00:00Ce qu'il se passe dans le département des Hauts-de-Seine avec un préfet qui a pris effectivement à
00:06bras-le-corps
00:07l'un des leviers qu'il a à sa disposition, la loi narcotrafic qui lui permet, théoriquement je vais simplifier
00:15dans les grandes lignes,
00:16mais il peut en tout cas actionner des leviers qui permettent d'expulser des fauteurs de troubles de leur logement
00:24respectif.
00:26Souvent, on ne va pas se mentir, ça veut dire dealer, guetteur, chouf comme on dit, ou bien même ça
00:32peut aller jusqu'à tous ceux qui sont bien les auteurs de tapage nocturne
00:37lorsque ceux-là agissent dans des proportions tout à fait disproportionnées.
00:43J'aimerais, pour planter le débat, messieurs Fenech-Esteinville, écouter Cyril Mancon, délégué Alliance Police Nationale.
00:49Cyril Mancon qui a accueilli favorablement l'expulsion des dealers de leur HLM dans les Hauts-de-Seine, il était
00:55sur CNews tout à l'heure.
00:56Ce sont des mesures de bon sens.
00:58Le préfet Brugère, très intelligemment, a montré la volonté de rétablir, si vous voulez, l'ordre de la part du
01:08représentant de l'État.
01:10Aujourd'hui, nous avons des techniques d'enquête judiciaire qui sont chronophages, qui sont énergivores et vous avez évidemment des
01:19décisions de justice qui tardent à venir.
01:22Donc si vous voulez, il y a une inadéquation entre la commission des faits et la réponse pénale et ils
01:28sont jugés six mois, un an, deux ans, parfois plus après.
01:32Donc là, évidemment, vous avez une réponse qui est extrêmement claire, rapide, avec une sanction qui est l'expulsion des
01:40logements sociaux.
01:41Cyril Mancon, délégué Alliance Police Nationale, ce matin sur CNews.
01:45Georges Fenech, Raphaël Steinville, est-ce que vous saluez le travail de ce préfet Brugère qui, c'est vrai, a
01:54actionné l'un des leviers qu'il avait à disposition pour expulser ses fauteurs de troubles ?
01:59Raphaël Steinville, Georges Fenech.
02:01Non mais il faut reconnaître que lorsqu'Alexandre Brugère a été nommé préfet des Hauts-de-Seine, beaucoup ont douté
02:09de ses compétences, parce que ce dernier, de par sa jeunesse, parce qu'il était l'ancien directeur de Camillet,
02:16de Gérald Darbana,
02:18il voyait d'abord du copinage. Il faut dire que depuis qu'il est en fonction, qu'il s'agisse
02:23de la manière dont il a lancé l'offensive dans les Hauts-de-Seine
02:27contre les salafistes et l'islamisme radical et aujourd'hui contre le narcotrafic, il fait monde d'une énergie absolument
02:37remarquable.
02:38Et il va, il applique les textes qui ont été votés, les textes dont il a en sa possession pour
02:44finalement faire appliquer la loi.
02:46Et ce qu'il fait pour finalement rendre un certain nombre de quartiers qui étaient invivables, plus vivables,
02:54c'est tout à fait remarquable. Je crois que sur les 23 expulsions qui ont été prononcées ces derniers temps,
02:59113 sont à l'initiative du préfet, justement sur la foi de cette loi narcotrafic.
03:05Alors malgré tout, et là je m'adresse à Georges Fenech, à qui je passe la parole,
03:10n'est-on pas, parce que je rappelle que vous êtes ancien juge d'instruction, c'est pour ça que
03:14votre parole compte encore davantage ce soir,
03:17Georges Fenech, n'est-ce pas aussi une sorte de déplacement du problème ?
03:21Parce que expulser c'est bien, expulser un dealer en bas d'une tour, c'est très bien.
03:26Mais si on le retrouve à quelques communes d'encablure ou à quelques kilomètres à la ronde,
03:32ça ne sert pas à grand-chose, Georges Fenech ?
03:34Oui, mais moi je salue également l'action du préfet Brugère.
