Passer au playerPasser au contenu principal
Lanceuse d'alerte courageuse, Caroline Darian a transformé une épreuve intime en un combat collectif au service de toutes les victimes. Avec l'association #MendorsPas, qu'elle a fondée, elle se bat contre le fléau de la soumission chimique, encore mal connu et mal compris.

Aujourd’hui, Caroline Darian interpelle à nouveau la justice. Cette justice à laquelle elle reproche de ne pas écouter « l'autre affaire Pelicot », la sienne. Celle d'une femme à qui des enquêteurs ont un jour montré des clichés la représentant nue et inconsciente, retrouvés dans l'ordinateur de celui qu'elle a depuis cessé d'appeler "papa ». Après avoir redéposé plainte contre son père, Dominique Pélicot, en mars 2025, elle espère une réouverture de l’enquête.

Dans ce témoignage, elle partage aussi l’immense fierté qu’elle éprouve pour sa mère, Gisèle Pelicot. Après un séisme intime et un procès aux répercussions mondiales, mère et fille, victime reconnue et « victime invisible », avancent désormais ensemble. Plus fortes, unies, elles « reviennent de loin ».

🔴 Pour aider #MendorsPas à déployer une campagne de prévention sur les dangers de la soumission chimique auprès du grand public et des professionnels de santé, de police, et de justice, vous pouvez faire un don sur la page HelloAsso de l'association : www.helloasso.com/associations/m-endors-pas-stop-a-la-soumission-chimique.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Avec ma mère, on a toujours eu une relation hyper fusionnelle.
00:02Cette histoire, ça nous a vraiment pulvérisés.
00:05Mais on a réussi à recoller les morceaux.
00:06Donc il n'aura pas réussi ça.
00:08Un fichier renommé autour de ma fille à poil
00:11a été retrouvé dans l'ordinateur de votre géniteur.
00:14Pourtant, la cour a estimé que les preuves manquent.
00:16Comment le vivez-vous ?
00:18Dans le disque dur de mon géniteur,
00:20des photos ont été retrouvées.
00:21Des photos de moi nues, dont une chez moi,
00:24dans ma chambre à coucher, où je vis.
00:26Je me vois allongée, en position fétale,
00:28qui est en fait, si vous voulez, la même mise en scène
00:31que les nombreuses vidéos où on retrouve ma mère se faire abuser.
00:35Je suis convaincue que j'ai été droguée.
00:36Et droguée, à des fins de crime sexuel, c'est une certitude.
00:40Quand je regarde ces photos,
00:42ce n'est pas la Caroline qui dort normalement.
00:44C'est une Caroline qui dort artificiellement.
00:46C'est une Caroline qui a été positionnée d'une certaine façon,
00:48avec les fesses relevées sur le côté,
00:50avec une culotte qui n'est pas la mienne.
00:52Mon père m'a changée.
00:54Comment ça a pu se passer ?
00:55Qu'est-ce qui s'est produit avant, pendant et après ?
00:57Quel père peut s'autoriser à porter un regard
01:00comme celui-là sur sa propre fille ?
01:02Et en plus, ces photos,
01:03ce n'est pas comme si elles n'avaient pas été partagées
01:04et commentées avec des inconnus.
01:06Il faut voir le contenu des conversations de Dominique
01:11qui parle de sa fille.
01:12C'est à vomir, en fait.
01:13Les ordes de police n'ont pas jugé utile
01:15d'investiguer le cas de la fille.
01:16J'en veux beaucoup à la justice, en fait,
01:18parce que moi, je fais partie des victimes invisibles.
01:21Dans la majorité des cas,
01:21les victimes de soumissions chimiques
01:23n'ont pas les preuves suffisantes,
