- il y a 7 semaines
Membre du MLF, fondatrice du Front homosexuel d'action révolutionnaire, militante antinucléaire... Qui était Françoise d’Eaubonne ? À partir d'archives, David Dufresne reconstitue le parcours de sa grand-mère depuis la Résistance jusqu’aux combats écologiques et féministes des années 1970.
Retrouvez "La terre au carré" sur le site de France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre
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00:00Bonjour, c'est Mathieu Vidard. Je voulais partager aujourd'hui la terre au carré avec le journaliste David Dufresne
00:04qui est venu nous parler de sa grand-mère, Françoise Dobon.
00:07Et alors, quelle grand-mère ? Il la présente comme une sorte de volcan actif en permanence.
00:12C'est elle qui a inventé le mot écoféminisme.
00:14C'est elle qui a fait sauter le chantier de la centrale nucléaire de Fessenheim en 1975
00:19sans se faire prendre pendant 40 ans.
00:22Et c'est elle aussi qui a écrit plus de 120 livres.
00:24Aujourd'hui, Françoise Dobon est devenue une sorte d'icône pour de nombreux militants.
00:28C'était une femme très libre, radicale et pour laquelle justement, le militantisme devait se faire dans la joie.
00:36C'est ce que vous allez retrouver dans cette émission que vous pouvez également commenter sur l'application Radio France.
00:42Aujourd'hui, Françoise Dobon, une grand-mère pas comme les autres, racontée par...
00:46David Dufresne, petit-fils et fondateur du Média au Poste.Média.
00:53France Inter.
00:56La terre au carré.
01:00Mathieu Vidard.
01:01Premier communiqué du commando Puig-Anti-Schulrich-Meinhof.
01:05Nous revendiquons ce qui vient de se passer à Fessenheim.
01:08Nous avons pris toutes les précautions possibles pour que ne soit menacée aucune vie humaine.
01:12C'est ainsi que nous contribuons au combat antinucléaire,
01:15espérant arrêter ou retarder le fonctionnement de cette centrale,
01:19attendu qu'ensuite, il serait trop tard pour employer ses moyens.
01:22Le capital n'hésite plus à passer de son génocide traditionnel, les guerres, les usines, les prisons,
01:27au génocide plus radical que représente entre autres l'industrie nucléaire.
01:31Plus le temps pour polémiquer, la défense de l'atome est grotesque dans la bouche des personnes qui ont pourri
01:36de mercure les eaux du Rhin.
01:38Plus encore que celle de Minamata où le capital se défend avec des miradors et des barbelés contre la colère
01:43du peuple.
01:44Nos ennemis sont les mêmes au Japon comme ici, les multinationales.
01:47La pollution elle-même est une bonne affaire pour les multinationales qui vendent ce que ne l'avaient jamais été,
01:52l'oxygène et l'eau devenus marchandises.
01:55Notre action non contradictoire avec les mouvements populaires comme ceux de Will ou Mark Holsheim
01:59est l'expression de la protestation primordiale de la vie contre le capital coupable de génocide,
02:05dernier stade de la société patriarcale d'oppression.
02:08Le maintien du salarié à lui-même est devenu un non-sens meurtrier.
02:11Nous n'avons plus besoin d'énergie nucléaire que de travailler tout le jour pour produire des gadgets.
02:16La productivité forcenée est devenue l'ennemi planétaire.
02:19Et le combat du prolétariat des pays développés rejoint objectivement celui des travailleurs du tiers-monde.
02:25Qu'ils soient des femmes, des enfants ou du prolétariat, le combat se doit d'être total.
02:31La gueule ouverte, 7 mai 1975.
02:38Bonjour David Dufresne.
02:40Bonjour.
02:40Merci d'être avec nous.
02:41Tout au long de cette année, nous avons consacré des portraits des personnalités françaises ou étrangères
02:46qui ont été des pionnières en matière d'engagement sur le front de l'écologie.
02:50Et nous allons refermer cette saison avec la figure de votre grand-mère, Françoise Daubonne.
02:55L'année dernière, vous avez publié chez Grasset « Remember Fessenheim ».
02:59C'est une enquête intime sur celle qui était votre grand-mère
03:03et qui donc, le 3 mai 1975, avait participé au dynamitage du chantier de la centrale de Fessenheim en Alsace.
03:11Le commando à l'origine du texte que je viens de lire, donc en introduction,
03:15c'est en réalité Françoise Daubonne et son grand amour ?
03:18Gérard Hoff, avec qui elle fait effectivement les 400 coups
03:22et notamment ce coup-là, elle va en faire d'autres, j'imagine qu'on va en parler.
03:26Celui-ci, elle va l'appeler, le qualifier le sommet de ma vie
03:32et quand on connaît sa vie qui n'est faite que de sommets,
03:35on se dit que celui-là c'est l'Everest, enfin il est tout en haut quoi.
03:38Et effectivement, il y a ce double sabotage de cette centrale de Fessenheim en construction,
03:44il faut le rappeler, dans un week-end particulier qui est celui du week-end du 1er mai,
03:48toutes les précautions, comme vous l'avez rappelé dans le communiqué,
03:51sont prises pour ne pas qu'il y ait de blesser l'idée et pas de verser du sang,
03:54mais de provoquer un débat national et on va voir pourquoi ils veulent provoquer ça.
04:00Avant d'être une pionnière de l'éco-féminisme, avant Fessenheim,
04:04Françoise Daubonne a donc été d'abord pour vous une grand-mère.
04:07Quelle sorte de femme déboulait, si je puis dire, dans votre enfance ?
04:12Un volcan, un volcan en éruption.
04:15Permanent.
04:16Permanent.
04:17Un volcan très actif.
04:18Très actif, oui absolument, qui fumait, qui parlait fort, qui riait tout le temps,
04:23qui était absolument envahissante.
04:25Alors d'autant plus, là je vous parle de souvenirs de petits, enfin de garçons de 3, 4, 5 ans.
04:31Mais comme c'était une femme corpulente, avec une grosse voix, comme ça,
04:35elle était extrêmement impressionnante.
04:37Avec elle, c'était le Far West permanent, on pourrait dire.
04:40Enfin, c'était quelque chose d'extraordinaire.
04:42Et puis c'était quelqu'un qui écrivait, qui écrivait, qui écrivait, qui écrivait, qui écrivait,
04:47qui écrivait tout le temps.
04:48Vous en avez marre ?
04:49Eh bien, elle écrit encore, elle écrit toujours.
04:51Elle a publié 120 livres.
04:54Elle a laissé 15 000 notes de pages.
04:57Elle a laissé des manuscrits.
04:59Elle en a perdu.
05:00Voilà, c'était quelqu'un qui était, pour qui l'écriture était, ce qu'elle disait,
05:04son meilleur ami, celui qui ne l'a jamais trahi.
05:07Et c'était, voilà, quelqu'un d'extrêmement vivant, envahissant,
05:11très pénible par moments, mais extrêmement attachant.
