00:00Cette élection présidentielle sera la plus importante de l'histoire de la Vème République.
00:08Oui, je pense. Alors, on peut dire que chaque élection se présente toujours comme la plus importante pour ceux qui
00:13la vivent.
00:14On le comprend. Mais on a aussi l'impression, quelquefois, avec raison, d'être contemporain d'un moment de bascule
00:19historique.
00:20C'est-à-dire que nous changeons non seulement de gouvernement, mais nous changeons de système politique.
00:24Nous changeons non seulement de système politique, mais nous changeons de clivage. Et on change d'époque.
00:30Et je pense que c'est ce changement d'époque qu'il nous faut documenter.
00:34Alors, comment le faire à la lumière de l'histoire? Je ne reviendrai pas sur chaque élection de la Vème
00:38République, évidemment,
00:39mais sur la séquence qui s'enclenche vraiment à partir des années 80.
00:43Alors, 65, première élection du président de la République au suffrage universel, le général de Gaulle réussit à implanter contre
00:50les élites.
00:50Il ne faut pas se tromper. À l'époque, tout comme on s'oppose aujourd'hui au référendum,
00:54on s'opposait à l'élection du président de la République au suffrage universel.
00:57On disait, à l'époque, est-ce que le peuple doit véritablement voter pour le président?
01:01Est-ce que ce n'est pas césarien un peu?
01:02Donc, on se méfiait du peuple, déjà. De Gaulle ne s'en méfiait pas.
01:06En 69, il démissionne. Donc, Pompidou se fait élire.
01:10Il meurt en 74. Giscard se fait élire.
01:13Pourquoi je rassemble ces trois élections en une seule?
01:15Parce que c'est trois élections à l'intérieur d'un même bloc.
01:18C'est le bloc gaulliste et ses alliés.
01:20Donc, l'opposition est interne au bloc gaulliste et ses alliés jusqu'à 1981.
01:24Donc, ça, ce qu'on pourrait dire, ce sont des élections, une même séquence historique.
01:28Commence peut-être, jusqu'à tout récemment, l'élection la plus importante, celle de 1981.
01:3281, pourquoi? Parce que Mitterrand se fait élire.
01:35Et là, qu'est-ce qu'on voit en 81?
01:36Qui a voté en 1981?
01:38J'ai cru que M. Bagayoko a voté pour Mitterrand, même s'il n'avait pas l'âge de voter
01:42pour lui.
01:42On en parlera avec Gabriel Cluzet.
01:44Il y a de l'imagination. Moi, j'ai voté pour Clovis.
01:48Moi, j'ai voté.
01:49Dans ma vie antérieure, oui.
01:50Mais c'est lui, Clovis.
01:52En fait, c'est lui, Clovis.
01:54C'est pour ça que je disais oui pour Clovis.
01:56Excusez-moi.
01:56Alors, 81 est une élection importante pour deux raisons.
01:59D'abord, parce qu'elle consacre l'alternance.
02:02Un autre bloc politique, donc pas seulement un parti d'opposition,
02:06mais un autre bloc politique, bloc social, le bloc socialiste, le bloc des gauches, prend le pouvoir.
02:10Ça consacre, donc ça installe dans la durée la Ve République,
02:14mais au même moment, ça l'a fait changer de définition.
02:16On pourrait dire qu'on est aujourd'hui prisonnier du cycle de 1981, le cycle mitterrandien.
02:21On change la Ve République, elle change presque de définition à ce moment-là.
02:2588, c'est une élection ratée, globalement.
02:27Qui s'en souvient vraiment, mais elle compte pour une raison.
02:30Jean-Marie Le Pen, pour la première fois, perce à la présidentielle et a un score significatif.
02:34L'émergence d'une force politique nouvelle.
02:3695, élection plutôt banale.
02:38Jacques Chirac se fait élire, on le disait de droite, il ne l'était pas.
02:422002, et là, ça bascule.
02:44Ça bascule, pourquoi? Parce que le Front national de Jean-Marie Le Pen,
02:48qui jusqu'alors avait eu un score significatif à la présidentielle, s'en pesait vraiment.
02:53Et là, il devient, il passe au deuxième tour.
