- il y a 7 semaines
À l'approche de la présidentielle, la division de l'opinion en trois blocs risque de favoriser le recours au vote utile dès le premier tour. Notre système politique, prévu pour une alternance entre deux partis, est-il encore efficace ?
Eléments de réponse dans Code source le Talk avec Marion Mourgue, la cheffe du service Politique du Parisien.
Eléments de réponse dans Code source le Talk avec Marion Mourgue, la cheffe du service Politique du Parisien.
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00:00La campagne présidentielle va-t-elle être confisquée par des questions de stratégie ?
00:03Beaucoup de Français vont-ils avoir recours au vote utile dès le premier tour ?
00:07Voter pour un candidat en espérant faire barrage à un autre candidat au second tour ?
00:11Notre système politique, qui a été pensé au départ pour deux parties,
00:15est-il encore adapté alors qu'aujourd'hui l'opinion est particulièrement divisée ?
00:20On se pose toutes ces questions aujourd'hui dans Code Source Le Talk
00:22avec Marion Mourgue, la chef du service politique du Parisien.
00:27Bonjour Marion.
00:28Bonjour Jules.
00:30Avant d'en venir à la présidentielle de 2027, pour bien comprendre,
00:33on va d'abord faire un peu d'histoire politique.
00:36La Ve République a été pensée pour un système de bipartisme,
00:40en résumé deux parties qui alternent les périodes où ils sont au pouvoir ou dans l'opposition.
00:46Marion, comment ça se passait dans les années 70, 80, 90 ?
00:50Alors ça se passait de manière très différente.
00:52On a deux familles politiques, la gauche et la droite,
00:56qui peuvent s'incarner dans des partis différents, avec des noms différents qui ont changé.
01:00On a beaucoup de militants, on a des partis politiques très puissants et on a une stabilité.
01:05C'est-à-dire que quand une famille politique arrive au pouvoir, elle garde le pouvoir pendant plusieurs années.
01:11Et ensuite, il y a un système de balancier avec une alternance à chaque élection.
01:16Ce qui est très différent aujourd'hui.
01:17En 2017, l'élection d'Emmanuel Macron a changé la donne avec un positionnement au centre.
01:22Son calcul, c'était que les partis traditionnels de gouvernement, donc le PS et LR, étaient en bout de course,
01:28c'est ça ?
01:28Oui, ils sentent très bien cette aspiration des Français à autre chose.
01:32Il y a une vague de dégagisme très forte qui monte d'élection en élection.
01:36Et il y a une volonté de renouveler le personnel politique.
01:39Jusqu'à Emmanuel Macron, quand on a perdu l'élection présidentielle, ça n'empêche pas de se représenter après.
01:46Et là, Emmanuel Macron arrive avec sa jeunesse.
01:50Autre chose, puisqu'il ne vient pas des deux familles politiques traditionnelles.
01:54Et il faut se souvenir aussi d'un contexte particulier, c'est celui des affaires.
01:58Il y a eu Jérôme Cahuzac sous le quinquennat de François Hollande.
02:01Donc ce ministre qui avait un compte caché à l'étranger.
02:04Et puis il y a l'affaire Fillon, l'affaire des costumes, l'affaire Pénélope.
02:07Et donc les Français sont aussi dans ce climat et se disent ça suffit, on va tester autre chose.
02:13Et donc ça marche pour Emmanuel Macron qui est élu.
02:15Qui va être ensuite réélu.
02:17La présidentielle 2022 s'est déroulée dans une période très particulière.
02:20Avec l'épidémie de Covid et avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie qui venait juste de débuter.
02:26Oui, les Français ont été enfermés pendant plusieurs mois avec le Covid.
02:30Donc c'est quand même très particulier dans l'histoire des Français.
02:33Et puis ensuite, il y a cette guerre aux portes de l'Europe en février 2022.
02:40Donc juste avant l'élection présidentielle.
