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00:04Juin 1940. Alors que le pays s'effondre, que les Français de la métropole fuient l'avance allemande et se
00:11précipitent dans l'exode,
00:13Alger garde son visage habituel, celui d'une ville qui serait toujours en paix, sans bombardement ni occupation allemande.
00:22Et la deuxième ville de France, qui ne comprend pas comment la défaite a été possible, entend bien rester à
00:28l'écart du conflit mondial.
00:32Alors de l'été 1940 à l'été 1943, l'Algérie française se donne avec enthousiasme à la révolution nationale
00:40voulue par Pétain.
00:43Une ferveur si grande que même le débarquement allié du 8 novembre 1942 n'est pas immédiatement suivi d'un
00:50changement politique.
00:54Cette anomalie de l'histoire n'a rien d'un accident ou d'une simple parenthèse.
01:00Tout ce don de nombreux Européens d'Algérie rêve depuis longtemps, s'accomplit par la grâce du maréchal.
01:07Rétablissement de l'ordre colonial, exaltation de la grandeur de l'Empire, mise au pas des populations,
01:14et, divine surprise, abrogation du décret Crémieux, qui en 1870 avait fait des Juifs d'Algérie des citoyens français.
01:25Cette mesure d'épuration de la communauté nationale n'a cessé d'être réclamée, par pur antisémitisme, mais aussi par
01:33simple calcul.
01:35Exclure les Juifs de la société algérienne, c'est dire aux Allemands que Vichy sait quelle population sacrifier pour prouver
01:42sa pleine et entière collaboration.
01:46Enlever leurs droits aux Juifs, c'est signifier à d'autres, les musulmans, qu'ils n'ont plus à espérer
01:52en obtenir.
02:16Pour la majorité des Européens d'Algérie, la perspective de la révolution nationale promise par Pétan,
02:23apparaît donc comme une aubaine, celle de restaurer l'ordre colonial, la puissance de l'Église et de l'armée
02:30d'Afrique.
02:45Au gouvernement d'Alger, on s'inquiète tout de même.
02:47Des émissaires sont envoyés dans toute l'Algérie pour mesurer les réactions des populations indigènes.
02:53Que pensent les 7 millions de musulmans, qui constituent 90% de la population algérienne,
02:58de cette France, qui a été battue et contre laquelle il ne serait plus impossible de se révolter ?
03:07Il y a donc urgence à montrer que malgré la terrible défaite, l'Empire français n'a rien perdu de
03:12sa puissance.
03:19C'est le général Végan, commandant en chef de l'armée française pendant la débâcle,
03:23puis ministre de la guerre de Pétain, qui est chargé d'incarner cette France,
03:27qui ne serait plus rien, dit-on à Vichy, sans l'Algérie.
03:32Début octobre 1940, il est nommé délégué général du gouvernement en Afrique du Nord.
03:40Il doit veiller à la mise en place de la politique décidée à Vichy.
03:44Et cela commence par l'application très stricte du statut des Juifs,
03:48qui, en Algérie, s'accompagne de l'abrogation du décret Crémieux.
03:54Un décret qui avait fait des Juifs d'Algérie des Français, en 1870,
03:59parce qu'ils renonçaient à toute autre loi que celle de la République.
04:05Cette abrogation est une obsession de longue date chez de nombreux Européens.
04:09Et forcément, pense-t-on alors, cela plaira aux leaders musulmans.
04:15Qu'importe que ceci n'ait jamais réclamé une telle sanction.
04:20Quand on est en 1940, imaginez qu'on est déjà à la troisième, à la quatrième génération de citoyens français.
04:27Donc, pour eux, le coup de tonnerre, la déchéance de la nationalité, est un coup de massue extraordinaire.
04:34Et l'abrogation du décret, dans le fond, c'est une terrible sommation,
04:38leur disant, grosso modo, vous n'appartenez qu'à une seule culture.
04:42Vous ne pouvez pas appartenir à deux cultures.
04:44Vous devez choisir. Et nous, on va choisir pour vous.
04:47Et on va choisir de vous exclure.
04:51Avec cette abrogation, les Juifs sont immédiatement exclus de l'armée et de la fonction publique,
04:57en particulier de l'enseignement et de la magistrature, de la presse et du cinéma.
05:04De nouveaux décrets fixant des quotas pour les médecins et les avocats sont annoncés.
05:093500 fonctionnaires juifs sont licenciés et plongent du jour au lendemain dans la misère.
05:37Sur les 130 000 juifs français alors en Algérie,
05:40seuls 1310, reconnus comme héros de la Grande Guerre, restent citoyens français.
05:47Chaque mairie doit garantir au gouvernement qu'elle ne compte plus de Juifs parmi ses employés municipaux.
05:56Il y a l'exclusion des professions, l'exclusion de la fonction publique,
06:01mais l'exclusion scolaire, c'est ce qui est le plus durement vécu.
06:06Et puis on a des témoins célèbres, Derrida l'a raconté par exemple.
06:13Je voudrais parler comme Algérien, né juif d'Algérie,
06:18de cette partie de la communauté qui avait reçu en 1870 du décret Crémieux,
06:24la nationalité française, et l'avait perdue en 1940.
06:30Quand j'avais 10 ans, j'ai perdu la citoyenneté française au moment du régime de Vichy
06:35et pendant quelques années, exclu de l'école française.
06:40J'ai fait partie de ce qu'on appelait à ce moment-là les Juifs indigènes,
06:45qui ont rencontré parmi les Algériens de l'époque
06:48plus de solidarité que de la part de ce qu'on appelait les Français d'Algérie.
06:54C'est l'un des tremblements de terre de mon existence.
07:05L'exclusion des écoles, des élèves et des enseignants juifs
07:09est pour tous ceux qui l'ont vécu l'événement le plus marquant de ces années de guerre.
07:20Le souvenir que j'ai de cette année scolaire 41,
07:24ce sont les promenades que nous faisions au Vieux Saïda
07:28et en chantant « Maréchal, nous voilà ».
07:31Évidemment, je ne savais pas ce que je chantais.
07:44Les vacances se sont passées
07:48et j'étais surprise de voir à l'entrée de l'école une dame très sévère
07:52qui me dit « Toi, tu ne rentres pas ».
08:02Et pourquoi madame ?
08:04Est-ce que tu es juive à rentrer chez toi ?
08:21Dans l'urgence,
08:22la communauté juive met en place des cours
08:24avec l'aide des enseignants juifs révoqués
08:26et de certains professeurs non-juifs.
08:30À Oran,
08:30Albert Camus donne des cours
08:32dans une petite école privée fondée par André Bénichoux,
08:34un professeur de philosophie révoquée.
08:37Les cours sont le plus souvent donnés dans des appartements.
08:41Des écoles privées catholiques
08:43admettent quelques élèves juifs.
08:49Georges Hardy, le recteur de l'Académie d'Alger,
08:52par ailleurs vice-président de la Légion française des combattants
08:55en charge de la propagande de cette organisation pétainiste,
08:59met en application avec un zèle particulier
09:01les mesures discriminatoires à l'égard des étudiants juifs.
09:06Vichy et le gouvernement à Alger
09:08accentuent la communautarisation de la société algérienne.
09:12L'abrogation du décret Crémieux
09:14en est la preuve la plus manifeste.
09:17« Macron, Macron, Macron, Macron, Macron ! »
09:25« On a vraiment trois groupes qui ont été constitués
09:28avec les Français de plein droit,
09:31les Juifs par le décret Crémieux
09:35intégrés dans ce groupe-là
09:36met en réalité tout le temps en but
09:38à de l'antisémitisme
09:40ou régulièrement, je devrais dire. »
09:42Et donc, même s'ils sont Français pleinement citoyens,
09:45ils sont dans une position fragile.
