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  • il y a 2 jours
Le cerveau est encore bien loin d'avoir livré tous ses secrets. Dans les laboratoiress, les chercheurs tentent sans relâche de mieux comprendre son fonctionnement intime, les processus qui nous permettent de penser et de mémoriser mais aussi les dysfonctionnements responsables de maladies de plus en plus répandues.

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Catégorie

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Éducation
Transcription
00:09Nous observons le monde pour le comprendre et pour pouvoir y évoluer.
00:21L'intelligence nous a permis de forger les outils pour comprendre l'infiniment petit et l'infiniment grand.
00:32Depuis plus d'un siècle, psychologues, biologistes, généticiens et neuroscientifiques la dissèquent, l'analyse, la mesure.
00:43Nous avons inventé les ordinateurs, marché sur la Lune.
00:49Mais contrairement à ce que nous pourrions croire, notre intelligence individuelle n'augmenterait pas.
00:56Aujourd'hui, la science explore les différentes facettes de notre intelligence.
01:01Mais les scientifiques savent-ils vraiment ce qu'est l'intelligence ?
01:20L'intelligence, c'est faire le lien.
01:24Assembler différents éléments pour trouver une solution.
01:28Pour la comprendre, il faut réussir à la fractionner, en isoler toutes les composantes.
01:37Les chercheurs se sont donc penchés sur ces différentes facettes.
01:50Pour mesurer l'intelligence, une des premières idées a été de mesurer la vitesse à laquelle le cerveau réagit.
01:58C'est cette méthode que le professeur Tény Januis a utilisée.
02:03Il a comparé notre temps de réaction avec celui de nos ancêtres.
02:08Et les résultats de son étude ne sont pas en notre faveur.
02:18Pour mesurer le temps de réaction, on présente à un sujet une lumière sur un écran.
02:23Et il doit dire, en appuyant le plus vite possible sur un bouton, si elle apparaît à droite ou à
02:29gauche.
02:31Ce n'est donc pas un réflexe, mais une information simple que notre cerveau doit traiter.
02:39Ces études sur le temps de réaction sont très anciennes.
02:44Plusieurs d'entre elles ont été faites entre 1860 et 1880 en Grande-Bretagne par Francis Galton, le cousin de
02:53Charles Darwin.
02:55Il a testé plusieurs milliers de personnes qui étaient représentatives de la population de l'époque.
03:01Les gens avaient alors un temps de réaction très rapide.
03:05Nous avons donc cherché des études comparables, qui auraient été faites durant les 120 dernières années.
03:11Et nous en avons trouvé une quinzaine.
03:13En les comparant, nous avons pu montrer que durant les 150 dernières années, les gens sont devenus de plus en
03:20plus lents.
03:26Pour le professeur Tény Januys, intelligence égale vitesse.
03:31Et notre cerveau mettrait en moyenne 50 millisecondes de plus que celui de nos arrières-grands-parents pour traiter une
03:38information simple.
03:4350 millisecondes de plus, ça a l'air ridiculement bref.
03:47Mais quand on pense aux milliers de milliers de décisions que nous devons prendre chaque jour,
03:53si vous êtes un tout petit peu plus lent pour chaque décision, ça peut avoir des conséquences très très importantes.
04:03Le professeur Tény Januys est convaincu que nous sommes moins intelligents qu'au XIXe siècle.
04:14Il en voit la preuve dans l'incroyable inventivité de cette période,
04:20marquée par une explosion des innovations, de la créativité, des idées.
04:30Il y a eu énormément de fantastiques innovations au XIXe siècle.
04:36Des études ont montré que le nombre d'inventions par habitant était quatre fois plus important qu'aujourd'hui.
04:45Le professeur Tény Januys pense que notre intelligence est en panne.
04:50Elle décline depuis au moins 150 ans.
04:54Mais au XIXe siècle, Sir Francis Galton pensait déjà que les Anglais étaient bien moins intelligents
05:00que les Grecs de l'Antiquité, qui ne manquaient pas d'esprits brillants.
05:07Alors, qu'en est-il des prédécesseurs des Grecs, les hommes préhistoriques ?
05:13Eh bien, il est extrêmement difficile de mesurer leur intelligence.
05:19Pourtant, à l'Institut Max Planck de Leipzig, on essaye de répondre à cette question
05:24en reconstituant le cerveau de nos ancêtres de la Préhistoire.
05:34La paléoneurologie, c'est une science très très frustrante,
05:37puisque son objet, j'allais dire, quasiment n'existe pas.
05:40On n'a pas de cerveau fossile.
05:43Ce qu'on a essentiellement, c'est la boîte dans laquelle ce cerveau était contenu.
05:54En comparant notre cerveau avec celui des hommes préhistoriques,
05:59les scientifiques se sont aperçus qu'il y avait des différences.
06:02Des différences de forme, mais aussi des différences de taille.
06:08Certains hommes préhistoriques avaient un cerveau plus grand que le nôtre.
06:13Quand on sait que tout ce que nous sommes, tout ce que nous pensons,
06:18nos souvenirs, notre personnalité, nos émotions, notre langage,
06:21tout dépend essentiellement de cet organe,
06:24alors est-ce que l'intelligence est directement liée à la taille ?
06:29Il serait naïf de penser qu'il n'y a pas de lien entre la taille du cerveau
06:34et la complexité des comportements, entre guillemets, l'intelligence.
06:38On le voit dans le monde animal, les animaux qui sont les plus intelligents,
06:43en particulier les cétacés, certaines formes de dauphins, par exemple,
06:49sont des formes qui, dans le monde animal, ont de très grands cerveaux,
06:54un grand nombre de neurones.
06:55On retrouve chez eux quelque chose qui rappelle ce qu'on trouve chez les primates,
06:59les grands primates, et chez l'homme.
07:04L'évolution a fait croître la taille de notre cerveau pendant 2 millions d'années,
07:08pour atteindre son maximum il y a 15 000 ans environ.
07:16L'homme de Cro-Magnon, qui a peint les murs de la grotte de Lascaux
07:20il y a quelques 17 000 ans, était un homo sapiens, comme nous.
07:27Mais de tous les homo sapiens, il est celui doté de la plus grosse cervelle.
07:33En effet, la taille de notre cerveau aurait diminué par rapport à celui de notre ancêtre.
07:39Et pour certains chercheurs, nous serions moins intelligents que lui.
07:43Mais cette théorie est loin de faire l'unanimité.
07:49Moi, je ne crois pas qu'il y a une intelligence
07:52qu'on peut mesurer avec un centimètre
07:54et dire, voilà, il est aussi intelligent,
07:57ou il est plus intelligent, ou il est moins intelligent.
07:59Un homme de Cro-Magnon, il était intelligent
08:02pour être intelligent dans le monde où il vivait,
08:05et pas pour être intelligent dans une banque.
