- il y a 11 heures
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a répondu aux questions de CNEWS en direct du Gard.
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00:00Bon d'abord j'avais longuement eu à plusieurs reprises Christophe Rivenc lorsque ces menaces sont apparues sur lui et
00:06sur sa famille,
00:07non seulement pour lui assurer mon soutien, mais surtout pour lui dire que le parquet national anti-criminalité organisée,
00:14le nouveau parquet anti-mafia que nous avons créé il y a quelques mois, s'est saisi de son affaire
00:19et donnant des moyens ainsi très importants pour retrouver les auteurs de ces menaces contre lui et contre sa famille.
00:24C'est vraiment extrêmement important parce que c'est la première fois qu'une enquête nationale, un peu comme une
00:30enquête anti-terroriste,
00:31s'ouvre et prenne au sérieux des menaces contre quelqu'un, dépositaire d'autorité publique, aujourd'hui un élu,
00:37demain peut-être un policier ou un magistrat ou un douanier qui serait menacé.
00:40Deuxièmement, vous évoquez les menaces de la desmafia, on n'en est pas certain du tout.
00:45Je vous encourage à peut-être être moins affirmative.
00:48Il y a des trafiquants qui menacent M. le maire d'Aless, c'est absolument inacceptable
00:53parce qu'il fait un travail très important dans sa ville, beaucoup de caméras de vidéosurveillance.
00:57On a renforcé les effectifs de police ici depuis trois ans à Alès.
01:00Il y a un tribunal qui fonctionne très bien.
01:03En ce moment même, il y a un procès à Alès contre le narcotrafic au tribunal d'Alès
01:07avec plusieurs centaines, dizaines de kilos saisis de drogue, voilà, quelques mois.
01:13Et c'est ces menaces parce que, qu'est-ce qu'on a dit au maire d'Alès ?
01:16On a dit qu'il fallait qu'il arrête avec les policiers nationaux, avec les magistrats, d'intervenir dans le
01:21quartier.
01:21Donc ça montre l'efficacité aussi des services de police et des magistrats.
01:24Et c'est ces menaces et ces auteurs de menaces, quelle que soit l'organisation, qu'il faut absolument combattre.
01:30Donc ma venue, c'est une venue évidemment de soutien au plein cœur de l'été pour le maire d
01:33'Aless courageux.
01:34Mais c'est aussi la mobilisation en faisant le point sur l'enquête des services de justice et de police
01:40qui vont, j'en suis sûr, dans les prochains jours et prochaines semaines, retrouver ces auteurs,
01:44les présenter devant les magistrats et les condamner.
01:46Les maires soient menacées à ce point-là, soient ensuite exfiltrées pour échapper à ces menaces.
01:52Qu'est-ce que cela dit de notre société, de notre lutte contre le trafic de drogue, monsieur le ministre
01:57?
02:01C'est malheureusement pas nouveau.
02:02Moi j'ai été maire également, je suis élu local à Tourcoing.
02:06J'ai été maire en 2014 et je me rappelle que moi-même, en fin 2014,
02:10après des opérations de police que j'avais demandé au ministre de l'Intérieur de l'époque,
02:13nous avons été le directeur de la police municipale, le commissaire de police et moi-même menacé.
02:18Là, ce qui est évidemment, je crois, un changement, c'est que le pouvoir, l'État,
02:23je salue le ministre de l'Intérieur évidemment dans son action,
02:26qui soutient beaucoup le maire d'Aless également,
02:27met des moyens considérables pour retrouver ses auteurs.
02:30Aujourd'hui, les policiers de la police judiciaire ont beaucoup travaillé,
02:34sous l'autorité des magistrats, on y met des moyens très importants
02:38pour retrouver des auteurs de menaces contre les élus.
02:40Ce n'était pas tout à fait le cas il y a encore une dizaine d'années,
02:43lorsque moi j'étais élu local.
02:45Le deuxième point, c'est aussi de parler de ce courant particulier du sud de la France.