09:46Et puis, il y a les dits musulmans,
09:49Français de nationalité,
09:51sans des droits pleins de citoyenneté.
09:53Et c'est clair que retirer des droits aux uns
09:57n'en fait pas gagner aux autres
09:58parce qu'en fait, chacun est dans une catégorie juridico-politique
10:02ou dans une situation sociale et économique assez particulière.
10:07Ce n'était pourtant pas le projet
10:09qu'avait pour l'Algérie la République
10:10et même avant elle le Second Empire finissant.
10:14Il avait été prévu que chaque population
10:16soit intégrée dans la communauté nationale,
10:19à l'exception des musulmans,
10:21qu'on ne pouvait considérer autrement
10:22que comme des indigènes.
10:25Ce qui valait pour les Juifs en 1870
10:27fut proposé ensuite aux Italiens d'Algérie
10:30qui eurent leur décret crémieux en 1889.
10:34Avec l'abrogation,
10:36on en revient à une stratégie coloniale
10:38sans assimilation
10:39qui a consisté à diviser
10:42et à catégoriser les populations
10:44pour finalement les opposer.
10:48Toute l'extrême droite européenne
10:51a fait campagne
10:52pour l'abrogation du décret
10:53pratiquement depuis toujours.
10:57Depuis 1870,
10:59la campagne n'a jamais cessé.
11:02Elle a naturellement démarré
11:04avec une force inouïe
11:05au moment de l'affaire Dreyfus.
11:06Elle a culminé dans les émeutes
11:08anti-juives à Oran,
11:09en 1898.
11:11Les synagogues ont été mises à sac.
11:14C'est-à-dire que si les indigènes
11:16ou une fraction des indigènes
11:18pouvaient profiter
11:19de l'obtention de la citoyenneté pleine,
11:22alors d'autres,
11:23beaucoup plus nombreux,
11:25pouvaient l'être aussi.
11:26Donc il fallait interdire cela.
11:29Il fallait empêcher,
11:30enrayer cette situation.
11:32Et donc,
11:32toute cette extrême droite française
11:36portée notamment,
11:37on le sait,
11:38par des personnages
11:39qui étaient des élus d'Algérie,
11:41comme Édouard Drummond,
11:43porter cette revendication
11:45avec une force
11:46qui a été une force
11:47encore plus décuplée
11:49dans les années 1920,
11:50dans les années 1930,
11:51au moment de la montée
11:51du fascisme en Europe.
11:55En Algérie,
11:56l'extrême droite
11:57a l'habitude d'exploiter,
11:59de récupérer
11:59ou de déchaîner
12:00un anti-judaïsme ancestral.
12:02On l'a vu dans les années 1890
12:05et plus tard à Constantine.
12:10Le 3 août 1934,
12:13Émile Morineau,
12:13le maire de la ville,
12:15laisse courir la rumeur
12:16qu'un soldat juif ivre
12:17aurait uriné
12:18sur le mur d'une mosquée.
12:20S'y ajoute celle,
12:22fausse elle aussi,
12:23de l'assassinat
12:24par des juifs
12:24du docteur Ben Jeloul,
12:26un leader nationaliste arabe.
12:29Deux jours plus tard,
12:30une foule de musulmans
12:32venus des environs de la ville
12:33envahit le quartier juif
12:35pour égorger et piller impunément.
12:37Car soldats et policiers
12:38postés autour du quartier
12:40refusent d'intervenir.
12:43Parmi les 25 juifs assassinés,
12:465 enfants âgés de 6 mois
12:47à 10 ans.
12:51Et puis on regardait par le balcon,
12:53on avait un très grand balcon.
12:55On voyait les gens courir
12:57d'une famille à l'autre.
12:58Ils rentraient dans la maison.
13:00D'abord, ils ont commencé
13:01par une famille attalée.
13:04C'était des imprimeurs.
13:06Ils ont commencé par là.
13:08Ils avaient une fille,
13:09leur grande fille
13:10qui était sage-femme,
13:11qui venait d'arriver
13:12d'un accouchement.
13:16En rentrant,
13:17ils l'ont égorgé,
13:18ils l'ont ouvert le ventre.
13:19Ils l'ont coupé les seins.
13:21Ils l'ont mis dans le ventre,
13:22les seins.
13:24Une orgie,
13:25comme on dit.
13:26Horrible.
13:28Alors là, mon frère,
13:29il a téléphoné tout de suite,
13:31comme dit monsieur,
13:32à la police.
13:34Personne n'est venu.
13:35Personne.
13:37On aurait dit
13:38qu'ils avaient déjà
13:39l'ordre de continuer
13:40sans ce jour-là.
13:43Là ?
13:43Non, la France
13:44était absente ce jour-là.
13:49Le gouverneur général
13:50de l'Algérie
13:51n'assiste pas
13:52aux obsèques des victimes.
13:54Et quand une enquête
13:55est demandée
13:56sur ces événements,
13:57on ordonne à la communauté juive
13:59de s'abstenir
13:59de toute provocation
14:01et de montrer
14:02moins de morgue.
14:07Le drame de Constantine
14:08pousse des musulmans
14:09à lutter contre l'antisémitisme
14:11et des juifs
14:12à défendre
14:13les droits des musulmans
14:14et à œuvrer ensemble
14:16pour la victoire
14:17du front populaire.
14:19Une note
14:20des renseignements généraux
14:21s'inquiète même
14:22de ces rapprochements.
14:26Après les élections
14:27de 1936,
14:29les antisémites
14:30se déchaînent.
14:31À Oran,
14:32le maire Gabriel Lambert,
14:33ancien officier
14:34et prêtre défroqué,
14:36le casque colonial
14:37sur la tête,
14:38dénonce le front populaire
14:39comme une manifestation
14:41de l'impérialisme juif
14:42et exige
14:44la mobilisation générale
14:45contre les juifs.
14:50Alors que les partis fascistes
14:52français comme le PPF
14:53de Doriot
14:53veulent enrôler
14:54les musulmans,
14:55les principaux leaders
14:56nationalistes
14:57ne sont pas dupes
14:58de l'instrumentalisation
14:59qui est faite
15:00du décret Crémieux.
15:01À la veille de la guerre,
15:03celui qu'on appelle
15:04le pharmacien de Sétif
15:05Ferhat Abbas
15:07affirme haut et fort
15:09« Les juifs sont français
15:11et ils le demeurent.
15:12Et ce n'est que justice.
15:14Il serait intolérable
15:16que certains néo-français
15:17veuillent faire la loi
15:18chez nous
15:18et contre nous.
15:20Libre à eux
15:20de nous exploiter,
15:21libre à eux
15:22de s'enrichir,
15:23ceci jusqu'à nouvel ordre.
15:25Et faire du racisme
15:26en Algérie
15:27contre les Algériens,
15:29halte là. »
15:34Dès l'abrogation
15:35du décret Crémieux,
15:36Vichy demande
15:37aux responsables
15:38des affaires indigènes
15:39d'Algérie
15:39de mesurer
15:40les réactions
15:41des musulmans
15:41à cette annonce.
15:44Et elles sont loin
15:45d'être celles attendues.
15:46On ne se réjouit pas
15:48particulièrement.