02:42Et donc ces deux contextes particuliers, à la fois de peur, très anxiogènes, marquent les Français.
02:49Chaque Français, c'est-à-dire dans chaque famille et conditionnent un peu l'élection présidentielle.
02:54Et écrase aussi le débat de l'élection présidentielle.
02:58Sachant que quand on a un président qui se représente, c'est toujours aussi un peu particulier.
03:02Puisqu'on fait le bilan du premier mandat.
03:05Là, la campagne démarre très tardivement.
03:08Elle est marquée par la guerre en Ukraine.
03:10Et donc, on parle beaucoup de ça.
03:11Emmanuel Macron est réélu au second tour avec 58,5% des suffrages exprimés.
03:15Marine Le Pen, elle, réunit 41,5% des suffrages.
03:20Au premier tour, les candidats de LR et du PS, Valérie Pécresse pour LR, Anne Hidalgo pour le PS, ont
03:27fait des scores désastreux.
03:28C'est désastreux.
03:29C'est tellement mauvais que les deux candidats de ces deux gros partis politiques n'arrivent pas à passer la
03:35barre des 5%.
03:36Alors, qu'est-ce que ça veut dire la barre des 5% ?
03:39Ça veut dire qu'on n'est pas remboursé de ces frais de campagne.
03:42C'est donc incroyable que ces deux candidats n'arrivent même pas à se hisser à ce niveau-là.
03:49Il faut se souvenir des scores.
03:50Valérie Pécresse est à 4,78% et Anne Hidalgo 1,7%.
03:55Et donc, elle est vraiment derrière même d'autres candidats comme Jean Lassalle, Fabien Roussel.
04:01Et donc, c'est à la fois une gifle pour elle, symboliquement.
04:06Et c'est aussi une gifle pour leur famille politique puisqu'il va falloir se reconstruire après.
04:11Il y a Yannick Jadot qui est l'écologiste qui est vers les 4%.
04:15Mais en effet, 1,7% pour l'EPS.
04:19On disait que c'était l'un des deux partis de gouvernement avant.
04:21C'est du jamais vu.
04:23Aux élections législatives qui ont suivi, donc en juin 2022,
04:26est-ce qu'Emmanuel Macron a pu avoir une majorité de députés à l'Assemblée pour gouverner ?
04:31Là aussi, on continue à rentrer dans des choses inconnues.
04:34C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron, alors qu'il a été réélu, n'a pas de majorité absolue.
04:39Il a 245 sièges pour avoir la majorité absolue.
04:42Il en faut 280 à l'Assemblée nationale, 280 députés.
04:46Il en manque 35.
04:47Alors, qu'est-ce que ça veut dire ?
04:48On peut se dire, bon, c'est pas beaucoup, il va y arriver.
04:51Ça veut dire quand même que la force politique majoritaire, Renaissance,
04:55est obligée de trouver des alliés,
04:56est obligée de rentrer dans une logique de compromis, de coalition.
04:59Et c'est pas du tout le système de la Ve République où on a toujours eu un chef de
05:04l'État très puissant
05:05qui inonde le système politique de sa puissance.
05:10Ce qui veut dire aussi qu'à l'Assemblée nationale, il est difficile de faire passer des textes.
05:14Et donc, il n'y a pas de très grandes réformes,
05:16puisqu'il faut à chaque fois trouver de nouveaux alliés.
05:20Et donc, c'est des discussions sans fin.
05:22Et enfin, la dernière conséquence, c'est le budget.
05:25La France a besoin chaque année de voter un budget.
05:27Et là, ça devient extrêmement difficile, puisqu'il n'y a pas de majorité absolue pour le voter.
05:31On en vient à 2024, élection européenne le 9 juin.
05:34Elles sont remportées en France par Jordan Bardella pour le RN.
05:38Plus de 31% des suffrages exprimés.
05:41Le double de la liste macroniste, moins de 15%.
