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  • il y a 3 mois
Pourquoi parle-t-on encore du « racisme et de l’antisémitisme » comme s’il s’agissait de deux phénomènes totalement séparés ? L’histoire des lois de pureté de sang montre que les populations juives ont été racialement assignées selon leur origine, leur ascendance et leur hérédité, même après leur conversion. L’antisémitisme possède des mécanismes spécifiques, mais il appartient pleinement à l’histoire des racismes.

Sources citées : Francisco Bethencourt, Racismes, p. 65 ; Solène Brun, Derrière le mythe métis, p. 56.

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Personnes
Transcription
00:00Pourquoi dit-on racisme et antisémitisme ?
00:03Comme si l'antisémitisme n'était pas déjà une forme de racisme.
00:08Ce petit mot « et » paraît anodin.
00:11Pourtant, il peut donner, je dis bien,
00:13il peut donner l'impression que l'antisémitisme serait situé à côté de racisme, du racisme,
00:20mais qu'il n'en ferait pas réellement partie.
00:22Regardez par exemple le nom de l'ICRA.
00:24Je le rappelle, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme.
00:29Je ne dis évidemment pas que la LICRA nie le caractère raciste de l'antisémitisme.
00:35Non, son nom l'explique notamment par son histoire.
00:39Mais cette distinction, si on regarde bien,
00:42relève un problème beaucoup plus large de notre manière de parler.
00:45Parce que distinguer les histoires pour les comprendre, c'est nécessaire, effectivement.
00:50Mais séparer complètement l'antisémitisme du racisme, c'est historiquement incohérent.
00:56Pourquoi ?
00:57Parce que lorsqu'une population n'est plus seulement persécutée pour sa religion,
01:03mais enfermée dans une origine, une naissance, une hérédité,
01:08et je le précise, hérédité indéribile,
01:11nous sommes dans un processus de racialisation.
01:13Dans par exemple l'ouvrage Racisme, que j'aime beaucoup au pluriel, de Francisco Betancourt,
01:17ce dernier écrit ceci, la page 65, je cite.
01:19Elle instaurait une nouvelle forme de ségrégation en caste au sein de la communauté chrétienne
01:24à travers les différents ordres sociaux, une spécificité des sociétés ibériques.
01:28Il parle ici de certaines lois, des lois de pureté de sang qui frappaient notamment les juifs convertis au christianisme.
01:35Ils avaient changé de religion, mais leur origine continuait, elle, de servir à les exclure.
01:42Par exemple, Solène Brun aussi, que j'aime beaucoup, la sociologue, dans son ouvrage Derrière le mythe Métis,
01:48écrit ceci à la page 56, je cite.
01:50Si les juifs et musulmans qui se convertissent au christianisme posent problème à la majorité chrétienne,
01:55ce n'est pas du fait de leur pratique ou de leur croyance, puisqu'ils se sont convertis, mais bien
01:59de leur hérédité.
02:00Voilà le cœur du problème.
02:03La conversion pouvait changer la croyance.
02:06Elle ne supprimait pas le stigmate transmis par l'ascendance, vous comprenez ?
02:10Et c'est précisément là, précisément ce que produit le racisme.
02:14Il enferme des individus dans une identité supposée naturelle, collective et héréditaire.
02:19Puis, utilise cette dite identité pour justifier leur exclusion.
02:24Alors oui, l'antisémitisme possède une histoire et des mécanismes spécifiques.
02:29Mais sa spécificité ne la place pas dans un dehors du racisme, vous comprenez ?
02:34Distingué en réalité pour comprendre, oui, je suis d'accord.
02:36Séparé pour hiérarchiser les victimes, cela, non.
02:40Concrètement, on ne combattra jamais efficacement l'antisémitisme, le racisme anti-noir, anti-arabe, anti-asiatique, anti-rome,
02:47en transformant les victimes en mémoire concurrente.
02:52L'antiracisme est indivisible.
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