15:50Malgré l'empressement
15:51des autorités d'Alger
15:52et de Vichy
15:53à les rallier à eux,
15:55les dirigeants musulmans
15:56ne cèdent pas
15:56à la propagande antisémite.
15:59Le plus important
16:00d'entre eux,
16:01Messali Hadj,
16:02celui qu'on considère
16:04comme le père
16:04du nationalisme algérien,
16:06déclare en mars 1941
16:08depuis la prison
16:09où il purge
16:10une lourde peine
16:11« L'abrogation
16:12du décret Crémieux
16:13ne peut être considérée
16:14comme un progrès
16:15pour le peuple algérien.
16:17En notant leur droit
16:18aux juifs,
16:19vous n'accordez aux musulmans
16:20aucun droit nouveau.
16:22L'égalité
16:23que vous venez
16:23de réaliser
16:24entre musulmans
16:24et juifs
16:25est une égalité
16:26par le bas.
16:31Faire à tabasse
16:32comme Messali
16:33d'ailleurs
16:33auront cette phrase
16:34très célèbre
16:35« Faites attention
16:36à la France,
16:37elle peut vous enlever
16:38d'une main
16:39ce qu'elle vous a donné
16:39de l'autre. »
16:42il faut peut-être
16:43qu'on construise
16:44une patrie en propre.
16:45C'est la position
16:45de faire à tabasse
16:46qui était très assimilationniste
16:48jusqu'en 40,
16:4941
16:49et qui va
16:51à cause de ça
16:52précisément
16:52dire
16:52« Il nous faut peut-être
16:54réfléchir par nous-mêmes
16:55pour avoir une patrie
16:57qui nous appartienne. »
16:57C'est pour ça que c'est
16:58très important
16:58à l'instant
16:58de la brogation
16:59du décret Crémieux.
17:00C'est-à-dire
17:01que les promesses
17:01de la civilisation
17:02s'évanouissent.
17:06Seuls quelques dissidents
17:07nationalistes
17:08vont répondre
17:08aux sirènes nazies
17:09et s'engager
17:10dans la collaboration
17:11en tentant
17:12d'entraîner avec eux
17:13ceux qui partagent
17:14leur hostilité
17:15à l'égard
17:15de la France
17:16et leur haine
17:17et leur haine
17:17des juifs.
17:26Cette égalité
17:27par le bas
17:28voulue par Vichy
17:29entre musulmans
17:30et juifs
17:30se fait dans
17:31une grande misère.
17:33Toujours avec la crainte
17:34de révoltes indigènes,
17:36la propagande
17:37multiplie
17:37les démonstrations
17:38de charité
17:39du régime.
17:58C'est dans la misère sociale
18:00et le déclassement
18:01et la déchéance
18:02que dans le fond
18:03ce sont ces retrouvailles
18:05qui vont s'opérer.
18:06Ces espèces
18:07de convivialité,
18:08de partage
18:10qui avaient effectivement
18:12disparu
18:13je veux dire
18:13depuis trois générations.
18:15C'est évident.
18:17Une grande partie
18:18de la population juive
18:19en 1940 en Algérie
18:20vit quand même
18:21sous le seuil
18:22de la pauvreté.
18:23Les élites
18:24les plus importantes
18:25de l'époque
18:25sont encore
18:26les instituteurs.
18:27Mais beaucoup de juifs
18:29sont encore
18:30des petits commerçants,
18:32coiffeurs,
18:33artisans,
18:35vivent dans des conditions
18:36insalubres
18:37dans certaines villes.
18:38au cœur
18:39de certaines grandes villes
18:40d'ailleurs
18:40dans des conditions
18:40très dures
18:41avec des familles
18:42nombreuses.
18:46Cette misère sociale
18:48est encore accentuée
18:49par des mesures
18:49humiliantes
18:50et discriminatoires.
18:52Un ancien combattant
18:53juif médaillé
18:54de Verdun
18:54perd le droit
18:55de faire circuler
18:56ses ânes
18:57et ses petites voitures
18:58pour enfants
18:58dans les parcs publics.
19:01Interdit également
19:02aux juifs
19:03d'acheter des billets
19:03de la Loterie nationale,
19:05mesure de salut public.
19:07il serait insupportable
19:08qu'un juif
19:09gagne le gros lot.
19:13Ce n'est pas un hasard
19:14si Albert Camus
19:15situe son roman
19:16La Peste
19:17dans cette Algérie-là,
19:19dans cette ville d'Oran
19:20qui rêve
19:20de se donner
19:21à l'Espagne franquiste,
19:23autant d'une occupation
19:24de la métropole
19:25qu'on ne subit pas,
19:26mais qui est
19:27dans tous les esprits,
19:28alors même que l'Algérie
19:29est ravagée
19:30par une épidémie
19:31de typhus
19:31qui fait plus
19:32de 3000 morts
19:33en 1941.
19:39« Je veux exprimer
19:41au moyen
19:41de la peste,
19:42écrit Albert Camus,
19:45l'étouffement
19:46dont nous avons
19:46tous souffert
19:47et l'atmosphère
19:49de menaces
19:49dans laquelle
19:50nous avons vécu. »
19:53« Les médecins juifs
19:58ont interdiction
19:59de porter soin
20:01et secours
20:02aux personnes
20:04touchées,
20:05ce qui est réellement
20:06problématique
20:07parce qu'il n'y a pas
20:08assez de médecins
20:09pour faire face
20:10à ces épidémies.
20:12Donc c'est cruel. »
20:16Par arrêté
20:17réglementant
20:17la distribution du lait
20:18en ces temps
20:19d'épidémie
20:19et de misère,
20:20le préfet d'Alger
20:21fixe les ordres
20:22de priorité.
20:24D'abord les Européens,
20:25ensuite les indigènes,
20:27puis les étrangers
20:27et enfin les Juifs
20:29s'il reste encore du lait.
20:37Qu'importe la misère,
20:39la faim,
20:39les épidémies,
20:40puisque le culte
20:41du maréchal
20:42serait le meilleur remède.
20:45« Jops-Pagbo,
20:46un village de Kabylie,
20:47portera le nom du maréchal.
20:48Monsieur Yves Châtel,
20:50gouverneur général
20:50de l'Algerie,
20:51est venu inaugurer
20:52le nouveau nom
20:53que portera désormais
20:54l'ancien village
20:55de Beni Amrach
20:56et qui témoigne hautement
20:57de l'amour
20:58que portent les coins
20:59les plus reculés
20:59d'Afrique du Nord
21:00à l'égard du maréchal.
21:15Encouragés par le renforcement
21:16des mesures anti-juives,
21:18les anciens combattants
21:19réunis sous le parrainage
21:20de Pétain
21:21en Légion française
21:22des combattants
21:23réclament que les Juifs
21:25d'Algérie
21:25soient astreints
21:26au port de l'étoile jaune.
21:28Pour montrer leur attachement
21:30aux pratiques de l'Inquisition,
21:32ils demandent l'interdiction
21:33pour les Juifs
21:34de paraître dans les rues
21:35les jours fériés
21:36et les dimanches.
21:40Il y a aussi au cours
21:41de l'été 1942
21:42le groupe Collaboration
21:45de Georges Claude
21:46qui fait toute une série
21:47de conférences
21:48en Algérie
21:49et qui a
21:51une audience
21:52certaine
21:53parce qu'à chaque une
21:54de ces conférences
21:56c'est de 3000 personnes.
22:051er août 1942.
22:07Le maire de Zeralda
22:08près d'Alger
22:09a décidé de faire
22:10de sa petite ville
22:11une station balnéaire
22:12à la mode.
