00:00Votre invité ce matin, Jacques Serret, a été Mafouro, eurodéputé de la France Insoumise.
00:04Bonjour, Mafouro.
00:05Bonjour.
00:06Après la crise de Ceuta, le temps monte en Europe.
00:10Le chancelier allemand, Frédéric Schmers, Georgia Meloni,
00:13mais aussi la première ministre danoise, Mette Frédéric Sen,
00:16mettent directement en cause la politique migratoire du gouvernement espagnol.
00:20Ils estiment que son vaste programme de régularisation a créé un facteur d'attraction.
00:26Est-ce qu'ils ont tort, selon vous, Mafouro ?
00:30Bien sûr, les réactions européennes sont affligeantes
00:32parce qu'on voit qu'on a affaire à une manipulation de grande ampleur
00:35sur ce qui s'est réellement passé à Ceuta,
00:37à savoir qu'il faut rappeler les faits face à la désinformation de la droite et de l'extrême droite,
00:42à savoir que sur les quelques 60 000 personnes,
00:45pas une seule personne n'est entrée en Espagne continentale
00:48ou même sur le sol européen,
00:50parce qu'on le rappelle, parce que certaines personnes n'ont jamais ouvert de manuel de géographie,
00:54Ceuta est en Afrique.
00:55Et donc, évidemment, aucune de ces personnes ne sont arrivées en Europe.
00:59Et on voit tout de suite les réactions disproportionnées.
01:02Et on voit que finalement, c'est une manipulation de ce drame
01:04pour nourrir un agenda européen partagé par Mélanie, notamment,
01:09qui est celui de l'anti-immigration primaire
01:12et surtout sur le fait d'agiter des peurs qui ne sont pas réelles.
01:15Notamment, j'ai vu le tweet de Jordan Bardella qui disait
01:18« Demain, ils seront chez nous ».
01:19Mais non, Ceuta, c'est à 1000 kilomètres d'ici.
01:21Encore une fois, il n'y a pas une seule personne qui est arrivée en Europe.
01:23Il y a des contrôles qui sont effectués
01:26et toutes ces personnes quasiment ont déjà été renvoyées au Maroc
01:29avec la coopération entre l'Espagne et le Maroc.
01:31Donc vraiment, c'est un faux problème.
01:32Par contre, ce qui est vrai, c'est que c'est un drame humain.
01:34Et ça, on n'en entend jamais parler.
01:36Il y a au moins 72 personnes qui sont décédées.
01:38C'est l'un des épisodes les plus meurtriers sur la frontière espagnole.
01:41Et c'est de ça dont on devrait parler aujourd'hui.
01:43Emma Fourreau, on parlait de ses dirigeants européens,
01:46le chancelier allemand Frédéric Schmerz, Georgia Meloni.
01:49Mais il y a aussi la première ministre danoise,
01:51Mette Frédéric Sen, qui hausse le ton, elle aussi.
01:54Pourtant, elle est aussi social-démocrate,
01:56comme Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol.
01:59Et elle aussi, en tant que dirigeante classée centre-gauche,
02:03elle aussi considère qu'il faut désormais durcir
02:05la politique migratoire européenne.
02:07Vous voulez dire qu'elle aussi se trompe ?
02:09Bien sûr, au Danemark, il y a toujours eu une politique zéro immigration.
02:13Elle a toujours eu des propos scandaleux sur l'immigration.
02:16Donc, pour le coup, ce n'est pas une surprise de voir Mette Frédéric Sen réagir ainsi.
02:19Et ce n'est pas un revirement de la part de la social-démocratie
02:22parce qu'elle a toujours été dans cette tradition.
02:24Et c'est une tradition longue au Danemark,
02:26ce qui sépare notamment le Danemark de la Suède,
02:28qui a une histoire plutôt d'accueil.
02:31Donc, ce n'est pas surprenant de voir ses réactions.
02:32Ce qui est surprenant, c'est de voir les demandes
02:34qui sont totalement ubuesques.
02:37Je vois, par exemple, Mélanie qui demandait la suspension de l'Espagne,
02:40de l'espace Schengen, alors que ce n'est tout simplement pas prévu par les traités.
02:42Donc, on voit qu'ils disent tout et n'importe quoi pour agiter les peurs
02:45et que c'est vraiment une polémique montée de toutes caisses
02:48et qu'y compris, il n'y a pas que l'Europe qui embraye là-dessus.
02:51On voit Trump qui a réagi en disant que c'était une invasion
02:54et qui disait tout de suite,
02:56regardez, c'est ce qui se passerait si, aux États-Unis,
02:59les démocrates gagnaient.
