Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 jours
Des familles qui attendent une place pendant des années, des territoires où consulter un médecin relève du parcours du combattant, une santé mentale sous tension. Derrière les chiffres, des réalités qui interrogent l'avenir du système de santé réunionnais.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Quand on est dans une situation où on pense d'abord à la fin de mois,
00:05quand on pense d'abord à chercher un logement qu'on n'a pas,
00:08ou un logement qui n'est pas très adapté,
00:10ou qu'on est dans une situation où on n'a pas de boulot,
00:14la santé ça arrive malheureusement très souvent après.
00:17Qui peut aujourd'hui garantir que demain on aurait un égal accès aux soins ?
00:21En tout cas on peut quand même se donner comme devoir
00:25de veiller à ce que de plus en plus, ou de moins en moins.
00:30Elles soient en difficulté.
00:34Moi je n'emploie pas ou plus le terme de désert médical.
00:38Dans le terme désert médical c'est-à-dire que vraiment plus rien ne pousse,
00:42tout est presque fichu.
00:43J'ai constaté que ce sont souvent dans les territoires où il y a le plus de difficultés
00:48que les idées, les initiatives, les innovations sont portées.
00:51Donc ça permet de laisser quand même un peu d'espoir.
00:54Par contre c'est vrai qu'on a une offre de santé
00:58qui est quand même pratiquement sur tous ces segments,
01:01que ce soit le nombre de médecins ou la densité de médecins,
01:04de paramédicaux supérieurs à la moyenne nationale.
01:08A l'inverse, vous l'avez dit, il y a des territoires où c'est plus compliqué
01:11et où il y a des spécialités où c'est plus compliqué.
01:13C'est vrai qu'aujourd'hui, bon, médecin généraliste,
01:16on en a plus que la moyenne nationale.
01:18Médecin spécialiste, il y a quand même des tensions sur certaines disciplines.
01:21C'est vrai pour la psychiatrie, c'est vrai pour l'ophtalmo,
01:25c'est vrai pour les dermatos dans certains territoires.
01:27Et puis il y a tout l'enjeu de la formation des professionnels de santé.
01:33Enfin moi, j'aimerais bien, une fois cette mission terminée un jour,
01:37pouvoir vous dire qu'on sera arrivé par exemple à faire en sorte
01:40que les quatrièmes, cinquièmes et sixièmes années
01:43qui font leur médecine aujourd'hui, juste avant l'internat,
01:46puissent, pour celles et ceux qui le souhaitent,
01:48parce qu'il y en a qui ont envie quand même d'aller dans l'hexagone.
01:50Et pour ceux qui le souhaitent, puissent être formés ici.
01:56Les urgences, c'est le réceptacle de la société.
02:00Et en fait, quand les urgences débordent,
02:04ce n'est pas le fait des urgences,
02:05c'est très souvent la question de l'amont et de la balle.
02:09Ça veut dire que quand ça coince, un peu comme un entonnoir,
02:12c'est qu'au-dessus, on n'a pas mis assez de moyens
02:15en matière de prévention, en matière de régulation.
02:19Vous savez que de plus en plus, désormais,
02:21pour aller aux urgences, on appelle le 15.
02:23Il y a des territoires où c'est même presque tout le temps.
02:26Je ne sais pas dire si c'est bien ou c'est mal,
02:28mais en tout cas, c'est déjà une pré-régulation
02:29qui permet aussi d'éviter d'aller aux urgences
02:34et attendre des heures pas possibles
02:35quand le besoin n'est peut-être pas aussi urgent que ça.
02:38En même temps, dans certains territoires,
02:40quand il n'y a plus que le service public ouvert,
02:42on peut comprendre que les patients le fassent.
02:44C'est vrai aussi au-delà de la régulation
02:47pour faire en sorte qu'on dépiste, on repère,
02:50que les médecins généralistes puissent jouer pleinement leur rôle,
02:53notamment en matière de permanence des soins.
02:55Et puis, il y a le après.
02:56Quand ça coince aux urgences,
02:57c'est que très souvent, il manque des places dans les EHPAD,
03:01il manque des places dans le moyen séjour,
03:04les centres de rééducation.
03:05La ville n'est pas toujours en possibilité de répondre.
03:10Donc, ça veut dire que quand on augmente,
03:12et on l'a fait par exemple au GHER,
03:14le nombre de mètres carrés pour les urgences,
03:16c'est la moindre des choses pour les patients et pour les soignants.