02:55Donc, la crise d'aujourd'hui est annoncée il y a 25 ans,
02:59quand d'un côté, on voit tous les partis du système se rassembler autour de Chirac,
03:02et de l'autre côté, Jean-Marie Le Pen qui devient le candidat d'une opposition,
03:06mais universellement décrié.
03:07Le deuxième tour sera un véritablement, il sera massacré politiquement.
03:10Mais on voit alors s'annoncer une reconfiguration qui était par ailleurs déjà annoncée
03:14avec le référendum de Maestrich en 92,
03:17et qui sera confirmée aussi en 2005, le référendum sur la Constitution européenne.
03:20Et ça s'accélère.
03:222007, une élection majeure, mais empêchée.
03:25Nicolas Sarkozy se fait élire sur un programme marqué à droite.
03:28Il va gouverner un peu moins à droite que ce qu'il n'avait promis.
03:31Ça va engendrer une certaine déception.
03:342012, élection banale, portée par un homme banal, François Hollande.
03:37Je pense qu'on peut dire qu'à ce moment-là,
03:39on enregistre la normalisation administrative du personnel politique.
03:43Et là, notre cycle commence en 2017.
03:45La reconfiguration est véritablement là.
03:47Emmanuel Macron, donc les vieux partis sont balayés.
03:50Le bloc central prend forme à travers Emmanuel Macron,
03:53qui absorbe les vieux partis dans une aventure bonapartiste au service de l'européisme.
03:57Et de l'autre côté, le camp national réussit à devenir l'opposition principale.
04:01Marine Le Pen est le personnage principal.
04:032022, élection qui aurait pu être déterminante, mais balayée.
04:062017, élection, cela dit volée.
04:09Contestée pourquoi? Autour de la question.
04:11Fillon.
04:11Ce qui est fascinant, c'est que peu importe le projet du candidat,
04:14on décide de faire une élection sur des costumes.
04:16C'est quand même facile, j'aime beaucoup les costumes.
04:18Mais on ne fait pas une élection sur des costumes.
04:202022, élection balayée cette fois sur la question ukrainienne.
04:23Donc, deux élections de suite,
04:24les Français sont expulsés de leur propre élection présidentielle.
04:27Donc, les problèmes s'accumulent d'une élection à l'autre.
04:30Donc, aujourd'hui, qu'est-ce qu'on voit en 2027?
04:32Le parti d'opposition, né au début des années 70,
04:36qui a connu de nombreuses métamorphoses,
04:38qui est devenu aujourd'hui l'expression non seulement d'une idéologie,
04:42mais de toute une France qui se sent exclue du pouvoir,
04:45ce parti, le Rassemblement national, est en position de l'emporter.
04:49Donc, il ne s'agit pas simplement s'il l'emporte d'un parti qui gagne contre un autre.
04:52C'est un bloc social, c'est un bloc populaire, c'est un bloc sociologique.
04:56C'est une France qui était laissée dans l'opposition, qui prend le pouvoir.
04:59Ce n'est pas simplement une alternance au sein de l'élite.
05:02Vous êtes de centre-gauche, je suis de centre-droit, je te tiens par la barbichette et moi aussi.
05:05On s'échange des ministères et des copines.
05:07Et à la fin, on gouverne tous ensemble.
05:09Eh bien non, là, ce n'est plus la même chose.
05:10Ce sont une partie de la population qui est généralement frappée d'exclusion qui prendrait le pouvoir.
05:15Dans un contexte de crise de régime, on en a souvent parlé ici,
05:19où les problèmes se sont accumulés au fil des ans.
05:22Immigration, insécurité, dette, croissance, souveraineté.
05:26Tout ça fait en sorte que le régime aujourd'hui semble impuissant.
05:29Donc, quand une classe dirigeante semble incapable de répondre aux problèmes historiques qui sont les siens,
05:33c'est normalement dans ces contextes-là qu'émerge une autre classe dirigeante.
05:38Certains, je sais, croient qu'il sera possible de laisser de côté ce qu'ils appellent les extrêmes
05:42et d'avoir une forme de retour au centre-gauche et au centre-droit
05:44qui se partagerait le pouvoir à l'ancienne, PS, UMP ou aujourd'hui LR.
