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  • il y a 5 semaines
Le Keytruda est présenté comme l'un des traitements contre le cancer les plus révolutionnaires jamais développés.

Mais derrière ce médicament qui a déjà sauvé des milliers de vies se cache une bataille mondiale autour des brevets, des prix et des profits qui prive encore de nombreux patients d'un accès aux soins. Une enquête sur les mécanismes économiques qui peuvent faire d'un traitement médical une véritable arme financière.

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Transcription
00:02Guatemala, hôpital public de Quetzal-Ténango.
00:05Le médecin Julio Ramirez se trouve face à un choix qu'aucun médecin au monde ne devrait faire.
00:10Choisir qui va vivre et qui va continuer à souffrir.
00:14Sur sa longue liste de patients, il a la possibilité de leur apporter un véritable espoir grâce au Quétruda,
00:20un traitement révolutionnaire contre le cancer développé par le laboratoire Merck.
00:25Mais le problème, c'est qu'il ne dispose que de deux doses.
00:29Alors, face à ce dilemme, il lâche une phrase glaçante.
00:33Que me reste-t-il à faire ? Jouer à Dieu ?
00:36Mais ici, on ne parle pas de pénurie.
00:39Du Quétruda, il y en a.
00:40Merck en vend, en produit, en distribue partout dans le monde.
00:44Mais il faut débourser des centaines de milliers de dollars pour accéder au traitement.
00:49Et ce prix est tout sauf une fatalité.
00:51C'est le résultat d'un plan bien orchestré.
00:54Grâce à une enquête internationale de journalistes, on découvre que le laboratoire a développé une stratégie redoutable
01:01pour organiser la rareté et protéger sa poule aux oeufs d'or au moins jusqu'en 2042.
01:07En attendant, patients et hôpitaux n'auront d'autre choix que de payer ou se rabattre sur une autre solution.
01:19Bonjour à tous.
01:22Carolina Garcia a habité Madrid.
01:24En 2011, elle est enceinte de 4 mois quand son médecin lui annonce qu'elle a des métastases.
01:29Cancer du sein à un stade avancé.
01:31A cette époque, les chances de survie étaient minces.
01:33Mais 14 ans plus tard, Carolina est en rémission complète.
01:37Et pose tout sourire aux côtés de sa fille.
01:40Et quand on lui demande comment elle explique ça, elle répond toujours la même chose.
01:45Je suis convaincu que c'est un miracle.
01:48Ce n'est pas un miracle.
01:50C'est le Kétruda, une immunothérapie révolutionnaire.
01:54Pendant des décennies, la logique a toujours été la même.
01:57Utiliser la chimiothérapie pour attaquer directement la tumeur.
02:01L'objectif est de détruire les cellules cancéreuses avant qu'elles ne se propagent.
02:06Mais le Kétruda, lui, ne fonctionne pas tout à fait comme ça.
02:09Au lieu de s'en prendre directement au cancer, il aide le système immunitaire à faire ce qu'il aurait
02:15dû faire au départ.
02:16C'est-à-dire reconnaître la menace et la combattre.
02:20Car certains cancers ont développé une sorte de stratégie de camouflage biologique.
02:26Ils parviennent à se rendre invisibles aux défenses naturelles de l'organisme.
02:30Le Kétruda, lui, retire ce camouflage.
02:33Et quand ça fonctionne, c'est vraiment spectaculaire.
02:37C'est pour ça que des chercheurs qui sont à l'origine de ce médicament ont reçu le prix Nobel
02:41de médecine en 2018.
02:44Et ça fonctionne si bien que l'autorité sanitaire américaine, la FDA, l'a étendu à 19 autres types de
02:51cancers.
02:51Mais le problème, c'est que lorsqu'un médicament produit de tels résultats, il ne sauve pas seulement des vies.
02:58Il devient aussi une machine à cash.
03:00Et en effet, depuis plus de 10 ans, le Kétruda a généré à lui seul 163 milliards de dollars de
03:05chiffre d'affaires.
03:06Pour vous donner une idée de l'ampleur du phénomène, près d'un dollar sur deux provient uniquement de ce
03:13médicament.
03:14Mais il y a un problème.
03:15Le Kétruda est probablement l'année traitement contre le cancer les plus prometteurs jamais développés.
03:20Et pourtant, il n'est pas accessible à tout le monde.
03:24Selon le pays, le coût de traitement peut s'envoler.
03:27Aux Etats-Unis, par exemple, une année de traitement dépasse les 200 000 dollars.
03:31En Allemagne, c'est 80 000 dollars.
03:34Et il faut débourser 29 000 dollars si vous êtes en Indonésie.
03:38Mais quel que soit le pays, pour la plupart des familles, c'est impossible de payer une telle somme.
03:43C'est pour ça qu'ils se tournent, quand c'est possible, vers leur assurance maladie.
