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  • il y a 6 semaines
Chaque matin dans Europe 1 Matin, Alexandre Le Mer reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Maître Patrice Spinosi, avocat au conseil d'Etat et représentantt de Nicolas Sarkozy devant la CEDH, pour évoquer notamment la requête déposé par l'ancien président de la République.

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Transcription
00:007h-9h, Europe 1 matin.
00:02Europe 1, il est 7h10.
00:04Votre invité ce matin en studio, Alexandre Lemaire
00:06et Maître Patrice Pinozzi, avocat au Conseil d'Etat
00:08et à la Cour de Cassation
00:09et représentant de Nicolas Sarkozy
00:11devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
00:13Bonjour Maître Patrice Pinozzi. Bonjour.
00:15C'est une décision qui sonne comme un séisme
00:18pour la justice française
00:19et qui pourrait entraîner un nouveau procès de Nicolas Sarkozy
00:22en vue de sa réhabilitation
00:23dans l'affaire dite des Écoutes ou affaire Paul Bismuth.
00:26Après sa condamnation
00:28dans cette affaire pour corruption et trafic d'influence,
00:30l'ancien président a saisi la Cour Européenne
00:32des Droits de l'Homme. On rappelle que Nicolas Sarkozy
00:34a purgé sa peine.
00:36Vous venez nous dire, ce matin sur Europe 1,
00:38Maître Pinozzi, que la Cour Européenne des Droits de l'Homme
00:40déclare recevable la requête de votre client.
00:43Oui, c'est exact.
00:44Ce n'est pas tellement moi qui viens de vous le dire,
00:45c'est la Cour Européenne qui nous l'annonce.
00:48Effectivement, nous avions déposé un recours
00:50suite à la condamnation définitive
00:52de Nicolas Sarkozy, comme c'est normal.
00:54La Cour Européenne a pris un peu plus de un an
00:57pour examiner ce recours
00:58et elle a décidé de le rendre recevable,
01:01ce qui est assez rare
01:02et ce qui, maintenant, nous permet de penser
01:04que nous allons avoir un arrêt Sarkozy contre France
01:07qui peut condamner la France
01:08et qui ouvrirait la voie, dans ce cas-là,
01:10pour Nicolas Sarkozy, à un nouveau procès.
01:12C'est même très rare.
01:13D'auprès de 9 cas sur 10,
01:14je crois que les requêtes nationales
01:16ne sont pas reçues.
01:18Oui, à peu près 90% des requêtes
01:20qui sont déposées devant la Cour Européenne
01:22contre la France échouent à ce premier stade.
01:24et donc, nous faisons partie des 10%
01:27des requêtes qui ont passé ce premier filtre.
01:31Et à partir de ce moment-là,
01:32toujours si on reste dans des statistiques,
01:34globalement, on a une chance sur deux,
01:36maintenant, en tout cas, de façon objective,
01:38d'obtenir une condamnation de la France.
01:40Donc, cela démontre à tout le moins
01:42le caractère tout à fait sérieux
01:43de notre requête
01:44et de l'argumentation que nous faisions valoir.
01:46Bien, alors, un petit rappel de l'affaire,
01:48Maître Spinozy.
01:49Nicolas Sarkozy et son avocat,
01:50Maître Thierry Herzog,
01:51ont été condamnés par la justice
01:53pour avoir tenté de corrompre
01:54un magistrat de la Cour de cassation,
01:55Gilbert Azibert,
01:56pour qu'il les renseigne sur des enquêtes en cours
01:59les concernant en échange
02:00d'un poste de magistrat à Monaco.
02:02Nicolas Sarkozy a été condamné
02:04à trois ans de prison,
02:05dont un ferme sous bracelet électronique,
02:06assorti d'une peine d'inéligibilité
02:08de trois ans.
02:09C'est ici que la Cour Européenne
02:12des Droits de l'Homme
02:13pourrait tout changer.
02:14Dites-nous, en quoi c'est un séisme
02:16pour la justice française ?
02:17Alors, en réalité,
02:19il faut bien comprendre
02:20que depuis le début de cette affaire,
02:22Nicolas Sarkozy a toujours fait plaider
02:24qu'il ne pouvait pas être condamné
02:26sur le fondement des échanges
02:28qu'il avait eus avec Thierry Herzog,
02:29qui était donc son avocat,
02:31et qui avait été écouté.
