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  • il y a 12 heures
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00:00:01C'est parti !
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00:03:47Madame, vous voilà enfin !
00:03:48Qu'est-ce qu'il se passe ?
00:03:49Monsieur de Fontenelle s'est encore levé en pleine nuit
00:03:51pour aller regarder ces maudites étoiles.
00:03:53Et je l'ai trouvé endormi dans son cabinet.
00:03:56Franchement, madame, je me demande ce qu'il espère.
00:03:59S'il croit que les habitants de la Lune
00:04:00vont lui faire signe de montée ?
00:04:01Il vous a donc convaincu que la Lune était habitée ?
00:04:04Non, pas la Lune !
00:04:06Mais, attendez, on ne s'y retrouve plus dans tous ces astres.
00:04:13En tout cas, moi je crois que les habitants du ciel
00:04:16en ont assez d'être regardés.
00:04:17Avec ses lunettes, qu'on dirait des fusils.
00:04:21Monsieur de Fontenelle a beau être un grand savant,
00:04:23il y a des choses qu'à son âge on ne fait plus.
00:04:27Madame, il n'y a que vous, sa petite nièce,
00:04:30qui puissiez le raisonner.
00:04:32Qu'irais-je lui dire ? Il est la raison même.
00:04:34Au revoir, chère !
00:04:36Tout au plus pourrait-on contenir sa gourmandise.
00:04:44Oh, ma chère nièce !
00:04:46Je vous souhaite le bonjour, mon oncle.
00:04:48Vous avez belle mine !
00:04:50Je suis ravie !
00:04:55N'y aurait-il point du fromage ?
00:04:57Vous ne dînerez point si vous prenez du fromage à cette heure.
00:05:00Neuver, revient de ta prene de sonner.
00:05:01Je sais trop bien que vous n'en prendrez point qu'un seul morceau.
00:05:05Vous serez témoin qu'après 95 ans,
00:05:08je suis condamné à mourir de faim dans ma propre maison.
00:05:11Et de vous passer par la cuisine ?
00:05:13En effet.
00:05:14Et n'avez-vous pas remarqué ce qui se préparait pour le dîner ?
00:05:18Des asperges, mon oncle.
00:05:19Dieu soit loué.
00:05:21C'est étrange comme manger des asperges
00:05:23semble pour vous une forme avancée du bonheur.
00:05:25Vous parlez du bonheur comme si j'en connaissais les secrets.
00:05:29N'est-ce pas la vérité ?
00:05:33Je crois en effet que les secrets du bonheur ne vous sont pas inconnus.
00:05:38Vous appelez secrets de simples précautions ?
00:05:41Confie-moi en une.
00:05:42Mais la plus simple, il faut se ménager en toutes circonstances.
00:05:48Oui, la mesure du bonheur qui nous a été donnée
00:05:53est assez petite, ma chère nièce.
00:06:01J'ai donc pris donc de ne rien perdre.
00:06:05Et était-ce dans vos précautions que de ne pas vous marier ?
00:06:09Veuillez m'excuser.
00:06:15Pertinente question.
00:06:18Dans les nœuds de l'hymen, à quoi bon m'engager ?
00:06:23Je suis un, cela doit suffire.
00:06:27Si j'étais deux, mon état serait pire.
00:06:30C'est bien assez de moi pour me faire enraver.
00:06:35Votre science des épigrammes vous tire de toutes les situations.
00:06:38Il n'empêche que vous savez vous faire adorer des femmes.
00:06:42Peut-être.
00:06:43Mais on les épouse.
00:06:45Et puis on les connaît.
00:06:46Le mariage est chose naturelle pourtant.
00:06:48Non, pardon.
00:06:49Je dis, l'idée a bien dû vous venir, de vous marier.
00:06:55Quelquefois, oui, le matin.
00:07:11Voltaire aurait dit au roi de Prusse que vous étiez l'esprit le plus universel que le siècle de Louis
00:07:16XIV est porté.
00:07:17Le compliment n'étant pas dans sa manière, j'en déduis qu'il a dû lui arriver quelque chose de
00:07:22fâcheux.
00:07:23Le froid, peut-être.
00:07:29Je m'étonne toujours que mes séances à l'académie ne vous fatiguent pas davantage.
00:07:33Pourquoi voulez-vous ?