22:14Il croit bon de préciser
22:15qu'on pourra se baigner ici
22:16uniquement en bonne compagnie.
22:19Aussi,
22:20il fait apposer
22:21un écriteau
22:21interdisant la plage
22:22à ceux qu'Alger
22:23considère comme des indésirables.
22:27L'émotion est grande
22:28dans la population.
22:30Les agents municipaux
22:31interviennent
22:32et arrêtent
22:32une quarantaine de personnes
22:33toutes musulmanes.
22:36Le maire les fait
22:37enfermer au sous-sol
22:38de la mairie
22:39sans aucune aération.
22:40Toute la nuit,
22:42ces détenus hurlent
22:43pour qu'on leur vienne
22:44à l'aide.
22:45Au petit matin,
22:47un employé municipal
22:48découvre un amoncellement
22:49de corps.
22:51Sur 40 internés,
22:5325,
22:54âgés de 17 à 52 ans,
22:56ne peuvent être ranimés.
23:06Suivant une logique
23:07implacable
23:08dans sa volonté
23:09d'exclure les Juifs
23:10de toute vie sociale,
23:12Alger organise
23:12comme Vichy
23:13la confiscation
23:15et l'arianisation
23:16des entreprises,
23:17biens et valeurs
23:18appartenant aux Juifs.
23:28L'Algérie n'est pas occupée,
23:30mais ce sont des mesures
23:32qui sont d'inspiration française.
23:34Ça rentre tout à fait
23:35dans la loi du 22 juillet 1941,
23:38qui est la loi,
23:39la grande loi
23:39de l'organisation économique.
23:41Entre décembre 1941
23:42et octobre 1942,
23:44il y a donc
23:45nomination d'administrateur
23:46provisoire en Algérie.
23:47La base législative
23:50de ces nominations,
23:51c'est d'abord
23:52la création
23:53du service
23:54des questions juives.
23:56Dans les mosquées,
23:57selon de nombreuses sources,
23:59la consigne circule.
24:02Les Juifs sont dans le malheur.
24:03Ils sont nos frères.
24:05Nous n'avons pas
24:05à profiter de cette situation
24:07pour nous emparer
24:08de leurs biens.
24:10Les vichistes
24:11s'inquiètent
24:11de cette collusion.
24:14La panoplie
24:16des biens
24:17visés par la mesure
24:18de mise sous séquestre
24:20touchent effectivement
24:21les grandes entreprises,
24:22beaucoup de biens immobiliers
24:24et également
24:25les exploitations agricoles.
24:27Et donc,
24:27des administrateurs provisoires
24:28sont placés immédiatement
24:30à la tête
24:31de ces entreprises
24:32d'exploitation agricole.
24:34C'est considéré,
24:35bien sûr,
24:36comme des entreprises stratégiques,
24:37mais l'objet
24:38de l'administrateur provisoire,
24:40dans les textes
24:41de l'époque,
24:42c'était de remplacer
24:43entre guillemets
24:44le juif
24:45contre une personne
24:47arienne.
24:47Mon grand-père,
24:48dans les Ores,
24:49à Hentschla,
24:50puisqu'il était propriétaire
24:51de terres,
24:52un peu de terres,
24:53bien,
24:53ces terres ont été
24:54confisquées et redonnées
24:56à des Français
24:56de souche,
24:57on le disait à l'époque,
24:58qui, par parenthèse,
24:59ont refusé
25:00de lui rendre ses biens.
25:02Le type qui avait
25:03pris ces terres,
25:03j'ai retrouvé les lettres
25:05justifiées,
25:06le fait qu'il ne voulait
25:07pas rendre les terres,
25:08c'est que ces gens-là
25:09n'étaient pas français.
25:14Vichy et Alger
25:15privent les Juifs
25:15de citoyenneté,
25:17les chassent
25:17de leurs emplois,
25:19les excluent
25:19des écoles,
25:20arianisent leurs biens.
25:22Ne manquent plus
25:23que des camps
25:24pour achever
25:24de dessiner
25:25une barbarie
25:26qui s'organise.
25:31L'une des premières
25:32mesures de Vichy
25:33est de se débarrasser
25:34des 15 000 Juifs étrangers
25:36qui se sont engagés
25:37dans l'armée française
25:38à la déclaration de guerre.
25:40Ils sont envoyés
25:41en Algérie
25:42et au Maroc
25:42pour y être internés
25:43dans des camps.
25:45Des camps
25:45qui accueillent déjà
25:46d'autres indésirables
25:48du régime.
25:52Il y avait
25:53en fait
25:53toute une série
25:55de camps
25:56de types différents.
25:58Par exemple,
25:58il y avait des camps
25:59de travail simplement
26:00qui pouvaient être
26:01des chantiers
26:02à côté de cela,
26:04des camps
26:04d'éloignement.
26:05Il y avait des gens
26:06conjugés indésirables.
26:07C'était le terme
26:09employé
26:10et qu'on a envoyé
26:11très loin.
26:13Il y avait
26:13des camps
26:15aussi
26:16pour les politiques
26:17par lesquels
26:18sont passés
26:19des gens
26:19très connus
26:20et particulièrement
26:22à Maison Carré,
26:23les 27 députés
26:24ou sénateurs communistes,
26:25les fameux 27
26:26qui ont été
26:28internés.
26:29Il y avait
26:29des gens
26:30qui étaient internés,
26:32on disait à l'époque,
26:33pour mener indigènes.
26:35Vous pouvez avoir
26:36des communistes,
26:37des nationalistes,
26:38des soldats
26:39exclus de l'armée.
26:41Quel que soit
26:41le type d'internés
26:42et le type de camps,
26:43le régime en Algérie
26:45est d'une dureté
26:46extrême
26:47et beaucoup plus
26:49dure qu'en France.
26:50Il y avait un camp
26:52qui s'appelait
26:53Hajarat Mgil
26:54au nord de Béchard
26:56et là,
26:58des gens
26:58ont été internés,
27:01torturés
27:01et beaucoup sont morts.
27:04Il y avait
27:06des quantités
27:08de catégories
27:10de raisons
27:12pour lesquelles
27:13on était internés
27:14et curieusement,
27:15les Juifs
27:15étaient dans
27:15toutes les catégories.
27:20Vichy se prépare
27:21d'ailleurs
27:21à ouvrir
27:21plusieurs camps
27:22de concentration
27:23spécifiquement
27:24pour les Juifs.
27:27Bedot,
27:27au sud
27:28de Sidi Bellabès,
27:29est le premier
27:30à interner
27:30les Juifs
27:31en âge
27:31d'être appelés.
27:40C'est un camp
27:41composé
27:42de tentes
27:43en toile
27:43de la guerre
27:44de XIV
27:45au milieu
27:46d'un désert
27:46de cailloux
27:47sur un plateau
27:48à plus de
27:491000 mètres
27:49d'altitude.
27:54Près de 50 degrés
27:56le jour
27:56et des nuits
27:57particulièrement fraîches
27:59où la température
28:00chute
28:00de plusieurs dizaines
28:01de degrés.
28:05Les chacals,
28:07serpents,
28:08scorpions,
28:09peuples,
28:10les tentes
28:10des internés,
28:12sans compter
28:13la vermine
28:13et la haine
28:14des officiers
28:15supérieurs.
28:18Pour les surveiller,
28:20le détachement
28:21de la Légion étrangère
28:22a toute l'attitude
28:23pour les maltraités
28:24et les humilier.
28:30En Algérie,
28:31les antisémites
28:32tiennent désormais
28:33la rue.