05:43Le soir même, Emmanuel Macron dissout l'Assemblée nationale.
05:47Pour quelles raisons à ce moment-là ? Comment il justifie son choix ?
05:50Alors, le président de la République prend la décision assez vite, mais dans son coin.
05:55C'est-à-dire qu'il n'associe pas sa famille politique.
05:59Il justifie la dissolution par une volonté de clarification.
06:04Il dit, les Français ont choisi le Rassemblement national.
06:08On va donc voir si c'est le même choix à l'Assemblée nationale.
06:12Exactement.
06:13Ce qui est très curieux, puisqu'on a toujours décorrélé, en principe,
06:17les élections européennes des élections nationales.
06:19Et même Emmanuel Macron, quelques semaines avant, disait qu'il n'y aurait pas de lien entre les deux.
06:23Donc, il prend cette décision.
06:26Il y a aussi un calcul politique qui est de dire, les Français, devant cette victoire écrasante du RN,
06:33fera un nouveau choix à l'Assemblée nationale, ne va pas envoyer le Rassemblement national au pouvoir.
06:38Et donc, on arrivera à recomposer une Assemblée nationale presque plus à sa main.
06:43Il y a l'idée que peut-être sa famille politique s'en sortira.
06:46C'est le scénario totalement inverse qui va se passer.
06:49Ces élections législatives anticipées sont une défaite pour le camp macroniste.
06:54Pas de majorité.
06:55Il y a un peu plus de 190 députés pour la gauche réunie, donc le nouveau Front populaire, avec LFI.
07:01Un peu moins de 170 pour les macronistes.
07:04Donc, on voit qu'ils ont perdu beaucoup de députés.
07:06Environ 140 pour le RN, 60 pour LR, les Républicains.
07:10Marion, c'est une période d'instabilité gouvernementale qui commence.
07:14Rappelle-nous ça.
07:15Oui, c'est une période de forte instabilité gouvernementale, puisque cette dissolution a laissé des traces.
07:20C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron est contesté dans sa propre famille politique.
07:24Les Français lui en veulent beaucoup et donc se tournent vers d'autres partis.
07:28Et à l'Assemblée nationale, on a plein de forces politiques qui peuvent peser.
07:33Et donc, de fait, il est très compliqué d'avoir un pouvoir solide à Matignon.
07:37Et on a une succession de chefs de gouvernement, une succession de ministres.
07:43C'est un défilé permanent.
07:44Et on rentre, en fait, dans une instabilité qui est très propre à celle de la Quatrième République,
07:49qu'on avait oubliée en France et que la Cinquième devait avoir balayée,
07:53puisqu'on devait avoir des chefs de gouvernement très puissants.
07:56Ce n'est plus le cas du tout.
07:57Marion, on en vient à la présidentielle 2027, comme promis.
08:00Aujourd'hui, la cote de popularité d'Emmanuel Macron est au plus bas.
08:03Il bat des records d'impopularité pour un président.
08:06Oui, Emmanuel Macron est devenu très impopulaire depuis la dissolution.
08:11Les Français n'ont jamais compris ce choix politique et lui reprochent ce choix.
08:17Ensuite, il y a un phénomène assez logique, c'est-à-dire qu'à chaque fin de mandat,
08:21le chef de l'État sortant est impopulaire.
08:23Et là, Emmanuel Macron est au pouvoir depuis dix ans.
08:26Donc, il y a pas mal de décisions qui ont été incomprises par les Français
08:30depuis les 80 km heure, depuis la crise des Gilets jaunes.
08:34Il y a une succession de mots aussi qu'il a utilisés, qui ont vraiment marqué les Français.
08:38Donc, il y a une grosse colère qui s'exprime à l'égard d'Emmanuel Macron
08:42et qui s'exprime aussi à l'égard de sa famille politique.
08:44Et si on regarde les électeurs, il y a trois grandes familles.
08:47Les politologues parlent de tripartition.