03:48Mais c'est là que les choses se compliquent.
03:50Dans certains pays, les assureurs refusent parfois de rembourser le traitement.
03:54Malgré la recommandation des médecins.
03:58Et lorsqu'un refus tombe, les patients n'ont souvent qu'une seule autre solution.
04:02Se battre en justice.
04:04Au Brésil, plus de 4 000 recours judiciaires liés au Kétruda ont été examinés depuis 2019.
04:09Mais un procès, ça prend du temps.
04:10Et le cancer, lui, n'attend pas.
04:12C'est pour ça que certains patients préfèrent puiser dans leur économie
04:16en espérant peut-être être remboursés plus tard par leur assurance.
04:19D'autres empruntent ou lancent des cagnottes sur Internet pour se financer.
04:24Mais certains n'ont pas le temps d'attendre tout simplement et se tournent vers le marché noir.
04:29C'est ce qui est arrivé, sans le savoir, à Binata Pia.
04:32Sa mère, Sitagurung, avait été diagnostiquée d'un cancer de l'osophage.
04:37Elle habitait au Népal et là-bas, le Kétruda était hors de portée des circuits classiques.
04:42Alors, via son médecin, la famille est passée par un intermédiaire
04:46qui lui a proposé le médicament pour la modique somme de 7 800 dollars.
04:50On est plus sur des centaines de milliers.
04:52Mais ça n'a pas marché.
04:53Sa mère est décédée quelques mois plus tard.
04:56Elle commençait à faire son deuil, mais un an plus tard,
05:00cette histoire est remontée à la surface.
05:01Elle apprend, par les journaux télé, qu'elle avait en réalité acheté un faux médicament.
05:07C'est ce qu'a révélé la police de New Delhi qui a démantelé tout un réseau.
05:11Ils ont trouvé 519 flacons vides, saisis et 120 000 dollars en devise étrangère.
05:19Et si tout le monde veut avoir ce médicament miracle,
05:23c'est parce que Merck a développé une stratégie redoutable pour créer de la rareté.
05:28Pourtant, le PDG de Merck, Robert Davis, a été clair devant les investisseurs.
05:32Il a déclaré,
05:33Nous avons été très clairs dans nos discussions avec Washington.
05:36Le point central est de savoir comment réduire les dépenses restantes à la charge des patients.
05:42Ok.
05:43Quelque chose nous interpelle.
05:45Depuis des années, Merck justifie le prix du Kétruda par le même argument.
05:50Développer un médicament, ça coûte cher.
05:51Extrêmement cher.
05:52Il faut financer la recherche, les essais cliniques et prendre des risques considérables.
05:57Ok.
05:58Mais pour rester très factuel, combien le Kétruda a-t-il réellement coûté ?
06:02Si l'on reprend les chiffres annoncés par le PDG en 2024,
06:06Merck a investi 46 milliards de dollars en recherche et développement depuis 2014.
06:11Donc, le prix est fonction du coût de recherche.
06:15Eh bien, pas tout à fait.
06:16L'OMS dénonce que le développement et la production,
06:19on ne peut voir aucun rapport avec la manière dont les entreprises pharmaceutiques fixent les prix des médicaments contre le
06:25cancer.
06:26Ces prix sont définis en fonction d'objectifs commerciaux,
06:29dans une logique visant à extraire le montant maximal que l'acheteur est prêt à payer.
06:34Alors, ça n'aurait rien à voir.
06:37Fait aggravant, une ONG suisse, Public Eye, a découvert que les coûts de R&D ne sont pas de 46
06:44milliards,
06:45mais sont compris entre 2 et 5 milliards.
06:48Selon eux, ces coûts sont amortis depuis longtemps.
06:50Le prix est excessivement élevé, non pas pour couvrir les coûts ou se prémunir contre les risques,
06:56mais pour maximiser les profits.
06:58Et c'est ce que confirment les chercheurs de l'université Erasmus.
07:01Vous voyez ce graphique.
07:04Moins de 3% sont imputables à la R&D.
07:07Ce qui est en rouge à 88%, c'est la marge.
07:11Mais comme si ça ne suffisait pas, il y a un événement qui enterre définitivement le débat.
07:17Argentine, janvier 2025.
07:19Pour la première fois, un concurrent vient d'être approuvé et entre sur le marché.
07:24Réaction de l'entreprise.
07:25En une nuit, le prix du Kétruda chute de 50%.
07:30Mais il existe un autre levier, beaucoup plus discret celui-ci.
07:34C'est le volume qui est utilisé dans chacun des flacons.
07:38Pour chaque patient, je m'explique.
07:40Le Kétruda est administré à dose fixe, 200 mg par perfusion.
07:45Que le patient pèse 50 ou 120 kg, c'est la même chose.
07:48La quantité injectée reste la même.
07:51Merck explique que cette méthode simplifie le travail des hôpitaux.