28:48La chasse aux juifs
28:49est ouverte
28:50aux terrasses
28:50des cafés
28:50du boulevard
28:51Loubet
28:51à Oran
28:52ou sur les plages
28:53d'Ainel Turc.
28:55Là,
28:56après avoir molesté
28:57un certain nombre
28:57d'estivants,
28:58les militants du sol,
29:00le service d'ordre
29:01de la Légion,
29:02leur demandent
29:02de se déculotter
29:03pour prouver
29:04qu'ils ne sont pas juifs.
29:07Le 31 octobre 1942,
29:10alors qu'en métropole
29:11le commissariat général
29:12aux questions juives
29:13n'a pas encore obtenu
29:15de Pétain
29:15d'ordonner le port
29:16de l'étoile jaune
29:17en zone libre,
29:18à Alger,
29:19le gouverneur Châtel
29:20passe commande
29:21aux établissements
29:22alteraques
29:23de brassards jaunes
29:24marqués d'une étoile
29:25à six branches
29:26destinées à tous
29:27les juifs d'Algérie.
29:32Peu avant
29:33le débarquement
29:34des anglo-américains,
29:37eh bien,
29:38le projet,
29:39c'était de déporter
29:40des juifs
29:40et en tout cas
29:42de leur faire porter
29:43l'étoile jaune.
29:49Automne 1942,
29:51l'Algérie s'enfonce
29:52dans ce fascisme
29:53qui se manifeste
29:54violemment.
29:56Pour faire face,
29:57des jeunes juifs,
29:58tous animés
29:58d'un fort sentiment
29:59patriotique,
30:00s'organisent
30:01depuis 1940.
30:03Ces deux années
30:04d'oppression
30:05n'ont en rien
30:05entamé leur volonté
30:06de résister,
30:07bien au contraire.
30:11Parmi eux,
30:12José Aboulker,
30:13un étudiant
30:14de 22 ans,
30:15fils d'un grand
30:16professeur de médecine
30:17qui,
30:17avec sa sœur
30:18et ses trois cousins,
30:19également futur médecin,
30:20a fait de l'appartement
30:21familial du 26 rue Michelet
30:23le lieu névralgique
30:25de la résistance
30:25à Alger.
30:30D'autres groupes
30:31se constituent
30:32durant ces deux années
30:33pour résister
30:34au jour le jour
30:35et faire de l'Algérie
30:36la première terre française
30:38libérée par les alliés.
30:42A l'automne 1942,
30:44ce premier jour J
30:44se précise.
30:46Un débarquement ici
30:47en Algérie
30:48et au Maroc
30:49va permettre aux alliés
30:50de prendre pied
30:51sur le sol africain
30:52et d'ouvrir
30:53un nouveau front
30:54face aux Allemands
30:54et Italiens
30:55regroupés en Libye
30:56et en Tunisie.
31:01Les Américains
31:02craignent plus que tout
31:03que les quelques
31:04cent mille hommes
31:04de l'armée d'Afrique
31:05ne tirent sur leurs troupes
31:06et les empêchent
31:07de débarquer.
31:09Pour éviter cela,
31:11ils comptent
31:11sur les renseignements
31:12glanés durant des mois
31:13par la résistance française.
31:17En juillet 1942,
31:19les Anglais
31:20ont convaincu
31:21les Américains
31:23de lancer
31:24cette opération
31:25torche
31:26sur l'Afrique du Nord,
31:28torche du nom
31:29de la statue
31:30de la liberté
31:30et les contacts
31:31se multiplient
31:32avec les résistants,
31:35le groupe
31:36des résistants
31:37sur place.
31:38Les Américains
31:40ont choisi
31:40délibérément
31:41et ont conçu
31:43les préventions
31:44du président
31:44Roosevelt
31:45à l'égard
31:46du général
31:47de Gaulle
31:47de tenir
31:48hors
31:49de l'opération
31:52les forces
31:53françaises libres
31:54et le comité
31:55national français
31:56de l'ordre
31:56du général de Gaulle.
32:01Preuve de la confiance
32:02faite par les alliés
32:03aux résistants
32:04d'Alger,
32:04seulement 2300 soldats
32:06doivent y débarquer
32:07face à une garnison
32:08française de 12 000 hommes.
32:11Le gros des forces,
32:13dont des soldats français,
32:14ira à Casablanca
32:15et à Oran,
32:16où les alliés
32:17n'ont pas les mêmes relais.
32:20Là-bas,
32:20des Français
32:20de l'armée d'Afrique
32:21vont tirer
32:22sur d'autres Français
32:23qui viennent libérer
32:25une terre de France.
32:30Dans Alger,
32:32377 résistants
32:33passent à l'action
32:34dans la nuit
32:34du 7 au 8 novembre.
32:36À 1h30 du matin,
32:38José Aboulquer
32:39occupe sans résistance
32:40le commissariat central
32:41et en fait
32:42le QG de l'insurrection.
32:44Ces hommes neutralisent
32:45comme prévu
32:46tous les lieux stratégiques
32:47de la ville.
32:50Le général Jouin,
32:51commandant en chef
32:52des forces françaises
32:53en Afrique du Nord,
32:54reçoit la visite
32:55de Robert Murphy,
32:56l'émissaire
32:57du président Roosevelt.
32:58Celui-ci lui annonce
32:59le débarquement
33:00et lui demande
33:01d'entrer en guerre
33:02aux côtés des alliés.
33:08Jouin,
33:08qui, il y a peu,
33:10assurait le maréchal Goering
33:11de sa totale loyauté
33:12à l'égard de l'Allemagne nazie,
33:14souhaite d'abord
33:15obtenir l'avis
33:16de l'amiral Darland,
33:17présent par hasard à Alger.
33:19Darland,
33:20en bonde aux fins de Pétain,
33:22affirme qu'il est prêt
33:22à se battre
33:23contre les alliés
33:24qui débarquent.
33:26Aussitôt,
33:27Hitler donne l'ordre
33:27d'envahir la zone
33:28non occupée
33:29de la métropole,
33:30à la fois en représailles
33:31et pour prévenir
33:33un débarquement allié
33:34sur les côtes
33:34du sud de la France.
33:39Le 10 novembre,
33:40les Américains
33:41obtiennent enfin
33:42de Darland
33:42qui leur donne
33:43l'arrêt des combats.
33:44Ils pourraient alors
33:45décider d'envoyer en prison
33:46le dauphin de Pétain
33:47qui a demandé
33:48qu'on bombarde
33:49leur troupe.
33:50Mais ils n'ont
33:51qu'un objectif.
33:52Il est militaire
33:52et pas encore politique.
33:54Il leur faut à tout prix
33:55obtenir le soutien
33:56de l'armée d'Afrique.
33:58Et pour cela,
33:59ils abandonnent
34:00tous les pouvoirs
34:01sur l'Algérie
34:02au pire homme possible.
34:05Darland,
34:05l'un des Français
34:06les plus impliqués
34:07dans la collaboration,
34:09devient l'homme
34:09des Américains.
34:11Sans pour autant
34:12renoncer
34:13à un iota
34:14de ses convictions.
34:17Le 11 novembre,
34:18le nouveau chef
34:19de l'Algérie
34:20se proclame
34:20au nom de Pétain,
34:22haut commissaire
34:22de France en Afrique.
34:25L'un de ses premiers gestes
34:27est de décorer lui-même
34:28le sous-officier
34:29qui a abattu
34:30d'une balle
34:31dans le dos
34:31un résistant,
34:32le lieutenant
34:32Jean Dreyfus,
34:34la nuit du débarquement.