05:14Et puis c'était...
05:14Et comment vous l'aperçuez, vous, comme grand-mère, alors ?
05:17Eh bien, c'était pas une grand-mère.
05:18C'est pour ça que le sous-titre, c'est Grand-mère impossible.
05:21C'est-à-dire qu'à la fois impossible dans le sens infernal, on va dire,
05:24et puis impossible dans le sens, c'était pas du tout quelque chose qui l'intéressait.
05:27Même si, dans ses carnets, qu'elle ne fut pas mon émotion que de découvrir que si,
05:32en réalité, ça comptait pour elle.
05:34Mais quand elle nous apportait des bonbons, c'était elle qui les mangeait.
05:39Vous voyez, c'est le genre de grand-mère que c'était.
05:41Grand-mère indigne, alors.
05:42Totalement indigne, voilà, totalement indigne, mais magistrale.
05:46Vous racontez qu'à votre naissance, elle aurait lancé une formule restée célèbre dans la famille.
05:51Laquelle ?
05:53Elle aurait dit « bon sang ne saurait mentir ».
05:55Ah là là, vous parlez de celle-là.
05:57Effectivement, donc, c'est ma mère qui me raconte ça.
06:00Encore maintenant, j'ai deux jours, donc j'ai aucun souvenir, rien n'est inutile de vous le dire,
06:06mais ma mère, oui, j'ai deux jours, je suis à la maternité, Françoise entre dans la chambre,
06:12n'a pas un regard pour sa fille, donc ma mère prend le bébé, c'est-à-dire moi, dans
06:15ses bras,
06:16le met au plafond et dit « bon sang, on ne saurait mentir »,
06:21repose le bébé et se barre.
06:24Sans un regard pour ma mère.
06:25Et si vous voulez, j'ai été élevé, encore aujourd'hui, dans cette idée « bon sang ne saurait mentir
06:31»,
06:31genre, il faut continuer le combat.
06:33On va écouter justement une archive de votre grand-mère Françoise Dobonne en 1977,
06:39c'était au micro de Radioscopie, au sujet de la généalogie.
06:42Je vais faire une distinction bien nette, je ne crois pas du tout être une snob,
06:46je crois avoir prouvé le contraire.
06:48Il est en fait certain que j'aime, et pas seulement pour ma famille,
06:51mais pour celle de tout le monde, j'aime beaucoup qu'on puisse remonter assez loin
06:55pour savoir d'où on descend, quelles sont les personnes qui ont eu des expériences
07:02particulièrement intéressantes dans le passé.
07:03C'est une passion que j'ai, ça c'est la passion historique.
07:06Elle n'est pas du tout attachée à un nom à particules, ça n'a aucune importance,
07:10la particule ou non.
07:11L'essentiel, c'est de pouvoir retrouver son arbre généalogique
07:15dans le sens de l'arbre, vraiment de l'arbre qui pousse dans la terre.
07:17Ah oui, ça c'est quand même la précision importante,
07:20la chute de l'histoire, David Dufresne.
07:21Absolument, alors effectivement, elle a des origines aristocrates,
07:25d'où la particule d'Aubonne, et d'ailleurs le vrai nom c'est Françoise Piston d'Aubonne.
07:30Mais déjà deux choses, c'est qu'en fait, vous avez vu comment elle dit passion,
07:34comment elle dit terre, vous voyez, elle appuie sur les mots.
07:38Mais ce qui est très très important, c'est qu'en fait, elle, elle va s'extraire
07:42de cet univers-là, très tôt, très jeune, donc de l'aristocratie.
07:47Qui est déchu ? Ma mère me racontait qu'on se chauffait en brûlant les emprunts russes,
07:55il n'y avait plus rien, sauf des emprunts russes qui ne valaient plus rien,
07:58donc on chauffait avec ça, mais Françoise va s'extraire de ça,
08:04son milieu d'origine, pour aller très vite, est plutôt d'extrême droite,
08:09ou de droite nationaliste dans les années 20, et elle, elle va s'extraire.
08:14Qu'est-ce qui fait d'ailleurs qu'elle a bifurqué, elle, personnellement, en fait ?
08:16La résistance. Elle naît en 1920, et donc elle a 20 ans pendant la guerre,
08:23et elle va rejoindre la résistance, une petite résistante,
08:28plutôt une messagère, etc., à distribuer des papillons,
08:31c'est-à-dire des journaux clandestins, mais elle est tellement foutra
08:35qu'elle les placarde dans son propre immeuble,
08:39à la vue de tous ses voisins, etc.,
08:41qui sont évidemment des tracts contre Vichy, contre les nazis,
08:46alors que son père, qui a fait Verdun, est plutôt maréchaliste, etc.
08:50Et donc, elle, elle quitte ce moment-là, à 20 ans,
08:54elle quitte l'aristocratie de droite catholique,
08:58je le dis aussi parce qu'il y avait eu un aspect catholique social très, très, très important,
09:03avec aussi sa propre mère, Rosita,
09:06qui avait dû faire le coup de poing pour avoir le bonheur et l'honneur
09:10d'étudier en Sorbonne, n'est-ce pas ?
09:12À l'époque, donc, chez Marie Curie,
09:15puisque à l'époque...
09:16C'était pas un truc de filles, hein ?
09:17C'était pas un truc de filles, et les garçons faisaient le coup de poing
09:20pour que les filles ne puissent pas s'asseoir.
09:22Ne puissent pas s'asseoir.
09:23Donc, si vous voulez, le féminisme, il arrive tôt, quoi.
09:26David Dufresne, pendant longtemps, vous avez eu cette filiation
09:28avec Françoise Debonne. Pour quelles raisons ?
09:32Ah, il y a plusieurs raisons.
09:34La première, c'est parce que je voulais...
09:37Elle est naze.
09:38C'est que je voulais me faire tout seul.
09:40Je voulais pas être l'héritier de je-ne-sais-quoi.
09:43Je ne voulais pas faire de captation d'héritage.
09:46Il y avait aussi, parce qu'il y avait des angles morts,
09:48dont on parlera peut-être,
09:49notamment sur la filiation entre elle et ses enfants.
09:54Donc, oncle et mère en ce qui me concerne.
09:57Mais en réalité, en enquêtant pendant 2-3 ans sur sa vie,
10:01je me suis rendu compte combien ce que j'ai pu faire
10:06est tourné vers cette femme.
10:08C'est elle qui m'a libéré totalement.
10:10Mais effectivement, arrivé à l'âge adulte,
10:12je ne suis pas allé la fréquenter à Paris, où elle habitait.
10:15On s'est perdu de vue.
10:16On s'est perdu de vue et je ne l'ai jamais revue,
10:19à part au moment où il a fallu s'occuper de son décès.
10:24Et pourtant, bon sang ne saurait mentir quand même, non ?
10:26Par rapport à vos activités journalistiques.
10:29Je crois qu'elle avait raison.