00:07:34Veuillez plus d'ennemis.
00:07:56On dirait que vous avez oublié ce que messieurs Boileau et la Bruyère ont dit de désagréable sur vous.
00:08:01Ne faites pas enfance à la racine de l'oublié parmi mes adversaires.
00:08:05Je leur ai pardonné et cela m'a fait beaucoup de bien.
00:08:09Non, aujourd'hui, je ne les blâme que d'être tous morts.
00:08:15Portez-vous toujours aussi aimablement, cher enfant.
00:08:26Eh bien, moi, c'est monsieur que je trouve trop aimable.
00:08:30Il n'en veut à personne et se contente de tout.
00:08:34Je me demande parfois si ce sont là les manifestations d'une bonté immense ou de pas de bonté du
00:08:40tout.
00:08:44Des fois, j'ai peine à lui ôter la poussière.
00:08:49Il me fait peur.
00:08:52Je crois monsieur de Fontenelle encore plus impressionné que vous par son oncle.
00:08:55Je comprends.
00:08:57Être le neveu du grand Corneille, c'est une situation tout de même.
00:09:01Pour vous aussi, madame.
00:09:04Oh, petite nièce du neveu de Corneille, c'est une place discrète.
00:09:32Mais qu'est-ce que vous faites?
00:09:34Monsieur en avait assez.
00:09:35Comment il en avait assez?
00:09:37Ah oui, il ne veut plus le voir, ce coffre.
00:09:3960 ans, à ce qui paraît.
00:09:40Mais il est plein.
00:09:41Ah ben, pour sûr, madame, qu'il est plein.
00:09:43On sent bien quand on le porte.
00:09:45C'est tout ce que monsieur a point voulu lire qui est là-dedans.
00:09:48Mais qu'est-ce que tu racontes, Simon?
00:09:49Ce sont les journaux de monsieur qui sont dans ce coffre.
00:09:51Ah ben, je dis point non.
00:09:53Je dis qu'il n'a jamais voulu les lire.
00:09:55Qui vous a raconté ces sornettes?
00:09:58C'est...
00:09:59C'est lui.
00:10:01Qui c'est, lui?
00:10:02Ben, monsieur de Fontenelle.
00:10:07C'est amusant, mais cela ne tient pas debout.
00:10:09Pourquoi ne les aurait-il pas lus?
00:10:11Monsieur n'aimerait pas qu'on répète ce qu'il nous a dit qu'à nous.
00:10:14Répète quand même, madame te le demande.
00:10:17Ben, il les a point lus
00:10:20parce qu'il se doutait qu'on ne disait pas du bien de lui là-dedans.
00:10:22Même qu'on l'attaquait.
00:10:30Après tout, cela est assez dans sa manière.
00:10:33Ne jamais aller au-devant de ce qui peut
00:10:34gâter votre humeur.
00:10:37C'est tout, lui, en effet.
00:10:39Débarras! Allez!
00:10:40Et vous repasserez le balai!
00:11:09Sous-titrage Société Radio-Canada
00:11:49Bravo!
00:11:51Quelle voix!
00:11:53Merci, monsieur.
00:11:53Restez, c'était...
00:11:54Non, excusez-moi, je ne peux pas rester ici.
00:11:57Mais excusez.
00:11:59Vous l'avez effrayée?
00:12:00Mais non, c'est une petite sauvage.
00:12:02Voilà tout.
00:12:04Qui était-ce?
00:12:05Nous nous attendions pour souper.
00:12:07Je ne dois plus souper.
00:12:09Et pourquoi donc?
00:12:10Ça paraît que mon âge exige la tempérance.
00:12:14C'est la belle affaire.
00:12:15Qu'est-ce que l'âge, quand la gloire le surpasse?
00:12:18Accepteriez-vous néanmoins quelques fruits confits?
00:12:21Allez par ici.
00:12:24Monsieur de Fontenelle vous a repérée comme étant la plus spirituelle de l'Assemblée.
00:12:29La plus spirituelle du salon de Madame Geoffrey.
00:12:33C'est Madame Geoffrey.
00:12:35Monsieur de Fontenelle nous surpasse tous, Vallière.
00:12:38Dites-lui plutôt quelle conversation était la vôtre pendant le souper.
00:12:41De quoi disputiez-vous?