03:19Mais ça veut dire aussi qu'il faut travailler
03:22sur qu'est-ce qui se passe avant et qu'est-ce qui se passe après
03:24pour rendre plus fluide le parcours de santé des gens.
03:32Elle est déjà développée, l'intelligence artificielle,
03:34dans le domaine de la radiologie,
03:36dans le domaine de l'expertise sanguine,
03:39dans le domaine de l'appui au diagnostic existe déjà.
03:44Et je pense que le train est parti.
03:46Il ne faut pas le refuser, simplement.
03:48Il est évident qu'il faut que cette intelligence artificielle,
03:52et je pourrais vous dire la même chose de la robotique,
03:54de la domotique, qui sont déjà dans nos établissements.
03:56Aujourd'hui, on opère au CHU grâce à un robot,
03:59par exemple dans certaines spécialités.
04:01Il ne faut pas le rejeter, mais à chaque fois,
04:03se dire que le seul but de l'IA, le seul but de la robotique,
04:08le seul but de ces techniques d'accompagnement,
04:10c'est que ça doit servir le patient.
04:12Et peut-être même, si le diagnostic est un peu pré-mâché,
04:16peut permettre aux soignants de reprendre plus de temps
04:20pour expliquer, pour avoir une réponse qu'on dit holistique.
04:25Vous savez, c'est un grand mot,
04:26mais ça veut dire prendre le patient dans sa globalité,
04:28et pas simplement l'organe ou la maladie qui va le gêner.
04:35Si on veut bien soigner les réunionnais,
04:37il faut aussi prendre soin des soignants.
04:39Je pense qu'il faut le prendre très au sérieux.
04:41Vous savez, le 10 juillet, j'ai installé une instance,
04:46on l'a appelé comité de pilotage,
04:48pour prendre soin des soignants.
04:51C'est un problème très sérieux,
04:52parce qu'ils l'ont tous dit,
04:55et on le constate, la santé des soignants,
04:57si on compare à la santé de la population générale,
04:59est bien détériorée, est bien moins bonne.
05:02Quelles sont les raisons ?
05:04Vraisemblablement, ce sont des métiers de l'engagement,
05:07comme d'autres, comme vous,
05:08comme celles et ceux qui s'engagent,
05:09où on a tendance à s'oublier.
05:11On soigne les autres, mais on ne se soigne pas soi-même,
05:14on ne fait pas attention à soi.
05:16Deuxièmement, les conditions de travail,
05:17dans certains cas, ne sont pas bonnes.
05:20Il faut le dire, il ne faut pas avoir peur de dire
05:22que ça dépend de la politique managériale,
05:24ça dépend de la façon dont on s'est organisé,
05:25ça dépend parfois du manque de moyens.
05:28Et puis, par rapport aux soignants,
05:32ils ont été applaudis pendant le Covid,
05:34mais ils le disent eux-mêmes.
05:39Les patients que nous sommes ont des droits,
05:42mais parfois oublient aussi leurs devoirs.
05:44Le devoir de respecter le soignant,
05:47le devoir de comprendre que parfois,
05:48quand on attend beaucoup,
05:49ce n'est pas la faute de l'infirmière
05:51qui fait de son mieux,
05:52mais c'est aussi d'être à l'écoute.
05:59Quand vous regardez les dépenses de santé
06:01rapportées à la population,
06:03toutes les dépenses de santé à La Réunion
06:05sont supérieures au niveau national
06:08et en augmentation.
06:09Le seul domaine aujourd'hui où on est en retard,
06:11c'est l'accompagnement des personnes âgées
06:13et des personnes en vivant avec un handicap.
06:16Donc, on a eu la chance d'avoir des crédits
06:20dites de plan de rattrapage
06:22pour pouvoir créer des places
06:23pour enfants, pour adultes handicapés.
06:26Alors, pour adultes,
06:27c'est souvent avec le conseil départemental.
06:30Pour le champ du handicap,
06:32on a pratiquement presque 50 millions
06:35jusqu'à 2030 pour ouvrir des places supplémentaires.
06:39On est très déterminés à avancer sur le sujet.
06:42Maintenant, le temps que les places s'ouvrent,
06:44ça demande du temps.
06:46Et il ne faut pas non plus laisser
06:47les familles sans réponse.
06:50Alors, c'est vrai que les MDPH,
06:52conseils départementaux et travailleurs sociaux
06:54font de leur mieux pour expliquer, accompagner
06:56et essayer de trouver quand même des solutions.