34:37Après le débarquement
34:39américain
34:40en novembre 1942,
34:42on a le sentiment
34:43que le décret Crémieux
34:44va être établi.
34:45Dans le fond,
34:46l'administration vichy
34:47progressivement
34:48va être remplacée,
34:49va être chassée,
34:50etc.
34:51Ce ne sera pas le cas.
34:52À partir de là,
34:53grand espoir.
34:55Le statut des Juifs
34:56va être aboli,
34:58les Juifs vont être
34:59rétablis dans leur droit,
35:00on va pouvoir
35:01aller rejoindre De Gaulle
35:02et se battre
35:03auprès de De Gaulle.
35:04Pas du tout.
35:04On assiste
35:05à des autorités
35:06qui continuent
35:07d'exercer
35:08au nom du maréchal Pétain
35:09empêché
35:10avec des personnels
35:11vichyistes
35:12et en prolongeant
35:14les mêmes mesures.
35:15Évidemment,
35:16l'annonce du débarquement
35:18de novembre 1942
35:19crée d'abord
35:20de l'espoir
35:21dans les camps,
35:22en particulier,
35:23par exemple,
35:23à Djelfa
35:24où il y a
35:24les anciens
35:25des brigades
35:26internationales,
35:27à Bossuet
35:28où il y avait
35:28des communistes
35:29qu'on avait envoyés
35:30de métropole.
35:31Et les espoirs
35:33sont déçus.
35:35Le général Giraud
35:37arrive dans les bagages
35:38des armées alliées
35:39avec l'engagement
35:40de Roosevelt
35:41qu'il dirigera
35:41l'Afrique française.
35:43De Gaulle hors jeu,
35:45se dit-il.
35:46Il attend son heure
35:48dans l'ombre de Darland.
35:49En tant que commandant
35:50en chef des armées,
35:51il ordonne la mobilisation
35:53de onze classes d'âge.
35:55Mais au lieu
35:56d'envoyer
35:56les conscrits juifs
35:57avec les autres
35:58rejoindre l'armée d'Afrique,
36:00il les expédie
36:01dans les camps du désert,
36:02renommées pour l'occasion
36:04unités de travail.
36:07Aucun juif
36:07n'est admis
36:08dans une unité combattante.
36:11Il ne fallait pas
36:12que les juifs
36:14deviennent
36:14des anciens combattants
36:15et qu'ils puissent
36:18réintégrer
36:18leur nationalité
36:19et leur citoyenneté française.
36:22C'était le but
36:23de la manœuvre.
36:24Il y a des notes
36:24qu'on a découvertes
36:25après la guerre en particulier
36:26qui montrent bien
36:27que c'était le but,
36:29surtout que les juifs
36:30ne combattent pas
36:32et ne combattent pas brillamment.
36:33Ça casserait trop
36:34de préjugés
36:34et surtout
36:35ça leur donnerait des droits.
36:38Pendant plus d'un mois,
36:39l'Algérie de Darlan
36:41est la copie conforme
36:42de l'Algérie
36:42d'avant le débarquement
36:44qu'on espérait pourtant
36:45libérateur.
36:51Le 24 décembre,
36:54le jeune bonnier
36:55de la chapelle
36:56abat l'amiral d'Arland
36:59et jeune patriote,
37:01leur bénéficiant d'aide
37:03et aussi du rôle
37:06de ce que l'on a appelé
37:09le complot monarchiste
37:11autour d'enri d'acier
37:12de l'Algérie,
37:13le rôle du comte de Paris,
37:14etc.
37:17Ce meurtre,
37:17d'une certaine façon,
37:19arrange tout le monde.
37:20Les Américains
37:21qui ont obtenu de Darlan
37:22ce qu'ils voulaient de lui,
37:23l'arrêt des combats,
37:24les royalistes,
37:25les girodistes
37:26et les gaullistes
37:26qui sont débarrassés
37:28d'un rival
37:28et même les pétinistes
37:30et les allemands
37:30qui voient éliminer
37:32un homme qui les a trahis.
37:38D'Arland éliminé,
37:40les Américains imposent
37:42le général Giraud
37:44qui s'empresse
37:45de faire nommer
37:47un juge d'instruction
37:48pour le jeune patriote
37:50dont la grâce
37:52est refusée,
37:53fusillée immédiatement.
37:56Ils sont nombreux,
37:57les Français d'Algérie,
37:58à applaudir
37:59la nomination de Giraud.
38:01Ils vont pouvoir
38:02continuer à exploiter
38:03les musulmans
38:03à leur guise,
38:04à ostraciser les juifs
38:06et laisser toute liberté
38:08à l'administration
38:09vichiste
38:09de se venger
38:10de ceux
38:10qui leur ont flanqué
38:11une belle frousse
38:12en ouvrant la ville
38:13aux Américains.
38:17Cette année,
38:181943,
38:19sont prises des mesures
38:21à l'encontre
38:22de ceux
38:22qui ont participé
38:25au débarquement
38:26du 8 novembre,
38:28les conjurés,
38:29les résistants.
38:30C'est ainsi
38:31que le 30 décembre
38:33il nous rafle.
38:34Il illustre parfaitement
38:36le pouvoir
38:37qui se met en place,
38:39fascisme militaire
38:40sous protectorat américain.
38:42La surprise vient du fait
38:44que ce débarquement
38:45anglo-américain
38:45ne règle rien sur le fond.
38:47Pourquoi ?
38:47Parce que celui
38:48qui est nommé
38:48nouveau gouverneur
38:49général de l'Algérie
38:50par Giraud,
38:50c'est Marcel Pérouton.
38:52Et qui est-ce
38:53qui a été l'homme
38:54d'abrogation du décret
38:55Crémieux ?
38:55C'est Marcel Pérouton.
38:56L'homme qui a inventé
38:57le statut des Juifs
38:58va se retrouver
38:58à la tête
38:59de l'Algérie
39:00de l'époque.
39:02Le 14 mars 1943,
39:05il va jusqu'au bout
39:06de sa logique
39:06antisémite
39:07et maréchaliste.
39:10Comme il est contraint
39:11d'annuler
39:11toutes les législations
39:12prises par Vichy
39:13depuis le 22 juin 1940,
39:15ce qui englobe
39:16l'abrogation
39:17du décret Crémieux,
39:19il l'abroge
39:19de nouveau
39:20avec l'aval
39:21des Américains
39:22pour, surtout,
39:23ne pas rendre
39:24leur citoyenneté
39:25aux Juifs.
39:27Ce qui veut dire
39:28qu'une deuxième fois,
39:29en quelque sorte,
39:30les Juifs
39:31voient s'éloigner
39:32la perspective
39:33de recouvrer
39:34leurs droits
39:36de citoyens.
39:38Pas question
39:38pour Giraud
39:39d'abroger
39:39les lois d'exclusion
39:40ni de laisser entrer
39:42des officiers
39:42et des soldats juifs
39:43dans l'armée d'Afrique.
39:44Il explique aux Américains
39:46que redonner des droits
39:47aux Juifs
39:47seraient très mal vus
39:48des Arabes
39:49car ils se haïssent.
39:51Giraud répète
39:52une formule
39:52entendue de Darland
39:54qui lui plaît.
39:55Les Juifs
39:56à l'échoppe
39:57et les musulmans
39:58à la charrue.