00:12:42Nous pensions qu'il est bien difficile pour une femme de déceler le sentiment sous une conduite galante.
00:12:50Monsieur de Vallière soutenait que c'était un nouveau procès fait à la sincérité des hommes.
00:12:54Alors, qu'en pense le siècle passé?
00:12:56Ma foi, je...
00:12:57Je n'observe point les sentiments comme je le fais des planètes.
00:13:01Vous n'avez pas à observer ce qui vous est simplement donné de ressentir.
00:13:05Certes, mais il est présomptueux d'avancer que j'ai déjà ressenti quoi que ce soit.
00:13:11Voilà 80 ans que j'ai relégué le sentiment dans mes poésies.
00:13:18Et vous appelez ça avoir vécu.
00:13:21Je crois avoir été empressé comme il convenait auprès des femmes.
00:13:24Mais l'amour...
00:13:27J'entends mal.
00:13:29Je parlais de l'amour.
00:13:31Lui et moi sommes des choses incompatibles.
00:13:35On dit pourtant que votre roman préféré n'est autre que la princesse de Clèves.
00:13:41Le style en est insurpassable.
00:13:44Il en est plus vif.
00:13:45Il n'en est pas de plus simple.
00:13:48Donc de plus grand.
00:13:50Mais la princesse, c'est une histoire d'amour.
00:13:52Qui n'a pas lieu.
00:13:54Quelle salleuse.
00:13:55Puisque vous soutenez que les sentiments vous sont étrangers, je suppose ce sont les idées qui ont vos faveurs ?
00:14:01Pas davantage.
00:14:02Défendre des théories signifie riposter, se plaindre, accuser, soupçonner.
00:14:08J'aime trop mon repos.
00:14:10Et puis, pourquoi polémiquer ?
00:14:15Tout est possible et tout le monde a raison.
00:14:20Allons, allons.
00:14:21Je sais certaines idées qui ne vous laissent pas indifférents.
00:14:25Si je vous disais que M. d'Alembert est venu nous lire hier son discours préliminaire à l'encyclopédie
00:14:31et que le chevalier de Jocourt nous a montré d'admirables planches dans les métiers.
00:14:35C'était d'un ennui mortel.
00:14:38Vous m'avez l'air encore bien vivant, il me semble.
00:14:40Mais enfin, que cherchez-vous avec cette encyclopédie ?
00:14:44À instruire les médiocres de choses qui ne l'entendront point ?
00:14:47Qu'y a-t-il de plus ridicule que de parler de philosophie avec des ouvriers ?
00:14:53Le divertissement et le jeu, voilà ce que le peuple attend.
00:14:56Pareils propos vous feront attendre à la porte de l'Académie, j'en réponds.
00:15:00Déjà qu'il vous faudra faire oublier vos ouvrages libertins.
00:15:03Et moi, j'entends bien naître de l'Académie.
00:15:06Mes ouvrages sont lestes, j'en conviens, mais les composés est d'un aussi dur labeur, croyez-moi.
00:15:11Une simple page me prend trois ou quatre heures.
00:15:15Vous finirez bien par attraper tout ce temps perdu.
00:15:18Mais je suis plus modeste que vous ne l'imaginez, monsieur.
00:15:21Vous n'aurez pas osé vous le dire, monsieur.
00:15:25Toutes ces femmes qui se disputent le vieux Fontenelle dans l'espoir qu'il va mourir dans leur salon.
00:15:33Pauvre Vallière, il se croit un esprit supérieur, mais la supériorité lui fait bien défaut.
00:15:38Et l'esprit lui manque.
00:15:41Venez, nous allons entendre la musique de près.
00:15:44Elle est bien assez insupportable de loin.
00:15:46Vous préférez la peinture ?
00:15:48Oh, la peinture, les murs sont enlédits par trop de portraits.
00:15:52La sculpture ?
00:15:54Je laisse les statues me regarder.
00:15:58Les arts vous touchent donc si peu.
00:16:01Je n'arrive pas à faire entrer tant de choses dans mon existence.
00:16:07Plus tard, peut-être.
00:16:10Votre force est de vous placer hors d'atteinte en toutes circonstances.
00:16:13Rien ne vous touche.
00:16:14Je vous admire.
00:16:17Bonsoir, cher Fontenelle.
00:16:19Pardon ?
