Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 semaines
Après les incendies qui ont ravagé plus de 47 000 hectares dans les Landes de Gascogne, la question de la reconstruction se pose. Car dans la quasi-totalité des parcelles brûlées, c'est la même espèce qui repart en terre : le pin maritime, plantée à 85 % sur ce massif, la plus grande forêt artificielle d'Europe occidentale. Un arbre à l'inflammabilité connue depuis des décennies, mais aussi au cœur d'une filière qui pèse plus de 3 milliards d'euros et 40 000 emplois en Nouvelle-Aquitaine. Entre nécessité économique et urgence climatique, forestiers, scientifiques et pouvoirs publics cherchent des solutions : bocage forestier, coupe-feu élargis, retour du pastoralisme. Le gouvernement doit annoncer une doctrine de reconstitution d'ici trois mois.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Après un nouvel été dévastateur et plus de 47 000 hectares de forêts parcourus par les flammes,
00:05Le feu explose, mais il explose littéralement.
00:08C'est toute une partie de la forêt des Landes de Gascogne dans le sud-ouest de la France
00:12qui doit maintenant être réhabilitée et a priori tout le monde en a conscience.
00:17Et on devra, on le sait, replanter et rebâtir une forêt différente.
00:21Oui, car la forêt des Landes de Gascogne a une grande particularité,
00:24le pain maritime qui occupe 85% du massif forestier.
00:28Les Landes de Gascogne sans pain maritime, quelque part, c'est plus les Landes de Gascogne.
00:33Un arbre bien adapté au sol difficile de la région, qui pousse rapidement et facile à exploiter.
00:38Bref, le candidat parfait, a priori, si ce n'est sa tendance à très bien brûler.
00:43Une fois que le feu prend dedans, la résine crame, projette des têtes de pain,
00:48il projette tout ce qu'on veut, en fait c'est une bombe incendiaire.
00:50Alors, avec le dérèglement climatique et les incendies de plus en plus fréquents et intenses qu'elle accompagne,
00:55planter des bombes incendiaires semble donc ne pas être la meilleure idée du monde.
01:00Le gouvernement lui-même le disait déjà en 2022.
01:03On veut replanter ces forêts, mais en réfléchissant aux espèces,
01:07à la façon d'avoir une gestion plus durable des forêts qui tiennent compte de ce dérèglement climatique.
01:12Et pourtant, presque à chaque parcelle, le pain maritime continue d'être replanté malgré les risques.
01:18Et après cet été 2026, les exploitants le savent déjà.
01:2290% peut-être de la reconstitution se fera en pain maritime.
01:29Et oui, il y a même un petit fumeron encore là-bas.
01:31Oui, c'est en train de fumer là-bas.
01:32On est à trois semaines, à la quatrième semaine après le feu.
01:36Lui, c'est Jean-Jacques Morin, exploitant forestier depuis 30 ans, ici à Somos, dans l'élan de Gascogne.
01:42Des catastrophes naturelles ayant ravagé sa plantation, il en a déjà vu.
01:46Il y a une dizaine d'années, 10-15 ans.
01:47Et cet été, une nouvelle fois.
01:49C'est 80% de ma propriété qui a été brûlée sur cet incendie.
01:5380% de ma propriété, donc 80% de mes revenus.
01:58Malheureusement, Jean-Jacques Morin est loin d'être le seul à avoir perdu ses pains maritimes.
02:03Dans ce massif forestier des Landes de Gascogne, qui s'étend sur près d'un million d'hectares,
02:07à travers la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne,
02:09la monoculture intensive de pains maritimes, très largement majoritaire,
02:13présente de plus en plus de risques face au dérèglement climatique.
02:17On ne peut plus attendre, c'est-à-dire qu'on ne peut pas perpétuer le système,
02:20parce qu'on sait qu'année après année, on va augmenter, encore une fois, la fréquence et la sévérité de
02:26ces aléas.
02:27Des aléas qui menacent la forêt, donc, mais aussi la population humaine directement,
02:31qui vit à proximité de ce couvert forestier largement présent dans la région.
02:36On serait une maison totalement isolée dans une forêt en plein dérèglement climatique,
02:41c'est pas raisonnable.
02:43Pourtant, le pain maritime ne semble pas prêt de quitter les Landes de Gascogne,
02:46une région à laquelle l'arbre est profondément lié dans l'imaginaire collectif,
02:51et pour comprendre, il faut remonter au début du 19e siècle.