08:10Si on allait chercher avec la machine à voyager à travers le temps
08:14un homme d'il y a 25 000 ans, un Cro-Magnon,
08:17qu'on l'amenait aujourd'hui,
08:19il s'adapterait au monde dans lequel il aurait à vivre.
08:24Historiquement, vous avez essayé de l'adaptation.
08:27Oui, c'est vrai.
08:27J'ai bougé sur l'air,
08:29j'ai découvert le feu,
08:31inventé le roule,
08:31j'ai mis la base pour tout le monde.
08:34C'est vrai, bon point.
08:35Désolé que nous n'avons pas l'aider à vous plus tard.
08:37Connie, votre réaction ?
08:38Nous vivons dans une société où l'égo individuel
08:40et le groupe dynamique sont en lutte constante.
08:43Réponse ?
08:43Oui, j'ai une réponse.
08:46Euh, quoi ?
08:50Plus intelligent ?
08:52Moins intelligent ?
08:54Dès qu'on essaye de mesurer l'intelligence,
08:57tout se complique.
09:00Et pourtant, nous l'évaluons sans cesse.
09:03Dans les universités du monde entier,
09:05on enseigne ce qu'est l'intelligence.
09:08Et chacun d'entre nous, sans être un spécialiste,
09:12la mesure tous les jours.
09:13Vous mesurez l'intelligence.
09:15Si vous êtes célibataire,
09:17que vous allez dans un bar
09:18et que vous rencontrez quelqu'un,
09:20la chose la plus importante après le physique,
09:22c'est l'intelligence.
09:24Vous évaluez l'intelligence des gens
09:25quand vous parlez avec eux.
09:27Sont-ils rapides quand vous leur parlez
09:28de quelque chose qu'ils ne connaissent pas ?
09:30Est-ce qu'ils comprennent ?
09:34Mesurer l'intelligence
09:35en analysant les réponses.
09:39En évaluant la pertinence des actions.
09:43En comparant les individus.
09:46Une méthode qui a donné naissance
09:48au seul outil dont nous disposons
09:50pour évaluer l'intelligence,
09:52le quotient intellectuel, ou QI,
09:55inventé par Alfred Binet
09:57au début du XXe siècle.
10:00Alfred Binet était assez critique
10:02vis-à-vis des aliénistes,
10:05les psychiatres de l'époque,
10:07qui faisaient des diagnostics
10:08pour juger du retard intellectuel
10:10avec des grandes catégories.
10:12Il y avait les idiots,
10:14ceux qui étaient le degré d'arriération
10:16le plus profond,
10:16les imbéciles ensuite,
10:18et puis les débiles.
10:19et Binet trouvait que leurs critères
10:25étaient tout à fait contestables,
10:28très vagues,
10:29différents d'un psychiatre à l'autre.
10:30Il estimait qu'il fallait
10:33avoir des critères objectifs,
10:35qu'il fallait mettre au point
10:36une sorte d'instrument d'évaluation
10:39qui s'appuie sur des critères scientifiques.
10:43En 1905,
10:45le ministère de l'Éducation nationale
10:47demanda à Alfred Binet
10:48de trouver un moyen
10:49de détecter les enfants
10:50en difficulté scolaire.
10:53Il n'avait pas de théorie
10:54sur l'intelligence,
10:55mais en observant ses filles,
10:57il a imaginé qu'on pouvait l'évaluer
10:59à partir du raisonnement,
11:01de la compréhension,
11:02de la mémoire.
11:04Ce qu'il a cherché à faire,
11:06finalement,
11:07c'est à trouver pour chaque âge
11:10les problèmes qui sont
11:12caractéristiques de cet âge.
11:14Par exemple,
11:14en leur présentant une image,
11:16en leur demandant
11:16qu'est-ce que ça représente.
11:19Alors, il avait remarqué
11:20que les enfants de 3 ans
11:22énumèrent ce qu'il y a dans l'image.
11:24Il y a un monsieur,
11:25une dame,
11:26un banc,
11:27un arbre,
11:28que vers 7-8 ans,
11:30ils la décrivent l'image.
11:32C'est un monsieur et une dame
11:34qui sont assis sur un banc.
11:36Et puis, vers 12 ans,
11:39ils l'interprètent.
11:40Ce sont des malheureux,
11:41où le monsieur est malade,
11:43des choses de ce genre.
11:45C'est ainsi que Binet
11:46met au point avec Théodore Simon
11:48le premier test d'intelligence.
11:51Le QI classique,
11:53ou en âge mental,
11:54est né.
11:56C'est le rapport
11:57entre l'âge mental,
11:58donné par le résultat du test,
12:00et l'âge réel de la personne.
12:04On multiplie ce chiffre par 100
12:06pour obtenir le QI.
12:10Si un enfant de 10 ans
12:11réussit les épreuves
12:13des enfants de 12 ans,
12:14alors il sera en avance
12:16et il aura un QI de 120.
12:20L'idée, ça a été
12:21de rapporter la performance
12:24d'un individu
12:25à la performance de ceux
12:27qui lui sont comparables,
12:28c'est-à-dire qui sont
12:30exactement dans la même catégorie d'âge,
12:32de la même culture,
12:34et on va avoir
12:37évidemment toute la distribution,
12:38toute la répartition
12:39des scores dans le test
12:41à un âge donné.
12:43Le QI,
12:44c'est juste
12:45la position d'un individu
12:47par rapport
12:48aux performances
12:49des gens qui sont comme lui,
12:50c'est-à-dire qui ont le même âge que lui.
12:54Nous accordons au QI
12:56un pouvoir exagéré
12:59parce qu'il prétend évaluer
13:01cette qualité si particulière
13:02qu'est l'intelligence.
13:08Difficile dès lors
13:09de résister à la tentation
13:11de s'évaluer,
13:12de se comparer.
13:14Ce qui est un peu catastrophique,
13:16c'est ce qu'on voit actuellement
13:20sur des sites Internet
13:21où on vous permet
13:21de calculer votre QI.
13:23Et alors, je pense que des gens,
13:25ils font ça,
13:26ils se retrouvent avec un chiffre
13:29et ils vont l'interpréter
13:33si, par exemple,
13:34ce chiffre n'est pas bon,
13:36en se disant qu'ils ne sont pas intelligents.
13:38C'est absolument ridicule
13:39et catastrophique.
13:42Le 2.
13:43Il est ridicule de croire
13:45qu'un chiffre peut résumer quelqu'un.
13:47Le 4.
13:48Le 3.
13:50Les vrais tests de QI
13:52se font chez des psychologues agréés.
13:54Le 2.
13:55Car il faut savoir les interpréter
13:57en les mettant en rapport
13:58avec le passé d'un individu,
14:00son présent.
14:01Le 2 ou le 3.
14:03Sa personnalité.
14:07Le QI permet d'évaluer l'intelligence.
14:13de comparer les individus.
14:17Mais nous permet-il de savoir
14:18si notre intelligence a évolué
14:20depuis que Binel a inventé
14:22il y a plus d'un siècle ?
