00:06Merci beaucoup, merci à tous, merci à tous.
00:12Je ne voudrais pas retarder la séance de questions.
00:15Merci Monsieur le Président, c'est effectivement avec une réelle émotion que je prends la parole.
00:21Après 18 années dans cette Assemblée noble, après 35 années de vie parlementaire, plus les années au Conseil économique et
00:29social,
00:29ce sera la dernière fois.
00:31Vous imaginez l'émotion qui est la mienne, mais je voudrais d'abord vous adresser à vous mes remerciements, Monsieur
00:37le Président,
00:37pour votre écoute constante et les liens d'amitié que nous avons pu lier.
00:41Je voudrais dire ma gratitude aux membres du groupe RDPI qui sont à côté de moi,
00:45qui ont accompagné pendant 9 ans, avec qui j'ai travaillé dans un souci constant d'équilibre, mais aussi de
00:51dialogue avec les autres.
00:52Et je voudrais dire un grand merci à tous les amis parlementaires ici, qu'ils soient de droite ou de
00:57gauche,
00:57avec qui j'ai tissé au cours de ces années à la fois des liens d'amitié et de travail.
01:02Ils ont fait la démonstration qu'on pouvait faire de la politique, la politique c'est rude,
01:06mais qu'on pouvait le faire sans colibet, sans insultes, et dans le même temps avec un profond respect chacun
01:12dans ses convictions.
01:13Merci à tous.
01:21Monsieur le Premier ministre, pendant toutes ces années, j'ai vu à l'Assemblement grandir le narcotrafic avec le chaos
01:30qu'il gère derrière lui.
01:32Ces réseaux tuent, ils défient ouvertement l'autorité de l'Etat, ils corrompent ce qu'il touche,
01:37et surtout, ils condamnent l'avenir d'une partie de notre jeunesse enrôlée et parfois sacrifiée.
01:43Une République qui laisse s'installer sur son sol des contre-pouvoirs criminels n'est plus tout à fait souveraine
01:48et l'enjeu est là.
01:49Alors, Monsieur le Premier ministre, parce qu'il est devenu insupportable de compter les victimes du narcotrafic,
01:55ma question est simple, elle est directe.
01:57Comment entendez-vous adapter la réponse de l'Etat dans toutes ses dimensions pour y faire face ?
02:02La nation ne peut pas se résigner et l'attente de l'Etat qu'il ne recule même pas.
02:06Je vous remercie, Monsieur le Premier ministre.
02:09La parole est à Monsieur le Premier ministre.
02:12Monsieur le Président du Sénat, Mesdames et Messieurs les sénatrices et sénateurs,
02:15Monsieur le Ministre, Monsieur le Président François Patria,
02:19je démarre par le fond de votre question et je pense que la symbolique est forte d'avoir choisi,
02:24pour votre dernière question au gouvernement comme parlementaire,
02:26une thématique qui nous permet à la fois de regarder le bilan collectif,
02:30beaucoup a été accompli et fait dans la lutte contre le narcotrafic,
02:33singulièrement, d'ailleurs je remercie l'ensemble des groupes ici au Sénat,
02:36puisque beaucoup d'initiatives transpartisanes ont pu progresser.
02:39Mais enfin, il faut regarder le phénomène avec beaucoup de lucidité.
02:42Le narcotrafic est bel et bien là, la masse est importante,
02:47le phénomène régalien, sécuritaire, mais aussi sanitaire et social, culturel et éducatif,
02:53est absolument majeur.
02:54multiplication par deux de la consommation en cinq ans et les dernières études laissent à penser
03:01qu'il y a désormais plus d'un million de Français qui consommeraient de la cocaïne.
03:05Donc on est sur un défi de société qui est absolument majeur,
03:09avec une augmentation des homicides, des règlements de comptes,
03:12avec des victimes qui sont de plus en plus jeunes
03:15et des milliers d'hospitalisations chaque année pour overdose.
03:20La réalité, monsieur le ministre, c'est que l'adversaire,
03:23pour reprendre une terminologie militaire, l'adversaire évolue.
03:26Il est en train de se transformer prodigieusement.
03:29La première des choses, c'est que le phénomène est de plus en plus mondialisé.
03:32Et les grands donneurs d'ordre sont évidemment à l'étranger.
03:35La deuxième des choses, c'est qu'on a une ubérisation importante de ce trafic de drogue.
03:42Ce qui explique d'ailleurs une disparition, une diminution progressive du nombre de points de deal,
03:47puisque malheureusement l'essentiel de ce trafic, y compris dans la relation au consommateur,
03:52se fait par les voies les plus numériques, les plus simples.
