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00:068h moins le quart, dans la foulée de la mort de Liana, le ministre de la justice a demandé au
00:11magistrat de reprendre 70 000 dossiers de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, avec pour date limite le 14 juillet.
00:20Où en est le parquet de Rouen ? Le procureur de la République de Rouen répond aux questions de Marianne
00:26Neck.
00:26Bonjour Sébastien Gallois.
00:27Bonjour.
00:2870 000 plaintes à réexaminer, donc à demander le ministre de la justice, combien de dossiers pour la juridiction de
00:34Rouen ?
00:35Pour le tribunal de Rouen, c'est 950 dossiers.
00:38De signalement de l'éducation nationale ou de l'aide sociale à l'enfance ?
00:41Votre moitié des plaintes et l'autre moitié des signalements de l'aide sociale à l'enfance, l'éducation, les
00:47clubs de sport, etc.
00:48Combien de magistrats vous avez mis pour réexaminer ces plaintes ?
00:51J'ai mis tous les magistrats de mon parquet, moi compris.
00:54Nous sommes 16, nous nous sommes répartis les 950 dossiers.
00:57Donc un peu plus de 60 dossiers par magistrat.
01:02L'objectif, c'est d'en voir 30 à 40 par jour, lorsque les collègues les prennent en charge, répartis
01:10sur 2 ou 3 journées pour chacun, sur une période de 2 semaines.
01:13Donc c'est à la chaîne en fait ?
01:14C'est un peu à la chaîne, oui. Parce que c'est 20 minutes par dossier.
01:1820 minutes au minimum par dossier.
01:21Évidemment, souvent c'est un peu plus long, parce que le dossier est plus compliqué, et puis parce que très
01:25souvent nos outils ne sont pas adaptés.
01:27Je vais vous donner un exemple, on nous demande de vérifier tous les antécédents, ce qu'on appelle les antécédents,
01:31donc les précédents, des éventuelles mises en cause.
01:36Entre nous et les policiers, nous devons consulter, selon les cas, entre 6 et 12 fichiers différents, pour avoir une
01:43idée précise des antécédents de la personne.
01:45Parce que ce n'est pas centralisé en fait.
01:47Ce n'est pas du tout centralisé.
01:48Et vous avez un objectif aussi, c'est dans une semaine, rendre ce dossier de synthèse, sachant qu'en même
01:53temps, vous assurez le quotidien de la justice, c'est-à-dire les audiences, etc.
01:57Alors en effet, l'activité continue à tourner.
01:59J'ai deux permanences au parquet de Rouen, une d'ailleurs dédiée aux mineurs et aux familles, une autre dédiée
02:05à tout le reste.
02:06Donc les deux permanences continuent à tourner, nous continuons à assurer notre présence aux 2 à 3 audiences par jour
02:13du tribunal.
02:15En revanche, nous avons arrêté d'autres choses.
02:17Nous avons cessé d'aller au tribunal de commerce, nous avons cessé d'aller aux audiences civiles, et nous avons
02:23mis, on va dire, à l'arrêt, le traitement de notre courrier et des autres affaires.
02:27Donc d'atteinte aux biens, affaires économiques et financières, etc.
02:30En espérant pouvoir les reprendre à la fin de l'inventaire.
02:33Est-ce que vous avez, M. le procureur, lors de ce tri, repéré des dossiers de violences sexuelles sur mineurs
02:38à l'arrêt, et pourtant urgents ?
02:42Nous en avons déjà, nous sommes à un tiers de l'inventaire.
02:45Nous en avons déjà repéré deux ou trois, qui en effet, méritaient d'être pris rapidement, parce que les faits
02:53qui étaient décrits étaient extrêmement graves, et parce que les profils des mises en cause étaient inquiétants.
02:58Et alors pourquoi ces dossiers étaient à l'arrêt ?
03:01Eh bien parce que les faits étaient souvent anciens, cela renvoie souvent à des faits de 2020-2022, et qu
03:09'à un moment dans l'enquête, quelque chose n'a pas fonctionné.
03:12On a pu demander une expertise, l'expert a répondu très tard, ou n'a pas répondu.