00:16:19Je vous souhaite le bonsoir.
00:16:47Je vous souhaite le bonsoir.
00:17:03Regardez, monsieur de Fontenelle.
00:17:04Il n'est pas de mots murmurés que vous ne saurez entendre.
00:17:07Avec, on l'a souvent constaté, plus de précision encore que ceux qui entendent normalement.
00:17:12Cela provient de ce que le pavillon est fort large.
00:17:14Ne lirait-on pas comme une corne d'abondance
00:17:17qui, au lieu de déverser ses fruits, engrangerait les sujets et les verbes
00:17:20par sa vaste embouchure pour vous les faire entendre ?
00:17:23Voyons, monsieur, voulez-vous ajuster le cornet à votre oreille ?
00:17:27La plus petite des extrémités s'y glisse tout naturellement.
00:17:31Allez-y.
00:17:33Ouais.
00:17:35Alors, comment m'entendez-vous, monsieur de Fontenelle ?
00:17:37Trois fois.
00:17:39Ah oui, je suis confus.
00:17:40C'est parce que c'est naturel quand on s'adresse à quelqu'un dont Louis est défaillant.
00:17:46Alors, je n'en crois pas mes oreilles.
00:17:55Qu'est-ce que c'est que ça ?
00:17:56On nous a demandé de venir le chercher pour monsieur de Fontenelle.
00:17:59Et qui vous a demandé ?
00:18:02Ajuster, enlever, ajuster, enlever.
00:18:06Voilà, l'appareil n'est-il point trop lourd, monsieur ?
00:18:09Monsieur !
00:18:10Monsieur !
00:18:11Madame Geoffrin vous envoie...
00:18:13Madame Geoffrin vous envoie quelque chose.
00:18:25Oh.
00:18:28Je lis beaucoup mieux.
00:18:31Ce portrait de votre ami Lefreynois, j'ai pu l'acquérir sans trop d'embarras auprès de ce qui lui
00:18:36reste de famille.
00:18:37Je l'ai fait dans l'intention de vous l'offrir.
00:18:39Persuadé que le visage de celui qui fut votre plus proche est si grand ami, vous rappellerez ces longs moments
00:18:45que vous passiez ensemble à ne rien dire.
00:18:47Et pourtant à vous comprendre.
00:18:48Comme seuls savent s'entendre la discrétion et l'innocence.
00:18:53Oui.
00:18:55Alors aujourd'hui, vingt ans qu'il est mort.
00:18:58Je m'en vais sur le champ remercier madame Geoffrin.
00:19:03Pourquoi ces moments que vous passiez à ne rien dire ?
00:19:06Monsieur Lefreynois était si peu bavard.
00:19:09Oh.
00:19:11Portrait respire la ressemblance.
00:19:15Regardez.
00:19:16On dirait qu'il va se taire.
00:19:23La belle compagnie que voilà.
00:19:30Et tout ce monde va m'accueillir ?
00:19:32Nous sommes toujours ravis de vous voir, monsieur l'abbé.
00:19:35Très bien.
00:19:37Très bien.
00:19:38Très bien.
00:19:44Je parle de cette lettre au marquis de Laffard que le petit réservoir vient de publier.
00:19:47Eh bien.
00:19:48Comment ça, eh bien ?
00:19:50Que dit-elle cette lettre ?
00:19:52Vous vous moquez.
00:19:53On soutient partout qu'elle est de vous.
00:19:55M'a-t-on vu l'écrire ?
00:19:56Je le sens bien, moi, qu'elle est de votre plume.
00:19:58Parler avec une telle insolence n'appartient qu'à vous ou à Voltaire.
00:20:02Une lettre qui décrit l'embarras du Seigneur au moment de la résurrection désigne son auteur.
00:20:07M'en direz-vous le nom à la fin ?
00:20:09Raillez, raillez, je vois que sous couvert de montrer les choses de la science auquel les cœurs saints n'entendent
00:20:13rien.
00:20:14Il est bien l'aise d'y jeter le trouble.
00:20:16Qu'est-il besoin d'expliquer ce qui doit rester inexplicable ?
00:20:20Vous faites parfois songer à quelques navigateurs dont les cas laisseraient passer l'eau, mais qui interdiraient qu'on écope.
00:20:31Oui, pas d'égard.