08:50Est-ce que tu peux nous expliquer ça ?
08:51Oui, on a désormais trois blocs.
08:53Donc, si je schématise, on a la gauche, le bloc central, la droite.
08:58Alors là, c'est de manière très schématique,
09:00puisqu'à l'intérieur de chaque bloc, on a aussi des divisions.
09:04Si on prend la gauche, ce n'est pas un bloc unifié.
09:07C'est-à-dire qu'on a une partie de l'extrême gauche
09:09qui se retrouve derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon.
09:13Et puis, on a un bloc gauche social-démocrate.
09:15Et on a deux gauches qui, parfois, ne se parlent plus
09:18et considèrent ne plus avoir les mêmes valeurs ni les mêmes principes.
09:21Au bloc central, c'est aussi très divisé.
09:26C'est-à-dire qu'on a, par exemple, aujourd'hui, trois candidatures,
09:29Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Rotaillot,
09:32qui représentent chacun des familles politiques différentes,
09:35avec des sensibilités différentes
09:37et qui ont aussi des parcours parfois très différents.
09:41Et enfin, on a la droite et l'extrême droite,
09:43ce qui va des Républicains à Marine Le Pen.
09:46On voit bien qu'aujourd'hui, il y a des passerelles,
09:49mais on voit aussi qu'une partie des Républicains
09:52considèrent qu'ils ne pourront pas travailler avec Marine Le Pen.
09:55Donc, il y a aussi des divisions.
09:56Pour la présidentielle à venir,
09:58deux candidats font figure d'épouvantail,
10:00de repoussoir pour une partie de l'électorat.
10:02C'est Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise, à gauche,
10:04et Marine Le Pen, bien sûr, pour le Rassemblement National, à droite.
10:08Des deux côtés, une partie des Français ont peur
10:10de les voir arriver au pouvoir.
10:12Marion, une question très basique pour commencer sur ce sujet.
10:15Marine Le Pen, pourquoi beaucoup de Français
10:17veulent à tout prix éviter son arrivée au pouvoir aujourd'hui ?
10:20Parce que Marine Le Pen représente l'extrême droite.
10:23C'est aussi une candidature populiste.
10:27Et le parti qu'elle représente,
10:29même s'il a changé de nom, est chargé d'histoire.
10:32Et donc, ça, les Français l'ont en tête,
10:34avec la crainte que ça amène des passions négatives,
10:38qui seraient notamment le racisme
10:39ou la décomplexion vis-à-vis de certains Français.
10:43Par contre, ce qu'on observe, et notre sondage Ipsos pour le Parisien,
10:48qui a été publié ce dimanche, montre bien qu'il y a une dédiabolisation autour de sa personne.
10:53C'est un travail qu'elle a entrepris depuis de nombreuses années.
10:56Et qu'aujourd'hui, elle est la candidate qui fait la moins peur pour les Français,
11:00devant Édouard Philippe et devant, bien sûr, Jean-Luc Mélenchon.
11:03Justement, même question pour Jean-Luc Mélenchon.
11:05Pourquoi beaucoup de Français ont peur de le voir gagner ?
11:08Parce qu'il reproche à Jean-Luc Mélenchon d'utiliser une stratégie électorale très clivante
11:12pour unifier sa base de premier tour.
11:15Jean-Luc Mélenchon est parfois tombé dans l'outrance verbale, dans la caricature.
11:19Et il est accusé, y compris au sein de sa famille politique,
11:22de tomber dans l'antisémitisme.
11:24Gérard Larcher, le président du Sénat, a utilisé dans nos colonnes,
11:26il y a quelques jours, cette expression d'antisémitisme d'atmosphère,
11:31que Jean-Luc Mélenchon participerait à véhiculer cet antisémitisme dans la société.
11:36Or, Jean-Luc Mélenchon a beaucoup de culture historique
11:39et donc il sait aussi ce qu'il fait, ce que lui reprochent un certain nombre d'élus à gauche
11:45et notamment Raphaël Glucksmann.
