travailleurs enregistrent leur quotidien avec des smartphones, des GoPro ou des lunettes connectées. Objectif ? Fournir aux entreprises d’IA les données nécessaires pour entraîner les robots de demain. Un marché colossal, qui pourrait contribuer à précariser ces travailleurs à long terme. Décryptage.

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Transcription
00:00Ces robots dernière génération ne fonctionneraient pas sans des personnes comme Nadji Reddy.
00:07Chaque matin, Nadji Reddy fixe son téléphone sur son front, puis commence sa journée.
00:12Elle nettoie sa maison, fait la vaisselle, plie du linge.
00:15Pendant des heures, cette caméra embarquée improvisée suit et enregistre chacun de ses gestes
00:20avant d'envoyer les vidéos à une entreprise de collecte de données IA.
00:23On va vous donner du money pour 1 à 2,50 rupes, juste pour faire votre travail.
00:27Si Nadji Reddy est payé quelques euros par heure, pour son employeur, ce geste banal vaut de l'or.
00:36Il servira à entraîner des futurs robots dopés à l'intelligence artificielle.
00:43On a besoin d'avantage de données qui ne servent pas uniquement à entraîner des services comme ChatGPT.
00:48On a besoin de données qui permettent de reproduire les gestes des travailleurs.
00:55Vendeurs de vêtements, coiffeurs, garagistes, ouvriers, à l'image d'un Nadji Reddy,
01:00de plus en plus de salariés enregistrent des images qui serviront à entraîner des robots conçus pour automatiser leurs tâches.
01:09Le rôle de ces nouveaux travailleurs de l'IA, produire des données égocentriques.
01:14Les données égocentriques, ce sont ces vidéos filmées à la première personne qui sont essentielles au développement efficace des robots.
01:21Elles permettent de voir le monde du point de vue de la personne, quel est son champ visuel, qu'est
01:27-ce qu'on arrive à voir.
01:28Une caméra placée au-dessus d'un ouvrier permet de montrer son geste et ce qu'il voit au moment
01:33où il le réalise.
01:34Elle peut enregistrer la façon précise dont il saisit une pièce, ajuste la pression de ses doigts ou modifie son
01:40mouvement lorsqu'un objet bouge.
01:42Ces gestes, les robots ont encore du mal à les reproduire.
01:55Mais lorsqu'il faut réaliser une action extrêmement précise, une erreur de quelques millimètres ou d'une fraction de seconde
02:02peut suffire à faire échouer le mouvement.
02:10Si les robots industriels effectuent depuis longtemps des tâches répétitives dans des environnements contrôlés,
02:16les nouveaux systèmes pilotés par l'IA sont conçus pour travailler dans des environnements changeants.
02:20Dans une maison, une usine ou un hôpital, le robot devra constamment faire face à des situations imprévisibles
02:26où il devra faire preuve d'un sens de l'adaptation digne d'un être humain.
02:37L'ambition des développeurs de robots n'est donc plus seulement d'automatiser une tâche,
02:41mais de créer des machines capables d'acquérir elles-mêmes une forme d'intelligence physique.
02:54Pour réussir à former efficacement le robot, les entreprises ont donc besoin de millions d'exemples de gestes humains.
03:01Plus le geste qu'on essaye de faire faire à la machine est précis, plus il va être difficile à
03:06reproduire.
03:07La qualité en termes de comportement du modèle va être très largement liée à la disponibilité des données.
03:14Si pour des IA comme Chajipiti ou Gemini, les livres et Internet fournissent une source quasi inépuisable de connaissances,
03:20pour les robots humanoïdes, ces bases de données n'existent pas encore.
03:24Parce qu'il n'y a pas un Wikipédia de gestes ouvriers. On n'a pas accès à ces données
03:27à la base.
03:28Depuis quelques années, les entreprises de collecte de données redoublent donc d'efforts pour créer ces bases de vidéos.
03:33GoPro, smartphone, lunettes, plusieurs outils existent.
03:52Des consignes précis sont données aux employés pour assurer la qualité des vidéos.
03:56Pour que les images soient exploitables par l'IA, les deux mains doivent rester dans le champ.
04:00La lumière ne doit pas créer d'ombre et il faut éviter que d'autres personnes apparaissent dans le cadre.
04:04Le camp dit que les mains ne sont pas détectées, les mains ne sont pas détectées, tout le temps.
04:10Si elles ne détectent pas les mains, c'est un peu irritant parfois.
04:15Ces contraintes techniques, elles ont un impact sur le ressenti et la cadence des employés.
04:20Si une étape prendra 30 minutes, ça prendra évidemment 35 à 40 minutes pour compléter.
04:25Donc vous avez besoin de patience et tout.
04:27Après chaque heure de travail, ces vidéos sont traitées par un intermédiaire.
04:31Dans le cas de Nadjiredi, elles sont destinées à l'entreprise Object Waze,
04:35une société américaine spécialisée dans les données destinées à l'IA.
04:38Les vidéos sont d'abord vérifiées, puis annotées.