03:38Ce qu'on peut d'ailleurs s'étonner, c'est qu'il n'y ait pas plus de Brugère dans
03:41notre pays,
03:42parce que des préfets, il y en a au moins un par département, que je sache.
03:46Donc il devrait y avoir application de la loi partout, au même endroit, partout, et de la même manière.
03:51Pourquoi on en parle de celui des Hauts-de-Seine ?
03:54Parce que lui, il a tendance à dire ce qu'il fait aussi, c'est un petit peu la méthode
03:58Brugère.
03:59En tout cas, il le fait, et en fait ce qu'il fait, c'est qu'il se substitue aux
04:03bailleurs défaillants
04:04pour ordonner l'expulsion.
04:06Après, il y a une procedure judiciaire quand même.
04:07Bien sûr.
04:08Bon, ce sont des procedures qui ne sont pas toujours faciles à mettre en l'oeuvre,
04:11parce que d'ailleurs vous avez des familles, vous avez des enfants, vous avez un problème humain.
04:15Mais attendez, ce sont des gens qui troublent l'ordre public, qui troublent le voisinage,
04:19qui troublent la paix dans certains quartiers, dans certains immeubles, dans certaines cités.
04:24Donc on comprend, et chacun comprend, que ces gens-là ont perdu la légitimité d'occuper un logement social,
04:30parce que la liste est longue pour avoir un logement social,
04:33et qu'ils doivent tout faire pour se reloger ailleurs.
04:35Mais vous avez raison.
04:36Est-ce que ça ne déplace pas simplement le problème ?
04:38Ça le déplace seulement si la justice ne suit pas.
04:41Si, et d'ailleurs c'est ce qu'a dit le syndicaliste,
04:43il faut que la justice soit intraitable avec ces dealers,
04:47qui ont en réalité entre leurs mains une économie souterraine qui fait vivre tout un quartier.
04:52Qui fait vivre aussi des familles.
04:54Des familles.
04:55Parce qu'on ne va pas se mentir, certains dealers,
04:58certains guetteurs plutôt,
04:59qui ont malheureusement, je le dis avec beaucoup de pudeur,
05:0312 ou 13 ans, qui guettent en bas des immeubles,
05:05qui peuvent gagner jusqu'à 150 euros par jour,
05:09pour rester assis sur une chaise,
05:10à crier lorsque la police arrive.
05:12Les chouffes, les fameuses chouffes.
05:13Les chouffes, effectivement.
05:15Ça se fait aussi, Raphaël Steinville,
05:17avec la bienveillance des parents, cette histoire, Raphaël Steinville.
05:22Les parents ont parfois une forme de complicité,
05:26ou bien, au mieux, font semblant de ne pas voir ce que font leurs enfants.
05:32Oui, mais je pense qu'il faut bien comprendre
05:33que le poids de la drogue dans un certain nombre de quartiers
05:36fait que ceux qui en vivent détiennent désormais l'autorité
05:41par rapport aux autres, et parfois même par rapport aux parents.
05:44Quand vous avez des enfants qui gagnent 150 euros par jour
05:47à surveiller, guetter que la police n'intervienne pas dans ces cités,
05:54ça leur donne un poids dans leur famille.
05:57Et ça explique un certain nombre de déséquilibres,
05:59ça explique l'absence d'autorité que des parents peuvent avoir sur les enfants.
06:03Et donc, s'attaquer à ce problème du narcotrafic,
06:07quitte à prendre des mesures radicales,
06:09à expulser des familles qui, pour certains,
06:15dans certains membres de la famille,
06:16n'ont rien à voir avec le trafic de drogue,
06:18il faut en passer par là, malheureusement,
06:20si on veut pouvoir résorber ce cancer
06:23qui ne cesse de désemer dans le pays.