11:47Mais tous les deux, donc Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen,
11:50semblent les mieux partis dans cette campagne.
11:52Dans les deux cas, ils sont connus des Français.
11:54Ils en sont à leur quatrième candidature à une présidentielle
11:57et dans l'ensemble, ils ont fait le ménage au sein de leur parti.
12:00Ils ne sont pas contestés en interne.
12:02Oui, c'est leur force. Chacun est le chef incontesté au sein de sa famille politique
12:06avec aussi des militants, des élus, des cadres capables de coller des affiches le week-end,
12:12capables d'organiser des meetings, d'avoir des cars pour faire monter les soutiens.
12:17Donc ça, c'est très important dans une campagne présidentielle.
12:20Et puis, ils ont cette expérience de la campagne présidentielle.
12:23C'est extrêmement fatigant de faire campagne en permanence.
12:27Ils savent exactement comment il faut rythmer une campagne, comment il faut se ménager
12:31pour avoir des forces, comment il faut aussi occuper le débat.
12:35Et c'est une expérience qui leur est utile aujourd'hui.
12:38Mais dans le reste de la gauche et dans le bloc central, rien n'est réglé.
12:42Parlons d'abord du PS.
12:43Il y aura une primaire le mois prochain au Parti Socialiste et à Place Publique,
12:48donc le mouvement de Raphaël Glucksmann.
12:50Ça semble très compliqué pour l'instant, ce scrutin interne.
12:52Oui, c'est compliqué puisqu'il n'y a pas de chef incontesté et qu'il y a tous les
12:56jours
12:57un nouveau candidat à cette primaire.
12:58Et en plus, il y a ceux qui attendent que ces candidats s'effondrent.
13:02Je pense à François Hollande qui prendra sa décision en décembre.
13:06Quel est le pari de l'ancien président ?
13:08C'est de se dire que Raphaël Glucksmann, qui est aujourd'hui le favori de la gauche
13:12sociale démocrate, va s'effondrer, ne va pas réussir ces débats et que donc,
13:16il pourra rafler la mise en décembre.
13:18Et si on parle du bloc central maintenant, là aussi, il y a plusieurs candidats.
13:23Notamment Édouard Philippe et Gabriel Attal, deux anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron.
13:28Oui, alors pour que les choses soient bien claires pour ceux qui nous écoutent,
13:31le bloc central, ça veut dire ce bloc entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.
13:35Et c'est des électeurs et des hommes politiques et femmes politiques qui viennent de familles
13:40politiques très différentes.
13:41C'est ça qui est difficile à comprendre.
13:42C'est-à-dire qu'il y a des centristes, mais pas seulement.
13:43Il y a des centristes, mais il y a des gens de gauche et il y a des gens de
13:47droite.
13:47Si vous prenez Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Rotaillot, ce sont des hommes politiques
13:53qui sont du bloc central, mais qui ont des histoires différentes.
13:57Gabriel Attal vient de la gauche.
14:00Ça lui est reproché d'ailleurs par les électeurs de Bruno Rotaillot.
14:03Bruno Rotaillot vient de la droite et donc, il a du mal.
14:06Il est encore les Républicains.
14:07Il est le président des Républicains, mais il a du mal aujourd'hui à séduire les électeurs
14:12de gauche.
14:13La difficulté du bloc central, c'est de réussir à trouver un point d'équilibre entre des
14:17électeurs qui ont des sensibilités très différentes.
14:20Il y a aussi la question des réseaux sociaux, les algorithmes des réseaux sociaux qui ont
14:23tendance à favoriser les discours clivants, qui font réagir, qui choquent parfois, qui
14:28provoquent des émotions.
14:29Ça, ça peut jouer en faveur des candidats les plus radicaux, donc LFI, RN ?
14:33La difficulté des réseaux sociaux, c'est que chacun est dans sa bulle, dans sa bulle
14:37de connaissances, dans sa bulle parfois de préjugés et dans sa bulle de radicalité.