10:31Vous pouvez nous expliquer,
10:32parce qu'évidemment, ceux qui nous entendent ne le savent pas.
10:35Je ne sais pas à quoi vous faites allusion.
10:37Moi, je n'ai pas posé de bombe.
10:40Mais j'ai effectivement essayé de...
10:42Je travaille dans une forme d'essayer d'asticoter le monde dominant,
10:47quel qu'il soit.
10:48Le monde policier, par exemple.
10:50Le monde policier.
10:51J'ai beaucoup travaillé...
10:51Très critique des violences policières.
10:53Bien sûr.
10:55Personne ne peut être autre que critique tout de même.
10:57Enfin, il y a des gens qui les défendent.
10:58Vous me direz si c'est vrai.
10:59Oui, j'ai beaucoup travaillé sur la police.
11:01J'ai beaucoup travaillé sur ce qu'on appelait,
11:03pas encore l'éco-terrorisme avec l'affaire dite de Tarnac.
11:06Et là, il y a une filiation qui est évidente.
11:09On se souvient, c'était ces gens qui avaient été accusés
11:12d'avoir mis des fers à béton sur les caténaires de la SNCF en 2008.
11:20Ce qui avait fait en sorte qu'il n'y avait plus de train en France.
11:25Et pourquoi ils avaient fait ça ?
11:26Et là, on rejoint tout à fait Fessenheim.
11:28C'est parce qu'il y avait un convoi qui allait de la Hague en Allemagne
11:31de déchets nucléaires.
11:33Et que ces gens-là ont leur prêté l'intention d'avoir voulu empêcher ça.
11:38Et donc, effectivement...
11:40Il y a une petite filiation.
11:41Il y a une petite filiation.
11:43Quand même.
11:43Que vous assumez totalement aujourd'hui.
11:45Le cœur de votre matière pour ce livre, donc,
11:47« Remember Fessenheim » chez Grasset, David Dufresne,
11:50ce sont des archives.
11:51Vous avez passé beaucoup, beaucoup d'heures à découvrir ces archives,
11:54en particulier à Prêt-de-Camp.
11:56Qu'est-ce qu'on y trouve aujourd'hui ?
11:57Alors, il y a eu beaucoup de choses décrites sur Françoise de Bonne ?
12:00Alors, ce sont les archives personnelles de Françoise qui sont là-bas.
12:05C'est un lieu extraordinaire qui s'appelle...
12:09Je ne sais même plus tout d'un coup...
12:12L'Institut Mémoire de l'édition Contemporaine.
12:14Contemporaine, exactement.
12:15Ce dont je me souviens, évidemment,
12:17c'est que c'est une ancienne chapelle,
12:20fort heureusement désacralisée,
12:22dans laquelle on trouve des archives de tout un tas d'auteurs.
12:25En fait, c'est le monde de l'édition qui met là-bas ces papiers.
12:29Donc, il y avait tous les écrits de votre grand-mère ?
12:30Il y avait tous les écrits de ma grand-mère.
12:32Il y avait aussi des albums photos
12:34dans lesquels elle prenait toutes les photos compromettantes possibles,
12:40puisqu'on la voit devant une cabane de chantier
12:43où elle lève le poing en l'air et elle écrit
12:45« Nous trouvons les explosifs ».
12:47Parce qu'à l'époque, c'était là où on trouvait les bâtons de dynamite.
12:51Elle est devant une auberge.
12:52Elle écrit « Auberge de Fessenheim ».
12:53Donc, l'affaire est faite.
12:56Voilà, j'ai retrouvé ces papiers-là.
12:57Donc, ces archives ?
12:59Elles-mêmes ?
13:00Elles-mêmes, voilà.
13:00Est-ce qu'il n'y a eu que ça pour vous permettre de mener l'enquête ?
13:03Non, il y a aussi les archives de la police.
13:06On ne se refait pas.
13:07Quand même.
13:07On ne se refait pas.
13:09Qui était, malheureusement pour Françoise,
13:11plus maigre qu'elle l'aurait voulu,
13:13parce qu'elle se sentait suivie.
13:15Elle a probablement eu une visite domiciliaire,
13:18comme l'on dit.
13:19Elle était sur écoute, je raconte,
13:22puisqu'à l'époque, on pouvait savoir qu'on était sur écoute,
13:24parce qu'on entendait des clics, des machins, par le téléphone.
13:27Et qu'un jour, alors qu'elle ironisait sur la police avec Nathalie Sarraute,
13:32elle entend quelqu'un dire d'une voix masculine,
13:34« Ah, ce n'est pas gentil ce que vous dites ! »
13:36Donc, c'était le mec, le préposé qui écoutait, etc.
13:39C'était très peu discret.
13:41Il y a eu un certain nombre d'archives radio, télé,
13:45dont on va écouter, je crois, quelques extraits tout à l'heure.
13:49Tout ça vous a permis de retracer le parcours, finalement,
13:52de votre grand-mère et de mener votre enquête à vous.
13:54Absolument.
13:55Et puis, j'ai retrouvé des témoins de l'époque,
13:58avec qui elle a milité, avec qui elle s'est fâchée.
14:03Parfois rembibouchée, mais pas tant que ça.
14:04France Inter, Mathieu Vidard, La Terre au Carré.
14:12Nous voulons un million de dollars où les explosions vont commencer.
14:16Force de frappe révolutionnaire du peuple.
14:18Rappelez-vous Fessenheim.
14:21Fessenheim ?
14:22On fait des recherches.
14:24Cette force révolutionnaire figure-t-elle sur vos listes ?
14:29Extrait de l'inspecteur Harry avec Clint Eastwood.
14:32C'était en 1976, David Dufresne.
14:35On consacre cette terre au carré à votre grand-mère,
14:37l'éco-féministe Françoise Dobon,
14:38avec ce livre, Remember Fessenheim,
14:40publié l'année dernière chez Grasset.
14:43Et vous reconstituez, justement, dans cet ouvrage,
14:45l'attentat du 3 mai 1975 contre la centrale alsacienne.
14:49Longtemps, d'ailleurs, resté irrésolu, cet attentat.
14:52Et l'extrait qu'on vient d'entendre,
14:54c'est celui du troisième épisode d'Inspecteur Harry.
14:57Comment Françoise Dobon a-t-elle pris connaissance
14:59de l'existence de cet épisode ?
15:01C'est quand même incroyable qu'il y ait une référence
15:02à l'attentat de Fessenheim.
15:04Elle reçoit un an après.
15:05C'est, on peut dire, le génie des scénaristes hollywoodiens
15:08de cette époque-là.
15:09C'était d'être capable de prendre l'air du temps de l'époque
15:13et de la restituer tout de suite dans leur film.
15:16Et donc, effectivement, il y a ce film-là.
15:19L'inspecteur Harry ne renonce jamais qui est aux prises
15:23avec une espèce de Black Panther au petit pied.
15:27Et effectivement, il y a cette allusion qui est faite à Fessenheim.