00:20:32On dit que ce sont vos ouvrages qu'ont enfanté Voltaire.
00:20:36Lui, c'est dur.
00:20:37Là, vous ne pouvez accepter que votre œuvre apporte potion à cet empire.
00:20:41Que me reprochez-vous ? N'ai-je pas fait mes Pâques ?
00:20:44C'est pas si fait, mais vous ne pouvez ignorer que Voltaire parle de Dieu comme... comme... comme s'il
00:20:48n'existait pas.
00:20:48Comme quoi ?
00:20:49Quelle malise que vous doivez me faire répéter ces choses comme... comme s'il n'existait pas.
00:20:57Voltaire ne nie pas. Il s'interroge.
00:21:01C'est votre histoire des oracles qui a fait le mal.
00:21:04Ne rejette pas dans mes oracles au spectacle de l'ignorance et de la sottise, exploité par la mauvaise foi.
00:21:10Certes, mais...
00:21:12Mais ce spectacle, me semble promis, a un grand avenir.
00:21:16Bah justement, des esprits faibles et impurs ont pu en déduire que Dieu n'existait que parce que nous voulions
00:21:20y croire.
00:21:24Mon ami, l'ignorance se démontre moins par les choses qui sont et dont la raison nous est inconnue que
00:21:32par celles qui ne sont point.
00:21:34Et dont nous trouvons la raison.
00:21:36Car non seulement nous ne possédons pas les principes qui mènent au vrai, mais nous en avons d'autres qui
00:21:43s'accommodent très bien avec le faux.
00:21:51Monsieur la maire, restera-t-il à dîner ?
00:21:53Fait-il ?
00:21:53Dans votre servante.
00:21:55Bah qui y a-t-il ?
00:21:56Le dîner !
00:21:57Eh bien !
00:21:58Désirez-vous des asperges ?
00:21:59Oh, j'en raffole.
00:22:02J'en raffole.
00:22:03Moi aussi.
00:22:04Ça, au beurre, qu'elle dit.
00:22:07Oui, je préfère à l'huile.
00:22:08Au beurre, elle garde de leur fermeté.
00:22:10Et à l'huile, le goût en sort davantage.
00:22:12Mais elle se digère tout aussi bien au beurre.
00:22:15Ma nièce ne les apprécie qu'à l'huile.
00:22:17Bon, que dois-je faire ?
00:22:19Une moitié à l'huile, une moitié au beurre.
00:22:25Je connais bien votre manière, savez-vous.
00:22:27Jamais rien de véhément.
00:22:29Votre impertinence est des plus doux à peine visibles.
00:22:32Point d'éclat, point de taca.
00:22:33Que si ce papa fait des idées les plus terribles, les plus terribles.
00:22:37Je ne professe point d'idées.
00:22:40Je constate et je souris.
00:22:43C'est bien suffisant.
00:22:45Vous vous mettez tous sans en avoir l'air.
00:22:47Voilà la vérité.
00:22:48Raisonnement, raisonnement.
00:22:49C'est votre unique défense.
00:22:50Moi, je maintiens qu'il est mauvais de raisonner sans cesse.
00:22:53Que c'est le moyen le plus insidieux de s'écarter peu à peu
00:22:55du chemin qui nous a été tassé.
00:22:57Par qui ?
00:23:01Vous voyez, vous raisonnez encore.
00:23:04Je vais me demander si toutes mes parrières ne seront jamais suffisantes
00:23:06pour votre salut.
00:23:09Et si ?
00:23:27Les asperges, toutes à l'huile.
00:23:39Non, non, dites-moi à l'entrée du jardin.
00:23:59Enfin, vous voilà.
00:24:01Nous n'attendions que vous pour souper.
00:24:05Attendez, nouvelle de ce bon abbé Chalon ?
00:24:07Il est à nouveau sur pied, si l'on peut ainsi dire, de quelque chose de rond.
00:24:13Vous ne cessez de le redoyer.
00:24:15Je ne demande ce qu'il vous a fait.
00:24:16Il me fait peur.
00:24:21Le voilà !
00:24:28Chère Fontenelle, je ne crois pas vous avoir présenté Isabelle.
00:24:32La fille de ma soeur du comte d'Ella Torre.
00:24:34Elle est arrivée de Florence la semaine passée.
00:24:39Ah ! Des asperges !