14:42Quand vous êtes alimenté par un algorithme, vous n'en sortez pas.
14:46Et donc, ceux qui sont déjà séduits par des thèses radicales ne vont pas aller voir
14:51ailleurs pour comparer ou mettre en perspective, ce qui ne fait que renforcer leur a priori
14:56et leur certitude.
14:57Ce qui frappe, c'est la détestation qui peut exister entre sympathisants de ces différents
15:02partis.
15:02Par exemple, les sympathisants RN sont à l'opposé des sympathisants LFI.
15:07Les sympathisants centristes ne vont pas comprendre les électeurs RN et vice-versa.
15:12Oui, le débat politique est à l'image de la société, très fracturé, très clivé.
15:17Et on a des blocs qui n'arrivent plus à se parler, qui n'arrivent plus à dialoguer
15:21et qui n'arrivent plus à se comprendre.
15:23C'est la difficulté de cette élection présidentielle.
15:25Et à gauche comme à droite, plusieurs candidats se positionnent comme les meilleurs pour essayer
15:31de faire barrage aux deux candidats épouvantails dont on parlait, Jean-Luc Mélenchon, Marine
15:36Le Pen.
15:37Il y a par exemple Édouard Philippe, l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, qui se
15:41présente comme le plus à même de battre Marine Le Pen s'il se qualifie au second tour
15:45face à elle.
15:46Alors, il faut rappeler qu'on est à sept mois de l'élection présidentielle.
15:48Donc, évidemment, tout peut arriver dans cette campagne.
15:50Mais si on prend les sondages aujourd'hui, Marine Le Pen est quasiment assurée d'être
15:56qualifiée pour le second tour.
15:57Elle est à plus de 30% d'intention de vote, ce qui est énorme.
16:01Et donc, la question, c'est qui en face d'elle ? Et toute la stratégie des uns et des
16:05autres est d'arriver à passer le barrage du premier tour.
16:10Dans notre sondage Ipsos pour le Parisien de ce dimanche, on voit que c'était Édouard
16:14Philippe qui serait le plus à même de se qualifier.
16:17avec aussi des voix de gauche.
16:19Et donc, très vite, les électeurs sont en train de réfléchir en se disant, je ne
16:24veux pas de telle candidature et telle autre.
16:27Qu'est-ce que je fais pour y arriver ?
16:28Justement, c'est la question que j'allais te poser.
16:30Beaucoup d'électeurs vont voter au premier tour en pensant au second tour.
16:34Donc, ces histoires de calcul stratégique.
16:36Oui, on a le vote stratégique et le vote utile.
16:39Et d'ailleurs, c'était assez frappant cet été d'entendre les Français commencer
16:42à se dire, on ne peut avoir Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon au second tour.
16:46Qu'est-ce que je fais ?
16:47Et on a des électeurs du Parti Socialiste qui, dès aujourd'hui, se disent, il va
16:52falloir que je vote, par exemple, pour Édouard Philippe dès le premier tour pour
16:56faire barrage aux deux autres.
16:58Donc, c'est vraiment, les Français sont dans une stratégie électorale.
17:00Ils suivent beaucoup la politique.
17:02Les Français sont un peuple très politique.
17:04Et donc, ils commencent à faire des calculs pour 2027, sachant que plus il y a de
17:09candidatures, plus le seuil pour se qualifier au second tour est très bas.
17:13Et on rappelle que ce sont les deux premiers au premier tour qui sont qualifiés pour
17:17le second.
17:18Est-ce que ces enjeux électoraux stratégiques risquent de faire passer le débat d'idées
17:22au second plan ?
17:23Je ne crois pas.
17:24Déjà parce que c'est la fin d'un cycle.
17:27C'est la fin de dix ans d'Emmanuel Macron.
17:28Il y a eu très peu de débats à la dernière élection présidentielle pendant la campagne.