14:25Réussissons-nous mieux aujourd'hui
14:27les tests de QI ?
14:32C'est en Nouvelle-Zélande
14:33qu'on a apporté pour la première fois
14:35une réponse à cette question.
14:39C'est ici que James Flynn
14:40a fait une découverte surprenante
14:42que les scientifiques du monde entier
14:44ont baptisé l'effet Flynn.
14:50L'effet Flynn, c'est la découverte
14:53que pour toutes les nations
14:54qui sont entrées dans l'ère industrielle,
14:56il y a eu des gains importants
14:58dans les tests de QI.
15:00J'ai regardé tous les types
15:01de tests de QI dans 40 pays,
15:04comme en France, en Hollande,
15:06ou en Norvège,
15:08partout où il y avait
15:09des appelés aux services militaires.
15:12On leur donnait exactement
15:13le même test chaque année.
15:15Et les gains sont évidents.
15:17Il y a une ou deux générations,
15:20les gens avaient en moyenne
15:2130 réponses justes sur 60,
15:23alors qu'aujourd'hui,
15:24ils en ont 45.
15:30Après avoir passé au crible
15:32des dizaines et des dizaines d'études,
15:34James Flynn a montré
15:36que depuis plus de 60 ans,
15:37nous réussissons mieux
15:39les tests de QI.
15:41Est-ce que cela signifie
15:43que nous serions devenus
15:44plus intelligents que nos grands-parents ?
15:48Le changement de QI ne signifie pas
15:51forcément un changement d'intelligence.
15:53Un exemple simple pour le comprendre,
15:54vous faites passer le test d'intelligence
15:57une première fois aujourd'hui.
15:59Vous le redonnez au même sujet demain.
16:03Il y a un effet d'apprentissage,
16:04il va réussir un peu mieux,
16:06il va avoir des scores un peu meilleurs.
16:08Cela ne veut pas dire
16:08qu'il est devenu plus intelligent,
16:09cela veut juste dire
16:10qu'il est un peu plus familier
16:12avec la façon de passer le test.
16:16L'augmentation du QI
16:18est due en grande partie
16:19à l'environnement,
16:21une meilleure nourriture,
16:22une meilleure éducation.
16:25Notre QI augmenterait
16:26de 2 à 3 points
16:27par année d'école supplémentaire
16:29et la durée de scolarisation
16:31est passée en moyenne
16:32de 6 ans au début du XXe siècle
16:34à 11 ans aujourd'hui
16:36dans les pays industrialisés.
16:39Tous ces effets
16:40se sont additionnés
16:41et ont fait augmenter
16:42les scores de QI.
16:46Quand vous passez un test aujourd'hui,
16:48vous y êtes préparé
16:50dans la mesure
16:51où toute une série de facteurs
16:53vous ont donné la capacité
16:55d'utiliser votre logique
16:56de manière abstraite.
16:59C'est pour ça
16:59que vous pouvez regarder
17:01une suite de nombres
17:02et deviner le suivant.
17:21avec l'intelligence,
17:22il ne faut pas se fier
17:23aux apparences.
17:25De meilleurs scores
17:26aux tests de QI
17:27ne nous disent pas
17:28que nous serions
17:29plus intelligents.
17:30nous sommes juste
17:31mieux préparés
17:32pour réussir
17:33des tests de QI.
17:35Notre intelligence
17:37est comme un muscle
17:38que nous avons entraîné
17:40pour en exprimer
17:40tout le potentiel.
17:42Mais à force
17:43de nous entraîner,
17:44nous avons peut-être
17:45atteint nos limites.
17:48Les chiffres le prouvent.
17:50Après des décennies
17:50d'augmentation,
17:51les résultats
17:52aux tests de QI
17:53plafonnent.
17:54Ils diminuent même
17:56dans certains pays
17:56comme l'Angleterre,
17:58le Danemark
17:59ou la Norvège.
18:02L'augmentation du QI
18:04est un phénomène
18:05qui a duré un siècle.
18:07Mais tous les pays
18:08vont finir par voir
18:09un plafonnement
18:10de cette augmentation.
18:14L'école a fait le plein.
18:17C'est elle
18:17qui a offert
18:18la capacité
18:19de manier
18:20des concepts abstraits.
18:21Et à moins
18:22d'une révolution
18:23de la pédagogie,
18:24les bénéfices
18:25dus à l'école
18:26vont plafonner
18:27parce que
18:28presque tout le monde
18:29aujourd'hui
18:30est scolarisé.
18:40Un QI
18:41qui stagne.
18:42Des cerveaux
18:43plus lents,
18:44plus petits.
18:46Où en est
18:46notre intelligence ?
18:50Les premiers outils
18:52permettant
18:52d'évaluer l'intelligence
18:53ont été inventés
18:55il y a plus d'un siècle.
18:57On s'inspire toujours
18:58des théories
18:59imaginées par
19:00Sir Francis Galton
19:01et Alfred Binet.
19:02Mais aujourd'hui,
19:04nous pouvons aller plus loin.
19:06Plutôt que de mesurer
19:08ce que l'intelligence produit,
19:10intéressons-nous
19:10à l'organe
19:11qui produit l'intelligence.
19:33Richard Ayer
19:35est psychologue
19:36et neuroscientifique
19:37à l'Université
19:38de Californie-Urvine.
19:40Depuis plus de 30 ans,
19:42il essaie de savoir
19:43à quoi ressemble
19:44un cerveau intelligent.
19:47Grâce au progrès
19:48fait par l'imagerie
19:49cérébrale
19:49ces dernières années,
19:51il cherche,
19:51avec son collègue
19:52le professeur
19:53Rex Jung,
19:54où,
19:55dans le cerveau,
19:56se niche
19:56l'intelligence.
19:59Nous regardons
20:00le cerveau
20:00de Richard Ayer,
20:02un très joli cerveau.
20:04Le docteur Ayer
20:05est une personne
20:05brillante,
20:06intelligente
20:07et nous voyons
20:08toutes les régions
20:09qui sont le support
20:09de son intelligence.
20:21Il n'y a pas
20:22un endroit
20:24dans le cerveau
20:25qui soit
20:25le centre
20:26de l'intelligence.
20:27Les gens pensaient
20:28qu'il y avait
20:29un centre
20:29de l'intelligence
20:32à l'avant.
20:33Mais les recherches
20:34ont montré
20:34que lorsqu'on fait
20:35des tests
20:35d'intelligence
20:36à l'intérieur
20:37d'un scanner,
20:38on peut voir
20:39que la communication
20:40entre l'avant
20:41et l'arrière
20:42est très importante
20:43pendant que l'on
20:44résout les problèmes.
20:49Le professeur Ayer
20:51a été l'un des pionniers
20:52dans l'utilisation
20:53des techniques
20:54de neuro-imagerie moderne.