06:26Parce que, moi, ce qui me fait terriblement peur,
06:29c'est que je vois que, notamment,
06:31les membres de la DZ Mafia sont en train de tisser leur toile,
06:35avec parfois des kermesses organisées,
06:38parfois, c'est vrai que je fais quelques pas de côté,
06:41mais c'est important d'évoquer ce sujet,
06:43parce que c'est quand même cousin germain de ce qu'on vient d'évoquer,
06:47Georges Fenech, Raphaël Steinville,
06:48lorsqu'on voit qu'on organise des kermesses,
06:50qu'on offre des fournitures scolaires aux enfants,
06:53avec, finalement, l'argent de la drogue et du narcotrafic,
06:56bon, on s'aperçoit qu'il faut absolument mettre fin
07:00à ce narcotrafic,
07:03avec un prolongement aussi, on le dit, on le répète,
07:05dans les prisons, où certains réussissent à piloter
07:08des territoires entiers depuis leurs cellules de prison,
07:11on a atteint un niveau jamais égalé en France
07:14avec cette histoire de narcotrafic,
07:16et c'est vrai que s'il n'y a pas de décisions drastiques
07:19qui sont prises,
07:20on n'en sortira pas,
07:22et ce seront eux qui gagneront, Georges Fenech.
07:25– Oui, ils sont organisés,
07:26c'est un peu le type mafieux,
07:29c'est-à-dire qu'ils ont des œuvres sociales dans le quartier,
07:32ils se font accepter, voilà.
07:34Mais il y a aussi une autre mesure, moi,
07:35que je trouve qu'on devra appliquer beaucoup plus fermement,
07:38c'est, vous savez qu'il est possible de rendre,
07:40pour le juge, une ordonnance d'éloignement.
07:43Il y a des cas, c'est quand même un peu difficile,
07:45des fois de sortir toute une famille d'un appartement,
07:48par contre, une ordonnance d'éloignement du dîner,
07:51c'est-à-dire plus des questions de paraître dans ce secteur.
07:54– Comment ça fonctionne tout ça,
07:56sans être trop technique, Georges Fenech ?
07:57– Eh bien, c'est prévu, d'ailleurs,
07:59c'était M. DuPont-Moretti,
08:00rendons à César ce qui appartient à César,
08:02pour une fois,
08:03qui avait encouragé et pris ses mesures,
08:06c'est-à-dire que vous avez un juge
08:07qui peut ordonner,
08:09et généralement, c'est souvent des juges des enfants, d'ailleurs,
08:13ordonner l'éloignement du dealer de ce quartier,
08:16et l'éloigner, c'est-à-dire interdiction de paraître,
08:19voyez-vous,
08:19et quelquefois, ça règle aussi le problème.
08:22– Est-ce...
08:22– Moi, je comprends,
08:24ce sont des mesures qu'on peut saluer,
08:26mais est-ce qu'elles sont effectives ?
08:28– Oui, est-ce que ça fonctionne ?
08:30– Est-ce que, lorsque ces mesures d'éloignement sont prononcées,
08:34elles peuvent être appliquées ?
08:35– Est-ce que ça fait vraiment peur à un dealer,
08:37quand on lui demande de s'éloigner d'un quartier ?
08:40Pardon, Georges Fenech ?
08:41– Non, ça ne lui fera pas peur,
08:42mais en tout cas, ça permet de l'éloigner d'un milieu criminogène,
08:45en espérant qu'il s'en sortira lui-même,
08:48et qu'il laissera tranquille le quartier,
08:51mais s'il n'y a pas respect de ces mesures,
08:54évidemment, il faut que derrière, la sanction, elle tombe.
08:56C'est-à-dire l'emprisonnement, voyez-vous.
08:58– Chose qui, actuellement, fait un peu défaut.
09:00– Surtout quand on est mineur.
09:01– Bien sûr.
09:02– Voilà.
09:02– Bon, il y a, parce qu'il faut quand même faire un petit historique
09:08de ce qui se passe en France dans ces quartiers depuis 30, voire 40 ans,
09:12où on a véritablement, parfois, suivez mon regard,
09:15acheté une paix sociale dans certains quartiers.
09:18Et c'est vrai qu'on a beaucoup laissé faire,
09:20parce que, comme le disait Raphaël Steinville du JDD,
09:22ça fait vivre des familles.