07:55Ok, mais des chercheurs néerlandais ont voulu vérifier ça.
07:59Ils ont étudié des données de patients traités dans des conditions réelles de plusieurs hôpitaux.
08:05Et leur constat est surprenant.
08:07Avec un dosage adapté au poids du patient, la quantité de médicaments administrés baisse d'environ 22%.
08:16Et on a la même efficacité.
08:19Mais si on fait ça, Merck perdrait 6 à 7 milliards de dollars par an, comme le rappelle l'oncologue
08:26Daniel Goldstein.
08:27C'est un quart du chiffre d'affaires du groupe.
08:29Donc les hôpitaux pourraient économiser des milliards.
08:32Mais Merck ne l'a pas permis.
08:35Bien au contraire.
08:37L'entreprise a supprimé les petits flacons qui permettaient justement d'ajuster plus facilement le dosage.
08:44Mais le plus gros danger pour le laboratoire, c'est qu'un concurrent puisse un jour vendre le même traitement.
08:51Et justement, ce moment était censé arriver en 2028.
08:552028, c'est la date qui, en théorie, aurait dû changer puisque c'est la fin du monopole de Merck.
09:01Alors je dis en théorie car depuis plus de 10 ans, le laboratoire se prépare à cette éventualité.
09:06En effet, l'entreprise a déposé plus de 1200 demandes de brevets dans 53 pays pour protéger son quai Truda.
09:15Ça lui permettrait de repousser l'échéance jusqu'en 2042.
09:18Si on rentre un peu dans le détail, on constate que 84% de ces demandes ont été déposées après
09:24la mise sur le marché du quai Truda en 2014.
09:27En soi, ce n'est pas forcément anormal.
09:30Les laboratoires continuent toujours de déposer des brevets.
09:33Mais là, on parle de brevets qui portent sur des éléments périphériques comme le dosage ou les méthodes d'administration.
09:42Certains couvrent par exemple le passage d'une perfusion à une simple injection sous la peau.
09:48On a donc la même molécule, le même effet, mais ce nouveau mode d'administration verrouille le médicament pour des
09:57années et des années.
09:59Ce n'est pas un arsenal scientifique, c'est un arsenal juridique.
10:03L'objectif n'est pas d'innover, c'est de rendre la concurrence si risquée que finalement personne ne tente
10:10l'aventure.
10:11En 2023, quatre élus américains ont demandé à l'office des brevets d'enquêter.
10:17Selon eux, il n'est pas du tout évident que Merck fasse autre chose qu'étendre son pouvoir de monopole
10:23sur le médicament.
10:24Cette approche et l'utilisation par Merck de dizaines de brevets pour repousser les concurrents du Kétruda semblent être des
10:32pratiques commerciales anti-concurrentielles.
10:35Mais il y a autre chose que Merck se garde bien de dire.
10:39La recherche qui a rendu le Kétruda possible n'a pas commencé dans les laboratoires de l'entreprise, non.
10:45Les deux créateurs du Kétruda, James Allison et Tatsuko Onjo, ont commencé à travailler dans des universités publiques avec des
10:54financements publics.
10:56Le premier au Texas et l'autre à Kyoto.
10:59Et l'histoire ne s'arrête pas là.
11:00La molécule elle-même, le Pembrolizumab, n'a pas été inventée par Merck.
11:05Elle a été développée par des chercheurs néerlandais chez Organon, une entreprise qui sera ensuite rachetée par Merck.
11:11Autrement dit, les bases scientifiques du médicament, le plus rentable de l'histoire, ont été financées par des contribuables américains,
11:19japonais et néerlandais.
11:22Du coup, il est légitime de penser que la collectivité paye deux fois.
11:26Mais cette situation dépasse largement le cas d'un seul médicament.
11:30Bill Pajeroski, économiste de la santé, a passé des années à étudier ce système de l'intérieur.
11:37Et son constat est amer, ces inégalités de prix sont endémiques à l'ensemble du système de santé en général.
11:44Mais avec la nouvelle génération de traitements qui arrivent, les thérapies cellulaires et géniques vont aggraver la situation.
11:52En effet, ces traitements seront capables de guérir une maladie, peut-être même avec une seule injection.
11:57Mais les prix envisagés donnent le vertige.
11:59On parle d'un million de dollars par patient.
12:03A l'échelle de ce qui se prépare, le Ketruda et ses 200 000 dollars par an pourraient être finalement
12:08qu'un avant-goût.
12:11Alors, faut-il payer pour avoir une chance de survivre ?
12:14En théorie, non.
12:15Mais tant que l'accès au traitement dépendra davantage du pouvoir d'achat que du besoin médical,
12:22cette question continuera de se poser pour des millions de patients à travers le monde.
12:28Merci d'avoir suivi sa coude de source.
12:31Prenez soin de vous et restez libres.
12:34Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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