03:00Donc, on voit bien, en fait, que la situation est instrumentalisée dans chaque pays
03:02pour faire avancer un agenda politique interne.
03:06Mais Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol,
03:09lui répond que chaque État est souverain pour conduire sa politique migratoire.
03:12La réalité, c'est lorsqu'on appartient à l'espace Schengen,
03:15les décisions prises par un pays concernent forcément les autres.
03:20Est-ce qu'à vos yeux, un gouvernement peut prendre seul une décision aussi importante
03:23sans en assumer les conséquences pour ses voisins ?
03:26Alors, en l'occurrence, sur le drême de Ceuta,
03:28quasiment toutes les personnes ont été rapatriées vers le Maroc.
03:31Il ne s'agit pas d'une décision de Pedro Sanchez.
03:33Non, en l'occurrence, je fais référence à la décision du gouvernement espagnol
03:38de ces dernières semaines de régulariser environ 500 000 personnes.
03:42Et en l'occurrence, sur ce point-là, vous refusez de parler d'appel d'air.
03:47Bien sûr que non.
03:47L'appel d'air, c'est quelque chose qui est construit de toute pièce pour faire peur.
03:51La réalité, c'est que de nombreux États ont pris à un moment donné ce genre de décision,
03:56y compris l'Allemagne il y a quelques années.
03:59Et ça montre bien une chose, c'est que les exilés sont évidemment les bienvenus,
04:03mais sont aussi utiles dans chaque pays.
04:07Emma Fourreau, j'aimerais essayer de comprendre
04:09si jamais la France insoumise était au pouvoir.
04:13Et en l'occurrence, dans un cas comme celui-ci,
04:15dans le cas de l'enclave espagnole de Ceuta,
04:18si la France insoumise était au pouvoir en Espagne
04:21et que vous étiez, vous, ministre de l'Intérieur,
04:24quelles décisions auriez-vous prises face à l'afflux de migrants à Ceuta ?
04:28Alors ça n'a pas beaucoup de sens de comparer comme ça.
04:32Mais ce qui est sûr, c'est que notre boussole, c'est celle de la dignité humaine.
04:35Donc quoi qu'il arrive, toutes les décisions doivent être conduites
04:38avec cet impératif-là.
04:39Et on voit que dans le traitement médiatique, politique,
04:43c'est quelque chose qui est totalement perdu.
04:44Mais quand on parle de migration, il faut avant tout parler des causes d'immigration.
04:48A savoir que la plupart des migrations sont forcées aujourd'hui
04:51que ce soit via le dérèglement climatique avec de plus en plus de réfugiés climatiques,
04:55que ce soit via la destruction des économies locales.
04:58Et l'Europe a une responsabilité là-dedans.
05:00Notamment, moi, je siège en commission pêche
05:01et on signe régulièrement des accords de pêche
05:04qui sont totalement déséquilibrés avec de nombreux pays en Afrique
05:07et qui fait qu'évidemment, ça détruit des emplois localement
05:09et que donc certaines personnes, par la misère, sont contraintes de fuir.
05:12Donc ça n'a aucun sens de parler de la migration
05:14sans d'abord vouloir traiter les causes.
05:17Ensuite, une fois qu'il y a des politiques qui s'en prennent aux causes,
05:20évidemment, ceux qui viennent, il faut les traiter dignement.
05:22Et ça, ça a toujours été le programme de la France insoumise
05:24et qui est effectivement à rebours de ce que fait aujourd'hui l'Union Européenne
05:27avec le pacte Asile d'Immigration,
05:29avec le règlement retour qui est le pire règlement
05:32jamais adopté par le Parlement européen en termes de droits humains
05:34parce que c'est clairement l'organisation de déportations massives
05:38de personnes hors de l'Europe.
05:40C'est le fait de confier en partie la gestion de l'immigration
05:43à des pays tiers qui ne respectent pas les droits humains
05:45comme la Tunisie et l'Égypte.
05:46C'est le fait d'enfermer des enfants.
05:47Mais en l'occurrence, sur le cas du Maroc,
05:49le Maroc cette nuit a réagi.
05:51Rabat parle de fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux
05:54et de l'action des passeurs.
05:56On n'est pas là dans ce débat-là.
05:58Est-ce que vous considérez la défense du Maroc ce matin ?
06:04Ce qui est évident, c'est qu'il faut réprimer les réseaux de passeurs.
06:08Ça, ça fait partie du programme effectivement de la France insoumise.
06:11On voit qu'il y a une coopération entre l'Espagne et le Maroc
06:13pour gérer la situation.
06:14Donc sur ça, il n'y a pas de discussion.
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