40:00Il y a toute une série
40:01d'articles,
40:01de notes, etc.,
40:02qui sont envoyés
40:03aux Américains
40:03par le biais de Giraud
40:05et de ses conseillers
40:06qui disent,
40:07grosso modo,
40:07la culture des Juifs,
40:09pour aller vite,
40:10c'est une culture indigène.
40:11Ils ne pourront jamais
40:11s'assimiler
40:12à la société française,
40:13pas possible.
40:14Ils appartiennent
40:15à l'Orient,
40:16ils sont dans
40:16une culture différente.
40:17Donc ils doivent rester
40:19dans le statut différent
40:20qui est le leur,
40:21qui est en fait
40:22le statut indigène.
40:24Donc ce n'est pas
40:24très compliqué.
40:25Et si on leur donne
40:27un privilège
40:28par l'octroi
40:29de la citoyenneté,
40:30ça risque de mécontenter
40:31les populations arabes.
40:32Donc à partir de là,
40:33restons dans le statut court.
40:36Et en effet,
40:37rien ne semble avoir
40:38changé à Alger.
40:40Les 2300 hommes
40:41du service d'ordre
40:42de la Légion
40:42ont repris le contrôle
40:43de la rue
40:44comme avant
40:44le débarquement allié.
40:45et les juifs
40:47spoliés
40:47ne parviennent pas
40:48à récupérer
40:49leurs biens.
40:54Ceux qui étaient
40:56à même
40:56de spolier
40:58les biens juifs
40:58vont se retrouver
40:59à la tête
41:00de la mesure
41:02de restitution.
41:03Et leur attitude
41:04à eux,
41:05ça va être plutôt
41:05de figer la situation
41:07que plutôt
41:08d'accélérer
41:09le processus
41:10de restitution.
41:14L'idéologie pétainiste
41:16est si prégnante
41:16en Algérie
41:17que les exploitants
41:18de salles de cinéma
41:19renoncent à distribuer
41:20le film Casablanca
41:22considéré comme
41:23trop hostile à Vichy.
41:37Rien ne semble
41:38infléchir la position
41:39de Giraud.
41:40Rien,
41:41pas même
41:41le plus élémentaire
41:42sentiment républicain.
41:45Alors,
41:46comme ils ne rêvent
41:46que de grandeur
41:47et de pouvoir,
41:48les Américains
41:49décident
41:49de toucher
41:50son point
41:50le plus sensible.
41:52Ils envoient
41:53à Alger
41:53Jean Monnet,
41:54le futur père
41:55de l'Europe.
41:57Celui-ci,
41:58qui coordonne
41:58l'effort de guerre
41:59entre le Royaume-Uni
42:00et les Etats-Unis,
42:01lui propose un marché.
42:03Il n'aura
42:04des armes
42:04pour l'armée d'Afrique
42:05que s'il renonce
42:06sur le champ
42:07à la législation
42:08antirépublicaine
42:09de Vichy,
42:10sans toutefois
42:11se soucier
42:11du rétablissement
42:12du décret Crémieux.
42:15Bien malgré lui,
42:16Giraud obtempère.
42:22A Oran,
42:23les conseillers musulmans
42:25soutiennent
42:25les démarches
42:25de la communauté juive
42:27en vue d'annuler
42:28l'abrogation
42:28du décret Crémieux.
42:30Ils signent
42:31une déclaration
42:32affirmant
42:33leur sincère
42:33entente amicale
42:34avec les Français
42:35de confession israélite.
42:38Ferhat Abbas,
42:39qui ne s'est jamais réjoui
42:40de l'abrogation
42:41de ce décret,
42:42publie un manifeste
42:44qui va changer
42:44le cours de l'histoire.
42:47Il y réclame
42:48la condamnation
42:48et l'abolition
42:49de la colonisation.
42:51La liberté
42:52et l'égalité
42:53pour tous les habitants
42:54de l'Algérie.
42:57Le texte dit clairement
42:58que les musulmans
42:59avaient espéré jusque-là
43:00obtenir la citoyenneté française
43:02et que c'est parce
43:03qu'on la leur a refusée
43:05qu'ils cessent
43:06de la revendiquer.
43:12Alors,
43:13en âge d'être appelé
43:13et désireux de combattre
43:15pour libérer la France,
43:17Sidney Chouraki,
43:18futur fondateur
43:19du mémorial
43:20du camp des Mille,
43:21a multiplié les démarches
43:22pour intégrer cette armée
43:24d'Afrique
43:24qui ne voulait pas
43:25de juifs.
43:27Mon père,
43:28qui n'oubliait pas
43:29qu'il était avocat,
43:30a écrit une lettre commandée.
43:32L'objet de cette lettre,
43:33c'était bien sûr
43:33d'en avoir le cœur net
43:34sur la position officielle
43:37et pour le moins
43:38sinueuse
43:39et hypocrite
43:40qui ne voulait pas
43:41que les juifs combattent.
43:42mais c'était aussi
43:43d'affirmer
43:44que les juifs
43:47d'Afrique du Nord,
43:49les juifs algériens
43:49de nationalité française
43:52voulaient se battre
43:53et qu'ils ne comprenaient pas
43:55pourquoi,
43:55à un moment
43:56où il y avait besoin d'hommes,
43:59où les Américains
44:00et les Anglo-américains
44:02étaient en difficulté
44:03dans certains combats
44:05en Libye,
44:06en Tunisie,
44:07pourquoi on ne faisait pas
44:08appel à eux,
44:09pas de réponse
44:10à cette lettre commandée,
44:12mais quelques jours après,
44:14des juifs
44:15dont mon père
44:16sont envoyés
44:19dans des unités spéciales
44:22dont le nom a varié.
44:23On connaît les BPI,
44:25bataillons de pionniers israélites
44:27et ils se retrouvent
44:28en particulier
44:29de cette manière-là
44:30dans le camp de Bedou.
44:33L'existence de ces camps
44:35en Algérie,
44:36gardés longtemps
44:36totalement secrètes,
44:38commence à être connue.
44:39même en Amérique.
44:41Anna Arendt,
44:42la philosophe,
44:42s'en émeut.
44:44Des milliers de juifs
44:45sont envoyés
44:45dans des lieux
44:46que les Français eux-mêmes
44:47nomment des camps
44:48de concentration
44:49ou de punition.
44:52Mon père m'a beaucoup élevé
44:55dans cette idée
44:56que ce qu'il avait le plus
44:57meurtri pendant la guerre,
44:59c'était de ressentir
45:01et de voir
45:03des atteintes à la dignité
45:05plus qu'à la liberté
45:06et plus qu'à la vie.
45:10On déshumanisait les gens,
45:12on les rabaissait
45:14pour pouvoir mieux
45:16les traiter
45:16comme des sous-hommes
45:18qu'on voulait à terme
45:22mettre à l'écart
45:23et peut-être même
45:25à terme exterminer.
45:26Et ça,
45:27ils l'ont bien senti,
45:29c'était vraiment aussi
45:30pour eux
45:30un moteur
45:32s'opposer
45:32à cet engrenage
45:34de déshumanisation,
45:35de rabaissement
45:37qu'ils ne pouvaient pas supporter.
45:40En avril 1943,
45:42Sidney Chouraki,
45:44comme les appelaient
45:45juifs internés à Bedeau,
45:46sont libérés des camps.
45:51Et à ce moment-là,
45:52chose incroyable,
45:54ces gens,
45:55au lieu de rentrer
45:56chez eux,
45:56eh bien,
45:57ils se sont engagés
45:58dans les armées françaises
46:00et ils ont suivi
46:01d'un côté,
46:02juin,
46:03donc à travers
46:03la campagne d'Italie
46:04et jusqu'en Allemagne,
46:06de l'âtre,
46:07débarquement en Provence,
46:08etc.,
46:08et d'autres
46:09se sont engagés
46:10dans les armées
46:11anglaises
46:12ou américaines.