00:24:48On dit, monsieur, que vous n'avez pu résister à un mot cruel
00:24:50dont l'abbé Chalon fut l'innocente victime.
00:24:52La cruauté n'est pas ma façon, monsieur.
00:24:55Mais si cela est vrai, ce que j'ai dit semble avoir remis les asperges à la mode.
00:25:02Monsieur le philosophe,
00:25:03il paraît que vous refusez de croire à l'amour.
00:25:07Qu'en plaît-il ?
00:25:08N'est-il point vrai que l'amour existe ?
00:25:13J'avoue qu'à sept minutes, je ne doute plus.
00:25:19On m'a dit une charmante désentrée
00:25:21qui vous concerne, chère Fontenelle.
00:25:23À quelqu'un qui souhaitait faire un placement d'argent,
00:25:26il a été déconseillé de le faire sur votre tête,
00:25:28sauf à fond perdu,
00:25:29car vous rajeunissez en vieillissant.
00:25:32L'autre jour, j'ai voulu faire déplacer un meuble de famille,
00:25:34un vieux secrétaire qui avait toutes les apparences du neuf.
00:25:38Eh bien, à peine l'a-t-on touché, qu'il s'est effondré.
00:25:40Il était vermoulu.
00:25:44Vieillir me fait peur.
00:25:46Pour les femmes, la disgrâce des sens, c'est une horrible chose.
00:25:52Sottise.
00:25:53Pour éviter à nos sens de vieillir,
00:25:55il faut veiller à leur fonctionnement régulier,
00:25:58les entretenir en quelque sorte.
00:26:00À suivre vos conseils, on tomberait vite dans l'excès, il me semble.
00:26:03L'homme de qualité sait tempérer ses audaces.
00:26:07Je crains, mademoiselle, que nos discours vous ennuient.
00:26:11Les vôtres, vous voulez dire ?
00:26:15Quand la beauté et la jeunesse s'accordent si magnifiquement,
00:26:18a-t-on envie d'entendre des propos desséchés ?
00:26:22A-t-on d'ailleurs envie d'entendre quoi que ce soit ?
00:26:24Les paroles retardent toujours les actes.
00:26:27Oh non, ce n'est pas possible.
00:26:30Grand-pense, votre nièce ?
00:26:32Elle va vous le dire elle-même, baron Grimm.
00:26:34Je ne suis pas encore à me laisser des conseils que l'homme me donne.
00:26:38Ce qui n'empêche pas d'en faire le tri.
00:26:40De reconnaître la vérité dans ce qui est généreux, sensible, dévoué.
00:26:45En un mot, dans ce qui vient du cœur.
00:26:48Tous les êtres possèdent un cœur, me direz-vous.
00:26:51Eh bien non.
00:26:52La science nous le cache encore, mais certains en sont réellement dépourvus.
00:26:57Vraiment ?
00:26:58J'en connais personnellement.
00:26:59Dans quelques contrées lointaines, je pense.
00:27:01Point du tout, ici même.
00:27:02Nous direz-vous.
00:27:04À quoi bon ? Il s'est déjà reconnu.
00:27:12Je suis résolu à faire à l'académie une communication sur l'intelligence de l'asperge.
00:27:22qui est un légume particulièrement savoureux, mais aussi commande à manger.
00:27:28En somme, fait pour nous plaire.
00:27:31Mais avec une discrétion qui en chante.
00:27:34Il suffit d'ailleurs de savoir comment poussent les asperges.
00:27:39Elles passent la tête.
00:27:41Pour d'abord voir si elles ne dérangent pas.
00:27:47Et puis alors, se sachant attendues, elles viennent.
00:27:53Tout entière.
00:27:58Aucun autre légume ne possède cette élégance.
00:28:04À vrai dire, monsieur, ça n'est pas précisément sur l'académie et les asperges qu'on vous attendait.
00:28:08Sur quoi d'autre ?
00:28:10Eh bien, sur ce qu'affirme monsieur de Vallière.
00:28:12L'absence de cœur.
00:28:14Vous avez dû mal entendre.
00:28:16Comment cela ?
00:28:17Monsieur de Vallière pense que cela n'existe pas parce que le cœur, comme le cerveau, sont des organes qui
00:28:23lui sont encore étrangers.