02:54À l'époque, le massif forestier tel qu'on le connaît n'existe pas encore.
02:58À la place, on trouve des forêts naturelles, c'est-à-dire des forêts non plantées par l'homme,
03:03composées de différentes espèces d'arbres locales,
03:06comme des chênes, du bouleau ou encore du pain maritime, évidemment.
03:10À côté de ça, la plus grande partie des Landes de Gascogne est occupée par de vastes zones humides,
03:15des marécages et des pâturages souvent inondés,
03:17peuplés de bergers qui se déplacent sur des échasses,
03:20également sur la côte des dunes de sable qui s'enfoncent un peu plus loin chaque année dans les terres.
03:25Bref, une zone assez inhospitalière pour les êtres humains,
03:28qui vont peu à peu l'artificialiser,
03:30notamment sous l'impulsion de l'empereur Napoléon III,
03:33qui encourage la plantation massive de pain maritime.
03:36Double volonté qui était un, de fixer les dunes,
03:39puisqu'il n'y avait pas de plantes fixatrices,
03:41et deux, d'assainir cette zone de marée,
03:43puisque c'était aussi où il y avait tout un tas de maladies liées aux marées.
03:48Sans surprise, l'un des objectifs principaux reste économique.
03:52Avec cette immense forêt artificielle de pain maritime,
03:54c'est un réservoir majeur de résine et de bois facile à exploiter,
03:58qui est désormais accessible.
04:00En quelques décennies, le massif forestier grandit énormément,
04:03au détriment des Landes que les bergers arpentaient pour faire pêtre leurs troupeaux.
04:07Opposé aux forestiers, les échassiers ne font pas le poids,
04:09et le système pastoral finit par disparaître presque totalement au début du XXe siècle.
04:15Plus de 100 ans plus tard, le pain maritime est ainsi devenu l'élément caractéristique du paysage de la région.
04:21En fait, le massif des Landes de Gascogne est même la plus grande forêt artificielle d'Europe occidentale,
04:26et il se compose à 85% de cette espèce d'arbre.
04:29On l'utilise par exemple dans la menuiserie, dans la charpente,
04:33ou bien dans plein d'autres domaines.
04:34Du parquet, du lambris par exemple,
04:36on a aussi des usines qui font du déroulage pour faire du contreplaqué,
04:39qui font de la palette, le papier, le carton,
04:42puisque avec le commerce en ligne entre autres,
04:45le carton reste un des éléments importants dans l'utilisation.
04:48On peut aussi avoir le bois énergie.
04:50Si l'on regarde les chiffres, cela donne plus de 3 milliards d'euros
04:52produits chaque année dans les Landes de Gascogne,
04:54qui sont directement liés au pain maritime.
04:57La filière pain maritime, c'est la première filière économique de la région Nouvelle-Aquitaine,
05:03c'est plus de 40 000 emplois, donc c'est quand même quelque chose d'important.
05:05Une immense forêt de production donc,
05:07détenue à près de 92% par environ 60 000 propriétaires privés.
05:12Si l'on regarde d'un peu plus près,
05:13plus de la moitié de cette surface appartient à de grands exploitants forestiers,
05:17suivis par les petits et les moyens propriétaires,
05:20qui possèdent en général quelques dizaines d'hectares.
05:22Puis le reste est détenu par des fonds d'investissement.
05:25Au final, 8% de la surface totale reste publique,
05:28possédée par l'État ou les communes,
05:30assez loin quand même de la moyenne nationale,
05:32où 25% des forêts sont publiques.
05:35En parallèle, cette monoculture intensive a toujours subi les aléas naturels,
05:41nombreux dans la région.
05:42Malheureusement, nous, on n'est jamais arrivé au bout.
05:46En témoigne la longue expérience de certains sylviculteurs du massif.
05:49Depuis que je suis là, ça fait 50 ans,
05:52donc je n'ai jamais profité d'un pain arrivé à maturité.
05:57À cause des tempêtes, à cause des incendies,
06:02un peu à cause de la malchance.
06:04À l'époque, on disait déjà, il faudrait changer, il faudrait changer.
06:07Mais changer quoi ?
06:08Et avec le dérèglement climatique, on y revient,
06:10et la fréquence grandissante de ces tempêtes,
06:13de ces invasions d'insectes ravageurs,
06:15et bien sûr de ces incendies.
06:16Non, je ne sais pas.
06:17Je ne sais pas exactement ce qu'il faut faire aujourd'hui.
