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  • il y a 8 minutes
Tous les jours dans Culture Médias, Thomas Isle dresse le portrait sonore de l'invité. Aujourd'hui, c’est Jean-Jacques Annaud, pour le Ciné-concert symphonique Jean-Jacques Annaud le 12 novembre 2026 au Palais des Congrès.

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Transcription
00:00Et alors j'ai la chance de recevoir ce matin un immense cinéaste français qui nous a fait voyager dans
00:06le monde entier
00:06de l'Italie au Tibet en passant par le Canada, la Russie puis dans toutes les époques de la préhistoire
00:12jusqu'à aujourd'hui
00:12avec des films comme Le Nom de la Rose, La Man, Sept Ans au Tibet, La Guerre du Feu, L
00:17'Ours, Deux Frères ou encore Le Dernier Loup.
00:20Bonjour Jean-Jacques Hannault. Bonjour. Et merci d'être avec nous ce matin pour parler d'un spectacle unique,
00:27un grand spectacle réunissant votre cinéma et la musique symphonique. Ce sera le 12 novembre au Palais des Congrès.
00:33C'est une sorte de rétrospective interactive et en musique de vos plus grands films, Jean-Jacques Hannault, c'est
00:38ça ?
00:38Écoutez, l'initiative n'est pas la mienne. J'en suis très content. J'ai déjà eu un ciné-concert
00:43sur La Guerre du Feu.
00:45Ce qui est très intéressant, je crois, parce que vous avez un grand orchestre qui joue en même temps que
00:52le film,
00:52mais ça a la qualité orchestrale. C'est comme si on va au concert, mais en plus de ça, on
00:57a des images
00:59qui accompagnent cette musique. Et là, ce n'est pas véritablement une rétrospective, c'est par thème.
01:06Alors ils ont pris, j'ai envie de dire les cinq éléments, mais c'est...
01:09L'eau, le feu, l'air, la terre...
01:12Voilà. Et que, j'ai vu leur pré-montage, c'est tout à fait intéressant parce que, autrement, c'est
01:19un peu fastidieux de revoir un film.
01:20Là, c'est une découverte d'un montage avec, évidemment, les musiques de mes grands compositeurs.
01:26J'ai eu la chance de travailler avec les meilleurs, y compris John Williams, James Horner, qui était mon très
01:33grand ami,
01:34son successeur, qui est Simon Franglen, qui fait les musiques de Cameroun, et puis j'ai commencé avec Bachelet, donc
01:41si vous voulez, et Philippe Sard.
01:42Mais on va parler de tout ça, parce qu'effectivement...
01:45J'ai tellement aimé faire de la musique en compagnie de ces gens-là.
01:49Quand je dis faire de la musique, ce n'est pas moi qui l'a fait, même si j'ai
01:52été un abominable violoniste.
01:55Dites-moi, les amis, si vous reconnaissez d'ailleurs ce générique de fin d'un grand film de Georges Acana.
02:05J'ai tellement pleuré.
02:07C'est l'ours.
02:08C'est l'ours.
02:09Le choc.
02:11Terrible.
02:11C'est un des premiers traumas en salle de cinéma de ma vie, c'est l'ours.
02:17Il y avait Bambi aussi avant.
02:18C'est vrai, juste avant.
02:20Mais l'ours, il y avait quelque chose de...
02:22C'était vrai.
02:23C'était pas du dessin animé.
02:26Plus de 9 millions d'entrées en France, l'ours, en 88.
02:29Et un César du meilleur réalisateur.
02:32Parce que c'était galère de récompenser l'acteur principal, évidemment.
02:36Et ce qu'on ne voit pas au cinéma, c'est le temps qu'il a fallu pour dresser cette
02:40ours.
02:41Et pour que vous deveniez un peu copain avec lui.
02:43C'était extrêmement long.
02:45Ça a pris 5 ans.
02:475 ans.
02:49Et pendant ce temps-là, j'ai fait le nom de la Rose.
02:51Ah oui.
02:52Qui s'est inséré très très bien.
