00:04Plus de 750 000 micro-entreprises ont été créées en France en 2025, c'est un record.
00:10Et pour parler de ce statut qui évolue, qui se développe en France, je suis ravie de recevoir en visio
00:16François Hurel,
00:17qui est président de l'Union des auto-entrepreneurs. François Hurel, bonjour.
00:21Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous.
00:26Tout d'abord, qu'est-ce que vous pouvez nous dire de ce chiffre ?
00:29Qu'est-ce que ça dit de l'évolution du travail, de l'entrepreneuriat aujourd'hui en France ?
00:35Alors je pense que ça correspond à trois phénomènes.
00:39Un phénomène d'un regard nouveau des Français sur le travail, plus exactement d'ailleurs sur l'activité, plus qu
00:47'effectivement le travail.
00:49Donc le salariat séduit moins. En réalité, le lien de subordination séduit moins.
00:57Les rémunérations ne sont pas à la hauteur des attentes. Ça, c'est indiscutable. Donc ça, c'est le premier
01:03phénomène.
01:04Le deuxième phénomène, je pense que c'est la recherche de l'indépendance, une aspiration à davantage de liberté et
01:11surtout de conciliation d'une vie professionnelle avec une vie familiale.
01:16Donc c'est un régime qui s'adapte effectivement assez bien à toutes celles et ceux qui souhaitent être dans
01:22cette démarche-là.
01:24Et puis le troisième sujet, je crois qu'il est un vrai sujet, c'est l'économie.
01:29On a un sujet qui, aujourd'hui, l'entrepreneuriat, ça séduit parce qu'on s'enrichit un peu plus vite.
01:37On a une chance de progresser. On grandit.
01:40Alors ça ne veut pas dire, loin s'en faut, que l'herbe est toujours plus verte ailleurs.
01:44Je reste prudent. Tout le monde ne peut pas être micro-entrepreneur.
01:48Il faut avoir un projet. Il faut être accompagné.
01:50Il faut essayer d'être le plus au fait de ce qui se passe et savoir si on peut en
01:56vivre.
01:57Moi, créer une entreprise, si ça ne sert pas à remplir le frigo, ça ne sert à rien.
02:02Donc il vaut mieux avoir une démarche qui soit construite, utile, efficace.
02:07Et je dis toujours, l'alpha et l'oméga, c'est remplir le frigo.
02:11Justement, vous avez publié une vaste étude sur ce régime qui décrit qui sont ces personnes, ces micro-entrepreneurs.
02:19Est-ce que vous pouvez nous donner un peu ce profil qui est réparti en régions, plutôt urbains ?
02:26Quel type d'activité ? Qu'est-ce qu'il y a derrière ce profil, ce régime ?
02:30Alors, je vais répondre en deux temps.
02:32Premier temps, réponse globale.
02:35Un micro-entrepreneur, c'est plutôt quelqu'un qui est jeune.
02:39Enfin, ils sont un peu plus nombreux à être jeune.
02:42Donc, c'est-à-dire entre 18 et 40 ans.
02:46Ils sont plus nombreux que ceux de 55 et suivants.
02:50Ils sont à parité.
02:51C'est-à-dire, en gros, il y a autant d'hommes que de femmes.
02:55Leur revenu moyen, compte tenu du temps qui y est consacré,
03:00parce qu'évidemment, il faut reprendre toujours ça en ligne,
03:04ceux qui y consacrent l'exclusivité de leurs activités,
03:10arrivent à gagner en gros une quinzaine de milliers d'euros par an, au minimum,
03:15et plutôt aux alentours de 25 000 à 30 000 au mieux.
03:20Ça, c'est une étude qui provient de l'URSSAF des Pays-Loire,
03:24qui est la seule vraie étude, j'ai envie de dire,
03:26qui a été faite sur 15 000 auto-entrepreneurs
03:29qui consacraient 100 % de leur activité.
03:32Elle n'était ni complémentaire, ni à temps partiel.
03:38Ensuite, dans une étude que nous avons publiée récemment
03:41avec la Fondation L'Europe, les Mosquetaires,
03:43on a essayé de comprendre si ce profil, finalement, il était urbain.