02:33Le principe fondamental,
02:34qui est un droit,
02:36ce qui est celui du secret professionnel de l'avocat,
02:38impose que ce que vous dites à votre avocat
02:40ne peut pas être utilisé contre vous.
02:42Et depuis le début de cette affaire,
02:43Nicolas Sarkozy dit
02:44« J'ai parlé à mon avocat,
02:45et la seule chose qu'il y a dans ce dossier,
02:46ce sont les écoutes avec mon avocat. »
02:48Et cet argument,
02:49il a été rejeté
02:50par l'ensemble des juridictions nationales,
02:52et c'est ce même argument
02:53que nous avons porté
02:54dans la Cour Européenne des Droits de l'Homme,
02:55et qui est susceptible de prospérer.
02:57Donc, c'est une décision très importante,
02:59qui a vocation à être rendue.
03:01Elle concerne évidemment Nicolas Sarkozy,
03:02au premier chef,
03:03mais pas que,
03:04puisque la Cour Européenne des Droits de l'Homme,
03:05elle concerne la France,
03:07mais aussi l'ensemble des pays
03:08du Conseil de l'Europe,
03:09et elle va s'interroger
03:10sur cette question de principe fondamentale,
03:13quelle est exactement
03:14la nature du droit
03:15à la confidentialité
03:17qu'un client peut avoir
03:19lorsqu'il parle avec son avocat
03:20et qu'il est sur-écoute.
03:21Est-ce que c'est ce qu'il dit
03:23est susceptible d'être utilisé
03:24contre lui ou pas ?
03:25Et la solution qui sera rendue
03:26vaudra pour Nicolas Sarkozy,
03:27mais pour tous les différents pays
03:30du Conseil de l'Europe,
03:31et donc pour l'ensemble
03:32des avocats européens.
03:33Mais lorsque vous dites,
03:33Maître Patrice Pinozzi,
03:34qu'il y a désormais
03:35une chance sur deux
03:36pour que la Cour Européenne des Droits de l'Homme
03:38rende une décision en votre faveur,
03:40ce n'est pas votre boule de cristal.
03:41Non, c'est une statistique objective.
03:43C'est-à-dire que,
03:44évidemment,
03:46les statistiques en matière
03:47de recours
03:48n'ont pas tellement de sens.
03:50Simplement, ce que je dis,
03:51c'est que,
03:52quand on regarde
03:53le nombre de requêtes
03:54qui ont passé
03:55le filtre de l'admission,
03:57eh bien,
03:57il n'y en a que 10%.
03:58Et quand on regarde
04:00le nombre de requêtes
04:01qui, ayant passé
04:01le filtre de l'admission,
04:03ont permis d'obtenir
04:04un constat d'héolation
04:05de la part de la France,
04:07eh bien,
04:07c'est à peu près 50%.
04:08Donc, statistiquement,
04:11objectivement,
04:11aujourd'hui,
04:12il y a une chance sur deux.
04:13Nous pensons, évidemment,
04:14que nous en avons plus.
04:14Puisque nous sommes totalement convaincus
04:16de notre argumentation.
04:18Nous espérons, évidemment,
04:19que la Cour Européenne
04:21condamne la France.
04:23Mais je dis juste
04:25que, de façon très objective,
04:26aujourd'hui,
04:27la statistique,
04:28elle est celle-là.
04:28Mais c'est-à-dire qu'en l'espèce,
04:29Nicolas Sarkozy,
04:30ayant toujours protesté
04:31contre la violation
04:32de ses droits fondamentaux,
04:33nous parlons d'écoute téléphonique.
04:34Il existe des articles
04:36dans la Convention Européenne
04:37des Droits de l'Homme
04:38qui tendent à plaider
04:39en sa faveur.
04:40Bien sûr,
04:40c'est le principe
04:41des droits de la défense,
04:43c'est la garantie
04:44du secret professionnel
04:44de l'avocat
04:45qui sont consacrés
04:48consacrés par l'article 6
04:50et l'article 8
04:51de la Convention Européenne
04:52des Droits de l'Homme.
04:53L'article 6,
04:53c'est un article très connu
04:54qui concerne le droit
04:56au procès équitable.
04:57L'article 8 n'est pas moins connu,
04:59c'est ce qui concerne
05:00tout ce qui est l'intimité
05:01de la vie privée.
