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[#Reportage] Bourses en France : économiser aujourd’hui sur la formation pour payer demain le prix de l’ignorance ?

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00:00Face au relèvement annoncé au niveau minimum des ressources exigées en France, passé de 615 à 877,50 euros par
00:08mois, soit une hausse de près de 43%,
00:10le Gabon reconnaît ne pas disposer des moyens nécessaires pour maintenir dans les mêmes conditions ses 1 104 étudiants boursiers
00:16concernés.
00:17L'Agence nationale des bourses du Gabon envisage désormais de réserver prioritairement le maintien en France à certaines filières stratégiques
00:23et aux étudiants en fin de cycle,
00:25tandis que d'autres pourraient être réorientés vers l'Afrique ou le Gabon.
00:28Une décision budgétairement compréhensible, mais qui pose une question plus profonde.
00:33Quelle politique de formation le pays veut-il réellement financer ?
00:36L'état de nos finances ne permettra pas de prendre en charge tous les étudiants boursiers.
00:41Il va falloir faire des choix, a reconnu Paul-Elisabeth Désiré Mboumba, la CIE, directrice générale de l'ANBJ sur
00:47Gabon 24.
00:48Voilà au moins le mérite de la franchise.
00:50Lorsque les ressources diminuent et que les charges augmentent, l'arithmétique finit toujours par rattraper les ambitions.
00:56Mais l'éducation ne peut être considérée comme une simple ligne de dépense que l'on réduit lorsque les comptes
01:01se tendent.
01:02Une formule célèbre, souvent attribuée à Abraham Lincoln, mais également associée à l'ancien président de Harvard, Derek Bock, résume
01:09brutalement l'enjeu.
01:10Si vous pensez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance.
01:14Selon les orientations annoncées, les étudiants engagés dans des formations jugées spécifiques ou stratégiques, médecine, cycle ingénieur, doctorat, ainsi que
01:22ceux arrivant en dernière année de leur cursus, devraient être prioritairement maintenus en France.
01:26Pour une part, des étudiants de première et deuxième année, en revanche, une réorientation vers des établissements africains, voire un
01:32retour au Gabon, pourrait être envisagé.
01:34Sur le principe, rationaliser les dépenses publiques n'a rien de scandaleux. Le Gabon n'a d'ailleurs aucune obligation
01:39de considérer la France comme l'unique horizon de l'excellence universitaire.
01:43Des établissements africains offrent aujourd'hui des formations de haut niveau pour des coûts parfois nettement inférieurs.
01:49Encore faut-il que les transferts soient préparés, que les équivalents soient garantis et que les étudiants ne découvrent pas
01:55brutalement que plusieurs années de leur parcours deviennent difficilement compatibles avec leur nouvel établissement.
02:01La sélection devrait surtout répondre à une véritable cartographie des besoins nationaux.
02:05Combien d'ingénieurs le Gabon doit-il former ? Combien de médecins spécialistes ?
02:09Quels besoins dans l'intelligence artificielle, l'énergie, les mines, l'agriculture, la finance, l'industrie, la recherche ou les
02:15infrastructures ?
02:16Une bourse publique devrait d'abord constituer un investissement national.
02:21Car derrière la question du montant des allocations se cache un autre éléphant dans la pièce, la fuite des cerveaux.
02:26Depuis des décennies, les Tagabonais finances et études à l'étranger sont toujours disposés d'un mécanisme suffisamment efficace permettant
02:33de transformer cet investissement en compétences effectivement disponibles pour le pays.
02:38Certains étudiants, en partie grâce aux ressources publiques, obtiennent leur diplôme, s'installent durablement à l'étranger et mettent finalement
02:43leurs compétences au service des économies qui les ont accueillis.
02:47Humainement, leur choix peut parfaitement se comprendre, salaire plus attractif, perspective professionnelle, environnement scientifique, qualité de vie ou possibilité de
02:55carrière.
02:56Mais du point de vue de l'État, investisseur, l'équation mérite d'être interrogée.
03:01À quoi sert de dépenser des dizaines de millions de francs CFA pour former un spécialiste dont le Gabon ne
03:05bénéficiera jamais des compétences ?
03:07À l'inverse, à quoi servirait d'imposer mécaniquement le retour d'un diplômé si aucun emploi correspondant à sa
03:12qualification ne l'attend au pays ?
03:14La politique des bourses ne peut donc plus être dissociée de celle de l'emploi et de la planification des
03:19compétences.
03:20La hausse du niveau de ressources exigeant en France révèle finalement une fragilité plus ancienne.
03:25Le Gabon continue trop souvent de gérer ses bourses comme une politique sociale alors qu'elle devrait également être pensée
03:31comme un instrument de développement économique.
03:33Il faut certainement mieux sélectionner, il faut probablement diversifier les destinations universitaires, il faut privilégier les filières répondant aux besoins
03:41du pays.
03:42Mais il faut surtout construire un véritable parcours allant de l'orientation à l'insertion professionnelle avec des mécanismes incitatifs
03:49permettant aux diplômés financés par la collectivité de contribuer ensuite au développement national.
03:54Réduire la dépense en construire cette stratégie reviendrait simplement à économiser aujourd'hui quelques milliards pour perdre demain beaucoup de
04:01plus en compétences, en innovation et en productivité.
04:05Car l'éducation coûte effectivement cher, mais un pays qui renonce à former suffisamment ses citoyens finit toujours par découvrir
04:11que l'ignorance, la dépendance technologique et le déficit de compétences coûtent infiniment plus cher.
04:17Sous-titrage Société Radio-Canada
04:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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