04:40C'est donc à ce stade que les données vont être nettoyées,
04:45corriger des erreurs si besoin,
04:48ou il peut y avoir des phases d'annotation.
04:51L'annotation, dans ce contexte, ça veut dire décomposer ces gestes,
04:55en langage utilisable par les concepteurs IA.
04:57Ce qui veut dire en fait indiquer à la machine
05:02où se trouvent dans une vidéo les différents éléments qu'elle doit prendre en compte.
05:08On indique à la machine ce qu'elle doit reconnaître dans la vidéo,
05:11un objet, une main ou un mouvement par exemple.
05:13Une fois que tout cela est fait, que les données sont prêtes,
05:16elles vont être utilisées pour entraîner l'algorithme
05:21qui est celui qui va en fait créer notre modèle.
05:26Une fois annotées, ces bases de données sont revendues à des entreprises de robotique
05:30qui se trouvent généralement en Chine, aux Etats-Unis, en Europe ou encore en Corée du Sud.
05:35Selon un rapport publié en avril par le fonds d'investissement Stellaris Venture Partners,
05:40les laboratoires de robotique pourraient avoir besoin de 100 millions à 1 milliard d'heures
05:44de données égocentriques au cours des 2 à 3 prochaines années.
05:59Pour les entreprises qui collectent ces images, le marché est donc immense.
06:04Vietnam, Malaisie, Philippines, Inde, plusieurs pays participent à cette course à la donnée,
06:09mais l'Inde caracole en tête.
06:10Elle s'est positionnée comme le principal fournisseur mondial de données égocentriques
06:14et a annoncé plus de 200 milliards de dollars d'investissement sur son sol,
06:18des centres de données géants aux usines de puces.
06:27Le pays a plusieurs atouts dans sa poche pour attirer les investisseurs
06:30à la recherche de vidéos égocentriques.
06:32Il dispose d'une immense main-d'œuvre, de nombreuses usines non automatisées
06:36et d'une industrie de sous-traitance numérique déjà ancienne.
06:39Avant l'IA, vous aviez besoin de numériser des livres anciens,
06:42vous aviez besoin d'avoir des salariés dans des centres d'appel.
06:46Tout ça, en fait, c'est depuis longtemps délocalisé dans des pays
06:49pour la partie anglophone comme l'Inde, les Philippines,
06:52et pour la partie francophone comme Madagascar.
06:54Pour conquérir ce nouveau marché, un autre avantage compte.
06:57Filmer un geste ne nécessite pas forcément de parler la même langue.
07:01Le tout, c'est de trouver des endroits où il y a des usines.
07:03Si les clients finaux sont en majorité des pays développés,
07:06une grande partie du travail de fourmis consistant à récolter des données
07:09est réalisé dans des pays du sud global.
07:12Cette forme de travail est très souvent délocalisée
07:15dans des pays où le coût de la main-d'œuvre est plus faible
07:20et les protections juridiques sont soit plus faibles ou moins connues.
07:27Dans ce type d'environnement professionnel,
07:28les salariés sont rarement en position de refuser véritablement de participer,
07:32particulièrement dans des secteurs où les emplois sont précaires.
07:40Si l'on prend l'exemple d'Object Waze,
07:42les personnes qui filment chez elles sont payées entre 250 et 350 roupies de l'heure,
07:47selon la tâche et la qualité de la vidéo.
07:49Cela représente moins de 3 euros.
07:51Si cet argent peut leur être utile à court terme,
07:54ces travailleurs ne savent pas toujours précisément
07:56quelle entreprise récupérera leurs données,
07:58ni comment elles pourraient être réutilisées.
08:00Beaucoup d'entre eux et d'entre elles n'ont pas le luxe de pouvoir se poser cette question
08:05qui en fait implique de raisonner un peu à long terme.
08:08Dans le futur, les vidéos produites par ces travailleurs souvent précaires
08:11pourraient paradoxalement contribuer à fragiliser davantage leur emploi.
08:17Les systèmes d'IA qui vont essayer de remplacer des actions spécifiques d'un métier
08:24et à terme remplacer des segments spécifiques du marché du travail.
08:32Cela ne signifie pas que tous ces emplois vont disparaître,
08:34mais plus les robots deviennent capables de reproduire des gestes humains,
08:38plus certaines tâches deviennent potentiellement automatisables.
08:40Donc là, il y a une question de comment s'assure d'un partage plus équitable
08:44de la valeur qui est produite par l'automatisation
08:46jusqu'en bas de l'échelle auprès de ces travailleurs des données.
08:49Alors que la collecte de ces données est appelée à se développer,
08:52la protection de celles et ceux qui les produisent devient elle aussi un enjeu.
08:57Au Danemark, une législation est notamment envisagée
08:59pour créer une forme de copyright personnel
09:01donnant à chacun des droits sur son visage, sa voix et son corps.
09:05En Inde, Nadiré dit, elle, ce vœu optimiste.
09:08Je vois une future fulle de robotique et de l'AA,
09:12mais toujours, la existence humaine doit être là,
09:15parce que sans les données humaines, elles ne peuvent pas marcher.

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