00:00Le gouvernement voudrait-il étouffer les débats autour de la flotte française de Canadair ?
00:04C'est l'heure de l'édito de Quentin Gérard, c'est lui qui va nous en parler.
00:07Lors d'un point précis hier, Quentin, Laurent Nunez les a qualifiés de ridicules ces débats.
00:11La position du gouvernement semble claire.
00:14Circuler, il n'y a rien à voir.
00:16Oui, on sent un gouvernement profondément irrité dès qu'on aborde le sujet des Canadair,
00:21comme si c'était presque interdit d'en parler,
00:24comme si poser la question de cette flotte, c'était forcément tomber dans la polémique facile.
00:29Et tous ceux qui s'interrogent, responsables politiques, journalistes, pilotes eux-mêmes d'ailleurs,
00:34ne seraient que des commentateurs déconnectés des réalités du terrain.
00:37Mais j'ai quand même l'impression que c'est un petit peu plus compliqué que ça,
00:40que c'est peut-être Laurent Nunez lui-même qui est déconnecté,
00:43lui qui défend le gouvernement coûte que coûte,
00:46et qui dénonce une prétendue polémique facile pour éviter de laisser ouverte une question inflammable.
00:52Alors oui, les Canadair ne sont pas l'alpha et l'oméga de la lutte contre les incendies,
00:56d'abord parce que 95% des feux se combattent à terre, au sol,
01:01ensuite parce que d'autres moyens existent, les dash, les aertracteurs, les hélicoptères bombardiers d'eau,
01:05et même désormais un Airbus A400M.
01:08Mais la question en réalité n'est pas là, parce que le sujet des Canadair est surtout politique,
01:12est très politique, il symbolise à lui seul les choix budgétaires très contestables des gouvernements jusqu'ici.
01:19Et pour vous c'est même un cas d'école ?
01:20Oui, un cas d'école des priorités des gouvernements sous Emmanuel Macron, de ses revirements, de ses fausses promesses.
01:26En 2022, après les incendies qui avaient ravagé la Gironde,
01:29le président promettait d'investir massivement dans la lutte contre les feux de forêt
01:33et de porter le nombre de Canadair à 16.
01:36Deux ans plus tard, le gouvernement de Gabriel Attal, en quête d'économie,
01:39ampute le budget de la sécurité civile de plus de 50 millions d'euros.
01:44Résultat, deux Canadair commandés se retrouvent annulés.
01:47La commande n'a été relancée que de nombreux mois plus tard.
01:51Pendant ce temps, le prix des Canadair s'est envolé
01:53et la France navigue toujours avec une flotte à peine plus étoffée que dans les années 80.
01:58Alors non, je ne trouve pas que ce débat est ridicule.
02:01Au contraire, il est terriblement fécond parce qu'il raconte, encore une fois, l'histoire d'une promesse trahie.
02:06À travers ce cas, Quentin, on voit que la France abandonne ses investissements d'avenir,
02:10finalement, pour se concentrer sur le court terme.
02:12Ah oui, c'est précisément pour cette raison qu'il ne faut pas galvauder ce débat.
02:16Elle raconte une histoire réelle, celle des politiques menées sous Emmanuel Macron.
02:20On sait trop souvent le court terme qu'il emporte.
02:22L'exemple le plus récent le confirme en avril dernier.
02:25Pour compenser les conséquences de la guerre au Moyen-Orient,
02:28le gouvernement doit trouver 6 milliards d'euros d'économie dans l'urgence.
02:32Où sont allées ses coupes ?
02:33Dans l'apprentissage, dans France 2030, dans la recherche,
02:36c'est-à-dire dans tout ce qui prépare la France de demain.
02:39Pas dans les 900 milliards de dépenses sociales,
02:41pas dans les 400 milliards d'euros de dépenses de retraite.
02:44On touche ici l'un des points fondamentaux,
02:47l'un des problèmes fondamentaux,
02:48ce que l'eurodéputé Reconquête Serac-Nafou appelle la case du siècle,
02:52à savoir un État obèse d'un côté, complètement verrouillé,
02:55qui engloutit des centaines de milliards d'euros dans le fonctionnement et l'assistance.
02:59Et de l'autre côté, un État squelettique,
03:02qui, dès qu'il s'agit de préparer l'avenir,
03:04alors non, encore une fois, ce débat n'est pas ridicule.
03:07Il permet de constater que la France est un pays
03:10qui finance davantage son confort immédiat
03:12plutôt que de son avenir.
03:14Mais le problème, c'est que les conséquences
03:16se font forcément, un jour ou l'autre, ressentir.
03:19Et avec la flotte de Canadières trop faible,
03:21on voit une partie de ses conséquences aujourd'hui.
03:24Sous-titrage Société Radio-Canada