00:00À Paris, un homme a été déclaré pénalement irresponsable après avoir tenté de pousser sa mère sous les roues d
00:05'une camionnette.
00:06Ça s'est passé en février dernier. Selon le Parisien, cet homme souffre de schizophrénie.
00:10Il aurait agi lors d'une bouffée délirante alors que sa mère souhaitait qu'il retourne à l'hôpital.
00:14En 2022, il avait déjà été déclaré irresponsable après avoir tenté de pousser une magistrate sur les voies du métro.
00:20On est avec Jean-Pierre Bouchard qui est docteur en psychologie et criminologue.
00:24Bonjour, merci d'être en direct avec nous ce matin sur CNews.
00:27Quels sont les signes qui doivent alerter une famille qu'un proche est en train finalement de basculer dans une
00:34crise délirante,
00:35une crise qui pourrait être potentiellement dangereuse ?
00:38Alors, si la personne délire, la personne schizophrène délire, il y a des signes qui sont flagrants, qui sont très
00:46repérables.
00:47C'est la bizarrerie des convictions délirantes qui nous paraissent appropriées,
00:52avec des mécanismes délirants bien typiques, c'est-à-dire des interprétations totalement fausses de la réalité ou de certains
00:59secteurs de la réalité.
01:00Et encore plus encore, ce qu'on appelle nous les cliniciens des perceptions sans objet, c'est-à-dire des
01:05hallucinations.
01:06C'est-à-dire les gens peuvent entendre des voix, peuvent ressentir des goûts qui ne sont pas réels,
01:13avoir la sensation qu'on les empoisonne dans les aliments.
01:15Ils peuvent avoir aussi des hallucinations visuelles, etc.
01:19Tout ça, évidemment, modifie énormément leur univers, on va dire, mental.
01:25Et puis, ils délirent sur certains thèmes.
01:27Et le thème délirant que l'on retrouve le plus souvent, c'est à base de préjudices perçus de façon
01:34délirante,
01:35de préjudices, de persécutions aussi, c'est très fréquent, par des proches ou d'autres personnes,
01:42ou par une personne en particulier. Et tout ça peut amener quelquefois,
01:47car il faut d'abord préciser que l'immense majorité des schizophrènes ne sont pas dangereux,
01:52ne le seront jamais, mais ça peut arriver, c'est pour ça que là, il va y avoir un point
01:56de vigilance fort,
01:57ça peut conduire certaines personnes à réagir par rapport à ça, à se défendre de façon pathologique,
02:04ou à commettre des actions sur des injonctions, des ordres donnés par ces fameuses voix, etc.
02:10Donc il y a différents profils, mais en fait, quand on les collait bien, moi j'en ai vu des
02:15centaines,
02:15on retrouve toujours à peu près les mêmes écrans cliniques, et très souvent, ces signes sont repérables.
02:21Il arrive même que la personne était menaçante avant, donc la menace, c'est déjà un signe de dangerosité
02:29qu'il faut prendre en compte.
02:30Et la bonne nouvelle, c'est que depuis bientôt deux siècles, depuis 1838 en France,
02:37il y a un arsenal juridique qui a été révisé, mais qui va toujours dans le même sens,
02:41c'est qu'on n'a pas besoin d'attendre que la personne devienne réellement dangereuse,
02:45on peut prévenir ça en prononçant, en quelque sorte, des soins contraints,
02:51c'est-à-dire l'obliger à se soigner,
02:53deux façons à prévenir des passages de l'acte dangereux,
02:56c'est évidemment l'intérêt des victimes potentielles et des agresseurs
03:00qui ne doivent pas devenir des criminels pour ces raisons,
03:04quand elles peuvent être prévenues.
03:06Alors justement, jusqu'où va la limite de l'obligation de soins ?
03:10Est-ce qu'on peut hospitaliser de force un malade atteint de psychiatrie
03:14pour une très longue durée, voire à perpétuité lorsque cette personne est jugée très dangereuse ?
03:19L'hôpital psychiatrique, ce n'est pas non plus la prison.
03:24Non, ce n'est pas la prison, mais il y a des secteurs qui sont fermés
03:27et ce sont les fameuses, entre autres, unités pour malades difficiles.
03:32J'ai entendu sur votre antenne, comme si il disait qu'il y en avait dans chaque département,
03:36c'est totalement faux, il n'y en a que dix en France,
03:40dont quatre qui sont historiques et d'autres qui sont venues plus petites après.
03:44Mais il y a cinq départements en France, il y en a dix,
03:46donc il y a énormément de départements qui n'en ont pas.
03:49Mais ces malades mentaux, qui peuvent être dangereux ou qui ont été dangereux
03:54ou qui pourraient l'être à l'avenir, peuvent être hospitaliers sous contrainte
03:58également dans des services tout à fait de psychiatrie adulte en général.
04:03Et c'est même peut-être la majorité d'entre eux.
04:08Alors d'abord, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que s'il y a un trouble mental,
04:13qu'il y a un lien de causalité avec une agression, une infraction commise, etc.,
04:17mais il faut que ce lien de causalité existe vraiment, qu'il soit démontré
04:22et qu'il ait aboli le discernement de la personne et le contrôle de ses actes.
04:27Souvent, on dit François, mais il y a aussi le contrôle des actes qui est en question,
04:31des actes en l'occurrence criminels ou délinquantiels.
04:35On parle d'abolition du discernement et c'est là, uniquement dans ces cas,
04:39ils ne sont pas très nombreux en fait, on peut les estimer à moins de 1% à peu près
04:43des personnes expertisées pénalement, que ces personnes relèvent de contraintes
04:51de prise en charge psychiatrique.
04:52Si leur discernement est simplement altéré, en quelque sorte,
04:59ils demeurent jugeables et punissables, mais simplement,
05:04il peut être prononcé une réduction de peine pour ces raisons-là.
05:08Voilà, voilà.
05:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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