06:59On a mis en place une réponse très concrète
07:01où on a embauché 10 assistantes sociaux
07:04qui accompagnent des personnes qui sont en attente,
07:06des familles qui sont en attente
07:08pour des adultes handicapés.
07:11Ça a permis de constater plusieurs choses.
07:14Parfois, la personne avait enfin obtenu une réponse.
07:18Donc ça, c'était bien.
07:19Et puis parfois, ça a permis aussi d'expliquer,
07:22d'accompagner et à un moment donné,
07:25être là lorsqu'il y aura une place.
07:27Le deuxième enjeu qu'on comporte,
07:29c'est ce qu'on appelle la transformation de l'offre.
07:32C'est-à-dire que de plus en plus,
07:33il faut que nos structures médico-sociales
07:37aillent vers le droit commun, vers l'école,
07:39vers l'emploi, vers la vie de tous les jours
07:41pour les personnes vivant à un handicap.
07:43On a un objectif à échéance 2030
07:47de créer plus de 1 000 places supplémentaires.
07:50Vous me direz, il y en a encore un
07:51qui resteront sûrement en attente,
07:53mais c'est déjà ça.
07:54Et dans tous les secteurs,
07:56ça va de l'accompagnement à l'école,
07:58à la création de structures,
08:00comme des maisons d'accueil spécialisées
08:01ou comme des IME adaptées.
08:08On l'a été,
08:09mais il y a eu quand même
08:10un formidable plan de rattrapage
08:11dans les cinq dernières années
08:12puisqu'il y a près de 40 millions d'euros
08:14qui ont été attribués à La Réunion.
08:16C'est comme ça qu'on a pu créer
08:17des hôpitaux de jour,
08:18des CMP, moderniser l'offre,
08:22investir dans le bâti,
08:23créer des équipes mobiles.
08:24C'est ce qu'on appelle
08:25notre projet territorial de santé mentale.
08:27Pendant l'attrapage,
08:27je ne veux pas dire que tout est réglé
08:29parce qu'il y a tellement de besoins.
08:31Et notamment,
08:31et La Réunion n'y échappe pas,
08:33les indicateurs ne sont pas bons
08:35en termes de précocité,
08:37d'intensité, d'acuité,
08:39des problématiques.
08:40Donc ça va être de plus en plus jeune.
08:41Il y a l'effet Covid,
08:42mais je pense que ça,
08:43ça couvait depuis longtemps.
08:46Et donc,
08:46on va mettre en place
08:47un deuxième projet territorial
08:49de santé mentale.
08:51Entre 15 et 20 millions d'euros,
08:52jusqu'à 2030,
08:53ce n'est pas rien non plus.
08:54Et on est en train de travailler
08:56avec les hôpitaux,
08:58les libéraux,
09:00les associations,
09:01les institutions,
09:02les collectivités locales,
09:02les usagers.
09:03Bref,
09:04pour essayer de continuer
09:06à apporter des réponses.
09:06On va surtout insister,
09:08cette fois-ci,
09:09sur le aller vers.
09:11On a besoin
09:12d'avoir des équipes,
09:14il y en a déjà,
09:15mais de les multiplier
09:16parce qu'il y a aujourd'hui
09:17des gens
09:18qui renoncent aux soins
09:20ou qui sont de plus en plus isolés.
09:22J'étais allé à la rencontre
09:24d'un GEM,
09:25un groupe d'entraide mutuelle
09:26qui accueille des personnes
09:27touchées par des problématiques
09:28de handicap psychique.
09:30Toutes me disaient
09:31qu'avant le GEM,
09:32qui est un lieu,
09:32en fait,
09:33dans une maison
09:33où tout le monde se rassemble
09:34et vit des moments
09:35de fraternité sympa,
09:37mais avant ça,
09:37ils ne sortaient plus de chez eux.
09:39Aller chercher son pain,
09:40c'est presque gravir l'Himalaya.
09:42Et donc,
09:43on va développer
09:44des réponses comme celles-là,
09:45plus,
09:46d'aller vers,
09:48d'actions de prévention aussi,
09:51et puis aussi,
09:51peut-être,
09:52de mesures
09:53qui permettront,
09:53je l'espère,
09:54de favoriser l'accès à l'emploi,
09:57l'accès au logement,
09:58bref,
09:58qui fassent que là encore,
09:59la maladie n'emporte pas tout.
Commentaires

Recommandations