00:00Dix ans après l'adoption de la loi numéro 019-2016 portant code de la communication,
00:06Ensemble pour le Gabon, EPG choisit moins de célébrer l'anniversaire d'une réforme
00:11que d'interroger l'état réel des libertés publiques sous la Vème République.
00:16Dans une publication datée du 18 août 2026, le parti rappelle le rôle joué par les professionnels de la communication
00:23et Alain-Claude Bidibinzé dans l'évolution du cadre juridique de la presse
00:27avant de dresser un parallèle particulièrement sévère avec la situation actuelle,
00:33convocation de journalistes, suspension de médias, restriction des réseaux sociaux
00:37et interrogation sur l'indépendance du régulateur.
00:40Derrière l'hommage historique se trouve une accusation politique autrement plus embarrassante,
00:44la rupture promise en 2023.
00:48Est-elle en train de produire, en matière de liberté d'informer, un retour en arrière ?
00:53Le propos d'ensemble pour le Gabon est construit autour d'un paradoxe.
00:56Le 9 août 2016, sous un régime pourtant abondamment critiqué pour ses atteintes aux libertés publiques,
01:02le Gabon promulguait un nouveau code de la communication,
01:05issu d'un long processus associant pouvoir public et professionnel du secteur.
01:10Dix ans plus tard, sous une Vème République fondée sur la promesse de rupture
01:14avec les pratiques de l'ancien régime, EPG estime nécessaire de demander.
01:19La rupture promise peut-elle consister à revenir sur des libertés conquises avant-elle ?
01:24La question est politiquement redoutable, car une rupture ne se mesure pas seulement
01:28à la disparition des anciennes institutions ou au renouvellement des dirigeants.
01:33Elle se mesure également à l'élargissement des droits,
01:36et lorsqu'un régime nouveau offre moins d'espace à la contradiction que celui qu'il prétend avoir dépassé,
01:41le mot « rupture » risque progressivement de perdre sa substance.
01:44EPG prend néanmoins soin de ne pas réécrire l'histoire à l'avantage exclusif d'Alain-Claude Bilibinzi.
01:51Cette réforme n'est pas née de la volonté d'un seul homme, souligne la publication.
01:55Le parti rappelle les revendications des journalistes, éditeurs, patrons de presse,
02:00syndicats et associations professionnelles,
02:02ainsi que les états généraux de la communication, organisées en décembre 2014.
02:08Cette précision est essentielle, le code de 2016 n'a pas été un cadeau du pouvoir aux journalistes.
02:13Il fut aussi le résultat d'un rapport de force professionnelle et d'une revendication ancienne,
02:18notamment autour de la suppression des peines d'emprisonnement pour les délits de presse.
02:23EPG revendique cependant une part particulière pour celui qui était alors ministre de la Communication.
02:29Alain-Claude Bilibinzi avait défendu le projet devant la représentation nationale en juin 2016.
02:35Le combat des professionnels avait désormais une traduction juridique.
02:39La revendication était devenue « la loi » résume le parti.
02:43L'analyse devient alors particulièrement inconfortable pour le pouvoir actuel.
02:47Comment expliquer que certaines libertés obtenues sous l'Ancien Régime
02:50apparaissent aujourd'hui suffisamment fragilisées
02:53pour que journalistes et organisations professionnelles soient contraints d'en rappeler régulièrement l'existence ?
02:59EPG aligne plusieurs affaires.
03:01La convocation, la garde à vue puis la détention préventive du directeur de publication de Gabon Mediatime en octobre 2025.
03:10L'interpellation de Roland Oluba Oyabi en janvier 2026.
03:14La convocation du directeur de publication et du directeur en chef de Dépêche 241
03:19par la Direction Générale des Recherches en juillet dernier.
03:23Puis en août, celle de Désiré Enam, directeur de publication des Côts du Nord,
03:27à la direction de la Sûreté Urbaine.
03:29Le parti reconnaît lui-même que chaque affaire a naturellement ses circonstances propres
03:33et doit être examinée comme telle.
03:36Cette réserve est importante.
03:38Une carte de presse ne constitue pas une immunité judiciaire
03:42et aucun journaliste ne peut se prévaloir de sa profession pour s'affranchir du droit commun.
