00:03Il est quasiment 6h moins le quart sur Europan et votre invité ce matin Alexandre Lemaire et Jean-Paul Hamon,
00:08médecin et président d'honneur de la Fédération des médecins de France.
00:11Bonjour docteur Jean-Paul Hamon.
00:13Bonjour.
00:14Nous parlons avec vous ce matin de l'impact de la canicule sur notre santé, de la surmortalité qu'elle
00:20provoque.
00:20Les premiers chiffres de santé publique France recensent 1000 décès supplémentaires.
00:25C'est un bilan qui pourrait s'aggraver. Ce recensement s'appuie sur les urgences, les hôpitaux et les cliniques.
00:30Mais il ne tient pas compte, pas encore, des morts à domicile.
00:34Ce qui veut dire, nous sommes encore loin, docteur Hamon, d'avoir la réalité du tableau de la surmortalité lié
00:40à cette canicule.
00:41C'est assez étonnant qu'il ne tienne pas compte des morts à domicile parce que ceux-là sont tout
00:46à fait recensés.
00:47Ce sont ces personnes-là qui sont en train de s'entasser actuellement dans les funerariums.
00:53Et bien évidemment, le bilan va s'alourdir parce qu'on a tenu les... on sait ce qui s'est
01:00passé en 2003.
01:01Il y a eu énormément de décès et après, tout est rond des semaines suivantes,
01:06toutes les personnes âgées qui avaient lutté contre cette canicule sont décédées.
01:11C'est-à-dire que vous craignez aussi un effet retard, en fait, là.
01:15Un effet retard de la canicule sur les organismes également, c'est ce que vous nous dites.
01:19Bien évidemment, parce que l'organisme lutte contre cette canicule.
01:25Il y a cette hyperventilation qui est nécessaire, qui fatigue le cœur.
01:29Il y a ce que fait l'organisme, c'est-à-dire que les vaisseaux sanguins se dilatent en surface
01:35pour favoriser la transpiration.
01:36Tout ça favorise une très très grande fatigue.
01:39Ça atteint le cœur, le système cardiaque, le système respiratoire.
01:45Il y a des gens qui sont hypertendus, qui sont insuffisants respiratoires,
01:49qui en souffrent des insuffisants cardiaques, qui en souffrent énormément.
01:53Et les personnes âgées sont naturellement les plus concernées parce qu'elles ont des polypathologies.
02:01Donc, c'est extrêmement éprouvant.
02:03Alors, de fait, Sébastien Lecornu a lui-même reconnu que le nombre de victimes à domicile était bien supérieur à
02:09tous les épisodes précédents.
02:11Ce qui veut dire, la France n'est pas bonne, docteur Jean-Paul Hamon, dans la prévention,
02:15dans l'accompagnement de ces personnes souvent âgées et isolées à domicile ?
02:20Alors, écoutez, c'est quand même assez bizarre de dire que le nombre de décès à domicile est supérieur
02:26quand on ne connaît pas exactement l'état des lieux des personnes qui sont décédées à domicile.
02:37La difficulté en France, si vous voulez, c'est qu'on ne s'appuie pas assez sur des équipes de
02:44soins primaires
02:45que sont les infirmières libérales, que sont les médecins généralistes.
02:49Et surtout, on manque terriblement d'auxiliaires de vie.
02:53Ce sont des métiers, quand vous pensez que l'infirmière libérale qui est essentielle pour maintenir des gens à domicile,
02:58l'auxiliaire de vie qui est essentiel pour faire boire, faire manger, rafraîchir la personne âgée, la personne dépendante,
03:07ces professions-là ne sont pas reconnues sur le plan sanitaire.
03:11Quand elles se déplacent à domicile, qu'elles vont de chez un patient à un autre,
03:17avec leur voiture, elles prennent des prunes parce que leur voiture n'est pas identifiable et ne sont pas reconnues.
03:24Donc, si vous voulez, tout ça, il faut s'appuyer sur une équipe de soins primaires,
03:28il faut éviter aux patients d'aller à l'hôpital et il faut permettre de faire revenir rapidement les patients
03:35à la maison.
03:35Et pour ça, il n'y a que l'équipe de soins primaires qui est capable de le faire.
03:40Il serait temps qu'on comprenne, j'entends qu'il faut qu'on augmente les lits, etc.
03:45Il faut qu'on ait des équipes de soins primaires qui évitent et qui raccourcissent les hospitalisations.
03:49C'est la base et j'espère que là, on a enfin compris.
03:53Alors, on a enfin compris.
03:54A-t-on compris l'impact de la canicule de 2003 ?
03:58Alors oui, si l'on regarde les EHPAD, les EHPAD sont climatisés désormais.