15:31Et je vous remercie infiniment, Mathieu, d'avoir passé cet extrait.
15:34Parce qu'enfin, les gens qui ont travaillé sur ce livre,
15:36là je pense à mon éditeur et à la personne qui est en régie,
15:41qui s'est occupée de la presse, comprennent...
15:43Myrienne Salama, pour la citer.
15:44Exactement.
15:45Qu'on prenne enfin ce titre qui n'est absolument pas commercial du tout,
15:48qui n'a aucun sens comme ça.
15:50Mais si, ça a du sens quand on a entendu Clint Eastwood.
15:52C'est ça.
15:52Et vous ouvrez votre livre avec ça, d'ailleurs.
15:54Voilà.
15:55Et effectivement, j'ouvre le livre avec ça.
15:56Et j'ai trouvé des notes où, effectivement,
16:00elle va voir ce film dans un petit cinéma de quartier à Paris.
16:04Elle découvre le film.
16:06Elle entend ça.
16:08Elle rit à gorge déployée.
16:10Et elle rentre chez elle et elle dit
16:12« Mère de fasciste ».
16:14Alors, on a beaucoup d'estime aujourd'hui pour Clint Eastwood,
16:17mais à l'époque, ce n'était pas le même que Clint Eastwood.
16:18Enfin bon, bref, voilà.
16:19Et donc, ça, c'est quelque chose qui, pour moi,
16:24retrace le côté romanesque de Françoise,
16:27par ailleurs romancière.
16:28C'est-à-dire que tout dans sa vie faisait l'objet comme ça d'une mise en scène.
16:32Mais il faudrait faire un film sur sa vie,
16:34parce que c'est un vrai personnage de film, quand même.
16:38Je pense.
16:39Dites-donc, c'est en cours ou quoi ?
16:40Qu'est-ce qui se passe là ?
16:41Je sens un petit truc, là, non ?
16:43Il paraît qu'il y a des discussions.
16:44Ah, c'est vrai.
16:44Mais c'est demain.
16:45Donc là, vous avez plus qu'une révélation.
16:47Personne n'est au courant.
16:48Je vais bien.
16:49Donc, on a un petit scoop.
16:50Il y aura un film sur Françoise de Bonne.
16:51Je ne sais pas.
16:52En tout cas, il y a des gens qui s'intéressent à ça.
16:53Il faut, évidemment.
16:55Je pense qu'il devrait.
16:55C'est tellement personnage romanesque.
16:58Est-ce que vous avez déjà une idée sur le casting ?
17:00Non, mais monsieur, ce n'est pas moi du tout.
17:02En plus, ce n'est pas demain, c'est après-demain.
17:04Très bien.
17:04Voilà.
17:05Précision.
17:05Affaire à suivre.
17:06Affaire à suivre.
17:07Alors, attendez.
17:07Parce que là, vous avez employé à deux reprises le mot « attentat ».
17:10Et c'est amusant parce qu'en fait, à l'époque, on ne parle pas d'attentat.
17:14Et là, pourquoi s'intéresser à ça ?
17:17C'est aussi s'intéresser à ce qui évolue dans la société et ce qui perdure et ce qui change.
17:21À l'époque, on appelait ça des sabotages.
17:23On appelait ça des plastiquages.
17:26Le terme « attentat », il est chargé de tout à fait autre chose.
17:29Le Bataclan, etc.
17:31Et ça, c'est extrêmement important parce que dans les années 70,
17:34contrairement à l'image qu'on peut avoir aujourd'hui,
17:37en réalité, il y a 4000 sabotages, plastiquages en France.
17:41Donc, il y a eu beaucoup plus de luttes physiques, de luttes armées qu'on ne veut le dire.
17:48Et le mot est important, mais vous avez tout à fait raison.
17:50Et c'est un mot d'ailleurs qui est revendiqué encore aujourd'hui,
17:52dans une certaine frange de l'écologie.
17:55Absolument.
17:55Son mot de sabotage.
17:56Le mot de sabotage ou de désarmement, voilà.
18:00Qu'est-ce qui se passe exactement à l'époque, en 1975, sur le chantier de Fessenheim ?
18:04En 1975, une magnifique petite quatre ailes orange s'approche de cette centrale en construction
18:10qui est donc le joyau du nucléaire français,
18:13qui a été lancée deux ans auparavant par le Premier ministre de l'époque, Pierre Messmer.
18:20C'est ce qu'on appelle le plan Messmer.
18:21C'est ce qui fait qu'aujourd'hui, tout ce que nous avons là dans ce studio
18:25est électrifié par l'énergie nucléaire.
18:28C'est le plan Messmer, etc.
18:29Que se passe-t-il au tout début des années 70 ?
18:32Quand la France décide de faire du tout nucléaire, il n'y a pas de débat.
18:36Il n'y a aucun débat public.
18:394 000 scientifiques demandent un moratoire en disant
18:42il faut une étude d'impact à minima, il faut savoir ce qui va se passer.
18:46On leur refuse.
18:47Et c'est pour ça que certains vont faire des manifestations monstres pacifistes
18:52et d'autres, comme Françoise, vont dire
18:53puisqu'il n'y a pas de débat, on va le créer, on va faire sauter la centrale.
18:57Donc ils s'approchent tous les deux.
18:59Ils font une visite parce qu'il faut faire visiter cet endroit-là
19:02aux touristes, aux vacanciers, aux écoliers.
19:05Ils profitent de cette petite visite pour placer des pains de plastique
19:10qu'ils ont volés dans une cabane de chantier quelques jours auparavant.
19:15Donc, pas de victime.
19:17C'est important de le répéter parce qu'elle était très soucieuse de cela.
19:20Des dégâts qui vont retarder les travaux de quelques mois ?
19:23De quelques mois, alors que ça c'est toujours délicieux
19:26quand on réécoute les enregistrements d'Intermatin ou d'Intersoir
19:31ou d'Europe 1 de l'époque, etc.
19:34Ce qu'on entend, c'est que les dégâts sont minimes, les travaux.
19:39Et en fait, aux archives nationales, j'ai eu une dérogation
19:43pour avoir accès à des archives de l'école des mines
19:48qui estime à un an le retard.
19:51Oui, oui, c'est quand même pas mal ce qu'elle a fait.
19:53C'est quand même pas mal.
19:53À un an, le retard de l'ouverture de la centrale de Fetsonheim.
19:58Et vous parlez d'un safari sabotage quand même.
20:00Oui, c'est ce que je vous disais tout à l'heure.
20:02C'est-à-dire qu'il y a toutes ces photos dans ces classeurs.
20:07Vous savez, c'était ces instamatiques qu'on faisait développer.
20:11Puis ensuite, c'était collé sur des feuilles en plastique collantes.
20:15Et puis, on mettait des légendes à la main.
20:18Et là, en fait, on peut suivre quasiment jour par jour
20:21ce safari sabotage qu'elle entreprend.
20:25Mais heureusement pour elle, personne d'autre ne l'a vue sur le moment.
