Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 12 heures
La presse est en crise. Et pour mobiliser l’opinion, l’ensemble des syndicats de journalistes appellent à une journée de grève et de manifestation aujourd’hui.

Retrouvez « L'édito politique de Patrick Cohen » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00L'édito politique, bonjour Patrick Cohen, la presse est en crise et pour mobiliser l'opinion,
00:06l'ensemble des syndicats de journalistes appellent à une journée de grève et de manifestation aujourd'hui.
00:11Un monde s'effondre, constate un dirigeant de premier plan.
00:14Ce monde, c'est celui de kiosques à journaux achalandés chaque matin de quotidien de toute tendance,
00:19qui en région entretiennent le lien social et font vivre la démocratie locale.
00:23Un monde où le soir, les grands messes des journaux télévisés de 20h informent une grande partie du pays.
00:28Bien sûr et heureusement, cet espace public commun existe encore, y compris avec ces matinales radio,
00:33vous êtes des millions à écouter en direct.
00:35Mais pour combien de temps ?
00:36Tous les producteurs d'informations sont aujourd'hui en crise.
00:40La diffusion papier continue de baisser, les clients payants se raréfient,
00:44la publicité fiche le camp vers le numérique, l'audiovisuel public voit ses ressources diminuer,
00:49l'intelligence artificielle commence à détruire les emplois de journalistes,
00:52cette même IA qui utilise les contenus de presse pour nourrir ces modèles sans les rémunérer.
00:57En somme, la valeur économique se déplace vers les plateformes,
01:01tandis que les coûts de production sont pour les éditeurs.
01:03Et depuis quelques mois, tout s'accélère, à commencer par les plans sociaux.
01:07Le syndicat national des journalistes a compté depuis mars 638 suppressions de postes,
01:12en attendant celle que le groupe Ebra, l'Est républicain, le Progrès, etc.,
01:16devrait annoncer la semaine prochaine.
01:18Mais la pire saignée concerne Prisma Média, le numéro 1 de la presse magazine en France.
01:22Avec Géo, voici, Capital, Femme Actuelle, Télé Loisirs, un groupe jadis florissant, toujours bénéficiaire,
01:28mais où Vincent Bolloré et ses proches ont choisi de tailler 40% des effectifs, 261 postes, dont 90 journalistes.
01:36Et ce n'est pas une crise conjoncturelle.
01:38Non, les ressources publicitaires absorbées par les plateformes numériques ne feront pas le chemin inverse.
01:43TF1 a perdu en un an 10% de son chiffre d'affaires sur le premier trimestre 2026.
01:50C'est considérable, près de 50 millions d'euros.
01:53Les télés et radios privées, la presse écrite, qui représentaient 50% du marché publicitaire en 2019,
01:59ne devraient plus en capter que 20% en 2030.
02:02C'est tout un modèle économique qui se trouve en péril, à l'approche d'une élection présidentielle,
02:06où les citoyens auront besoin d'être informés et bien informés.
02:10C'était d'ailleurs l'un des objectifs des états généraux de l'information,
02:13qu'Emmanuel Macron avait lancé pour honorer sa promesse de 2022,
02:18sauvegarder le droit à une information libre et indépendante.
02:21Hélas, près de deux ans après la fin de ces états généraux,
02:23sa traduction législative est restée bloquée dans un tuyau,
02:27dont elle ne devrait pas sortir avant 2027, encore une occasion manquée.
02:30Mais qu'est-ce que ce projet aurait changé ?
02:32Le financement de l'information, l'obligation pour les plateformes numériques
02:36de rémunérer ceux qui la fabriquent, cette information, par une taxe sur leur chiffre d'affaires publicitaires,
02:42ce qui ne serait que justice.
02:43Savez-vous par exemple que YouTube, qui capte une part croissante de la consommation d'informations,
02:48ne paie rien pour leur production ?
02:50YouTube ne rémunère que des créateurs, quel que soit le contenu,
02:53mais pas la valeur journalistique en tant que telle,
02:55contrairement à Google qui rétribue la presse, même modérément, pour ce qu'on appelle les droits voisins.
03:00Si rien n'est fait, au bout de la logique actuelle, ce qui nous attend,
03:03c'est un monde sans journaliste, sans base factuelle commune,
03:06un monde fragmenté, publié de YouTubers et de commentateurs de chaînes d'opinion en circuit fermé.
03:12Est-ce un monde désirable ?
03:13Patrick Cohen, merci.

Recommandations