02:49On voit qu'il y a peut-être une contamination,
02:53et c'est même quasiment certain, des narcotrafiquants marseillais
02:56qui touchent les Alpes-Maritimes, qui touchent le Vaucluse, qui touchent le Gard,
03:00et il faut donc absolument réagir extrêmement fortement.
03:03Et il y a une sorte de guerre de territoire et de combat.
03:05Et moi, je constate dans beaucoup d'affaires judiciaires que j'ai eues à connaître,
03:08comme ministre de l'Intérieur et maintenant comme ministre de la Justice,
03:10c'est que beaucoup de ces narcotrafiquants sont en prison actuellement,
03:14ou sont à l'étranger.
03:15Ils ne sont rarement dans les rues de Saint-Tropez ou de Paris à se balader.
03:19Ils sont poursuivis par les services de police et de gendarmerie et de magistrats.
03:23Simplement, de l'étranger ou de leur prison,
03:26ils commandent leur trafic, ils font des menaces,
03:29ils font des guerres de territoire,
03:30et alors qu'ils ne sont plus en capacité de gérer leur point de deal,
03:34ils font assassiner ou ils se combattent avec d'autres groupes
03:38pour pouvoir le garder alors qu'ils sont normalement sous les mains de la justice.
03:42Et c'est pour ça que j'ai créé des prisons de haute sécurité.
03:44Vous avez vu qu'on a fait une troisième prison hier,
03:46où on ne retrouve aucun téléphone portable,
03:49où on ne retrouve aucun drone qui vient donner des informations.
03:53Et c'est pour ça que nous travaillons beaucoup avec les Émirats Arabes Unis.
03:55J'en suis à plus de 20 extraditions depuis plus d'un an,
03:59alors que c'était quasiment zéro depuis plusieurs années.
04:01Nous avons vu une très bonne coopération avec le Maroc,
04:04et vous l'avez vu maintenant avec l'Algérie,
04:05pour arrêter des narcotrafiquants.
04:07Donc je veux aussi dire aux Français qu'il ne suffit pas simplement de dire
04:11qu'on est contre le narcotrafic,
04:12il faut faire des prisons de haute sécurité pour les empêcher de communiquer,
04:15et il faut travailler avec les pays du Maghreb,
04:17avec les pays asiatiques, avec les pays du Moyen-Orient,
04:20pour les empêcher de blanchir leur argent,
04:22et surtout pour les empêcher de pouvoir continuer leur trafic ailleurs
04:25que sur le territoire national, où ils sont pourchassés par la police.
04:28Ces quartiers de lutte contre la criminalité organisée,
04:32vous étiez hier à Réau,
04:33et donc il y a ce bilan des premiers établissements,
04:36donc aucun téléphone découvert, vous le mentionniez,
04:38aucun survol de drone, aucun incident majeur,
04:41aucune agression sur personnel.
04:43Est-ce que ça montre, voilà, pour vous,
04:45que quand enfin on met un peu des moyens dans nos prisons,
04:48ça fonctionne ? On a l'impression que vous avez inventé la vraie prison
04:51et le vrai isolement, finalement.
04:57Il y a des moyens supplémentaires, évidemment,
05:00mais il y a surtout, je crois, une volonté politique.
05:03C'est la loi narcotrafic, sur le modèle italien,
05:05de la loi antimafia, que j'ai portée,
05:08qui m'a permis de faire ces prisons de haute sécurité,
05:10tout en respectant l'état de droit.
05:12Le Conseil constitutionnel, le Conseil d'Etat l'a validé.
05:14Simplement, il y avait une volonté de changer la prison,
05:17qui est un lieu où on doit respecter, bien sûr, les détenus,
05:20mais où ils ne doivent pas continuer à faire leur trafic.
05:24Sinon, évidemment, ça n'a plus aucun sens,
05:26le travail des policiers, des gendarmes et des magistrats.
05:28Et on m'a dit souvent que c'était impossible.
05:30On m'a dit souvent qu'on ne pouvait pas construire des prisons
05:33en quelques mois.
05:33Et nous avons réaménagé, construit,
05:36trois prisons de haute sécurité en un an.