20:56Sa première étude
20:57date de 1988.
21:00On n'avait alors
21:01jamais utilisé
21:03ces outils
21:03dans les recherches
21:04sur l'intelligence.
21:10On a trouvé
21:10des zones
21:11du cerveau
21:11qui s'activaient
21:13quand les gens
21:13passaient
21:14des tests
21:14d'intelligence.
21:15Mais le choc,
21:16la surprise,
21:17c'était que plus
21:18ces zones
21:19étaient actives,
21:20moins les résultats
21:21du test
21:21étaient bons.
21:22C'était à l'opposé
21:24de ce qu'on attendait.
21:26A chaque fois
21:26qu'en science,
21:27on a un résultat
21:28à l'opposé,
21:29c'est vraiment intéressant.
21:40Un cerveau intelligent
21:41n'est pas un cerveau
21:42qui fonctionne plus,
21:44mais au contraire,
21:45un cerveau
21:46qui fonctionne moins.
21:48C'est ce qu'on appelle
21:49la neuro-efficacité.
21:51Être intelligent,
21:53c'est résoudre un problème
21:54en faisant
21:55un minimum d'efforts.
22:07Souvenez-vous
22:08de la première fois
22:09que vous avez conduit
22:10une voiture.
22:11Le premier jour
22:12dans un grand parking vide
22:13avec quelqu'un
22:14assis à côté
22:15et vous tournez le volant
22:17et vous pensez
22:17maintenant,
22:18il faut que je freine.
22:21Mais aujourd'hui,
22:23vous conduisez
22:23au milieu de la circulation
22:25dans une ville
22:25que vous ne connaissez pas
22:26et malgré ça,
22:27vous pouvez discuter
22:28avec quelqu'un.
22:29Votre cerveau
22:30est bien plus efficace
22:32pendant que vous conduisez.
22:34Donc,
22:35les hauts niveaux
22:35d'intelligence
22:36ne sont pas forcément
22:37liés à un cerveau
22:38qui travaille plus,
22:40mais à une transmission
22:41plus efficace
22:42de l'information
22:42entre les zones
22:43importantes du cerveau.
22:48Lorsqu'on pense
22:49à un processus
22:50aussi complexe
22:51que l'intelligence,
22:52il faut imaginer
22:53que le cerveau
22:53est comme un orchestre
22:54avec différentes sections.
22:56Mais le vrai mystère,
22:58c'est comment
22:59ces sections interagissent
23:01parce que pour autant
23:02que nous le sachions,
23:03il n'y a pas de chef
23:04d'orchestre.
23:08Si le cerveau
23:09est un orchestre,
23:10alors l'intelligence
23:11est la musique.
23:23Nous commençons
23:24à déchiffrer la partition,
23:25mais nous ne savons
23:27toujours pas
23:27comment les musiciens
23:29parviennent à jouer
23:29ensemble.
23:34À l'université
23:36de la Sorbonne,
23:37le professeur
23:38Olivier Houdet
23:39est à la recherche
23:40de ce chef d'orchestre.
23:42Pour le trouver,
23:43il mesure
23:44l'activité électrique
23:46du cerveau
23:46pendant que des enfants
23:48résolvent des problèmes.
23:50Ce qui l'intéresse,
23:52c'est ce qu'il appelle
23:52les bugs
23:53de l'intelligence.
23:56Si vous présentez
23:57à un enfant
23:58ce dispositif
23:59avec
24:001, 2, 3, 4,
24:025 babards
24:03écartés
24:04ou 5 babards
24:05resserrés,
24:05et vous demandez
24:06à l'enfant
24:07y a-t-il
24:08le même nombre
24:09de babards
24:09au-dessus
24:10et en dessous,
24:11jusqu'à 6-7 ans,
24:13tous les enfants
24:13du monde
24:14vont vous répondre
24:15« Ah ben non,
24:16il n'y en a pas pareil,
24:17il y en a plus là
24:18parce que c'est plus long ».
24:19Le cerveau de l'enfant
24:20est donc piégé
24:21par l'intelligence
24:23visio-spatiale
24:24selon laquelle
24:25longueur est égale
24:26à nombre.
24:27Dans le cerveau,
24:28ça se traduit
24:28par le fait
24:29qu'on a des chemins
24:30neuronaux différents
24:31pour résoudre
24:32une même tâche.
24:39Comter
24:40ou mesurer,
24:42il y a toujours
24:43plusieurs solutions
24:44à un problème
24:45et notre cerveau
24:47est sans cesse
24:48en train de lutter
24:48pour inhiber
24:49les mauvaises stratégies.
24:53Nous,
24:54ce qu'on montre ici,
24:55et c'est ça
24:56la découverte
24:56et l'originalité
24:57de notre laboratoire,
24:59est que l'inhibition
25:00c'est sans doute
25:00le processus clé
25:02et positif
25:02de l'intelligence
25:03parce que c'est elle
25:04qui nous permet
25:05de résister à nous-mêmes
25:06en quelque sorte.
25:09Résister à nous-mêmes,
25:10c'est apprendre
25:11à contrôler
25:12les interférences
25:13qui viennent perturber
25:14notre intelligence.
25:16Le test de Stroop
25:17est une des méthodes
25:18pour observer
25:19ces interférences.
25:21Il consiste à donner
25:22la couleur d'un mot,
25:23mais attention,
25:24sans le lire.
25:28plus jaune,
25:30rouge,
25:31jaune,
25:32e,
25:33vert,
25:34rouge,
25:35vert,
25:35vert,
25:37rouge,
25:38vert,
25:38jaune,
25:39jaune,
25:40rouge,
25:41jaune,
25:41jaune,
25:42rouge,
25:43jaune,
25:45rouge,
25:48jaune,
25:49jaune,
25:51Rouge, vert.
25:53Rouge, jaune, bleu, vert.
26:05Pour résoudre un problème, nous sollicitons différentes régions du cerveau reliées entre elles, mais qui sont parfois en compétition.
26:15Mais comment ces différentes zones communiquent-elles ?
26:19C'est ce à quoi s'intéresse le professeur Douglas Fields à l'Institut National de la Santé de Washington.
26:30Le cerveau est fait de deux sortes de tissus, la matière blanche et la matière grise.
26:35Tout le monde a entendu parler de la matière grise.
26:37C'est là où se trouvent les neurones, sur une couche à la surface du cerveau.
26:42Mais en dessous, il y a des milliards de connexions, de câbles, des axones qui connectent les neurones.
26:47Et c'est blanc, parce que ces axones ont une gaine isolante formée d'une membrane qui est de la
26:53myéline.
26:59La myéline entoure les axones, permettant aux informations de circuler de manière rapide et efficace dans le cerveau.
27:12Quand un enfant naît, son cerveau n'est pas mature.
27:15Ses fonctions sont minimales.
27:18Un bébé ne peut quasiment rien faire.