03:50Est-ce que c'était un phénomène urbain,
03:51ou est-ce que c'était un phénomène qui a une bonne partition
03:55entre urbain et campagne ?
03:57Eh bien, on s'est aperçu avec surprise que la ruralité compte énormément.
04:01Il y a beaucoup de micro-entrepreneurs qui sont installés
04:05dans des villes petites, très petites,
04:09pas forcément liées avec la grande ville.
04:13Et donc, on est à peu près à une proportion de 40-60.
04:1660 sont dans un périmètre urbain ou très urbanisé.
04:2040 sont dans un périmètre rural ou un peu plus que rural.
04:24Et donc, on s'aperçoit que leurs activités sont,
04:28pour la plupart d'entre elles, un véritable trait d'union sociale.
04:33Soit c'est un trait d'union pour l'accompagnement des personnes,
04:37et ça, c'est une évidence, il y a un véritable besoin.
04:41Soit c'est un trait d'union parce que,
04:43je ne vais pas dire que l'administration a déserté nos campagnes,
04:46j'ai envie de dire que nos concitoyens ont besoin
04:49d'un accompagnement administratif
04:52qu'ils ne trouvent pas à proximité de chez eux.
04:55Je ne fais ni un procès à l'un, ni un procès à l'autre,
04:57ce n'est pas le sujet, c'est juste parce qu'ils servent,
05:00effectivement, tous ces auto-entrepreneurs.
05:02Ils sont un trait d'union sociale important.
05:05Derrière ce chiffre de 750 000 micro-entreprises,
05:08comment est-ce qu'on peut le mettre en perspective ?
05:09Est-ce que ce sont toutes des activités, justement, durables,
05:13qui sont implantées dans les localités dans lesquelles vous parlez ?
05:18Alors, sur la pérennité des auto-entrepreneurs,
05:25paradoxalement, c'est l'activité qui, en France, est la plus pérenne.
05:28Parce que si on prend le chiffre,
05:31il s'est inscrit depuis 2009 à peu près 7 millions d'auto-entrepreneurs.
05:36Il en reste, en gros, 3 millions qui sont actifs.
05:40Si l'on calque cette même proportion aux activités en société,
05:43alors ce n'est pas tout à fait vrai, d'ailleurs,
05:45parce qu'il faudrait tenir compte des reventes, bon bref.
05:48Mais en tout cas, on s'aperçoit que le régime auto-entrepreneur
05:52est un régime qui est plutôt stable, plutôt stable.
05:58Ensuite, je pense qu'ils sont davantage pérennes
06:03lorsqu'ils sont dans les territoires ruraux,
06:05pour une raison qui est simple,
06:07c'est qu'ils ne se rapprochent pas d'autres auto-entrepreneurs
06:10pour développer leur activité.
06:12En fait, on s'aperçoit que les auto-entrepreneurs,
06:15soit ils s'arrêtent parce qu'effectivement,
06:17ils n'ont pas de clients, et on en a beaucoup,
06:19il faut être lucide,
06:21soit ils disparaissent des radars ou des numéros sirètes,
06:26parce que finalement, ils s'associent avec un autre autre entrepreneur
06:29et qu'ils créent une société.
06:31Donc, ils vont plus loin, ils vont plus grand,
06:34et ils essaient d'avoir davantage de clients,
06:37de répondre à davantage, effectivement, de marchés.
06:39En ruralité, ils sont plus petits,
06:43ils sont plus indépendants,
06:44ils restent plus souvent seuls.
06:46Et donc, quand bien même auraient-ils des activités de service
06:49à des particuliers ou à des entreprises
06:52qui vivent dans les territoires urbains
06:55ou qui exercent dans les territoires urbains,
06:58ils sont relativement, ils restent stables dans leur situation.
07:01– Et pour vous, pourquoi est-ce que ce régime reste attractif
07:05malgré les éléments qu'on connaît,
07:07soit de complexification,
07:09parce que c'est un régime qui est moins simple qu'avant,
07:12et aussi par rapport à toute la situation économique qu'on connaît,
07:16qui pourrait bien sûr avoir des conséquences
07:18sur ces statuts qui sont beaucoup plus flexibles ?