05:39Il y en aura deux autres, à Valence et à Aix-en-Provence,
05:42dans le sud de la France, l'année prochaine.
05:43Donc oui, c'est une efficacité,
05:45grâce aux moyens et grâce au courage admirable
05:48des agents pénitentiaires qui font un travail très difficile.
05:51Mais c'est aussi une volonté de pouvoir se dire que non,
05:54il y a des personnes les plus dangereuses,
05:56ne peuvent pas avoir un téléphone portable
05:58et organiser leur évasion à coup de kalachnikov
06:02sur un péage de l'heure en pleine journée,
06:05comme le drame d'Incarville nous l'a montré il y a deux ans.
06:08Il fallait arrêter une forme de naïveté.
06:11Et vous savez, les Italiens qui ont connu plus de 40 morts,
06:1440 morts dans les années 80-90,
06:17avec le travail très admirable qu'a fait le juge Falcon,
06:20chacun s'en souvient,
06:21ils avaient, en Europe, dans un pays démocratique,
06:24inventé une prison anti-mafia.
06:26Et nous avons fait la même chose,
06:27nous avons copié les Italiens.
06:29Vous parliez justement de cette naïveté que vous n'avez pas,
06:33mais certaines décisions, notamment parfois de la justice,
06:36peuvent poser question.
06:37Le week-end dernier, c'est un détenu d'un quartier de haute sécurité
06:41de Condé-sur-Sarthe.
06:42Il est sous le coup d'une OQTF,
06:43il est lié au narcotrafic,
06:44et il a pu aller rendre visite à sa sœur pendant 48 heures.
06:48C'est-à-dire qu'on a des établissements
06:50où ils sont véritablement isolés,
06:52des établissements parfaitement hermétiques avec l'extérieur.
06:55Est-ce que c'est utile si, pendant 48 heures,
06:57un détenu peut échanger avec qui il souhaite
07:00à chaque fois qu'il a une permission ?
07:05Alors la réponse est non, vous avez parfaitement raison.
07:07D'abord, je voudrais dire que la France,
07:09l'État français, le gouvernement a gagné tous ses recours,
07:12puisque les détenus ont évidemment fait des recours,
07:14c'est leur droit,
07:14a gagné tous les recours depuis plus d'un an.
07:17Plus d'une centaine de décisions ont été rendues,
07:19toutes positives pour le gouvernement
07:20et les prisons de haute sécurité.
07:21Donc d'abord, je voudrais souligner ce point.
07:24Là, il s'agit de quoi ?
07:24Il s'agit d'un détenu que nous considérons particulièrement dangereux,
07:28qui est en fin de peine.
07:29Il lui reste moins d'un an et demi à faire.
07:31Et le juge a considéré,
07:34je respecte en tant que ministre de la Justice
07:35et en tant que citoyen la décision évidemment du magistrat,
07:38qu'il devait avoir le retour dans sa famille
07:41et le retour dans une vie professionnelle possible,
07:43puisqu'il est à un an et demi de la sortie de peine.
07:44Dont acte, nous allons mettre fin
07:47au fait que des personnes détenues dans les prisons de haute sécurité
07:51qui sont à moins d'un an de leur sortie de prison,
07:53y soient, puisque ça ne sert évidemment à rien,
07:55qu'ils puissent faire un an et de retour dans leur famille.
07:57Par ailleurs, il y a une disposition qui est en ce moment discutée au Parlement
08:00pour que les détenus qui sont sous OQTF
08:03puissent évidemment être expulsés
08:05et ne pas pouvoir avoir de réinsertion dans la société française.
08:08Ils n'ont pas vocation à rester sur le territoire national.
08:10Je constate d'ailleurs que nous avons augmenté depuis mon arrivée au ministère de la Justice
08:14plus de 35% les expulsions d'étrangers qui sont dans nos prisons
08:17et encore beaucoup à faire.
08:19Donc oui, évidemment, cette décision, elle vient contrecarrer
08:23le travail que nous faisons dans les prisons de haute sécurité.
08:25Donc on va en tirer les conséquences
08:26quand on est à quelques mois de sa libération.