04:02On a entendu Sébastien...
04:03Ah, attendez, les EHPAD ont des lieux rafraîchis.
04:04On est mieux rafraîchissants.
04:06Oui, les endroits rafraîchissants.
04:07On a entendu Sébastien Lecornu s'en féliciter en tout cas.
04:10On est loin du compte parce que les personnes âgées, la plupart du temps,
04:13retournent dans une chambre le soir et bien souvent tôt
04:17parce qu'il y a assez peu de personnel pour retarder la mise dans la chambre.
04:21Mais les chambres ne sont pas climatisées.
04:23Et bien souvent, les personnes âgées rentrent dans un véritable cagnard à partir de 18h.
04:28L'ensemble de la chaîne a tenu, je reprends les mots de Sébastien Lecornu après cette canicule,
04:34qui refuse d'ailleurs toujours la comparaison avec la canicule de 2003.
04:37Ils disent qu'elle serait mal à propos cette comparaison, Jean-Paul Hamon.
04:40Mais attendez, parce qu'elle n'est pas finie.
04:43On nous annonce encore des points de la chaleur dans la semaine qui vient.
04:49On est au début de l'été.
04:51On est au début de l'été et je pense que le débat qu'il y a sur la climatisation,
04:56maintenant, ne va plus se poser.
04:57Il faut clairement climatiser les EHPAD.
05:01Ce n'est pas seulement des chambres rafraîchies, mais il faut être dans les chambres.
05:04Il faut climatiser les hôpitaux parce que c'est intolérable
05:07qu'on puisse arriver, fragiliser dans un hôpital
05:10et être pris dans un cagnard, etc.
05:13d'avoir des chambres à 35, 40 degrés, etc.
05:16C'est insupportable.
05:17Et puis, il faut climatiser les écoles.
05:19Donc ça, la discussion ne se pose pas.
05:22Il faut faire ça.
05:23C'est cette canicule qui se profite à nouveau.
05:25Il faut préaliger les équipes de soins primaires pour éviter les hospitalisations et les raccourcir.
05:28Et j'espère que cette fois-ci, on va en prendre le chemin.
05:30Parce que là, vraiment, c'est insupportable.
05:31Jean-Paul Hamon, c'est une source d'inquiétude pour vous.
05:34On vous entend cette nouvelle canicule qui se profile.
05:36J'imagine qu'on pense au temps de récupération très court pour les organismes, bien sûr.
05:41Mais bien évidemment, parce que moi, j'ai des personnes âgées.
05:44J'ai perdu malheureusement une dame dont on allait fêter les 100 ans dans deux mois.
05:48Elle n'a pas résisté à la première canicule.
05:51J'en ai deux ou trois dont je vois bien.
05:54Je les ai vus à domicile qui ont descendu une marche.
05:56Et puis, j'étais vraiment ému l'autre jour quand je suis allé voir cette dame de 97 ans chez
06:01elle,
06:02qui avait une organisation remarquable.
06:05Je suis arrivé au cinquième étage.
06:07Elle était dans un véritable cagnard.
06:09Elle avait une petite serviette humide sur le front.
06:12Elle avait une serviette qui était moyenne, qui était humide toujours sur ses épaules.
06:16Et elle avait une grande serviette humide sur ses genoux.
06:19Et elle avait préparé un deuxième jeu de serviettes qui était en train de reposer,
06:24qui était humide et qui était en train de rafraîchir sur des bois,
06:28sur des bouteilles qu'elle avait fait congeler.
06:31Donc, si vous voulez, elle était organisée, elle était mignonne.
06:33Et alors, pour aller chercher ses serviettes qui étaient dans la cuisine,
06:36elle avait prévu son déambulateur.
06:37Donc, moi, j'ai dégagé un petit peu le chemin parce que je trouvais que c'était un petit peu
06:42étroit
06:42le passage pour le déambulateur.
06:43J'ai poussé le canapé, déplacé quelques plantes.
06:46Et elle, elle avait une auxiliaire de vie qui ne venait que deux heures par jour.
06:52Et les personnes qui étaient décédées à 99 ans, elles étaient très entourées.
06:55Et celles dont je vous parle, elles ont des aides-soignantes, la famille est présente,
06:59elles sont perfusées, etc.
07:01Mais incontestablement, l'organisme est fragilisé et on croise des doigts.
07:05On croise des doigts.
07:06Mais clairement, la canicule a vraiment attaqué leur organisme.
07:13Et ces personnes-là vont certainement décéder plus tôt qu'elles l'auraient dû.
07:19Docteur Jean-Paul Hamon, médecin, président d'honneur de la Fédération des médecins de France.
07:23Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.
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