02:54Parce que je ne voulais pas être catalogué dans les metteurs en scène, anthropologistes.
03:02Je prends le terme anglais, anthropologue.
03:06Parce que, bon, sortant de la guerre du feu, qui avait vraiment eu un succès international,
03:11si je m'étais relancé dans un succès, dans un film qui m'aurait...
03:17J'aime beaucoup l'art premier, j'ai vécu au Cameroun, j'ai vécu en Côte d'Ivoire.
03:24J'ai beaucoup d'attachement aux cultures africaines.
03:31Alors, après avoir fait mon premier film, qui avait l'Oscar, qui s'appelait La victoire en chantant,
03:35j'ai reçu tous les films en Afrique possibles.
03:38J'en ai reçu, je ne sais pas, 30-40.
03:40Donc j'ai stoppé, parce que je ne veux pas...
03:43Il faut faire autre chose.
03:44Je ne suis pas Jean-Rouge, je ne suis pas le spécialiste de l'Afrique, mais j'ai adoré.
03:49Après, j'ai fait coup de tête, et on m'a proposé tous les films de sport.
03:52Oui, c'est ça. On en parlait tout à l'heure de coup de tête,
03:54parce que je crois que c'est le film préféré d'Agnissa Haddaddy.
03:56C'est un de mes films préférés.
03:59J'étais inquiet.
04:01Ce qui s'est passé, c'est que comme j'avais fait un film muet,
04:05quasiment muet, c'est La guerre du feu,
04:06où il y avait un langage, mais que personne ne pouvait comprendre,
04:09et ce n'était pas sous-titré,
04:10je me suis dit, maintenant, je peux donner la parole,
04:14à ceux qui n'en ont pas, c'est-à-dire un animal,
04:16et m'identifier à son âme.
04:18Alors évidemment, déjà, on m'a pris pour un fou furieux
04:21de penser que les animaux avaient une âme,
04:24même si le mot animal, ça vient d'anima,
04:26ce que veut dire l'âme.
04:29Et donc...
04:30Et ça a été très compliqué avec lui,
04:31je crois qu'il y a même un jour,
04:33où l'ours a quand même failli vous tuer, Jean-Jacques Hanna.
04:35Je ne peux pas vous montrer la blessure,
04:37parce que je serais puni.
04:40Ah, ok.
04:41Mais vous avez encore une blessure sur vous.
04:43Ah oui.
04:44Parce que, qu'est-ce qui s'est passé ? Racontez-nous.
04:47Écoutez, vous savez, les acteurs, il faut les aimer.
04:50Il faut vraiment les respecter.
04:54Et ça peut être le cas avec un illustre professionnel,
05:00un acteur débutant,
05:03un enfant,
05:06un bébé,
05:08un ours.
05:10Parce que, en fait,
05:12s'ils ne deviennent pas votre ami,
05:14ils ne vont rien faire.
05:16Mais, vous savez,
05:17vous avez sûrement des chiens, des chats,
05:19il y a des trucs qui leur plaisent,
05:21surtout, les chiens en particulier.
05:23Mais,
05:24ils vous racontent leur plaisir,
05:25ils vous racontent leur bonheur.
05:26Et là, qu'est-ce qui s'est passé avec vous ?
05:28Pourquoi il s'est énervé ?
05:29On était très copains.
05:31La preuve, c'est que,
05:31quand j'arrivais chaque matin,
05:32nous échangeions nos haleines.
05:34Ah, c'est un moment douloureux.
05:36Je ne sais pas ce qu'il a pensé de la mienne.
05:38Qu'est-ce que vous avez pensé de la sienne ?
05:40Ah, c'est un tombé par terre.
05:41Oui, bon.
05:45Il regardait soigneusement,
05:46à travers les barreaux de sa caravane,
05:50ce que je demandais à son dresseur,
05:53qui n'était pas le plus vif de la Terre.
05:56C'était un bon dresseur.
05:57Il s'identifiait, lui, à un ours.
05:59Bon.