08:28Ça, c'est une décision qui a été rendue par le juge en toute indépendance.
08:32Nous allons éviter de mettre des détenus en fin de peine dans ces prisons.
08:36Mais vous savez, 90% des détenus dans les prisons de haute sécurité,
08:39ils sont prévenus.
08:41C'est-à-dire qu'ils sont normalement dans des maisons d'arrêt.
08:43C'est-à-dire qu'ils n'ont pas encore connu leur condamnation.
08:45Et ça, c'est très important de savoir.
08:4790% des personnes sont en attente de leur condamnation.
08:50C'est-à-dire que sans doute, ils auront des condamnations,
08:52sauf ceux qui seront acquittés, bien sûr,
08:54de 10, de 15, de 20 ans, de 30 ans, de perpétuité.
08:57Et donc l'immense majorité de ces détenus
09:00seront très longtemps dans ces prisons de haute sécurité.
09:04Et puis bien sûr, la coopération judiciaire,
09:07notamment avec l'Algérie que vous mentionniez en début d'interview.
09:11Puisqu'on l'a appris récemment,
09:13deux gros poissons du narcotrafic ont été interpellés.
09:17J'imagine que pour vous, c'est le signe
09:19qu'il y a enfin une reprise de la coopération judiciaire.
09:22Il faut rappeler qu'on était vraiment à une coopération
09:25totalement néante pendant plusieurs mois avec Alger.
09:33C'est la preuve que la diplomatie fonctionne.
09:35Et le fait que lorsque nous parlons sincèrement
09:37avec nos amis et nos alliés et nos voisins,
09:40et parfois les gens et les pays avec lesquels
09:42on a des grandes difficultés,
09:44et parfois des oppositions très vives,
09:46nous y arrivons.
09:47C'était le cas aux Émirats arabes unis.
09:49On a réussi, comme je vous l'ai dit,
09:51à reprendre des extraditions,
09:52plus d'une vingtaine d'extraditions,
09:53sur le territoire national.
09:54Et maintenant, nous arrivons même à faire des saisies
09:56et des confiscations aux Émirats,
09:58des appartements saisis désormais du narcotrafic à Dubaï,
10:01ce qui n'a jamais existé dans l'histoire
10:02de la relation entre la France et les Émirats.
10:04Et je remercie beaucoup les Émiratis.
10:06C'est vrai aussi du Maroc,
10:08qui nous a beaucoup aidés,
10:09alors que la coopération a été arrêtée depuis très longtemps.
10:12Une coopération judiciaire qui nous a permis notamment
10:13d'arrêter les auteurs présumés de la tuerie d'Incarville
10:17lors de l'évasion de M. Amra.
10:19Et le Maroc qui nous a aidés également à arrêter
10:21Félix Bengui, le patron du clan Yoda,
10:24comme vous le savez.
10:25Et maintenant, en effet, l'Algérie.
10:27À la demande du président de la République,
10:28je me suis rendu en Algérie pour une coopération judiciaire
10:31dans la lutte contre le terrorisme
10:32et dans la lutte contre le narcotrafic
10:34avec une délégation de magistrats.
10:36J'ai reçu aussi secrètement, si j'ose dire,
10:38de très nombreux magistrats algériens
10:41à Paris, voilà, quelques semaines et quelques jours encore.
10:44Et nous sommes très heureux de ces deux interpellations
10:46puisqu'on avait signalé ces personnes.
10:48Et non seulement elles ont été interpellées,
10:49mais vous avez vu, elles ont été mises en détention provisoire,
10:51c'est-à-dire en prison en Algérie,
10:53parce que d'habitude, elles sont sous contrôle judiciaire,
10:54c'est-à-dire qu'elles sont sous main de justice,
10:57mais elles peuvent se balader dans la rue
10:58et continuer à communiquer.
11:00Et donc, effectivement, c'est une bonne nouvelle.
11:02Il y a encore beaucoup à faire avec l'Algérie,
11:04avec le Maroc, avec les Émirats.
11:05Et j'y travaille personnellement et quotidiennement.
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