03:55On a pratiquement moins 35 à moins 40% de points de deal en seulement quelques temps.
04:01Ça explique malheureusement pas une diminution du narcotrafic,
04:03mais au contraire une transformation.
04:05La troisième des choses, c'est les nouvelles technologies,
04:07les crypto-monnaies, les messageries cryptées,
04:10la capacité à malheureusement activer une main d'oeuvre d'une nouvelle nature.
04:14J'en dirai un mot dans un instant, main d'oeuvre, avec des guillemets,
04:18uniquement par les réseaux numériques.
04:19Et le troisième point, le quatrième point, pardon, dans la nouveauté,
04:22et c'est probablement la plus préoccupante,
04:23elle n'est pas sans lien avec le texte sur la protection de l'enfance
04:26qui va être discuté à l'Assemblée nationale.
04:28C'est désormais le lien direct entre le narcotrafic et le recrutement
04:33parmi les jeunes qui sont confiés à l'ASE.
04:35Et nous constatons de plus en plus une mobilisation des populations les plus fragiles.
04:41Et on le voit, y compris la DZ mafia dans le sud de la France,
04:44a pu mener quelques recrutements parmi des foyers de protection de l'enfance.
04:49Et ça, c'est quelque chose qui n'est évidemment pas le cas il y a quelques années.
04:52Ça veut dire aussi qu'il va falloir donc refondre nos outils d'analyse,
04:55comprendre comment évolue l'adversaire.
04:57Et puis, vous le savez ici, sur ces bancs, une approche aussi beaucoup plus territoriale.
05:01La situation à Marseille n'est pas complètement la même qu'à Grenoble ou à Nantes.
05:05Elle n'est pas complètement la même en Côte d'Or et dans l'Eure,
05:07avec donc aussi un phénomène qui est partout,
05:10mais qui doit évidemment s'appréhender de manière complètement nouvelle.
05:14Je pense qu'il faut continuer, enfin je pense, je suis certain qu'il faut continuer
05:18l'augmentation, la montée en puissance de l'État.
05:21La loi narcotrafic nous le permet.
05:22Il y a un enjeu important de décloisonnement des ministères, c'est clé.
05:26Il y a un enjeu important de contrôle des flux venant de l'étranger.
05:29C'est le sens du plan douane tel qu'il a été validé par le président de la République
05:33et annoncé par le ministre David Amiel il y a quelques jours
05:36pour refonder notre organisation douanière pour 2030.
05:39C'est le cas des moyens militaires que vous avez décidés
05:42dans le cadre de la programmation militaire,
05:44notamment pour les Antilles et la Guyane.
05:47Et c'est tout le sens aussi de la coopération judiciaire et policière internationale.
05:51J'en profite pour saluer la délégation marocaine qui est ici,
05:53puisque la qualité de la relation est puissante et bienvenue.
05:57Enfin, il va nous falloir aussi nous-mêmes utiliser des outils nouveaux.
06:00C'est pour ça que j'ai autorisé pour la première fois
06:02que de l'intelligence artificielle militaire du ministère des Armées,
06:06que j'avais décidé d'ailleurs dans une autre vie,
06:08soit mobilisé à des fins de lutte contre le narcotrafic.
06:12Enfin, il y a une réalité,
06:14et je profite de votre question peut-être pour y revenir.
06:16Je ne partage pas celles et ceux qui, dans le débat public,
06:19feraient une comparaison complète et totale, parallèle, symétrique,
06:23entre la lutte contre le terrorisme et la lutte contre le narcotrafic.
06:26Pour plein de raisons.
06:27Mais la première d'entre elles, déjà, c'est qu'il y a le sujet de la consommation.
06:31Et il faut le redire avec beaucoup de force,
06:34beaucoup de fermeté,
06:35il n'y a pas de règlement de compte dans les quartiers
06:38s'il n'y a pas de consommation dans les beaux quartiers.
06:41C'est une réalité, c'est une réalité notamment pour l'ensemble de ces drogues dures
06:46et que le lien direct entre la consommation et la délinquance
06:50doit désormais être regardé droit dans les yeux
06:54avec beaucoup de vérité et beaucoup de courage.
06:57C'est pour ça que beaucoup de décisions ont été prises.
06:59Vous avez voté le texte Riposte
07:01qui permet d'avoir ces amendes forfaitaires dédictuelles portées à 500 euros.
07:06Et c'est pour ça que j'assume aussi la politique de testing
07:10que j'ai initiée pour celles et ceux
07:13qui sont des cadres importants au service de l'État.
07:17Cabinets ministériels, préfets, recteurs,
07:19l'ensemble de celles et ceux qui sont nommés par le Conseil des ministres.