20:31Malgré la voiture orange.
20:32C'était quand même la moins discrète des voitures
20:34pour aller sur la centrale nucléaire.
20:36Vous parlez d'ailleurs d'une forme de bonheur presque insouciant.
20:39C'est assez frappant ça quand même.
20:41Avec le couple qu'elle formait justement, avec son ami.
20:43Vous en avez parlé.
20:45C'est quand même assez frappant ça.
20:47Oui, elle écrit « Nous faisons l'amour et la révolution ».
20:49Héros, c'est mitraillette.
20:51Elle est comme ça.
20:52La photo qui orne la couverture du livre.
20:56On la voit avec un revolver, etc.
20:59Dans les années 60, une photo posée.
21:01Mais voilà, qu'importe.
21:03Pour elle, la joie de militer est essentielle.
21:07Il n'y a pas de militance sans joie.
21:10Et je pense que c'est une leçon parmi tant d'autres
21:13qu'on peut retenir d'elle.
21:15Et pour elle, ça, c'est extrêmement important.
21:17C'est-à-dire qu'elle va faire le truc très sérieusement.
21:19Mais il y a quand même cette idée
21:21d'essayer d'être explosif.
21:26Dans tous les sens du terme, mais aussi d'une façon,
21:30en tout cas, expressive.
21:32Dans l'expression de ses sentiments et dans l'expression de la joie.
21:35C'est intéressant ce que vous dites.
21:37Qu'est-ce que ça nous raconte peut-être ça aujourd'hui aussi
21:40de l'écologie, de la manière de faire de l'écologie ?
21:42Il n'y a pas assez de joie ou d'imagination ?
21:46C'est-à-dire que quand elle est frappée
21:49de ce qu'on appellerait aujourd'hui de l'éco-anxiété,
21:51elle est...
21:52Et elle l'est.
21:53Elle l'est.
21:55Ils ne sont pas très nombreux.
21:56Ça paraît très loin.
21:57Elle va faire un peu campagne avec René Dumont,
22:00donc le premier candidat écologique.
22:01À l'élection présidentielle, 74.
22:0374, premier...
22:05L'entrée en politique, on va dire, de l'écologie.
22:08Mais en réalité, ces questions sont très, très loin.
22:11Donc la joie peut être possible.
22:13Aujourd'hui, pendant qu'on se parle,
22:16je vois qu'il y a des chaînes d'infos en continu
22:19qui sont en train de taper sur les écolos
22:21en demandant si la France est bernée par les écolos
22:24sur la clim.
22:25Voyons où on en est.
22:26C'est-à-dire que là, il faut se battre aussi
22:28contre la bêtise en plus du reste.
22:32La joie, c'était aussi la marge de manœuvre
22:35qui était possible.
22:37Je ne suis pas du tout en train de dire
22:38que les choses étaient plus simples qu'avant.
22:42mais il y avait des choses qui étaient différentes.
22:44Et notamment celle-ci, celle de la marge de manœuvre.
22:49Preuve en est, c'est qu'elle ne sera jamais inquiétée.
22:51C'est ça.
22:52On ne va jamais découvrir ceux qui ont posé
22:54les bombes de Fessenheim ?
22:55Non, non.
22:56C'est incroyable.
22:57On va...
22:58La police va aller enquiquiner des militants locaux
23:02dont un que j'ai rencontré
23:04qui est décédé depuis,
23:06qui était un homme admirable,
23:07Jean-Jacques Rétig.
23:08Je suis certain que vous en avez déjà parlé
23:09qui a été, dès la fin des années 60,
23:11un des premiers anti-nucléaires.
23:14On lui doit Radio Vert Fessenheim,
23:17une des toutes premières radios pirates.
23:19On est en 1974, etc.
23:22Lui, il va être inquiété.
23:24La police va venir deux fois le voir.
23:26Il leur dit, écoutez,
23:28moi je ne suis pas d'accord avec cet acte-là,
23:30mais si je savais qui c'était,
23:32je ne vous le dirais pas.
23:32Et il a fallu attendre 40 ans
23:35pour qu'on le sache vraiment ?
23:36Il a fallu, en fait...
23:38Alors, dans la famille,
23:39ça se savait un petit peu,
23:40mais c'était un peu caché
23:42parce qu'il y a des gens
23:44qui ont été plus ou moins complices,
23:45qui sont toujours vivants,
23:46qui avaient peur,
23:47qui avaient peur des suites judiciaires.
23:50Manifestement, on s'est classé depuis très longtemps
23:52puisqu'il n'y a quasiment aucune archive officielle
23:55sur ces faits-là.
23:57Et donc, déjà, il fallait attendre.
23:59Et puis, il y a un livre
24:00qui a été le premier
24:01à évoquer en quelques lignes
24:05le sabotage.
24:06Et là, c'était parti pour moi.
24:09France Inter
24:12La Terre au Carré
24:17Mathieu Vidard
24:18J'ai été féministe depuis toujours
24:20parce que ma mère était une féministe
24:23de la première génération des féministes.
24:25Mais ensuite, pour ce qui est de mes deux mariages,
24:27je peux dire que le premier,
24:28mon premier mariage a été un mariage
24:30qui était un mariage d'obligation,
24:33un mariage de fatalité.
24:35Évidemment, il n'était pas question
24:36à ce moment-là,
24:37avec les idées que j'avais
24:38de fonder un foyer, entre guillemets,
24:41de lier ma vie, entre guillemets.
24:42Donc, j'ai fait la chose suivante.
24:44Je l'ai épousée
24:46parce qu'il fallait le faire
24:47et je l'ai quittée
24:48le jour même
24:49sur les marches de la mairie.
24:51Eh bien voilà, ça se passe comme ça
24:52chez Françoise Dobonne.
24:54C'était en 1977
24:55au micro de Radioscopie.
24:56David Dufresne, vous qui êtes notre invité
24:58avec ce livre
24:59« Remember Fessenheim »
25:00chez Grasset.
25:01Livre enquête.
25:02Donc là, voilà,
25:03c'est le portrait craché
25:05de Françoise Dobonne.
25:06Absolument.
25:07Et là, c'est extrêmement important
25:09parce que le mot est lâché.
25:10C'est le mot de féminisme.
25:12Tout ce qu'elle va faire
25:13est tourné vers ça.
25:15On lui doit,
25:16non pas le concept,
25:17mais le mot écoféminisme.
25:19C'est elle la première.
25:21C'est elle qui l'invente.
25:22Elle n'invente pas l'idée.
25:23L'idée appartient à l'époque.
25:25L'idée voyage.
25:26À ce moment-là,
25:26elle est déjà aux Etats-Unis.
25:27Elle est en Inde.
25:28Elle est en Afrique.
25:29Mais c'est elle
25:30qui trouve en 1974
25:32dans un livre
25:33qui s'appelle
25:33« Le féminisme ou la mort »
25:35qui est justement
25:35une réponse à René Dumont.