17:32Et donc, là, les Français ont soif qu'il y ait des vraies questions qui soient mises
17:38sur la table, qu'il y ait des vraies réponses qui soient apportées, que ce soit sur les
17:42questions de budget.
17:43Donc, quels choix ont fait dans la société, que ce soit sur les questions de sécurité
17:47ou d'immigration pour une partie de l'électorat, que ce soit sur les questions d'école,
17:51de santé, de services publics.
17:53Donc, les Français, je pense, ont vraiment envie d'avoir des réponses.
17:57Et donc, les hommes et les femmes politiques, entre guillemets, se mouillent, prennent des
18:01risques pour leur apporter des réponses.
18:03Quel que soit le résultat de cette présidentielle, j'imagine que le ou la présidente n'aura pas
18:07forcément de majorité à l'Assemblée pour gouverner.
18:11D'ailleurs, les prochaines législatives sont prévues en 2029.
18:14Il y aurait sans doute des législatives anticipées après le second tour de la présidentielle ?
18:19Oui, puisque les députés ont été élus en 2024 et sont élus pour cinq ans.
18:23Donc, en effet, normalement, la fin de leur mandat, c'est de 2029.
18:27Mais on imagine que le futur président ou la future présidente aura la volonté d'avoir
18:33une majorité et de recomposer l'Assemblée nationale.
18:36Donc, on pourra prendre la décision de dissoudre l'Assemblée nationale.
18:38Et dans ces cas-là, l'élection sera convoquée entre 20 à 40 jours après cette décision.
18:44Et c'est vrai qu'il est peu probable que le futur président ou la future présidente
18:48ait une majorité absolue, comme on l'a connue depuis 1958.
18:53Marion, les institutions de la Ve République ont été conçues en 1958,
18:58avec une vie politique dominée par deux partis.
19:01Est-ce qu'il ne faudrait pas, aujourd'hui, alors qu'on l'a bien expliqué,
19:04cet éclatement de l'opinion, changer de système politique pour s'adapter ?
19:08Alors, c'est un débat de la campagne présidentielle.
19:10Jean-Luc Mélenchon, depuis longtemps, est pour une VIe République.
19:14Mais à ce stade, il est le seul.
19:16Ensuite, à l'intérieur du bloc central, que ce soit Gabriel Attal, Édouard Philippe ou Bruno Retailleau,
19:21ils insistent sur les blocages qui existent aujourd'hui dans la Constitution,
19:26sur la volonté de les dépasser, et donc ont des solutions parfois différentes.
19:30Et Bruno Retailleau est celui qui va le plus loin dans la volonté de modifier les institutions actuelles.
19:37On a l'impression, quand on t'écoute, que cette présidentielle va forcément faire beaucoup de mécontents.
19:42On disait, il y a trois tiers, en résumé, on a l'impression qu'il y aura forcément deux tiers
19:45de mécontents au bout du compte.
19:47Alors moi, j'ai peut-être une version plus optimiste.
19:49Je pense que, déjà, la campagne va se dérouler,
19:51les Français vont être de plus en plus intéressés par le débat politique,
19:54et c'est surtout à partir de 2027 qu'ils vont se plonger dans l'élection présidentielle.
19:59Et il y a aussi, et ça c'est à chaque élection, un choix.
20:03Et au second tour, on choisit un candidat qui n'est pas forcément celui qu'on voulait dès le premier
20:08tour,
20:09mais il y a la volonté d'éliminer ce qu'on considère être un risque ou un mauvais choix.
20:15Donc je pense qu'il y a une majorité de Français,
20:17puisqu'il faut une majorité de Français pour élire un président de la République,
20:19qui se retrouvera dans ce choix en se disant qu'ils ont pu exclure ce qu'ils redoutaient.
20:26Merci Marion Mourgue.
20:27L'élection présidentielle 2027 est organisée les 18 avril et 2 mai.
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