06:20La monoculture landaise est de plus en plus fragile.
06:23On tremble de partout,
06:24et c'est là où on se dit maintenant,
06:26faire de la forêt, on est peut-être un peu devenus fous.
06:28C'est des méthodes de sylviculture intensive qui sont employées,
06:31qui sont vraiment catastrophiques.
06:33Alors, l'essence n'aide pas,
06:34mais c'est vraiment la manière aussi dont elle est cultivée,
06:37qui rend les choses encore plus catastrophiques.
06:39Oui, car pour des questions de productivité, de rentabilité,
06:43les pains maritimes sont régulièrement coupés,
06:45et n'ont plus qu'une durée de vie très courte,
06:47avant d'être définitivement abattus,
06:49puis remplacés par de nouveaux plants.
06:51Une génération, une révolution forestière,
06:53c'est entre 40 et 50 ans.
06:56Résultat, une forêt extrêmement homogène,
06:58avec des pains maritimes alignés,
07:00qui ont le même âge et font la même taille,
07:02des plantations jeunes qui brûlent plus facilement.
07:04Par exemple, après les grandes tempêtes,
07:07on a reboisé de façon rapide et uniforme sur des grandes surfaces,
07:12et le reboisement post-tempête a augmenté la vulnérabilité aux incendies.
07:16Alors, que faire face aux dangers ?
07:17Pour améliorer la situation,
07:19certains avancent l'idée de remplacer ces pains maritimes
07:21par d'autres espèces d'arbres locaux plus résistants aux flammes.
07:25Problème, les exploitants forestiers assurent qu'aucun autre arbre
07:28n'est capable de pousser suffisamment pour être rentable,
07:30et que le résultat serait une catastrophe économique.
07:34On est sur un sol, vous pouvez voir,
07:37sableux, là il est quasiment blanc,
07:39c'est-à-dire qu'il y a très peu d'éléments nutritifs,
07:42et en plus c'est des sols qui sont extrêmement acides.
07:45On n'a pas pléthore d'espèces qui sont adaptées à ces milieux,
07:49et c'est vrai que le pain maritime est une espèce qui a été déjà présente,
07:54donc déjà très bien adaptée.
07:55Compliqué de remplacer les pains maritimes donc,
07:58mais impossible de continuer de la même manière.
08:00Alors, que faire ?
08:02L'autre solution explorée, elle, vise non plus à remplacer le pain maritime à tout prix,
08:06mais à modifier à l'échelle du territoire entier la structure du paysage landais.
08:11On a une continuité du couvert forestier,
08:13qui fait que quand un aléa démarre,
08:15il se propage de façon importante,
08:18sans interruption, sans rupture de continuité,
08:21et donc l'impact est d'autant plus fort.
08:23Pour éviter cette continuité, deux idées.
08:25Tout d'abord, le bocage forestier,
08:27un projet mené conjointement par l'INRAE et les gestionnaires forestiers,
08:31dans lequel des espaces forestiers diversifiés
08:33viennent encadrer et délimiter une plantation de pain maritime.
08:37Nous sommes sur un jeune reboisement
08:40qui a été fait l'année dernière,
08:41suite à l'incendie qui a eu lieu en 2022.
08:45Depuis le début du projet, donc en 2022,
08:47on a fait déjà 60 kilomètres de haies bocagères
08:51en bordure de pain maritime.
08:53Alors ici, vous avez un exemple tout à fait particulier et emblématique
08:57qui est l'arbousier.
08:58C'est un arbuste qui est indigène dans la région de Nouvelle-Aquitaine.
09:03D'un point de vue de résistance au feu,
09:06il résiste bien et il rejette encore mieux.
09:09On a planté ici aussi du chêne vert.
09:11Il est en capacité de croître très bien,
09:16notamment en association avec le pain maritime.
09:19Et donc, vous voyez qu'on est dans un système
09:20où on évite encore une fois la monoculture.
09:23On est dans un système où on mélange au minimum 5 essences
09:28qui ont des vitesses de croissance aussi différentes
09:30de sorte que la haie aura une structure un peu compliquée,
09:33un peu complexe.
09:34L'idée, c'est d'avoir un réseau de haies permanents
09:36qui va durer des centaines d'années
09:38pour offrir ce réseau de protection
09:42limitant encore une fois la propagation des incendies,
09:46des tempêtes ou des insectes ravageurs.