01:25les preuves matérielles, tangibles,
01:26pour prétendre à leur statut
01:29et pour obtenir justice et réparation.
01:31Le cas de ma mère, il est exceptionnel.
01:32On a retrouvé plus de 3 800 vidéos
01:36qui prouvaient le fait qu'elle a été violée
01:38et droguée par son propre mari.
01:39Ni ma mère, ni moi n'avons des souvenirs
01:42de ces clichés et de ces preuves bien réelles
01:46de ce qui s'est produit.
01:48Et si ça n'avait pas fini dans les mains
01:51des enquêteurs de police,
01:52on n'aurait jamais rien su.
01:54Mais on est combien, les victimes,
01:55qui s'ignorent, en fait ?
01:57Les victimes qui ne savent pas
01:58qu'elles ont été abusées à leur insu
02:00parce que complètement réduites à néant,
02:03sans souvenir, sans rien.
02:04Aujourd'hui, qu'attendez-vous de cette justice ?
02:07Que la justice réétudie la plainte
02:09que j'ai redéposée en mars 2025 ?
02:11Il fait plus de 35 pages
02:12où on a des preuves et des faits concordants graves
02:16qui n'ont jamais été investigués
02:17par le parquet d'Avignon.
02:19Vous êtes victime, fille de victime
02:21et à la fois fille de bourreau.
02:23Vous avez dit que cet événement
02:25vous a fait vaciller jusqu'à votre identité.
02:28Comment vous vous définirez aujourd'hui ?
02:30Comme une battante.
02:31La mère est une survivante.
02:33Moi, je pense que je suis une vraie battante.
02:36Je ne sais pas si les gens me voient
02:38comme une victime
02:38ou comme une lanceuse d'alerte
02:40et quelqu'un qui s'est emparée de cette cause.
02:41Est-ce que les gens comprennent bien
02:43qu'en réalité, derrière,
02:44il y a une fille qui, du jour au lendemain,
02:46a découvert qu'elle ne connaissait pas
02:48le père qui l'a élevé
02:48et qui est sans doute l'un des plus grands prédateurs
02:50des 30 dernières années.
02:52Le plus dur, c'est d'arriver à laisser ça derrière soi.
02:55Je suis arrivée aussi à se réparer.
02:57Ma maman, elle, a réussi à faire ce pas de géant.
03:00Moi, je suis encore dedans.
03:02Votre mère, Gisèle Pellico,
03:03elle est fière de votre combat avec Mandorpa ?
03:05Alors, je crois.
03:07Elle me l'a dit,
03:08mais c'est moi qui suis fière d'elle.
03:10C'est moi qui suis fière d'elle
03:11parce qu'on revient de loin,
03:14parce qu'elle est une victime avérée
03:15qui a vécu plus de 200 viols.
03:17Enfin, je veux dire,
03:17j'aurais pu perdre ma mère en 2021.
03:19J'aurais pu l'enterrer,
03:20ne jamais savoir ce qui lui était arrivé à elle non plus.
03:22On est hors catégorie avec la mère, en fait.
03:25Donc, c'est moi qui suis extrêmement fière d'elle.
03:27Il y a une forme de pudeur entre elle et moi
03:29parce qu'elle respecte aussi
03:31qu'elle est une victime reconnue
03:34avec un statut bien à part quand même
03:36aujourd'hui à l'échelle internationale.
03:38C'est devenu le symbole
03:39des violences sexuelles faites aux femmes.
03:42Mais à côté,
03:43il y en a tellement d'autres des anonymes
03:44dont je fais partie quelque part.
03:46Si j'ai fondé cette association,
03:47c'est pour elle aussi.
03:48On est une armée derrière.
03:50Le message hyper fort pour moi,
03:52c'est de dire aux victimes
03:53de se faire confiance,
03:55de croire en elles.
03:56Mandorpa,
03:56c'est une injonction en fait
03:58pour nous les femmes
03:59et puis vis-à-vis des agresseurs
04:00de leur dire qu'ils ne gagneront pas
04:02à tous les coups.
Commentaires

Recommandations