00:00Protégeons nos enfants des pesticides, c'était un peu le mot d'ordre d'une réunion publique hier soir à
00:04Bègle pour alerter sur le sujet,
00:06évoquée notamment une récente étude publiée dans Le Monde qui alarme sur l'exposition de nos petits aux produits en
00:12tout genre.
00:13Chez nous, en Gironde, ça concerne notamment la vigne.
00:15Avec nous pour en parler la porte-parole de l'association Alerte Pesticides.
00:19Bonjour Sylvie Nolli.
00:20Bonjour.
00:20Quand on parle de pesticides en Gironde, quels coins sont en rouge vif ?
00:25Quels coins sont les plus exposés selon vous ?
00:27Il y en a beaucoup, énormément, puisqu'il y a un émiettement du parcellaire agricole et un émiettement de l
00:33'habitat dans les zones rurales qui est énorme.
00:36Mais nous, quand on a construit notre association, on est parti de Haut-de-Gironde, où il y a eu
00:42des études assez récemment,
00:44qui ont montré des études menées par un diagnostic local de santé,
00:50qui a montré qu'il y avait des communes où plus de 75% des habitants habitent à moins de
00:5750 mètres des vignes.
00:58Par exemple, en Haut-de-Gironde, il y a 12 communes.
01:00Voilà, en commune rurale.
01:02Et le tiers des habitants, des 90 000 habitants de Haut-de-Gironde, ce tiers est à moins de 50
01:09mètres des vignes.
01:10Et sans surprise, quand on regarde la carte où il y a le plus de vignes en Gironde,
01:13et la carte où il y a le plus d'enfants exposés, c'est souvent la même.
01:15C'est le problème aujourd'hui, on est un département très viticole.
01:19On a un passif en Gironde, ville neuve notamment en 2014, dans le Blayé,
01:23il y a une vingtaine d'enfants dans l'école qui font un malaise.
01:26On venait de dépendre des pesticides à côté, ça a été un électrochoc national à l'époque.
01:31Oui, et avec une mobilisation de vos confrères, de la presse nationale et internationale,
01:37qui nous a aidés sur place à essayer de trouver des solutions.
01:40Il y avait un préfet à l'époque qui s'appelait le préfet Dartou,
01:43qui avait lancé une étude de la DRAF pour justement mesurer
01:47combien d'établissements sensibles, c'est-à-dire des écoles, des crèches,
01:51étaient comme ça, très très près, à moins de 50 mètres des vignes en Gironde,
01:55et il y en avait plus de 130.
01:58130 lieux accueillant des enfants à moins de 50 mètres des vignes.
02:03Et donc il avait pris un arrêté réglementant, qui est toujours en vigueur,
02:07les épandages de pesticides, qui ne doivent pas se faire 20 minutes avant, 20 minutes après,
02:11pendant les cours de récréation, pendant les activités sportives.
02:15Donc bon, c'est un peu minimal.
02:18Le problème, c'est qu'il y a les épandages qui ne doivent pas être faits pendant le temps d
02:22'école,
02:23mais quand les produits sont déposés sur les feuilles, sur les végétaux,
02:27eh bien ils se réenvolent.
02:29C'est dans l'air.
02:29C'est dans l'air.
02:30L'air du vent, de l'apparition.
02:32L'agence Atmo mesure, y compris tout près d'ici, au jardin botanique,
02:36et à 10 kilomètres de toute parcelle viticole,
02:40elle mesure des pics de pollution aux fongicides,
02:43notamment au folpel qui est utilisé partout dans la région.
02:46Ici à Bordeaux, vous voulez dire ?
02:46Alors même qu'on n'a pas de vigne, en tout cas dans le cœur de Bordeaux ?
02:49Au jardin botanique, voilà.
02:50Et donc ce folpel est un fongicide perturbateur endocrinien,
02:53cancérigène, mutagène, reprotoxique.
02:55Ce n'est pas quelque chose d'anodin,
02:57et on en respire 6 mois par an.
02:59Autre exemple, à Prégnac, dans le sud de Gironde,
03:02village viticole également,
03:03il y a 10 ans, l'Institut National de Veille Sanitaire,
03:04il dénombrait 6 fois plus de cancers pédiatriques
03:08que la moyenne en France.
03:10Ça c'est édifiant.
03:10Oui, alors ce chiffre, 6 fois plus, a été contesté, il faut le dire,
03:15parce que quand il y a un faible nombre de cas,
03:18on ne peut pas faire de statistiques.
03:20Oui, c'est une toute petite commune.
03:20Donc 3 cas, ça fait exploser la moyenne, évidemment.
03:22Exactement.
03:23En revanche, cette situation a déclenché une étude nationale
03:27menée par l'Inserm,
03:28qui depuis a été publiée, s'appelle Géo Capagri,
03:31qui a montré que le risque de leucémie
03:33pour les enfants qui habitent à proximité des vignes
03:36est augmenté de façon significative,
03:39alors je vais vous donner les chiffres,
03:40mais je ne vais pas vous assommer les chiffres,
03:41est augmenté de façon significative,
03:43le risque de leucémie aiguë.