07:22– Alors, là je peux répondre sur deux éléments.
07:28La clé du régime, c'est effectivement sa simplicité.
07:32Indiscutablement, ce qui a séduit les Français,
07:34et pourquoi ils sont 750 000 à s'inscrire maintenant tous les ans,
07:39pourquoi est-ce qu'on en a inscrit 3 500 par jour quand même,
07:42ce qui est assez colossal ?
07:43C'est évidemment parce que c'est un régime simple.
07:46C'est un régime simple qui, en plus de ça,
07:49interdit de créer de la dette.
07:51Parce que d'abord, si vous ne gagnez rien,
07:54vous ne devez rien à la personne.
07:55Ça, c'est un élément qui est extrêmement important.
07:58Et ensuite, vous ne créez pas de dette
08:00parce que de toute façon,
08:01vous devez vous acquitter de vos cotisations sociales et fiscales
08:04instantanément.
08:05C'est quasiment un prélèvement à la source.
08:07Et donc, en réalité, c'est paradoxalement un régime
08:11qui, économiquement, pour celles et ceux qui l'exercent,
08:14est un régime qui est relativement sûr.
08:17Et ils le savent bien.
08:18Alors ensuite, c'est ça qui est un peu,
08:22je vais dire, crispant en France,
08:25pour utiliser un mot correct,
08:28je pourrais utiliser un mot un peu plus trash,
08:33c'est que gouvernement après gouvernement,
08:38on a de cesse que de vouloir complexifier ce qui est simple.
08:42Et c'est assez bizarre,
08:44cette espèce de course au nivellement par la complexité,
08:48alors qu'en réalité, on devrait s'attaquer au nivellement par la simplicité.
08:52Moi, j'entends tous ceux qui m'expliquent que
08:54les auto-entrepreneurs sont parfois des concurrents déloyaux
08:57parce qu'ils vivent dans la simplicité.
08:59Mais de grâce qu'à ce moment-là,
09:01on n'a qu'à réclamer de la simplicité.
09:03Il faut qu'il y en ait beaucoup plus.
09:04Il faut qu'il y en ait partout.
09:06Et finalement, c'est extrêmement difficile aujourd'hui,
09:09en fait, dans ce pays,
09:10de vouloir, moi, le grand soir de la simplification,
09:13je n'y crois absolument pas.
09:15C'est un travail qui est...
09:17Il faut tout reprendre à zéro,
09:19si jamais on veut être simple et redevenir simple.
09:21Et le régime de l'auto-entrepreneur,
09:23il a cette vertu, c'est qu'il est né de zéro.
09:26Il n'existait pas.
09:27Et donc, en réalité,
09:28lorsque je l'ai construit avec Hervé Novelli,
09:30on l'a fait en se disant,
09:32il faut faire le plus simple possible.
09:34Mais c'est vrai que,
09:36ministre après ministre,
09:38lorsque je rencontre un ministre
09:39et qu'il me dit,
09:39mais de quoi avez-vous besoin ?
09:41Et qu'est-ce qu'on pourrait faire ?
09:41Je lui dis, surtout, vous ne faites rien.
09:44Surtout, je ne vous entends pas.
09:45Je ne veux pas vous voir.
09:46Ne faites rien.
09:47Parce qu'à chaque fois que vous allez faire
09:49vouloir faire quelque chose,
09:51vous allez complexifier le régime.
09:53Et c'est vrai que,
09:54et vous avez raison,
09:56effectivement, de le dire,
09:57depuis 2009,
09:58il faut se battre beaucoup
09:59pour que ce régime reste simple.
10:01Et justement,
10:02de complexité ou simplicité,
10:04on va en parler tout de suite
10:05avec le sujet brûlant de cette semaine
10:06qui est la facturation électronique.
10:08François Hurel,
10:08vous restez avec nous
10:09et tout de suite,
10:10on passe au débat éco.
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