27:20Il ne peut pas se nourrir, il ne voit pas vraiment, il ne sait pas marcher ni redresser la tête.
27:25C'est parce que notre cerveau est façonné en permanence par notre environnement.
27:31Et une des choses les plus intéressantes avec la myéline, c'est qu'elle se forme après notre naissance.
27:42La myéline est essentielle pour que l'information circule de manière efficace dans le cerveau.
27:47Elle est donc essentielle pour notre intelligence.
27:52Mais aujourd'hui, la formation de la myéline est perturbée.
28:01Barbara Demnex, endocrinologue au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris,
28:06a montré comment notre intelligence est menacée par un des fléaux majeurs du 21e siècle, la pollution.
28:15Quel que soit l'endroit où vous vivez dans le monde,
28:17vous allez être exposé à des centaines de produits chimiques
28:20qui vont interférer avec l'hormone thyroïdienne.
28:23Cette hormone est produite par la glande thyroïde,
28:25qui se trouve à la base du cou chez l'homme.
28:29Elle est nécessaire au développement du cerveau
28:31depuis les premières étapes du développement du fœtus
28:33jusqu'à un âge plus avancé, comme le mien,
28:36pour assurer le maintien de fonctions, comme la myélinisation.
28:42L'autorité européenne de sécurité des aliments
28:45a analysé 297 pesticides.
28:49Plus d'une centaine d'entre eux perturbent le fonctionnement de l'hormone thyroïdienne.
28:55Tout comme le bisphénol A, les PCB, les retardateurs de flammes.
29:00Des produits chimiques avec lesquels nous sommes en contact tous les jours.
29:04L'équipe de Barbara Demnex a montré
29:07qu'ils ont la particularité de bloquer les récepteurs spécifiques
29:10de l'hormone thyroïdienne sur chacune des cellules de notre cerveau.
29:14Et les effets sont considérables.
29:19Ce sont des preuves solides.
29:21On a regardé, les scientifiques ont regardé,
29:24les niveaux d'exposition chez les femmes qui ont des enfants.
29:29On a comparé différents niveaux d'exposition
29:32et on a vu que les niveaux les plus élevés
29:34étaient associés à une perte de 5 à 6 points de QI chez leurs enfants.
29:39C'est vrai que la plupart d'entre nous ne voient pas la différence,
29:43mais il est évident que 5 points de QI en moins
29:46peuvent faire une grande différence pour votre réussite scolaire
29:49ou votre réussite dans la vie.
29:51Et le simple fait de le savoir est vraiment troublant pour les parents.
30:01Notre intelligence nous a permis de créer un monde complexe
30:04au prix de la dégradation de notre environnement.
30:08Et nous pourrions en payer le prix
30:09si cette dégradation perturbe la formation de notre cerveau,
30:14en agissant sur la myéline par exemple.
30:17Mais si ce phénomène se confirme, comment le gérer ?
30:24Pendant plus d'un siècle, on a pensé que tous nos processus mentaux
30:27n'étaient dus qu'à l'activité électrique des neurones.
30:31Mais aujourd'hui, les neurobiologistes ont commencé
30:34à explorer un nouveau continent.
30:39Il n'y a que 15% des cellules du cerveau qui sont des neurones.
30:42Le reste, qui représente 85%,
30:46ne communique pas grâce à l'électricité.
30:49On l'appelle la glie.
30:51De nouvelles méthodes nous ont permis de voir,
30:54avec surprise, que les cellules gliales
30:56communiquent entre elles et avec les neurones.
30:59On est à la pointe des recherches sur le cerveau,
31:02car il y a là un changement fondamental
31:05dans la manière dont on pense
31:06que le cerveau fonctionne au niveau cellulaire.
31:12Les cellules gliales,
31:14des cellules bien plus nombreuses que les neurones
31:17et qui forment leur environnement.
31:19Certaines fabriquent la myéline.
31:23D'autres nourrissent les neurones et les protègent.
31:27On les appelle les astrocytes.
31:30Et une découverte inattendue
31:31a montré que les astrocytes jouaient un rôle dans l'intelligence.
31:36Tout a commencé avec un génie.
31:42En avril 1955, au Princeton Hospital du New Jersey,
31:47Thomas Harvey, médecin pathologiste,
31:49est en charge de l'autopsie de Albert Einstein.
31:53Et ce 18 avril, à 8 heures du matin,
31:56il décide de voler le cerveau de celui
31:59que nous considérons comme l'incarnation du génie.
32:02Il espérait, en examinant le précieux organe,
32:06percer les secrets de l'intelligence.
32:08Après l'avoir conservé, caché chez lui pendant 27 ans,
32:12il autorisa d'autres scientifiques à l'examiner.
32:15Et ils découvrirent quelque chose dans le cerveau d'Einstein
32:18qui était peut-être le secret de son intelligence.
32:25Le cerveau d'Albert Einstein a été examiné
32:28pour voir ce qui le rendait plus intelligent.
32:31Et il n'y avait pas de différence sur le nombre de neurones,
32:34sur la taille des neurones, il n'y avait rien.
32:37Mais son cerveau avait plus d'astrocytes.
32:40Et beaucoup de gens se sont intéressés
32:42au rôle joué par les astrocytes dans l'intelligence.
32:49Les astrocytes.
32:51Des cellules gliales identifiées il y a plus d'un siècle.
32:59Mais ces dernières années,
33:01les scientifiques se sont aperçus
33:02que leur rôle était plus complexe
33:05que ce qu'ils imaginaient.
33:11Les astrocytes servent à beaucoup de choses.
33:13Ils contrôlent les synapses,
33:15ils contrôlent le flux sanguin dans le cerveau,
33:18ils nourrissent les neurones,
33:19ils réagissent aux blessures.
33:21Toutes ces choses étaient considérées
33:23comme des tâches ménagères
33:24faites par les astrocytes dans le cerveau.
33:26Et plein de gens ne les prenaient pas au sérieux.
33:29Jusqu'à ce qu'on réalise
33:30que ces tâches ménagères
33:32font que l'astrocyte contrôle le neurone.
33:37Un astrocyte humain contrôle
33:40des centaines de neurones.
33:41Bien plus que ce que peut faire
33:43un astrocyte de souris, par exemple.
33:46En se basant sur cette observation,
33:48une équipe de l'Université de Rochester
33:50a mis au point une expérience fascinante.
33:53Pour mieux comprendre l'intelligence humaine,
33:56ils ont décidé de lui faire franchir
33:58la barrière des espèces.
34:01Ils ont greffé des astrocytes humains
34:03dans le cerveau de souris.
34:10Nous avons effectué des greffes
34:13des astrocytes humains
34:15chez la souris.
34:16Et la greffe, littéralement,
34:18envahit tout le cerveau.
34:20Quand on regarde, par exemple,
34:23à l'âge d'un mois après la greffe,
34:26on voit que la greffe est très discrète
34:28à l'endroit presque où on a greffé les cellules.