03:47Mais EPG pose ensuite la vraie question.
03:49L'accumulation finit par susciter des questions.
03:52C'est précisément là que se situe le problème.
03:54Une convocation peut être circonstancielle.
03:56Deux, peuvent relever de dossiers distincts, mais lorsque les journalistes et directeurs de publication
04:01voient régulièrement leurs différents éditoriaux ou leurs publications débouchées
04:05sur l'intervention de services policiers ou de renseignements,
04:09la question n'est plus seulement juridique, elle devient démocratique.
04:13Le danger n'est même pas nécessairement d'emprisonner massivement les journalistes.
04:17Il suffit parfois d'installer l'incertitude.
04:19A force de convocation, chacun finit par se demander, non plus seulement, si son information est exacte,
04:26mais si sa publication lui vaudra un passage devant un service de sécurité.
04:30C'est ainsi que naît l'autocensure, non par interdiction formelle, mais par anticipation du risque.
04:37C'est probablement l'une des contradictions les plus fortes levées indirectement par le texte de PG.
04:42Le Gabon a fait évoluer son droit pour soustraire les délits de presse à une logique essentiellement carcérale.
04:47Or, si un différent n'est d'une publication journalistique finit régulièrement devant des services de police ou de renseignements
04:54plutôt que devant les mécanismes spécifiques prévus par le droit de la communication,
04:58à quoi sert la dépénalisation ?
05:01EPG formule une doctrine qui mérite attention à une information contestée.
05:05Un état de droit oppose le droit de réponse, la contradiction, la rectification et les procédures prévues par la loi.
05:12Il n'oppose pas l'intimidation. Tout est là.
05:16Une presse libre n'est pas une presse irresponsable.
05:19Elle peut diffamer, elle peut se tromper, elle peut manquer aux contradictoires.
05:23Elle doit alors répondre de ses fautes devant les institutions compétentes.
05:27Mais la réponse démocratique à l'abus de liberté ne peut être la disparition progressive de la liberté elle-même.
05:35La charge de PG devient plus institutionnelle lorsqu'elle vise la haute autorité de la communication.
05:41Le parti ne conteste pas le principe de régulation.
05:44Au contraire, il affirme qu'une démocratie a besoin d'un régulateur.
05:48Il attaque plutôt la question de son indépendance et de la perception de cette indépendance.
05:53Et la formule tombe « réguler n'est pas contrôler ».
05:57C'est probablement le cœur du débat.
05:58Une autorité de régulation ne doit être ni l'avocat des médias ni le bouclier du gouvernement.
06:02Elle doit protéger l'espace informationnel lui-même, pluralisme, déontologie, accès équitable, droit des citoyens et respect du droit.
06:11Lorsqu'un régulateur est davantage redouté par les médias pour ses sanctions qu'il n'est reconnu, pour son impartialité,
06:17quelque chose se dérègle.
06:19Et lorsqu'une partie significative de la profession commence à percevoir ses décisions comme l'expression indirecte du pouvoir politique,
06:26le problème dépasse même la réalité de son indépendance.
06:29Il touche à sa légitimité.
06:31EPG revient naturellement sur la suspension des réseaux sociaux décidés en février 2026.
06:37Ici encore, le débat ne devrait pas être caricaturé.
06:40Les réseaux sociaux charrient injures, désinformations atteintes à la vie privée et contenus susceptibles de tomber sous le coup de
06:47la loi.
06:47L'État dispose du droit et même du devoir de poursuivre leurs auteurs lorsque des infractions sont caractérisées.
06:53Mais c'est justement parce qu'ils disposent de ce pouvoir que la restriction générale devient difficile à justifier
06:59comme réponse durable au comportement individuel.
07:02EPG pose une question simple.
07:04Peut-on défendre la liberté de communication et accepter qu'un espace majeur d'expression des citoyens puisse être fermé
07:10par décision administrative ?
07:13En 2026, Facebook, TikTok ou d'autres plateformes ne servent plus uniquement à commenter l'actualité.
07:20Des médias y diffusent leur production, des entreprises y prospectent, des commerçants y vendent, des créateurs y travaillent, des citoyens
07:27y exercent leur liberté d'expression.