07:23Non pas tant d'ailleurs à des fins d'exemplarité,
07:25comme ça peut être dit, même si bien sûr c'est indispensable,
07:27mais surtout parce qu'on ne peut pas tolérer
07:30que des personnes soient vulnérables.
07:33Consommer de la drogue dure, c'est porter une vulnérabilité.
07:36Lorsqu'on est à la tête de l'État,
07:38on n'a pas le droit d'emmener avec soi cette vulnérabilité.
07:42Si on l'a fait, c'est que malheureusement des cas ont été enregistrés ces derniers mois.
07:46Je ne l'ai pas fait de manière complètement innocente.
07:49Et je le redis, contrairement à ce qui a pu être dit ici ou là sur les réseaux sociaux,
07:53les personnes qui sont testées positives sont écartées de ces emplois.
07:56Dans l'anonymat, puisque le secret médical existe,
08:00nous sommes là pour le respecter,
08:01l'essentiel est là, c'est que les personnes qui portent cette vulnérabilité
08:04soient écartées des fonctions en question.
08:07Enfin, l'autre fléau auquel, mesdames et messieurs les sénateurs,
08:11j'en ai parlé l'autre jour avec le président du Sénat, je leur remercie,
08:14c'est évidemment la question de la lutte contre la corruption.
08:16Voilà encore un des points de différence entre la lutte contre le terrorisme
08:19et la lutte contre le narcotrafic.
08:21La corruption des agents publics,
08:23la corruption des avocats,
08:25la corruption des notaires,
08:28la corruption des banquiers.
08:29Il faut regarder cette vérité en face sans jeter l'opprobre sur les professions,
08:32cela va sans dire.
08:32Mais là où il y a autant d'argent,
08:35il est évident que la tentation de corruption existe
08:38et qu'il va falloir la combattre,
08:40non seulement politiquement et culturellement,
08:42mais il va falloir aussi la combattre en droit.
08:44Et c'est pour cela d'ailleurs que je vous proposerai
08:46un projet de loi très court,
08:49un article qui permettra de venir durcir les sanctions
08:52sur les agents de l'État
08:54s'ils se retrouvent en corruption passive
08:56sur les sujets de narcotrafic,
08:58parce que notre droit malheureusement n'est pas complètement complet
09:00et donc c'est l'annonce que je voulais vous faire
09:02en plus des différentes circulaires.
09:04Dernier point,
09:04ça n'a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme
09:06parce qu'il y a une mobilisation
09:07qui doit dépasser l'intérieur et la justice.
09:09L'éducation nationale,
09:11évidemment un endroit de protection
09:13mais aussi de détection.
09:14C'est pour ça que j'ai demandé aux ministres,
09:16je leur remercie,
09:17de regarder aussi à refaire un effort supplémentaire
09:19sur les infirmières scolaires
09:20et ça sera proposé dans le cadre du projet de loi de finances
09:23pour l'année prochaine.
09:24La santé publique,
09:25sur lequel on a un enjeu majeur,
09:28de faire remonter en puissance
09:29l'ensemble des unités de désintoxication.
09:32Et c'est pour ça aussi que j'ai décidé,
09:34et ça sera inscrit dans le projet de loi de finances
09:36pour l'année prochaine,
09:37que l'ensemble du produit
09:38des amendes forfaitaires délectuelles
09:39seront affectés justement à la prévention sanitaire.
09:43Comme jadis le président Chirac
09:44avait pris des décisions similaires
09:46sur les amendes liées à la sécurité routière,
09:49je pense que là il faut que la politique de répression
09:51permette de financer la politique de prévention,
09:54ce qui j'en suis certain à mon avis
09:56nous permettra d'avancer dans le bon sens.
09:57Voilà ce que je voulais vous dire,
09:58monsieur le ministre.
10:00À titre plus personnel,
10:01à mon tour,
10:02au nom du gouvernement,
10:03des collègues,
10:03de toutes celles et ceux
10:04qui vous ont accompagnés
10:06au cours de cette longue et brillante carrière
10:08qui laisse songeurs,
10:11président de région,
10:12députés,
10:12sénateurs,
10:13ministres plusieurs fois,
10:15votre fiche Wikipédia
10:16est bien garnie.
10:18Mais au-delà de cette fiche Wikipédia,
10:20tout le monde ici
10:20peut reconnaître les qualités humaines
10:22du bonhomme,
10:24toujours traversées par la gentillesse,
10:26la bienveillance
10:27et une certaine conception
10:28de la fraternité républicaine
10:29qui fait honneur à la fidélité
10:31aux idées que vous portez.
10:32Merci, monsieur le ministre.
10:33Applaudissements
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