25:37Elle est la première
25:39à employer le terme
25:40d'écoféminisme.
25:41D'ailleurs,
25:41ce n'est pas hyper clair
25:42parce qu'un coup,
25:43c'est en un seul mot.
25:44Un coup, c'est éco-féminisme.
25:46Un coup, c'est éco-féminisme.
25:48On sent que c'est balbutiant,
25:49mais c'est là.
25:50Et ça, c'est extrêmement important
25:52parce qu'on ne peut pas
25:53comprendre Fessenheim
25:54si on ne sait pas
25:55qu'il y a d'abord
25:56et avant tout
25:56cette quête éperdue
25:59de destruction
26:00du pouvoir des hommes,
26:02de la destruction
26:03du patriarcat.
26:04Non pas pour le remplacer,
26:07mais pour qu'il n'y ait
26:07pas de pouvoir.
26:09Et pour elle,
26:10le nucléaire,
26:11c'est le patriarcat
26:12le plus avancé.
26:15Elle fait donc le parallèle
26:16entre la domination des femmes
26:17et celle de la nature.
26:18Donc, même racine pour les deux,
26:20le patriarcat, justement.
26:21C'est comme ça
26:22qu'il faut entendre
26:22son éco-féminisme ?
26:24Les femmes seules
26:25possédaient le monopole
26:26de l'agriculture
26:27et le mâle
26:28les croyaient fécondés
26:29par les dieux.
26:30Dès l'instant où il découvrait,
26:31écrit-elle en 1974,
26:32donc à la fois
26:32ces deux possibilités
26:34d'agriculteur et de procréateur,
26:36il instaura
26:36ce que l'édère nomme
26:38le grand renversement
26:39à son profit.
26:40S'étant emparé du sol,
26:41donc de la fertilité,
26:42plus tard de l'industrie,
26:43et du ventre de la femme,
26:44donc de la fécondité,
26:45il était logique
26:46que la surexploitation
26:47de l'une et de l'autre
26:48aboutisse à ce double péril
26:49menaçant
26:50et parallèle,
26:51la surpopulation,
26:52excès des naissances
26:53et la destruction
26:54de l'environnement,
26:55excès des produits.
26:56Sa source d'angoisse écologique,
26:57vous parliez de son éco-anxiété,
26:58elle arrive quand d'ailleurs ?
27:00Elle arrive très clairement
27:01avec le rapport Meadows,
27:03bien connu de vos auditeurs
27:05et de vos auditrices,
27:06qui est ce rapport
27:07qui, à la fin des années 60,
27:09nous explique exactement
27:10le monde dans lequel on est
27:12à 43 degrés par endroit,
27:14si j'en crois,
27:15l'écran qui est là-haut.
27:17C'est-à-dire ce monde
27:18de l'élimitisme,
27:19ce monde
27:20de la production
27:22à base
27:23de destruction
27:24de la planète.
27:26Et c'est ce rapport Meadows,
27:28alors qu'il était
27:28très axé à l'époque
27:30sur la surpopulation,
27:31en disant
27:32la planète court
27:33à sa catastrophe.
27:34On est à la fin
27:34des années 60.
27:37Meadows,
27:37c'est un couple,
27:38en fait,
27:38c'est un certain nombre
27:39de chercheurs du MIT,
27:41si mes souvenirs sont bons,
27:43qui démontrent ça.
27:44Et en fait,
27:44très peu de gens,
27:45c'est le club de Rome
27:45quand même,
27:46qui publie,
27:47une institution
27:48qui publie ce rapport,
27:49mais en fait,
27:50tout le monde s'en moque.
27:51Or,
27:52dans ce rapport,
27:52il y a exactement
27:53le monde dans lequel
27:54nous sommes.
27:55Elle,
27:55elle lit ça
27:56et elle est frappée
27:58immédiatement
27:58d'anxiété.
27:59Immédiatement d'anxiété.
28:00Et là,
28:01elle panique
28:02d'une certaine manière
28:03en disant
28:04à qui veut l'entendre
28:05qu'on court à la catastrophe.
28:07Et ses amis féministes
28:08trouvent qu'elle est trop
28:09alarmiste,
28:10trop écolo.
28:11Les écolos trouvent
28:12qu'elle est trop féministe
28:13et tous la trouvent
28:14trop révolutionnaire.
28:15Donc,
28:15à un moment donné...
28:16Mais c'est elle,
28:17Françoise de Bonne.
28:17Elle est trop,
28:18finalement.
28:19Elle est trop,
28:19exactement.
28:20D'ailleurs,
28:20rejoignez-nous avec vos messages
28:21et vos questions
28:22pour notre invité David Dufresne.
28:23Vous pouvez bien sûr réagir
28:24sur franceinter.fr
28:26à la page de La Terre au Carré.
28:27On va passer vos messages
28:29dans un instant.
28:29Toujours sur le féminisme,
28:30on va réécouter une autre archive,
28:32celle d'aujourd'hui,
28:33Madame.
28:33C'était en 1972.
28:34Tiens,
28:34c'est l'année du rapport,
28:35justement.
28:35Je vois de plus en plus
28:37et du reste,
28:38à ma propre surprise,
28:39car hélas,
28:40ce n'est plus 20 ans.
28:41Et je vois de plus en plus
28:42à une rapidité étonnante,
28:43les femmes commencer
28:45à faire confiance aux femmes
28:46parce qu'elles ne font plus
28:47confiance aux hommes,
28:49parce que ce monde
28:49est complètement foutu
28:51depuis le temps
28:51que les hommes le mènent
28:52et qui nous ont pris
28:53les deux pouvoirs
28:54de l'Antiquité,
28:55le pouvoir de la procréation
28:56et le pouvoir de la fertilité.
28:57Pour en faire quoi ?
28:58J'en reviens toujours
28:59à mon dada.
29:00C'est vrai,
29:00c'est une idée fixe,
29:01cette destruction
29:02de l'environnement
29:03qui nous menace.
29:03Moi, je suis maire,
29:04je suis grand-mère,
29:05j'ai deux petits-enfants.
29:07Et bien précisément,
29:08c'est aussi parce que
29:09je pense à eux
29:09et à leur avenir
29:10que je pense qu'ils vont
29:11vivre dans un monde
29:12invivable.
29:14Quelle archive
29:15aujourd'hui,
29:16David Dufresne.
29:17Ils vont vivre
29:17dans un monde invivable.
29:19Aujourd'hui,
29:20alors que nous vivons
29:21en ce 22 juin 2026,
29:23des températures
29:24absolument jamais vues
29:25en France
29:26à cette période,
29:27ce message
29:28de François Sebonne,
29:29on le reçoit aussi
29:30quand même
29:30d'une façon très particulière.
29:31Oui, oui,
29:32c'est là la clairvoyance
29:33et la grande force.