06:00Mais,
06:01il comprenait parfois moins vite
06:03que l'ours.
06:04C'est le petit coup de patte de Jean-Jacques Anon.
06:06Sympa, le...
06:08On l'embrasse.
06:11Super boulot.
06:12Il me regardait,
06:13expliquait au dresseur ce que je voulais.
06:15D'accord.
06:16Et si ça lui faisait sens,
06:18c'est-à-dire qu'il comprenne qu'il court
06:19parce qu'il a vu des gens
06:20qui sont en train de le chasser,
06:23il comprend.
06:25Donc, je le fais sortir de sa petite maison,
06:29il arrive sur la scène,
06:30il l'a fait tout de suite,
06:31parce qu'en plus,
06:31s'il l'a fait tout de suite,
06:32il a un poulet entier
06:34ou un saumon entier.
06:35Ça vaut le cours.
06:36Autrement, il a une petite croquette
06:37ou il a une poire.
06:39On fait pareil avec Olivier Poissier.
06:41Vous serez gentil de me donner le poulet tout à l'heure.
06:43Un jour, je suis obligé de faire la photo
06:46du metteur en scène et sa star
06:48et pour montrer que ma star,
06:50elle est vraiment bien et grande,
06:52à l'heure du déjeuner, de la pause,
06:55il avait un petit cumulus là,
06:58évidemment, un parc,
07:00si vous voulez, un parc très solide
07:01pour pas qu'il se sauve.
07:03et je vais au milieu de ce petit parc
07:05sur la partie la plus haute
07:07et je me fais dresser l'ours derrière moi.
07:12Hop, hop, hop, hop, hop, hop,
07:14bon, il se met bien debout.
07:16Et puis là, moi, je viens vraiment entre ses pattes.
07:19Et, ben, on était copains.
07:22Bien sûr, je connais la chute.
07:25Je prends mon viseur,
07:26vous savez, moi, je suis un grand utilisateur
07:29de ce viseur,
07:30ça s'appelle un gonoscope.
07:31Donc, je prends cet objectif,
07:33et puis je me retourne vers lui,
07:36il voyait cet appareil tous les jours.
07:38Sauf que là, j'étais en dessous de lui,
07:41il a dû prendre un reflet dans l'objectif,
07:43il a pensé que j'étais agressif,
07:46et là, il s'est abattu devant moi,
07:49et il m'a fait,
07:50alors on va le décrire,
07:52il a fait ceci,
07:54c'est-à-dire,
07:55il, alors en anglais,
07:56il extended the low lip.
07:59Il avance la lèvre inférieure.
08:03Il avance la lèvre inférieure.
08:05Et du coup, je savais que ça voulait dire,
08:07toi, t'es mort.
08:09Donc, je me suis préparé,
08:10comme il était droitier,
08:11je me suis fait tout mou du côté gauche,
08:14il m'a envoyé valdinguer,
08:18sur une dizaine de mètres, peut-être,
08:19il était puissant.
08:21Il y avait une pente,
08:22donc j'ai glissé sur la pente,
08:23il m'a rejoint sur la pente,
08:25mais comme il était très lourd,
08:26il faisait 800 kilos, je crois,
08:28il est allé un peu trop loin.
08:30Et alors, j'entendais clac, clac, clac, clac,
08:33au-dessus de ma tête,
08:35et l'essai de remonter, comme ça,
08:38pour véritablement m'étrangler.
08:41En fait, j'avais lu,
08:43parce que je lis beaucoup avant les films,
08:44j'avais lu un bouquin qui s'appelait
08:46« Berotaxe ».
08:46Alors, les survivants des attaques d'ours
08:48sont ceux qui font le mort.
08:50Et donc, vous avez fait le mort.
08:51J'ai fait le mort.
08:52Et ça a fonctionné.
08:52Et je me souviens,
08:53comme je sortais du Nom de la Rose,
08:54il y avait un texte de Sean Connery
08:56dans le Nom de la Rose
09:22On en parle dans un instant.
09:24On revient dans deux minutes.
09:24On revient.
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