03:45Ici Géronde, à 7h51 ce matin,
03:48Sylvie Noni, porte-parole de l'association Alerte Pesticides,
03:51est notre invitée.
03:52Elle répond à vos questions, Kévin Blondel.
03:53Oui, vous parlez des réactions,
03:54suite à cette étude à Prégnac.
03:57Il y a eu aussi un électrochoc chez les viticulteurs de la commune,
04:01d'ailleurs ici Géronde était passé voir sur place,
04:02encore faire un point il y a un peu plus d'un an,
04:04beaucoup sont passés au bio dans la foulée.
04:06Il y a eu un traumatisme y compris chez eux.
04:08Oui, et c'est effectivement une grande donnée du problème,
04:12une avancée que nous on constate sur le terrain.
04:15Hier en débatté, il y avait des viticulteurs présents
04:17qui affirmaient que non, le bio ce n'était pas si bien que ça,
04:20mais en fait si, quand même,
04:22la seule façon qu'il n'y ait pas de pesticides de synthèse
04:25répandus dans les narines des enfants,
04:26c'est bien que les parcelles qui sont autour des écoles,
04:29et c'est notre revendication,
04:31soient aidées à se convertir au bio.
04:33Et partout en Gironde, effectivement,
04:36ça a été une augmentation,
04:38et on est au-dessus de la moyenne nationale
04:40pour ce qui est du parcellaire en bio.
04:42Mais il faut que ça dure,
04:43c'est-à-dire que la crise viticole passant là-dessus,
04:46le bio c'est quand même beaucoup plus difficile,
04:48on est plus à la merci des intempéries,
04:52et voilà, donc il faut qu'on aide les agriculteurs,
04:56les viticulteurs à se convertir au bio.
04:58La France est le pays, le seul pays de l'UE
05:02qui aide moins l'agriculture biologique
05:04que l'agriculture conventionnelle.
05:06C'est quand même effarant.
05:07Qu'est-ce qu'on doit faire aujourd'hui ?
05:08Qu'est-ce que doit faire l'État
05:10pour mieux protéger nos enfants ?
05:11Déjà, réorienter la PAC,
05:13parce qu'il a la politique agricole.
05:15Il a la politique agricole commune,
05:17il a la manœuvre sur notre stratégie nationale
05:20pour davantage, bien davantage,
05:22soutenir cette agriculture-là.
05:24Et après, en termes de restrictions,
05:25peut-être écarter un peu plus les vignes,
05:28les temps d'épandage,
05:29qu'est-ce qu'on peut faire de mieux aujourd'hui ?
05:30Oui, alors ce que disent à juste titre les agriculteurs,
05:32c'est qu'on veut continuer à vivre,
05:34bien sûr,
05:35mais on a les moyens de se côtoyer,
05:39à condition effectivement de ne pas utiliser ces produits,
05:41dont nous savons par ailleurs
05:43qu'ils sont très mal évalués
05:46avant d'être mis sur le marché.
05:47Souvent, les agriculteurs nous disent
05:49« mais ils sont autorisés ».
05:51Je ne fais qu'effectivement,
05:52ils sont dans leur bon droit.
05:53On ne conteste pas ça.
05:55Ça s'y dit,
05:56l'évaluation de ces pesticides,
05:57nous savons avec la coalition Secrets Toxiques,
06:00que cette évaluation n'est pas faite
06:02comme elle devrait l'être.
06:03En un mot,
06:04il nous reste un petit instant.
06:06Qu'est-ce qu'on peut faire
06:06pour protéger nos enfants
06:07quand ils sont exposés ?
06:08Parce qu'on ne peut pas déménager, forcément.
06:09On ne peut pas déménager,
06:11mais il faut se parler.
06:12Il faut aller rencontrer
06:13les viticulteurs qui sont autour,
06:15se parler.
06:16Il faut aussi être vigilant,
06:18que les règles en vigueur soient bien appliquées,
06:21qu'on ne pulvérise pas
06:22quand il y a trop de vent,
06:25qu'on pulvérise dans les horaires,
06:27et qu'il y ait effectivement
06:29une attention spécifique aux écoles.
06:32Voilà, c'est très important.
06:34Parce que les enfants
06:35sont victimes des pesticides,
06:36mais leur développement
06:38qui est en cours
06:39est bien plus malléable
06:40et bien plus vulnérable
06:41par ces produits.
06:42Et vous savez de quoi vous parlez,
06:43puisque vous êtes enseignante à la retraite
06:44et en plus agrégée de physique-chimie.
06:46Vous connaissez un petit peu
06:47tous ces sujets.
06:47Merci beaucoup Sylvie Noni,
06:48par parole de l'association
06:50Alerte Pesticides.
06:50Bonne journée à vous.
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