34:31Si on revient un an plus tard,
34:33tout le cerveau devient greffé.
34:37On remplace littéralement
34:38toutes les cellules par les cellules humaines.
34:42On s'est rendu compte que ces souris
34:44sont plus aptes à avoir une meilleure mémoire
34:47et un meilleur apprentissage
34:49que les souris non greffées.
34:53Pour tester les capacités de ces souris
34:56au cerveau modifié,
34:57les chercheurs les ont placées
34:59dans un labyrinthe.
35:04Résultat,
35:05les souris greffées
35:06trouvent la sortie deux fois plus vite
35:08que les souris non greffées.
35:11Cette expérience ne laisse plus
35:12la place aux doutes.
35:14Les astrocytes contribuent à favoriser
35:16la mémoire et l'apprentissage.
35:18Ils jouent un rôle clé
35:19dans notre intelligence.
35:27L'intelligence se reflète
35:29dans le fonctionnement du cerveau.
35:31Mais comment expliquer
35:33les différences d'intelligence
35:34de nos collègues,
35:35de nos amis,
35:36de nos parents ?
35:37Ont-ils plus de matière blanche ?
35:39Moins d'astrocytes ?
35:41Des neurones plus rapides ?
35:43Ce qui est à l'origine de nos capacités
35:45se trouve en partie dans nos gènes.
35:48Robert Plomine
35:50est généticien comportementaliste.
35:52Dans le cadre de ses recherches,
35:54il a regardé grandir
35:55des milliers d'enfants.
35:56Grâce à eux,
35:58il espère pouvoir trouver
35:59les gènes
36:00qui influent sur l'intelligence.
36:03Les gens demandent souvent
36:04dans quelle mesure
36:05l'intelligence est déterminée
36:07par les gènes.
36:08Mais tout d'abord,
36:09il faut insister sur le fait
36:10que le mot déterminé
36:12n'est sans doute pas le bon.
36:14On devrait dire influencé.
36:16C'est comme pour la taille.
36:18Elle est liée aux gènes,
36:18mais pas déterminée par eux.
36:21Si vous êtes grand,
36:22il est probable que vos enfants
36:23seront plus grands
36:24que la moyenne.
36:25Mais s'ils sont mal nourris
36:27ou s'ils sont malades,
36:29ils seront peut-être plus petits.
36:30Ce n'est pas déterminé,
36:32c'est influencé.
36:34Pour l'expliquer différemment,
36:35les gènes nous donnent
36:37un potentiel
36:38et l'environnement
36:39permet de l'exprimer.
36:45Pour comprendre
36:46les relations complexes
36:47entre gènes et intelligence,
36:50Robert Plomine fait passer
36:51des tests à des milliers
36:52de jumeaux.
36:55Les vrais jumeaux
36:56ont ceci de particulier
36:57que ce sont des clones.
36:59Ils partagent exactement
37:01les mêmes gènes.
37:03Ils sont identiques
37:04en tous points.
37:06mêmes cheveux,
37:07mêmes yeux,
37:09mais ont-ils les mêmes résultats
37:11au test d'intelligence ?
37:13La réponse est oui.
37:16Leurs résultats sont plus proches
37:17que ceux d'un frère
37:18et d'une sœur.
37:21C'est la preuve
37:22que même s'ils ne sont pas
37:23les seuls déterminants
37:24de l'intelligence,
37:25les gènes jouent
37:27un rôle crucial.
37:31La plupart des pays
37:32dans le monde,
37:33plus de 100 pays,
37:35disposent maintenant
37:36de registres de jumeaux
37:37car ils reconnaissent
37:38l'importance
37:39de la méthode
37:40des jumeaux
37:40pour estimer
37:41l'influence des gènes.
37:44La prochaine étape
37:44de nos recherches
37:45est d'essayer
37:46de trouver
37:46les gènes responsables
37:49de l'intelligence.
37:52Pour cela,
37:53Robert Plomine
37:54utilise des puces
37:55à ADN
37:56capables de détecter
37:57plus d'un million
37:58de marqueurs génétiques.
38:03En comparant l'ADN
38:04de tous ceux
38:05qui ont eu
38:05de bons résultats
38:06au test,
38:07ils cherchent à voir
38:08si certains gènes
38:09apparaissent plus fréquemment.
38:14Mais l'identification
38:15précise de ces gènes
38:17s'est révélée
38:18beaucoup plus compliquée
38:18que ce qu'ils espéraient.
38:26Il y a 15 ans,
38:27quand j'ai commencé
38:28à essayer
38:29de trouver
38:29les gènes
38:30de l'intelligence,
38:32personne n'imaginait
38:33que ce serait
38:33aussi difficile.
38:35On a identifié
38:36plus de 300 gènes
38:38qui influent
38:38sur l'intelligence.
38:40Et le problème,
38:41c'est qu'on en a identifié
38:42seulement 1%.
38:49L'intelligence
38:50est influencée
38:51par l'interaction
38:52de plusieurs milliers
38:53de gènes.
38:55Ils forment
38:56un réseau
38:56d'une complexité inouïe,
38:58d'autant plus
38:58qu'ils produiraient
38:59des effets différents
39:00selon la région
39:01du cerveau
39:02où ils s'expriment.
39:07Avant,
39:08on imaginait
39:09le fonctionnement
39:10du cerveau
39:10en termes de zone.
39:11Cette zone
39:12gère le langage,
39:13celle-ci fait autre chose.
39:15Le corps caleux
39:16relie les hémisphères.
39:18Beaucoup de gens
39:19aujourd'hui
39:19ont réalisé
39:20que c'était
39:20une fiction,
39:21que le cerveau
39:22agissait de manière
39:23plus globale.
39:24Et si on regarde ça
39:26du point de vue génétique,
39:27cela rend les choses
39:28plus claires,
39:29parce que la plupart
39:30des gènes
39:31qui agissent
39:31sur le cerveau
39:32affectent beaucoup
39:33de régions différentes.
39:37Nous avançons
39:38pas à pas
39:39dans la compréhension
39:39de notre intelligence.
39:42Les scientifiques
39:43affinent les outils
39:43pour la mesurer.
39:45Mais la question
39:46qui se pose
39:47est l'usage
39:48que nous en ferons.
39:55L'intelligence
39:56est ce qui prédit
39:57le mieux
39:58notre niveau d'études,
39:59notre emploi.
40:02Par conséquent,
40:03parler de l'intelligence
40:04de quelqu'un
40:05n'est pas anodin.
40:06On donne une valeur,
40:08on classe,
40:09on hiérarchise.
40:10avec tous les risques
40:12de dérapage
40:12que cela comporte.
40:14L'erreur de raisonnement,
40:16c'est de considérer
40:17que l'intelligence
40:18serait essentiellement
40:20héréditaire.
40:21Et ça a conduit
40:22à des dérives
40:24qui sont tout à fait
40:28ridicules,
40:29je dirais.