09:48En complément de ce bocage forestier,
09:50l'autre proposition, c'est d'élargir et de multiplier les pare-feux,
09:54de créer de larges espaces dégagés de plusieurs centaines de mètres
09:57afin de morceler la forêt
09:59et de limiter la propagation des catastrophes naturelles.
10:02Cette banque de protection, il va falloir la créer en coupant de la forêt.
10:06J'estime qu'il faudrait faire 1000 à 2000 kilomètres de bandes.
10:10Ça fait 10 à 20 000 hectares.
10:12Ça pose des problèmes gigantesques
10:14parce qu'en déboisant ces zones,
10:18on va aller chez des propriétaires privés
10:20qui vont perdre leur forêt.
10:22La question qui se pose alors, c'est comment remplir ces zones sans arbres ?
10:25L'hypothèse de panneaux photovoltaïques motive certains.
10:29D'autres imaginent plutôt des espaces agricoles.
10:31Pourquoi pas mettre des cultures ?
10:33On s'est aperçu que ce feu, encore, s'est arrêté
10:37plus souvent par des cultures intermédiaires,
10:40c'est-à-dire des champs de maïs.
10:41Il est venu buter, il s'est arrêté tout seul
10:43ou même sur des cultures d'asperges.
10:45Rien que l'effet humide un peu ambiant,
10:47ça a bloqué la progression du feu.
10:49Autre idée, le redéveloppement du pastoralisme,
10:52c'est-à-dire des espaces pour les bergers et leurs troupeaux.
10:55Réfléchir à remettre des prairies naturelles,
10:58à remettre un système éventuellement d'élevage,
11:01on peut imaginer remettre des moutons
11:03pour refaire de la pâture entre deux plantations de pain maritime.
11:07Pour le moment, ces différentes solutions sont donc étudiées,
11:09tout comme les arguments avancés dans le dialogue
11:12avec les exploitants forestiers.
11:13On a 40 000 adhérents.
11:14Dans les 40 000 adhérents, vous imaginez bien,
11:17on va avoir des ardents défenseurs du pain maritime
11:20qui vont refaire tout ça.
11:21Mais aujourd'hui, on note quand même une évolution.
11:23C'est de leur dire, de toute façon, voilà, c'est juste une petite partie
11:28à des endroits bien choisis pour redonner un peu de sens à la propriété,
11:35tout en gardant l'objectif premier de production.
11:38Qui va faire de la forêt de feuillus ?
11:40Qui va faire de la forêt de pain maritime ?
11:42Qui va faire de la prairie, etc.
11:44Donc là, c'est une analyse et une approche
11:46qui nécessitent un dialogue entre les acteurs du territoire.
11:50Après ce nouvel été d'incendie, une chose est en tout cas certaine
11:54pour la majeure partie des scientifiques.
11:55On ne peut pas attendre.
11:57On est obligé d'avancer et anticiper les futures crises.
12:00On a un paquet de solutions sur la table.
12:02Il y a une urgence.
12:04Et maintenant, c'est de savoir comment on va assembler tout ça.
12:07Continuer ainsi fait courir un risque grandissant
12:09et déjà majeur à la biodiversité,
12:11mais aussi à la population de la région
12:14et bien sûr aux exploitants forestiers et leurs plantations.
12:17Gérer une forêt, et où que ce soit,
12:19de manière intensive, de cette manière,
12:22ça comporte des risques assez élevés
12:24et c'est un modèle économique court-termiste.
12:28De son côté, le gouvernement a promis d'accompagner les exploitants.
12:32Une doctrine de reconstitution d'une forêt plus résiliente
12:35a été annoncée d'ici les trois prochains mois,
12:37sans plus de précision.
12:39Un flou qui ne rassure pas forcément
12:40les forestiers victimes des incendies.
12:42Un peu le sujet de tous les soirs, on ne va pas se mentir.
12:46Et qui se demandent de plus en plus
12:48si continuer leur activité représente un avenir viable.
12:51Si je remonte mon exploitation forestière,
12:55ça sera pour la retraite de mes enfants,
12:57de ma fille.
12:58Les premiers revenus n'arriveront pas avant 20 ans.
13:03On aime ça, c'est ça le truc.
13:05On dit, c'est peut-être la résine qui coule dans nos veines
13:08plutôt que du sang, quoi, alors on aime ça.
13:11C'est le truc, c'est pas...
13:13C'est le truc, c'est pas...
13:15C'est le truc, c'est le truc, c'est le truc.
13:20Sous-titrage FR ?

Recommandations