29:35Alors après,
29:36je dois dire quand même
29:37que cette question
29:39des Amazones,
29:40de la fertilité,
29:41de la fécondité,
29:42aujourd'hui,
29:42elle est discutée
29:43par les historiens,
29:44par les préhistoriens,
29:45etc.
29:46Mais disons que l'idée
29:48est là.
29:49Et effectivement,
29:50il y a quelque chose
29:51de saisissant
29:52et ça me plaît
29:53de me dire
29:53tiens,
29:54on peut continuer
29:55à rendre écho
29:57à sa parole,
29:58à sa pensée.
29:58Qu'est-ce qu'elle penserait
29:59du mouvement écolo
30:00aujourd'hui ?
30:00Alors quand on dit
30:01le mouvement écolo,
30:02d'ailleurs,
30:02ça ne veut rien dire
30:02parce qu'il y a
30:03beaucoup de mouvements
30:03écolos,
30:04mais quel serait son regard
30:05à votre avis
30:06sur l'écologie
30:06aujourd'hui
30:07et ceux qui la défendent ?
30:09Alors,
30:09c'est une question
30:10qui est très délicate
30:11parce que j'essaie
30:12de m'interdire
30:13de parler à sa place
30:14et de faire parler
30:15les morts,
30:16elle qui était si vivante.
30:19Je vous dirais
30:20qu'il y a des gens
30:21qui se réclament d'elle
30:22et notamment
30:23les soulèvements
30:23de la terre
30:24dans leur manifeste
30:25qui parle
30:25de Françoise Daubonne
30:26assez vite.
30:27Je pense qu'elle serait
30:28évidemment du côté
30:30comme elle a toujours été
30:31des dominés
30:33et plutôt de ceux
30:35qui veulent provoquer
30:37le débat
30:38plutôt que d'accompagner
30:41la chute finale.
30:43Elle aurait été
30:44à Sainte-Soligne,
30:45c'est assez clair,
30:46a priori ?
30:47Oui,
30:48bien sûr.
30:49De la même manière
30:50qu'elle était
30:50de toutes les manifestations
30:52dans les années 70.
30:54Je pense qu'elle serait
30:55aussi à la manifestation
30:56contre le méga-canal
30:59de Seine-Nord,
31:01manifestation
31:01qui aura lieu
31:02en juillet.
31:03Elle serait de ce côté-là
31:05beaucoup plus
31:05que du côté
31:06du politique
31:07qu'elle avait déjà
31:08d'ailleurs côtoyé
31:09avec René Dumont
31:10où elle avait senti que...
31:11Elle était critique
31:12de l'écologie politique.
31:14Absolument.
31:14Déjà.
31:15Et elle le serait
31:15tout particulièrement
31:16aujourd'hui encore.
31:17Oui, parce qu'elle était
31:18radicale au sens propre
31:19du terme,
31:20c'est-à-dire qu'elle allait
31:20à la racine
31:21et la racine,
31:22c'est le monde
31:24tel que nous le concevons,
31:25c'est-à-dire un monde
31:26qui se contrefout
31:28des ressources
31:29de la planète
31:30simplement
31:31par avidité.
31:33Donc, c'est le monde
31:33du capitalisme,
31:34mais pas seulement.
31:35C'est le monde
31:36de l'argent,
31:37c'est le monde
31:37de l'avidité.
31:38Et donc,
31:38elle serait vraiment...
31:41Voilà.
31:42Si elle entendait
31:43Marine Tandelier
31:44dire de quoi
31:44le capitalisme,
31:45bon, je pense
31:46qu'elle rirait très fort.
31:48Oui.
31:48Elle nous aurait fait
31:49encore de belles tirades
31:50probablement à ce sujet.
31:52Est-ce que vous identifiez,
31:53vous, justement,
31:54dans les militants écolos
31:55d'aujourd'hui,
31:55des figures
31:56qui pourraient vous faire
31:57penser de près
31:58ou de loin
32:00à Françoise de Bonne ?
32:02Alors,
32:03à ce volcan actif.
32:05L'honnêteté commande
32:06de dire aux auditeurs
32:07et aux auditrices
32:07que vous m'avez posé
32:08cette question
32:08pendant la musique,
32:09que je vous ai donné
32:10une réponse,
32:10mais en fait,
32:11je vais vous donner
32:11une autre réponse maintenant.
32:13Pourquoi ?
32:13Parce qu'en réalité,
32:15ceux et ceux
32:15auxquels je pense,
32:16aujourd'hui,
32:17sont des gens
32:18qui sont obligés
32:19d'avancer masqué
32:21avec des combinaisons
32:22toutes blanches,
32:23par exemple,
32:23pour aller voir
32:24les laboratoires
32:25de telle ou telle
32:26entreprise pharmaceutique,
32:28etc.
32:28C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
32:29le militantisme,
32:30on est réduit
32:31par la force des choses,
32:33par la répression
32:33absolument invraisemblable
32:35qu'il subit
32:36d'être anonyme.
32:38Donc,
32:39ce sont des milliers
32:40de Françoises de Bonne
32:41qui seraient du côté
32:42de ceux
32:43dont on a un petit peu
32:44parlé tout à l'heure.
32:46Voilà.
32:46Est-ce que c'est
32:47telle ou telle ?
32:49Autant,
32:50je pense que Françoise
32:51a été très versée
32:53dans une forme
32:54d'égocentrisme.
32:57Pour elle,
32:57c'était important
32:58d'être au centre
32:58de la pièce.
32:59Elle parlait fort,
33:00comme je vous disais
33:00tout à l'heure.
33:02Autant,
33:02aujourd'hui,
33:03je pense que l'idée
33:04est plutôt de refuser
33:05le porte-parole-là
33:06ou de refuser
33:07d'être des leaders.
33:08L'incarnation.
33:09L'incarnation.
33:10Voilà.
33:11C'est plutôt
33:11de partager la lutte.
33:13Et s'il fallait
33:14retenir une consigne d'elle
33:15pour aujourd'hui,
33:16justement,
33:17ce serait quoi alors ?
33:18Parce qu'elle dit
33:18qu'il ne faut pas céder
33:18au découragement
33:19ni à la résignation.
33:21Voilà.
33:21Ça pourrait être
33:21quelque chose, ça ?
33:22Et Jacques Chancel
33:24lui fait dire
33:25qu'est-ce que vous voudriez
33:26qu'on retienne de vous ?
33:27Elle dit
33:27qu'est-ce qu'elle nous a fait rire ?
33:29J'aimerais qu'on dise
33:30qu'est-ce qu'elle nous a fait rire ?
33:31Et j'espère que j'ai pu aider
33:33quelques-uns
33:33à être plus libres.
33:35Pour moi,
33:35c'est ça.
33:36On va l'écouter chanter
33:36pour terminer cet entretien
33:38parce qu'avant l'écologie,
33:40il y a eu aussi,
33:40et en même temps,
33:41d'ailleurs,
33:41le combat homosexuel,
33:42elle a été une des figures
33:43du front homosexuel
33:44d'action révolutionnaire
33:45et on va l'écouter
33:46dans une version
33:47de la mauvaise réputation
33:47de Georges Brassens.