05:02Et il y a une jurisprudence
05:04très développée
05:05de la part de la Cour Européenne
05:06des Droits de l'Homme
05:06sur ces sujets
05:07pour garantir
05:08que lorsque vous échangez
05:10avec un avocat,
05:11il y a un droit
05:13à la confidentialité
05:14et qu'on n'utilise pas
05:15ces propos
05:16pour vous sanctionner.
05:18Très concrètement,
05:18Maître Patrice Pinozzi,
05:19quelle va être la suite ?
05:20La suite, très concrètement.
05:22Maintenant que la requête
05:22est communiquée,
05:23ça veut dire que la France
05:24est officiellement saisie
05:26de notre requête.
05:27Donc maintenant,
05:28elle a été transmise
05:30au gouvernement français
05:31qui va devoir y répondre.
05:33Donc nous allons recevoir
05:34un mémoire
05:35de la part de l'État français
05:37auquel nous-mêmes
05:37nous pourrons répliquer.
05:39Et puis par la suite,
05:40il va y avoir un travail
05:41de la part de la Cour Européenne
05:42des Droits de l'Homme
05:43et une décision
05:44qui a vocation
05:45à être rendue.
05:46Alors, les délais sont
05:47relativement longs
05:48devant la Cour Européenne
05:49des Droits de l'Homme.
05:49Il y a eu une grande amélioration
05:52depuis ces dernières années.
05:53Donc on peut espérer
05:54qu'on ait une décision
05:56d'ici la fin de l'année prochaine.
05:58Et si une décision favorable
06:01est rendue,
06:01eh bien la France
06:03sera condamnée.
06:04Il y aura un constat
06:04de violation
06:05de la Convention Européenne
06:06des Droits de l'Homme
06:07par la Cour Européenne
06:08des Droits de l'Homme
06:09à l'encontre
06:10de notre pays.
06:10Est-ce qu'en définitive,
06:11Nicolas Sarkozy
06:12peut être relaxé
06:13dans cette affaire ?
06:13Oui, alors c'est une spécificité
06:16importante.
06:17C'est que la plupart du temps,
06:19lorsque la Cour Européenne
06:20des Droits de l'Homme
06:20rend une décision
06:21de condamnation,
06:22eh bien c'est une satisfaction
06:24intellectuelle,
06:24mais ça ne sert pas
06:25à grand chose
06:26de façon très concrète.
06:27Ici, nous sommes
06:28dans une hypothèse
06:28très particulière
06:29où Nicolas Sarkozy
06:31a été pénalement condamné.
06:33Et il y a
06:33dans notre loi
06:34un texte
06:35qui permet
06:36de saisir
06:37de nouveau
06:38les juridictions françaises
06:40via une commission
06:41qui est la commission
06:42de révision
06:43et de réexamen.
06:43C'est la même commission
06:44de révision
06:45qu'on connaît
06:46mais qui a été étendue
06:47pour le réexamen
06:48des affaires
06:49qui précisément
06:49ont fait l'objet
06:50d'une condamnation
06:51devant la Cour Européenne
06:52Droits de l'Homme.
06:52Et donc,
06:53en saisissant cette commission,
06:54Nicolas Sarkozy
06:55sera à même
06:56de pouvoir avoir
06:57un nouveau procès
06:58en France
06:59devant les juridictions pénales.
07:00Dans quel état d'esprit
07:00est-il Nicolas Sarkozy
07:01ce matin ?
07:02Il est toujours
07:03très combatif.
07:04Il l'est encore plus
07:05depuis qu'il a eu
07:06cette décision.
07:07Nicolas Sarkozy
07:08a toujours défendu
07:10depuis le début
07:11de cette affaire
07:12qu'il ne pouvait pas
07:13être condamné
07:14sur le fondement
07:15de ses écoutes.
07:16Donc,
07:16il voit là
07:17un argument principal
07:19de sa défense
07:19pris en considération
07:21par les juges européens.
07:22Donc,
07:22il est évidemment
07:26très combatif
07:27et comme d'habitude
07:28relativement calme
07:30parce que
07:31c'est un homme
07:31qui fait les choses
07:32avec mesure
07:33et attention.
07:34Maître Patrice Pinozy
07:35merci,
07:35avocat au Conseil d'État
07:36et à la Cour de Cassation
07:38représentant de Nicolas Sarkozy
07:39devant la Cour européenne
07:40des droits de l'homme.
07:40Merci d'avoir été avec nous
07:41ce matin.
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