05:48Ce n'est pas inimaginable. En politique, tout peut toujours arriver.
05:51Mais dans les faits, nous sommes devant des dynamiques historiques lourdes
05:54et ces dynamiques historiques lourdes finissent normalement par se traduire
05:57en choix politiques significatifs.
06:00Voilà pourquoi cette élection est effectivement probablement la plus importante
06:03de l'histoire de la Ve République, d'autant que les filles s'en mêlent
06:06avec une toute autre proposition.
06:08Les filles qui pourraient aussi se rendre au second tour.
06:11Mais juste avant, je voulais peut-être vous montrer cette intention de vote,
06:14le sondage pour Opinion Way.
06:16Regardez comment, effectivement, Marine Le Pen s'envole à 35%.
06:23D'après le dernier sondage Opinion Way pour les échos et radio classiques,
06:26Marine Le Pen est largement en tête des intentions de vote
06:29au premier tour de l'élection présidentielle avec 35%.
06:32Derrière elle, vous voyez Édouard Philippe, 18%.
06:34Jean-Luc Mélenchon avec 13%.
06:36Justement, les filles pourraient donc aussi se rendre au second tour.
06:39Mathieu Bocoté, en quoi sa croissance confirme-t-elle l'importance de cette élection ?
06:44Alors, je vous ai raconté en première partie d'Édito le conflit entre le bloc central
06:48et l'émergence de l'opposition nationale.
06:50Mais il y a une autre opposition qui émerge aujourd'hui, une opposition révolutionnaire.
06:54Il faut comprendre que LFI n'est pas un parti politique comme les autres non plus.
06:57LFI, c'est l'expression d'une sociologie et d'une démographie nouvelle.
07:02C'est un parti d'abord et avant tout, il faut le dire,
07:03qui ne progresse pas grâce à la dédiabolisation,
07:06mais qui progresse grâce à l'autodiabolisation.
07:09Il y a un génie stratégique chez LFI.
07:11Ils réussissent à s'emparer de tous les sujets,
07:14les formules à leur avantage, la radicalité leur permet de croître.
07:17Ils maîtrisent le débat public, quoi qu'on en dise.
07:20Deuxième élément, c'est l'expression politique de cette nouvelle France.
07:22Alors, on peut ne pas aimer la formule, mais elle décrit une réalité sociologique.
07:26Donc, c'est un parti qui n'est pas simplement qu'on peut balayer comme tel.
07:29Ce n'est pas une collection d'apparatiques formées à l'ENA.
07:31C'est autre chose.
07:33C'est une mouvance révolutionnaire, j'y reviens,
07:36avec Jean-Luc Mélenchon dans le rôle du chef gaulois déloyal
07:39qui rêve simplement d'ouvrir les portes de la cité
07:42pour les gens plus forts que lui aujourd'hui,
07:45mais en fait la prochaine force dominante,
07:47et qui rêve de s'agenouiller devant le prochain pouvoir,
07:50la nouvelle France qui l'idéalise,
07:53qui est incarnée dans un symbole, M. Bagayoko,
07:55qui aujourd'hui représente cette nouvelle France au pouvoir.
07:58C'est important de le mentionner.
07:59Ensuite, c'est un parti qui fondamentalement se définit
08:02par une forme d'hostilité déclarée à ce qu'on appelle
08:05les Français de souches plus assimilés.
08:07Je pense que c'est un parti qui a décidé de faire
08:09d'une forme de conflit ethnico-social et même ethnique
08:12le cœur de son engagement.
08:13Il faut le noter tout en s'en désolant, bien évidemment.
08:16C'est un parti de conquête.
08:17C'est un parti qui ne, et ça c'est une chose importante à dire aussi,
08:20qui ne recule jamais.
08:21Mais normalement, les autres partis, dès qu'il y a un dérapage,
08:24ça s'empresse, ça se couche, on cherche un tapis
08:26pour se réfugier sous le tapis.