07:29Punir collectivement cet écosystème pour les dérives de certains revient à utiliser une réponse extrêmement large,
07:35là où l'État devrait précisément démontrer sa capacité à identifier, poursuivre et sanctionner individuellement les auteurs d'infractions.
07:44Les dérives de quelques-uns ne peuvent durablement justifier la privation du plus grand nombre.
07:48Mais la partie la plus intéressante du texte EPG est peut-être celle où le parti cesse d'accuser exclusivement
07:55le pouvoir.
07:56Et les journalistes demandent-ils.
07:59La question mérite d'être retournée vers toute la profession.
08:02Où sont les grandes solidarités lorsque l'un des nôtres est inquiété ?
08:05Pourquoi certaines organisations deviennent-elles bruyantes lorsque leurs proches sont concernées ?
08:09Et silencieuses lorsqu'un média concurrent est frappé ?
08:12Pourquoi la défense des libertés varie-t-elle parfois selon l'identité politique ou éditoriale
08:17de celui qui en est privé ?
08:19EPG rappelle avec justesse que la liberté de la presse est indivisible.
08:23C'est probablement la leçon la plus difficile.
08:26Un journaliste qui considère acceptable la restriction frappant un confrère parce qu'il désapprouve ses opinions
08:31abandonne le principe même qui le protège.
08:34On ne défend pas la liberté de la presse parce qu'on aime celui qui parle.
08:37On la défend précisément, pour garantir le droit de parler, à celui avec lequel on n'est pas d'accord.
08:43Il serait enfin naïf d'ignorer la dimension politique de cette publication.
08:47EPG rend explicitement hommage à Alain-Claude Billy Binzé et conclut sur sa situation actuelle.
08:53L'homme qui, dix ans plus tôt, contribuait à élargir l'espace des libertés est aujourd'hui lui-même
08:58privé de liberté.
09:01Le procédé est évidemment politique, mais cela ne suffit pas à invalider la question posée.
09:05On peut discuter le bilan politique d'Alain-Claude Billy Binzé.
09:08On peut rappeler qu'il fut l'une des figures majeures d'un régime dont les rapports avec la presse
09:12furent eux-mêmes loin d'être exemplaires.
09:15On peut même considérer que le code de 2016 n'a pas, à lui seul, transformé le Gabon
09:20au modèle de liberté médiatique.
09:22Mais l'histoire d'une réforme ne disparaît pas parce que son promoteur appartient désormais
09:26à l'opposition.
09:27S'il a effectivement porté devant le Parlement un texte élargi sans certaines garanties
09:31accordées à la presse, ce fait doit pouvoir être reconnu, indépendamment du jugement
09:36porté sur le reste de son parcours.
09:38Au fond, le texte Ensemble pour le Gabon pose moins la question du passé que celle du
09:43présent.
09:43La Ve République veut-elle être plus libre que le régime qu'elle a remplacé, ou simplement
09:49différente ? Car on ne bâtit pas une démocratie nouvelle uniquement avec une nouvelle constitution,
09:54de nouvelles institutions ou de nouveaux titulaires du pouvoir.
09:57Une rupture démocratique se mesure aussi à la capacité du pouvoir à supporter ce
10:03qui le dérange.
10:04Une enquête embarrassante, un éditorial sévère, une caricature, une contradiction publique,
10:09une presse indépendante.
10:11Et c'est précisément lorsqu'elle devient désagréable que la liberté de la presse
10:15démontre son utilité.
10:17EPG conclue par une interrogation qui devrait dépasser les appartenances politiques.
10:21Sommes-nous encore prêts, collectivement, à défendre ce que nous avions conquis ?
10:26Dix ans après le code de la communication, une autre question mérite d'être ajoutée.
10:32Si le Gabon de 2016 avait estimé nécessaire d'élargir les libertés de la presse, comment
10:37le Gabon de la libération pourrait-il expliquer qu'en 2026, il n'en accepte moins ? Car une
10:45révolution institutionnelle qui remplace les hommes sans agrandir l'espace des libertés
10:49peut toujours se proclamer rupture.
10:51Elle aura beaucoup plus de mal à démontrer qu'elle constitue un progrès.
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