03:18Nous avons eu besoin d'aller chercher un témoin, le témoin a été convoqué deux fois, trois fois, quatre fois,
03:23il n'est jamais venu.
03:24La victime a été appelée pour être réentendue, cette victime ne s'est pas présentée, donc le dossier s'est
03:30trouvé à l'arrêt.
03:31On n'a pas avancé, et du coup, d'autres dossiers sont passés avant.
03:35D'autres dossiers sont passés avant.
03:39Monsieur le procureur, dans les 950 plaintes que vous avez à traiter, ce qui revient, ce sont surtout des questions
03:44d'inceste, vous diriez ?
03:46Ah oui.
03:48Alors c'est vrai qu'avec l'actualité, l'actualité à Paris, à Rouen, je pense que tout le monde
03:54pense à ce qui se passe dans les écoles, dans les crèches.
03:57Évidemment avec le drame de l'IANA, tout le monde pense à ces individus qui sont des prédateurs, qui agressent
04:03des enfants.
04:05Mais le constat que l'on fait, et on le sait, mais malheureusement on l'oublie trop souvent,
04:12au moins la moitié des dossiers que nous examinons, ce sont des viols ou des agressions sexuelles commises au sein
04:17de la famille,
04:18par le père, le tonton, le beau-père, parfois un frère.
04:23Donc l'endroit où nos enfants sont encore le moins en sécurité, ce sont au sein des familles.
04:30Sachant que sur les 950 dossiers provenant de la chancellerie, c'est-à-dire déjà passés par le parquet,
04:35c'est seulement en fait la partie immergée de l'iceberg ?
04:39C'est une partie, c'est une petite moitié, car la réalité des procédures qui sont en attente de finalisation,
04:46en tout cas pour Ressort de Rouen, c'est le double.
04:49Donc c'est entre 1500 voire 2000.
04:51Donc on est sur un sujet de société absolument colossal.
04:56Encore une fois, parce que l'essentiel se joue au sein des familles,
05:01et que nos enfants au sein des familles se trouvent très souvent en extrême danger.
05:06Qu'est-ce que vous avez pensé, monsieur le procureur, de cette mission d'inspection
05:09demandée par le ministère de la Justice, qui souligne des responsabilités individuelles,
05:14notamment de la part des magistrats du parquet d'Auches ?
05:16Les deux plus hauts magistrats de France, Christophe Soulard et Rémi Hetz,
05:20premier président et procureur général auprès de la Cour de cassation,
05:23parlent d'une mécanique du bouc émissaire.
05:26Vous êtes d'accord avec eux là-dessus ?
05:28Premièrement, l'inspection était évidemment nécessaire.
05:31En cas de drame, nous avons besoin de savoir ce qui s'est passé
05:36dans le ressort qu'a traité l'affaire,
05:38mais aussi besoin de comprendre si, France entière,
05:41nous avons une difficulté structurelle, un problème à régler,
05:44une organisation à revoir.
05:46Donc de ce point de vue-là, l'inspection est absolument nécessaire.
05:49La responsabilité de nos collègues, je n'ai pas à m'exprimer dessus,
05:52je ne connais pas le dossier, je n'irai pas là-dessus.
05:54Simplement, évidemment, ce qui est très désagréable,
05:57et ce qui est très inquiétant, c'est que nos deux collègues d'Auches,
06:00parce qu'au départ, la procureure a été mise en cause,
06:03et maintenant c'est sa substitut,
06:05se retrouvent harcelés, menacés, placés sous protection policière.
06:10Ça, c'est absolument inadmissible.
06:12Et d'ailleurs, le ministère a déposé plainte pour les menaces
06:15qui a subi la procureure.
06:17Mais il y a une tribune qui a été publiée dans le journal Le Monde,
06:202000 magistrats, signataires de toute la France,
06:23qui disent reconnaître leur quotidien dans les failles révélées par cette affaire,
06:28c'est-à-dire, au-delà de fautes individuelles,
06:31un manque criant de moyens, générateur, je cite,
06:34d'une véritable faillite judiciaire.
06:38C'est un très beau texte,
06:40et je partage les préoccupations qui sont exprimées par mes collègues.