08:27Et les filles ne s'excusent jamais, même dans l'outrance,
08:29parce qu'ils sont convaincus que s'ils tiennent
08:31pendant une semaine, deux semaines, trois semaines l'outrance,
08:33ils imposeront une nouvelle normalité.
08:35C'est un parti qui a de milices, il ne faut pas l'oublier,
08:37donc potentiellement violents.
08:39C'est un parti qui, si au second tour,
08:41réussira à organiser la fausse spontanéité des masses
08:45avec les différents groupes trotskistes,
08:46les différents groupes militants, de la société civile,
08:49droits de l'hommiste, immigrationniste,
08:51donc qui organisera la possibilité du chaos
08:53à son service, le croit-il.
08:55Et de ce point de vue, ce n'est pas un parti ordinaire,
08:57c'est un parti qui est dans une logique révolutionnaire,
08:59qui réévanque le parti léniniste, en quelque sorte,
09:02dans une époque nouvelle.
09:04Imaginons ce que serait la victoire des trois blocs,
09:07peut-on la visualiser ?
09:09Oui, alors si le bloc central réussit à se faire réélire,
09:11c'est pas inimaginable.
09:13Alors, c'est pas inimaginable qu'ils l'emportent.
09:15Il y aura deux choses.
09:16Premièrement, on ne sait pas comment ils vont gouverner,
09:17parce que le bloc central peut à la fois parler le langage
09:20de M. Retailleau, de M. Attal, de M. Philippe,
09:23ou de M....
09:24Bon, on le sait donc.
09:25Le bloc central parle le langage nécessaire
09:28pour se maintenir au pouvoir.
09:29Premier élément.
09:30Dans la population, cela dit,
09:32on peut s'attendre à un sentiment de dépression.
09:34Peut-être un moment de révolte, mais de dépression,
09:36parce que l'insatisfaction est dominante en France aujourd'hui.
09:38Et plusieurs se diraient,
09:39ils se sont maintenus, malgré tout, au pouvoir,
09:42par le russe, c'est assez...
09:44Il y aurait une frustration.
09:46Ou peut-être une dépression.
09:47Dans le cas du RN,
09:49ou plus largement du bloc national,
09:50il y a deux possibilités.
09:51Soit ils arrivent et ils traduisent,
09:54ils font les véritables changements
09:56auxquels ils en appellent,
09:57qu'on les souhaite ou non, c'est autre chose.
09:58Donc, une véritable politique réformiste,
10:00de rupture.
10:01Ça, ça pourrait être intéressant
10:02sur le plan de l'analyse politique,
10:03parce que ça voudrait dire que là,
10:05ils appliquent un programme à l'extérieur
10:07de ce qui est convenu en ce moment, aujourd'hui.
10:09Ils pourraient aussi se coucher
10:10devant le Conseil constitutionnel ou l'Europe.
10:12Ça, ce serait l'effondrement de l'espoir
10:15pour ceux qui ont voté pour eux.
10:16Et troisième option, c'est LFI.
10:18Alors ça, franchement, je dirais tout sous-abri,
10:20parce que je vois accélération
10:21d'une tendance historique déjà visible,
10:23c'est-à-dire la Nouvelle-France
10:24qui déclasse l'ancienne,
10:25une logique conflictuelle assumée,
10:27une régularisation généralisée des sans-papiers,
10:29une logique de confiscation de l'épargne,
10:31de démantèlement des médias d'opposition.
10:33Je ne vois pas de scénario
10:34où nos amis de LFI seraient modérés.
10:36Si vous avez une maison, vous cachez.
10:38Allez-y, ça sera nécessaire à ce moment-là.
10:39C'est le problème de pouvoir.
10:41Ou si vous avez un passeport aussi,
10:42il y a d'autres pays disponibles,
10:43mais on n'a pas tous un deuxième passeport.
10:45Vous l'en racontez, vous ?
10:46Pas du tout, j'en ai un seul, moi, c'est le Québécois.
10:48En fait, il n'est pas encore Québécois, c'est terrible.
10:49Vous pourrez nous accueillir, nos hébergés ?
10:50Mais bien sûr, les réfugiés français
10:52sont les premiers préférés.
10:54Merci pour votre édito, mon cher Mathieu.
10:57Merci.
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