33:48On ne fait pourtant
33:50de tort à personne
33:52Si on est un gars
33:54et qu'on aime un homme
33:56Mais les braves,
33:58j'en aime pas que
33:58L'on mette ailleurs
33:59que notre queue
34:00Non, les braves,
34:01j'en aime pas que
34:02L'on mette ailleurs
34:03que notre queue
34:04Tout le monde
34:05se rue sur nous
34:07Mais notre patience
34:09est à bout
34:10Qu'on aime une fille
34:12ou un gars
34:12Cela ne vous regarde pas
34:16Voilà, Françoise Dobonne
34:18chantant sa version
34:19de la mauvaise réputation
34:19de Georges Brassens
34:20David Dufresne
34:21Un petit commentaire
34:22sur cette interprétation ?
34:23Oui, elle adorait écrire
34:25des chansons comme ça
34:26pour les manifestations
34:27que ce soit celle
34:28du Front Homosexuel
34:30d'action révolutionnaire
34:31du MLF
34:33avant de 68
34:33ou dans ces magnifiques
34:36commandos saucissons
34:37qu'elle menait
34:39contre ceux
34:40qui s'opposaient
34:41à l'avortement
34:41Allez, on passe aux questions
34:42des auditeurs et auditrices
34:48Allez, on va passer aux questions
34:49avec déjà des messages
34:51de mécontents
34:52Marie-Jo qui nous dit
34:53« Honte, grande honte
34:54à la Terre au carré
34:55en période caniculaire
34:56votre introduction
34:57et votre sujet
34:58anti-nucléaire
34:59est criminel »
35:00Qu'est-ce que vous lui répondez
35:02David Dufresne ?
35:04Ah ben, la question du nucléaire
35:08est entière
35:08c'est-à-dire que
35:10je vois bien l'idée là
35:11c'est de nous dire
35:11c'est la seule énergie décarbonée
35:14bon, d'abord
35:15c'est une énergie
35:16qui est profondément injuste
35:17on va aller chercher l'uranium
35:20dans des anciennes colonies
35:22par ailleurs
35:23on nous a parlé
35:23de souveraineté énergétique
35:26pendant très longtemps
35:26dans les années 70
35:27je rappelle que
35:28dans la centrale de Fessenheim
35:31par exemple
35:31c'était en réalité
35:32une technologie américaine
35:35nord-américaine
35:35il y a énormément de mensonges
35:37sur le nucléaire
35:38alors bien sûr
35:38c'est une industrie
35:40qui semble moins sale
35:41que d'autres
35:42mais elle reste sale
35:44elle va nous laisser
35:46des déchets
35:47pour des centaines
35:48de milliers d'années
35:49dont personne ne sait
35:50quoi faire
35:50et les gens
35:51qui s'opposent à ça
35:52sont sous les verrous
35:55ou sous enquête
35:57etc.
35:57Non, la question du nucléaire
35:59pose en fait
35:59la question de l'illimitisme
36:01a-t-on besoin
36:02d'autant d'énergie
36:03parce que le nucléaire
36:05nous fait croire
36:06que l'énergie
36:08n'abîme pas la planète
36:09c'est faux
36:10Claude nous dit
36:11est-ce qu'on n'est pas honte
36:12de faire l'apologie
36:13du terrorisme
36:14aujourd'hui
36:14ça revient dans plein de messages
36:15évidemment
36:16on ne fait pas l'apologie
36:17du terrorisme
36:18à ce micro
36:18et on parle en plus
36:19de sabotage
36:21pas de terrorisme
36:21vous avez quand même
36:22aussi mis la nuance
36:24là-dessus tout à l'heure
36:25moi je me suis beaucoup
36:26intéressé à la question
36:27terroriste
36:28et l'ONU aussi
36:29figurez-vous
36:30et l'ONU
36:30est incapable
36:31de donner sa définition
36:33parce que
36:34pour aller très très vite
36:35le terroriste de l'un
36:37est le résistant de l'autre
36:38voilà
36:38et donc on peut discuter
36:40je comprends
36:41que cette personne
36:42soit choquée
36:42mais parlons
36:43du fond des choses
36:44c'est pas
36:45voilà
36:46quand Françoise
36:47Dobon fait ça
36:48certains vont considérer
36:49que c'est du terrorisme
36:50d'autres vont considérer
36:52que c'est un acte de résistance
36:53à partir de là
36:54on peut parler
36:54du bien fondé
36:55ou non de l'acte
36:56Joël nous dit
36:56je ne connais pas
36:57Françoise Dobon
36:58mais je tiens à vous dire
36:58que je suis heureux
36:59qu'à cette occasion
37:00vous parliez
37:00de la résistance
37:01à l'énergie nucléaire
37:02en ce moment
37:02avec la canicule
37:03nous pouvons être inquiets
37:04sur le fonctionnement
37:05des centrales nucléaires
37:06ah oui
37:07notamment le refroidissement
37:08de l'eau
37:09parce que là
37:09la chaleur
37:11vous allez voir
37:11que la moitié
37:12vous savez que la moitié
37:13des centrales nucléaires
37:14sont à l'arrêt en France
37:14donc il faut arrêter
37:16de dire que c'est une énergie
37:17qui est parfaite
37:18parce qu'elle serait française
37:23il y a des milliards
37:23de poissons
37:24de crustacés
37:25qui meurent chaque année
37:26autour des centrales nucléaires
37:28Françoise nous dit
37:29non pardon
37:29Victoria nous dit
37:30Françoise avait-elle
37:31d'autres femmes
37:31à ses côtés
37:32pendant son militantisme ?
37:34Oui pas mal
37:35et j'en ai retrouvé
37:36quelques-unes
37:37avec qui elle va se fâcher
37:38mais qui ont été magnifiques
37:41c'est des rencontres
37:42absolument magnifiques
37:43pour me raconter
37:44comment elles ont raté
37:46leurs rencontres
37:47Merci beaucoup
37:48David Dufresne
37:48Remember Fessenheim
37:49c'est donc cet ouvrage
37:50qui vous avait publié
37:52l'année dernière
37:52chez Grasset
37:53mais qui est toujours
37:53en vente
37:54dans toutes les bonnes librairies
37:55merci beaucoup
37:56et puis je signale
37:57évidemment
37:57que cette émission
37:58aujourd'hui
37:59va être introduite
38:01dans cette série
38:02terreau carré
38:02sur les avant-gardistes
38:03de l'écologie
38:04qu'on vous propose
38:05donc sur France Intac
38:05vous allez pouvoir
38:06retrouver en podcast
38:07à partir d'aujourd'hui
38:08avec les figures
38:09de Grotendig
38:09de Kropotkin
38:10d'Élisée Reclus
38:12d'André Gorce
38:13entre autres
38:14et donc de Françoise Daubonne
38:15c'est du Panthéon
38:16qui est en train de
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