40:30Absolument ridicules.
40:32Pour en donner
40:33un exemple,
40:34en 1924,
40:37je crois,
40:37une loi a été votée
40:39aux États-Unis
40:40qui restreillait
40:42l'immigration,
40:43qui mettait des quotas
40:44pour l'immigration
40:45parce que
40:46dans les tests,
40:48ils avaient en moyenne
40:49des résultats moins bons.
40:50Et donc,
40:50ils étaient supposés
40:51être héréditairement
40:53moins intelligents.
40:54Il fallait qu'ils en viennent
40:55moins aux États-Unis
40:56pour ne pas faire baisser
40:57la moyenne.
40:58On les accueillait,
40:59vous savez,
40:59dans Alice Island,
41:01cette petite île
41:02qui est en face
41:03New York et pas mal
41:06d'entre eux ont été
41:06renvoyés et notamment
41:08ceux qui,
41:09dans les années 30,
41:10commençaient à sentir
41:12la montée du nazisme,
41:14je pense aux gifs
41:15de l'Europe de l'Est
41:16par exemple,
41:17et qui ont été refoulés
41:19pour des raisons
41:20absolument idiotes.
41:23On a longtemps cru
41:24qu'on ne pouvait pas
41:25échapper à ses origines.
41:27Notre hérédité
41:28était supposée
41:29contrôler nos vies.
41:31La science,
41:32depuis,
41:33nous a heureusement
41:34éloignés
41:34de cette vision déterministe.
41:38Mais l'intelligence
41:39est un sujet à part,
41:40un sujet si sensible
41:42que les faux pas
41:43et les excès
41:44ont marqué son histoire.
41:46William Shockley,
41:47physicien visionnaire,
41:49prix Nobel
41:50pour sa découverte
41:51du transistor,
41:52se montra moins brillant
41:53lorsqu'il décida
41:54de se pencher
41:54sur l'étude
41:55de l'intelligence.
41:58Dr. Shockley,
41:59si vous pouvez répondre
42:00à ceci ou non,
42:01je vous remercie.
42:02Est-ce que vous croyez
42:03que les femmes
42:03sont
42:06inférieurs
42:07dans l'intelligence
42:08car de leur hérédité ?
42:10Ce que je dis
42:11c'est ce que
42:11ma recherche
42:12me,
42:12et c'est une tragique
42:13conclusion,
42:14vraiment,
42:15ma recherche
42:16me,
42:16inescapable,
42:17de l'opinion
42:18que la major cause
42:19de l'américaine
42:20de l'intelligence
42:21et social
42:21déficit
42:22est hereditaire
42:23et racially génétique
42:24en origine
42:25et donc
42:25non remediable
42:26à un major degree
42:27par des improvements
42:28en l'environnement.
42:29Alors,
42:30que vous voyez
42:31comme la solution
42:32à ce problème ?
42:33Je propose
42:34que vous offrez
42:35un bonus
42:35pour tous
42:36être stérilisé.
42:37L'offre est basé
42:38sur les meilleures
42:39estimations,
42:39les meilleures
42:40scientifiques
42:40que l'on peut avoir
42:42de toute
42:43maladie génétique.
42:451974,
42:47c'était tout juste hier,
42:48une époque pas si lointaine
42:50où certains se servaient
42:51du QI
42:52pour justifier
42:53des théories racistes,
42:54pour exclure
42:55ceux qui étaient différents.
42:59Joseph Chovanec
43:00est atteint
43:01du syndrome d'Asperger,
43:03une forme d'autisme
43:04qui peut cohabiter
43:05avec un QI élevé.
43:07Diplômé de Sciences Po,
43:09docteur en philosophie,
43:10écrivain.
43:11À six ans,
43:12il ne disait pas un mot.
43:14Aujourd'hui,
43:15il parle sept langues
43:16dont l'hébreu,
43:17l'arabe,
43:18le perse
43:19et l'Azerbaïdjanais.
43:20Je fais partie
43:22de ces enfants
43:23qui étaient promis
43:24à la poubelle.
43:25Pendant très longtemps,
43:26on nous a dit
43:27que les personnes autistes
43:29étaient déficientes
43:30intellectuelles.
43:31On a posé
43:32presque comme synonyme
43:34déficience intellectuelle
43:36et autisme.
43:37Alors qu'aujourd'hui,
43:39on sait bien
43:39que ce n'est pas le cas.
43:41Chaque société humaine
43:43a besoin
43:43d'un certain nombre
43:44de hiérarchies,
43:46a besoin que les gens
43:47se démarquent
43:48un peu des autres.
43:50Et on a tendance
43:51à résumer
43:52un peu tout
43:53par un critère unique.
43:54Aux États-Unis,
43:56ce qui fait
43:56les qualités humaines
43:59et les hiérarchies,
44:00c'est le QI.
44:01En France,
44:01c'était
44:02le concours administratif.
44:04Sous la Chine impériale,
44:06c'était
44:06le fameux concours
44:07de mandarinat.
44:09Mais tout ça,
44:09ça repose
44:10sur une idée
44:11centrale
44:12qui est fausse,
44:13à savoir
44:13qu'il y aurait
44:14une échelle unique
44:15de l'humanité.
44:18Et forcément,
44:19celui qui prône
44:20ce genre de théorie
44:22se place lui-même
44:23tout au sommet.
44:24C'est toujours comme ça.
44:26L'intelligence
44:27comme échelle unique
44:28de l'humanité.
44:30Mais peut-on résumer
44:31l'humain
44:32à une seule dimension ?
44:34Peut-on réduire
44:35l'homme
44:35à sa seule intelligence
44:36alors que l'intelligence
44:38elle-même
44:39a de multiples facettes ?
44:49Sous-titrage Société Radio-Canada
45:14Mozart,
45:15dit-on,
45:16pouvait avoir
45:17à l'esprit
45:17une symphonie
45:18en entier.
45:19Si vous suivez
45:20une symphonie,
45:21vous devez suivre
45:22son développement
45:23dans le temps.
45:24Mais lui,
45:25il avait conscience
45:26de sa globalité.
45:29C'est un peu
45:30le même niveau
45:31de complexité
45:32que pour un mathématicien
45:33qui pense
45:34à sept ou huit formules
45:36et voit
45:36toutes les connexions
45:37possibles entre elles.
45:39alors on peut
45:40toujours objecter.
45:41Est-ce que
45:42l'intelligence musicale
45:43est une forme
45:44d'intelligence ?
45:45Ce n'est pas important.
45:48Ce qui est important,
45:49c'est que ça existe
45:50et que ceux qui l'ont
45:52n'ont pas obligatoirement
45:53de grand QI.
45:54n'ont pas nécessairement
45:55de grand QI.