46:14Cette normalisation
46:15des institutions républicaines
46:17se poursuit avec
46:18un début de retour
46:19dans les universités,
46:20lycées et écoles
46:21des jeunes juifs.
46:24Mais l'année scolaire
46:25est déjà presque terminée
46:26et ses élèves
46:27sont parfois
46:27très mal accueillis
46:28par leurs condisciples.
46:33Quand nous sommes revenus
46:35à l'école laïque,
46:37j'ai encore dans l'oreille
46:39les petites juives
46:40sont de retour.
46:43Et à mon âge,
46:44je n'ai pas oublié.
46:46et nous avons
46:47toutes
46:48sauté
46:49une classe.
46:50Et le jour
46:51de la rentrée,
46:52je le revois
46:53encore aujourd'hui,
46:54le directeur d'école
46:55qui s'appelait
46:56M. Pérez-Job,
46:57celui-là même
46:58qui avait
46:59demandé
47:00à tous les juifs
47:01présents
47:01en classe
47:02en 1942
47:03de faire
47:05leur sac
47:06et de s'en aller,
47:07c'est celui-là
47:09qui a appelé
47:10les élèves
47:11au fur et à mesure
47:12le jour de la rentrée.
47:13et lorsqu'il m'a appelé,
47:15je me suis précipité
47:16pour m'installer
47:18dans la file
47:19où se trouvait
47:20le dernier appelé
47:22avant moi
47:22et à ce moment-là,
47:24on m'a fait signe
47:25d'aller ailleurs
47:27puisqu'il y avait
47:28trois files,
47:29une pour les Européens,
47:30on disait
47:31alors les Européens,
47:33une pour les musulmans
47:34et une pour les Juifs.
47:35Et donc,
47:36on m'a remis
47:37dans la file
47:38des Juifs
47:40où je n'étais pas
47:41allé automatiquement.
47:44Tant que Giraud
47:45reste aux commandes,
47:46les libertés publiques
47:47sont bafouées en Algérie.
47:49Et c'est bien
47:50avec l'intention
47:51de les rétablir
47:51que le général de Gaulle
47:53arrive à Alger
47:54pour une rencontre décisive.
47:57Pour le général de Gaulle,
47:59l'accord
48:00ne peut se faire
48:01que par
48:04une élimination
48:05définitive
48:06des personnels
48:07de Vichy
48:07des mesures discriminatoires.
48:09C'est un homme
48:09qui combat pour le pouvoir,
48:11bien sûr d'abord
48:11contre Pétain,
48:12et puis ensuite
48:13contre Giraud.
48:14Parce qu'il veut
48:15s'imposer aux yeux
48:15des Américains
48:16comme l'un seul
48:17interlocuteur politique
48:19assis à la table
48:20des négociations
48:21et il va se battre
48:21pour ça.
48:23Début juillet 1943,
48:25Giraud,
48:26qui se croit
48:26assuré de son autorité,
48:28part un mois
48:28aux États-Unis,
48:29Canada et Royaume-Uni
48:31afin d'obtenir
48:32des armes
48:33pour le corps
48:33expéditionnaire français.
48:35De Gaulle
48:36en profite
48:36pour prendre
48:36le pouvoir
48:37à Alger.
48:38De nombreux
48:39Giraudistes,
48:40comme le général
48:40joint,
48:42se découvre gaulliste.
48:48Le 14 juillet 1943,
48:51De Gaulle préside
48:52seul le défilé
48:53de la fête nationale
48:54qui apparaît à tous
48:56les Algériens
48:56comme la fête
48:57de la victoire.
49:03Il a donc fallu
49:04huit mois
49:05depuis le débarquement
49:06allié
49:06pour débarrasser
49:07l'Algérie
49:08de toute influence
49:09vichyste.
49:13Et pourtant,
49:14il faudra que les Juifs
49:15d'Algérie
49:15attendent encore
49:16pour que soit annulée
49:17l'abrogation
49:17du décret crémieux.
49:19Le 15 septembre
49:211943,
49:22le général de Gaulle
49:23reçoit bien
49:23le grand rabbin d'Alger.
49:25Mais c'est seulement
49:25pour lui dire
49:26que les Juifs
49:27d'Algérie redeviendront
49:28un jour français.
49:30Sans préciser
49:31ni quand
49:31ni comment.
49:33Et c'est le plus
49:34discrètement possible
49:35par un simple
49:36communiqué,
49:37donc illégalement,
49:39que sera annulée
49:40en octobre 1943
49:41par De Gaulle
49:42l'abrogation
49:43faite par Giraud
49:44du décret crémieux.
50:01Le décret crémieux
50:03n'est donc rétabli
50:04qu'en Katimini
50:05quand on aurait espéré
50:06que soit prononcée
50:07cette phrase
50:08que les Juifs
50:08d'Algérie
50:09attendent depuis 1940.
50:12C'est l'honneur
50:13de la République française
50:14que de rendre
50:15leur citoyenneté
50:17à une centaine
50:17de milliers
50:18de nos compatriotes
50:19qui n'auraient jamais
50:20dû en être privés.
50:28Je n'ai pas l'exemple
50:29de mon grand-père
50:30paternel,
50:30Stora,
50:31Benjamin Stora.
50:32Eh bien, lui,
50:33il est mort de chagrin
50:33pratiquement,
50:34en 1945,
50:35parce qu'il n'avait
50:36pas pu le récupérer.
50:37C'est-à-dire que
50:38le rétablissement
50:39du décret
50:39ne signifiait pas
50:41le fait de se réapproprier
50:42les biens
50:42qui avaient été confisqués.
50:43Ce n'était pas
50:44si simple que ça.
50:45Il y avait une espèce
50:46de résistance sourde,
50:47disons en bas,
50:48de la population européenne
50:49qui voulait rester
50:50attachée à ses privilèges
50:51de base.
50:51La déflagration gigantesque
50:53de l'abrogation du décret
50:54va marquer les esprits.
50:56Même si apparemment
50:57les choses vont reprendre
50:58normalement,
50:59le cours des choses
51:00va reprendre normalement,
51:01en fait,
51:02la blessure est très forte.
51:03La méfiance est grande.
51:06Le fait d'accorder
51:08à la France
51:08de manière inconditionnelle
51:10disons son amour
51:11et son soutien
51:11va être ébréché.
51:13Et donc,
51:14c'est pour ça
51:15que cette période
51:15des années 40-43
51:17est si importante.
51:19Dans l'histoire,
51:20pas seulement
51:21des Juifs d'Algérie,
51:22mais dans l'histoire
51:22de l'Algérie tout court,
51:24parce qu'elle nous a montré
51:25cette histoire
51:26qu'il y avait des bifurcations possibles,
51:28des réflexions possibles,
51:29des initiatives différentes
51:30qui pouvaient exister
51:32que celles tout simplement
51:33de l'Empire colonial autoritaire.
51:35C'est-à-dire que ceux
51:35qui étaient dans cette histoire,
51:38en particulier ceux
51:38qu'on a appelé
51:39les indigènes,
51:40ont été obligés
51:41de réfléchir différemment.
51:42On est obligés
51:42de se positionner différemment.
51:44C'est pour ça
51:44que c'est une période
51:45extrêmement importante.
52:13Sous-titrage Société Radio-Canada
52:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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