09:24Et c'est vrai que là, c'est un petit peu nouveau,
09:27ce combat qui est mené contre le narcotrafic en France,
09:30et ça risque de surprendre beaucoup de familles
09:32et beaucoup de dealers, ce qu'il se passe là,
09:34notamment avec le préfet des Hauts-de-Seine, Raphaël Steinville.
09:37– Non, mais ce qui est vrai, c'est que je pense qu'il a fallu
09:40la mort tragique de ces deux gardiens
09:44qui accompagnaient Mohamed Amra,
09:45pour que la France, et plutôt les politiques,
09:51ouvrent les yeux sur cette gangrène
09:53qui était en train de prendre racine
09:56de manière extrêmement conséquente dans tout le pays.
10:00Et effectivement, les choses ont changé.
10:02Il y a eu des lois, il y a eu des constructions de prisons
10:05de haute sécurité qui permettent désormais
10:08d'isoler totalement les narcotrafiquants
10:12là où, il y a encore quelques mois,
10:14ils étaient en prison comme s'ils faisaient l'été et le travail.
10:17– Le problème, c'est la corruption en prison
10:19avec certains surveillants pénitentiaires.
10:21– C'est malgré tout plus difficile dans ces deux prisons de haute sécurité
10:24où les contacts, les rapports avec leurs gardiens de prison
10:28sont beaucoup plus limités.
10:30C'est vraiment le but et l'objectif affiché par Gérald Darmanin
10:34que de casser la possibilité pour ces narcotrafiquants
10:38de communiquer avec l'extérieur.
10:40– Georges Fenech, sur les consommateurs aussi,
10:43on ne peut pas faire cette émission sans évoquer
10:46la part de responsabilité, Georges Fenech, des consommateurs
10:50qui ne viennent en plus pas forcément des quartiers.
10:54Est-ce une responsabilité morale ou bien pénale ?
10:57C'est aussi aux magistrats que je pose la question, Georges Fenech.
11:00– C'est les deux, c'est sûr que s'il n'y avait pas de demande,
11:02il n'y aurait pas d'offre, c'est évident.
11:04C'est prévu par la loi, c'est une sanction, c'est une affraction,
11:09punissable d'ailleurs à la simple consommation d'un an d'emprisonnement,
11:11il faut le rappeler.
11:12Mais ça n'est jamais appliqué, c'est toujours le même problème.
11:14Moi je voudrais quand même dire que c'est tout de même
11:16la réaction de certains magistrats courageux
11:18qui ont fait aussi prendre conscience.
11:20Notamment il y a eu la première interview importante de l'ORBQO,
11:24la procureure de Paris, dans Le Monde,
11:25qui avait dit « nous avons un risque en France d'une mexicanisation ».
11:29C'est la première fois qu'on entendait ça.
11:31Et ensuite vous avez eu les magistrats de Marseille,
11:32dans le cadre de la commission d'enquête,
11:34vous vous souvenez, dans le procureur de Marseille,
11:36qui avait dit « on a perdu la guerre ici ».
11:38Éric Dupond-Moretti, que vous citiez tout à l'heure,
11:41avait répondu que des magistrats ne devraient pas dire ça.
11:43Et il n'y a plus cette commission d'enquête,
11:44ensuite sénatoriale, qui a vraiment mis à jour
11:47cette guerre qu'il fallait absolument mener,
11:49d'où création d'un parquet national
11:52anti-criminalité organisée.
11:53On a, les prisons, qu'il n'y a qu'à rappeler Raphaël,
11:56on a aujourd'hui plus de moyens,
11:57y compris, malheureusement le conseil constitutionnel
11:59n'a pas donné tous les moyens,
12:01avait retoqué un certain dispositif,
12:03notamment de procédure pénale,
12:05qui était intéressant, inspiré de l'Italie.
12:07On a encore une marge de progression importante.
12:09C'est une vraie guerre qu'il faut mener sur tous les fronts.
12:12Inter, vous avez raison,
12:13les consommateurs, les trafiquants,
12:14les importateurs,
12:15les liens avec les pays importateurs,
12:17tout ça est un vaste programme
12:20à mener de fronts,
12:21sur différents fronts précisément.
12:23Mmh.
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