46:07Il y a eu toujours
46:08une résistance
46:09à considérer
46:10qu'il y avait
46:11des formes
46:11d'intelligence différentes
46:12et une espèce
46:14de propension
46:15à vouloir déterminer
46:16un QI général,
46:18ce qui voudrait dire
46:19qu'on a une intelligence
46:21unidimensionnelle,
46:22voilà, et vous êtes
46:23plus ou moins haut
46:24sur cette dimension.
46:27Et la conception
46:29contradictoire,
46:29c'est qu'il y a
46:30plusieurs formes
46:31d'intelligence
46:31et en réalité,
46:33vous pouvez être
46:34assez haut
46:35sur une des dimensions
46:36d'intelligence,
46:37sur un de ces aspects,
46:38et puis assez bas
46:39sur un autre.
46:42Le débat est aussi ancien
46:44que les premières études
46:44sur l'intelligence.
46:46En effet,
46:47les scientifiques
46:48se sont aperçus
46:49que, quelle que soit
46:50la méthode utilisée,
46:51ils n'arrivaient pas
46:52à évaluer l'intelligence
46:53avec une échelle unique.
47:03À l'Université
47:04du Nouveau-Mexique,
47:06le professeur Rex Young
47:07est convaincu
47:08que pour résoudre
47:09n'importe quel problème,
47:11nous utilisons
47:12différentes manières
47:13de raisonner,
47:14que ce que nous appelons
47:16intelligence
47:17n'est que l'une d'entre elles.
47:20Je pense que la créativité
47:21est un autre mode
47:22de fonctionnement
47:23du cerveau.
47:24Je cherche à savoir
47:25si elle est différente
47:26de l'intelligence.
47:28Est-elle similaire ?
47:29Est-ce que c'est la même chose
47:30ou bien est-ce différent ?
47:32J'en suis arrivé
47:33à la conclusion
47:34que la créativité
47:35est un processus
47:36de raisonnement
47:37fondamentalement différent.
47:46déchiffrer une partition,
47:49c'est être intelligent
47:50en utilisant
47:51nos connaissances.
48:01Improviser,
48:02c'est être intelligent
48:03en inventant,
48:05en étant créatif.
48:21Un musicien peut être
48:23à la fois intelligent
48:24et créatif.
48:25Un sujet d'étude idéal.
48:33Le professeur Jung
48:35a examiné
48:36de nombreux cerveaux
48:37pour savoir
48:37comment intelligence
48:38et créativité
48:39peuvent cohabiter.
48:43Je travaille
48:44sur l'hypothèse
48:45que ce sont
48:45des partenaires
48:46et qu'il y a
48:47deux réseaux différents
48:48dans le cerveau
48:49qui coopèrent
48:50pour nous permettre
48:51de raisonner.
48:53L'un est un type
48:54de raisonnement intelligent,
48:56l'autre est un type
48:58de raisonnement créatif.
49:01Je pense que les deux
49:02sont extrêmement importants.
49:05Nous sommes très proches
49:06de comprendre
49:07comment elles fonctionnent.
49:09Notre théorie
49:10est que le réseau
49:11de l'intelligence
49:12se situe plutôt
49:13à la surface du cerveau.
49:18Avec la créativité,
49:20les choses sont différentes.
49:21Elles dépendent
49:22principalement
49:23du réseau
49:24du mode par défaut.
49:25Le réseau
49:26du mode par défaut
49:27est un réseau
49:28qui se trouve
49:29plutôt au milieu,
49:30à l'intérieur du cerveau.
49:32Et ces deux réseaux
49:33échangent en permanence
49:34des informations
49:35pour nous permettre
49:36de résoudre
49:37les problèmes posés
49:38par le monde
49:38qui nous entoure.
49:45Nous avons tous
49:46expérimenté
49:47cette sensation
49:47d'une idée
49:49surgissant de nulle part
49:50avec la force
49:51de l'évidence.
49:53Ce que nous révèlent
49:54les neurosciences,
49:55c'est que ce mode
49:56de raisonnement,
49:57ce mode inventif,
49:59créatif,
50:00est un mode
50:01de raisonnement
50:01à part entière.
50:03Peut-on être intelligent
50:04sans être créatif ?
50:06Ou créatif
50:07sans être intelligent ?
50:09La question
50:09a-t-elle même un sens ?
50:11Pour évoluer intelligemment
50:13dans le monde,
50:14n'avons-nous pas besoin
50:15de toutes les ressources
50:16de notre esprit ?
50:17On ne peut pas être
50:20créatif en physique,
50:21par exemple,
50:22si on n'a qu'une éducation
50:23en physique.
50:24On peut être créatif
50:25en physique,
50:26il faut une autre éducation
50:27et ensuite se retrouver
50:29dans un univers étranger
50:31et réutiliser des trucs
50:33et astuces,
50:34des mécanismes mentaux
50:35qu'on a appris ailleurs.
50:37Le drame
50:38de la recherche stérile,
50:40c'est la recherche
50:41qui ne connaît
50:42que sa petite chapelle
50:43où il n'y a ni import
50:45ni export de données.
50:47Par contre,
50:47tous ceux
50:48qui ont été créatifs,
50:49ce sont des gens
50:50qui ont importé
50:51des idées
50:52d'un univers autre.
50:58Les liens se tissent,
51:01le tableau se dessine.
51:03Les scientifiques
51:05assemblent petit à petit
51:06les différentes composantes
51:07de notre intelligence.
51:10Mais le monde évolue
51:11et l'intelligence aussi.
51:16Notre cerveau
51:17est en permanente évolution.
51:19Il permet à notre intelligence
51:20de s'adapter aux problèmes
51:22que nous devons résoudre,
51:24aussi multiples et variés
51:26que nous pouvons l'être.
51:30Quand j'étais enfant,
51:31je savais que je ne fonctionnais
51:33pas comme les autres.
51:34J'avais cette conscience-là.
51:36Cela m'a donné à réfléchir
51:39et cela m'a amenée
51:40à imaginer le monde pluriel.
51:44Imaginer le monde
51:45où il n'y a pas un seul axe,
51:47que ce soit de classement
51:49ou de valorisation,
51:51mais un grand nombre d'axes.
51:53Et j'ai dit
51:54à la vraie intelligence du monde,
51:56n'est-ce pas de savoir réfléchir
51:59de façon plurielle,
52:00de savoir prendre en compte
52:02plusieurs grilles
52:03de compréhension du monde
52:05et non pas une seule.
52:09Le rôle de la science
52:11n'est peut-être pas de dire
52:12si nous sommes plus ou moins intelligents
52:14que nos voisins
52:15ou que nos ancêtres,
52:17mais de nous aider à comprendre
52:19comment notre cerveau fonctionne.
52:23On saura alors
52:25non seulement réparer
52:26notre intelligence,
52:27mais on saura aussi
52:28l'améliorer
52:29pour tisser des liens
52:31entre nous
52:31et la diversité
52:33de ce qui nous entoure.
53:00Sous-titrage Société Radio-Canada
53:06Sous-titrage Société Radio-Canada
53:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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