06:44Je crois d'ailleurs que plusieurs magistrats de mon parquet
06:47ont signé cette tribune.
06:50Oui, nous partageons la préoccupation exprimée dans cette tribune.
06:55Nous savons tous qu'un drame comme celui d'Auches
06:59peut malheureusement survenir à tout moment dans n'importe quel parquet.
07:04Et ça ne vous empêche pas d'enmer la nuit ?
07:07Un peu, surtout en ce moment.
07:12Après, nous, nous sommes là pour agir.
07:14Donc moi, ma responsabilité, c'est de prendre les mesures
07:17pour éviter que ce genre de choses arrivent sur le ressort.
07:21Avec des enjeux qui sont très lourds.
07:24Juste un chiffre.
07:26Lorsque je suis arrivé, nous ouvrions tous les mois
07:2930 dossiers pour viol sur mineurs.
07:32Ça, c'est en septembre 2024.
07:34Aujourd'hui, nous en ouvrons plus de 50 par mois
07:37pour la seule agglomération de Rouen.
07:39C'est quasiment un doublement.
07:42Moi, j'y vois quand même une bonne nouvelle.
07:43Ça veut dire que tout ce qu'on a fait pour inciter à signaler,
07:47pour former les enseignants,
07:49former les travailleurs sociaux, ça fonctionne.
07:51Il y a une libération aussi de la parole.
07:53Il y a une libération de la parole.
07:54Du signalement.
07:55Et ça veut dire que les professionnels qui sont au contact des enfants
07:57maintenant sont à l'écoute des enfants
07:59et savent repérer ce qui ne va pas.
08:02Deux affaires d'agression sexuelle sur des enfants
08:05secouent depuis plusieurs semaines l'agglomération de Rouen.
08:07D'abord à la crèche Pierre Delune
08:08et au périscolaire de l'école Hameau-des-Brouettes.
08:11Combien de plaintes avez-vous reçues à cette heure ?
08:14Alors, pour Pierre Delune à Rouen,
08:17ce sont douze plaintes qui ont été déposées.
08:19Donc, enquête évidemment en cours, très compliquée,
08:22parce qu'il nous faut entendre et faire examiner
08:25par des médecins légistes
08:26douze enfants qui, presque tous, ont moins de trois ans.
08:30Donc, examen médical difficile à faire
08:33et encore plus audition très délicate à faire
08:35puisque faire parler à un enfant qui a entre deux et trois ans,
08:38ça demande beaucoup de prudence, beaucoup de patience
08:40et que spontanément, un enfant à cet âge-là
08:42ne parle pas face à un étranger.
08:44Pour Solville-les-Rouen, c'est autre chose.
08:46Ça se joue en fait en deux temps.
08:48Il y a bien eu deux premières plaintes,
08:50mais des plaintes qui sont déposées
08:52suite à des jeux inadaptés.
08:55Pour Hameau-des-Brouettes ?
08:57Non, je parle de Solville-les-Rouen.
08:58Ah, de Solville-les-Rouen, oui.
08:59À Solville-les-Rouen, donc, deux plaintes en octobre
09:03suite à des jeux inadaptés.
09:05D'étranglement.
09:06Voilà, on nous dit étranglement,
09:08qui sont qualifiés de violences.
09:10Et une dernière plainte, toute récente,
09:12qui est cette fois-ci déposée par une maman
09:14pour viol.
09:15Donc là, l'enfant, évidemment, a été pris en charge.
09:17À charge pour nous de l'entendre dans de belles conditions,
09:20de l'examiner et de dérouler l'enquête.
09:22J'ai envie de vous dire, c'est un dossier prioritaire,
09:24mais en fait, tous les dossiers sont prioritaires.
09:25Ah ben, tous les dossiers sont prioritaires.
09:28Et c'est toute la difficulté.
09:29C'est que nous passons notre temps
09:31à hiérarchiser les urgences entre elles.
09:34La question, c'est est-ce qu'on peut
09:36hiérarchiser les horreurs ?
09:38Merci Sébastien Gallois,
09:40procureur de la République de Rennes,
09:41d'avoir accepté l'invitation d'ici Normandie.
09:44Bonne journée à vous.
09:45Merci à vous.
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