00:00Ici, Radio-Diffusion Nationale de l'État français.
00:03Mesdames, Messieurs, M. le Maréchal Pétain, Président du Conseil des Ministres, vous parle.
00:09Français, à l'appel de M. le Président de la République,
00:14j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France.
00:21Sûr de l'affection de notre admirable armée,
00:24qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires,
00:30contre un ennemi supérieur en nombre et en armes.
00:33Sûr que par sa magnifique résistance,
00:36elle a rempli nos devoirs vis-à-vis de nos alliés.
00:40Sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander.
00:45Sûr de la confiance du peuple tout entier.
00:48Je fais à la France le don de ma personne.
00:51C'est le cœur serré que je vous dise aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.
00:56Vous venez d'entendre un extrait radiophonique de la diffusion du discours du maréchal Pétain,
01:02nouveau président du Conseil des Ministres,
01:04qui s'adresse ce jour-là à la nation, surtout la dernière phrase.
01:08C'est pour ça que je voulais consacrer mon humeur d'aujourd'hui à cet événement historique,
01:12grave, douloureux, tragique,
01:14survenu il y a 86 ans, le 17 juin 1940,
01:18lorsque, submergé par l'invasion allemande,
01:20en pleine débat, que la France a genou sur décision d'Albert Lebrun,
01:24président de la République, confiée au maréchal Pétain,
01:27héros de la guerre de 14-18, la direction du pays.
01:30Vous avez entendu cette phrase, c'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser
01:34le combat.
01:35Phrase fatidique que certains tentent de modifier,
01:38mais qui est finalement diffusée telle qu'elle.
01:40Parmi d'autres voix, considérant que cet épisode,
01:42le plus terrible que nous ayons connu depuis la guerre de 100 ans,
01:45est sans doute une fracture historique dont ce pays ne s'est jamais vraiment remis,
01:49Jean Dormesson et Régis Debré afférent pour leur part que ce jour-là,
01:53la France franchit le seuil de l'irréversible,
01:56et que rien ne sera plus jamais comme avant.
01:59Oui, certains pensent, et ont pensé,
02:01que les gloires de la France s'évanouissent définitivement ce jour-là,
02:05et que l'âme française, celle qui vibre en éclairant le monde depuis Charlemagne,
02:09ravivée par le siècle des Lumières et la Révolution,
02:11et bien que cet âme française s'est éteinte.
02:13Terrifiant constat, qu'il convient d'apprécier comme un sujet d'actualité,
02:17au vu de ce que notre pays subit comme humiliation répétée,
02:21comme démission, comme renonciation extérieure et intérieure,
02:24l'actualité l'a prouvé, l'actualité internationale, l'intellectuée,
02:27l'actualité à l'intérieur du pays,
02:29ce pays est très malade,
02:31et peut-être quelque part sur certains secteurs en voie d'effondrement.
02:33Que ruste-t-il de l'âme française et des gloires de la France ?
02:37Ce fut le coup de génie et l'audace du général de Gaulle
02:42de faire croire, faire en sorte que la France libre s'inscrive en 1944 au camp des vainqueurs,
02:48et qui permet de redresser l'image et l'honneur d'un pays dont les dirigeants et les représentants
02:52ont confié le pouvoir à Pétain et à sa sinistre clique,
02:54avant de se vautrer dans la collaboration avec l'occupant d'Asie.
02:58Mais voilà, au discours de Pétain du 17 juin 1940,
03:01quand on vient d'entendre un extrait,
03:02reconnaissant la défaite et appelant à déposer les armes,
03:05succède le lendemain, le 18 juin 1940,
03:08celui de ce général réfugié à Londres,
03:11emportant avec lui quelques symboles de la continuité républicaine
03:14et exhortant les Français et les Françaises à la résistance,
03:17en attendant la victoire du monde libre sur la barbarie.
03:20Ainsi, certes, en décide de destin,
03:22mais pour autant, la France a-t-elle jamais pu retrouver la puissance et la gloire
03:26qui font d'elle, durant tant de siècles, l'un des phares de l'humanité ?
03:30La question reste entière, on se la pose.
03:32Alors, faut-il donner raison à Jean Dormesson et Régis Debré
03:35ou nous en tenir à cette phrase de Jean Jaurès ?
03:37Si noir que puisse devenir le monde,
03:40il ne verra jamais cette chose impossible et monstrueuse,
03:43la mort de la France.
03:45Au peuple français souverain d'apporter la réponse
03:48en continuant à se faire une certaine idée de la France.
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