00:28:25J'ai cru comprendre que pour l'instant, il ne s'intéressait qu'à la partie comprise entre la hanche
00:28:30et le genou.
00:28:37Bénissons l'esprit, monsieur. C'est lui qui vous tuera.
00:28:41Alors ne songez plus à l'académie.
00:28:43Vous voilà déjà immortel.
00:30:09On dirait que la musique vous est soudainement supportable.
00:36:02les principes qui réjouissent l'univers,
00:36:04alors j'ai imaginé des conversations
00:36:06avec une marquise le soir
00:36:09dans le parc d'un château.
00:36:12Je rêvais d'un ouvrage ni trop sec
00:36:15ni trop léger,
00:36:17mais il se peut bien qu'en cherchant
00:36:18un juste milieu qui convainc tout le monde,
00:36:21j'en ai trouvé un qui ne convienne à personne.
00:36:24Les justes milieux
00:36:26sont impossibles à tenir.
00:36:28On ne m'y prendra plus.
00:36:31C'est pourtant grâce à vous
00:36:32que les femmes prennent plaisir à la science.
00:36:35Beaucoup d'hommes ne vous le pardonneront jamais.
00:36:40Enfin,
00:36:41l'aveu que vous m'avez fait
00:36:42me dispense désormais
00:36:44de me montrer jalousie
00:36:45vers votre marquise.
00:36:46Je vous demande pardon.
00:36:49J'ai parlé de la jalousie.
00:36:52J'avoue,
00:36:53ignorez ce que c'est.
00:36:54Je vous crois.
00:36:56Il n'y a que les femmes pour savoir.
00:37:00Allons-nous.
00:37:00Je ne suis pas tout à fait honnête.
00:37:03Pardon ?
00:37:05Cette marquise,
00:37:07je ne l'ai pas entièrement inventée.
00:37:10Je me suis inspiré d'une personne réelle.
00:37:14Qui ?
00:37:16Une dame de ma province,
00:37:19auprès de laquelle beaucoup pensaient que j'étais...
00:37:23assidu.
00:37:24L'étiez-vous ?
00:37:27Je fais en sorte que mes manières
00:37:29fûtent toujours honnêtes
00:37:30et obligeantes.
00:37:33Les jeunes gens n'entendent plus cela.
00:37:36Le seul intérêt des jeunes gens
00:37:38est de fuir les sentiments.
00:37:42Enfin, monsieur,
00:37:44fuir les sentiments,
00:37:47l'étranges conseils.
00:37:49Quelle importance.
00:37:51On reconnaît les bons conseils
00:37:52à ce qu'ils ne sont jamais suivis
00:37:53et les mauvais à ce que tout le monde
00:37:55s'est hâté de les précéder.
00:37:59Je ne vous ai que trop retardé, monsieur.
00:38:01Aurais-je prononcé quelques paroles
00:38:03pour vous déplaire ?
00:38:05La nuit est fraîche, soudainement.
00:38:08Elle est fort douce, au contraire.
00:38:12Je porte de prendre voie.
00:38:15Je m'en voudrais donner ton point attentif
00:38:16à votre santé.
00:38:25Le troisième acte commence
00:38:27par une scène entre
00:38:29la marquise et Dubois.
00:38:34Buvez.
00:38:37C'est brûlant.
00:38:40Vous vous souciez moins
00:38:41du chaud et du froid
00:38:42dans certaines maisons que je connais.
00:38:46Je dois écrire une lettre.
00:38:49Allez.
00:38:57Oh.
00:39:05C'est chaud.
00:39:28Ah ben, mon pauvre ami,
00:39:29vous voilà dans un triste état.
00:39:31À cause de l'humidité
00:39:32de votre jardin.
00:39:34Que me dites-vous là ?
00:39:36Que les faiblesses arrivent
00:39:37par où on ne les attend pas.
00:39:40Ma nièce
00:39:41m'a chargée de vous remettre
00:39:42cette lettre.
00:39:43Elle vous remercie
00:39:44d'être restée
00:39:45pour l'écouter chanter.
00:39:46Ah.
00:39:48Je crois avoir bien agi
00:39:49en exigeant
00:39:50qu'Isabelle s'installe chez moi.
00:39:52Elle ne pouvait rester
00:39:53à Florence plus longtemps.
00:39:54Sa mère n'aurait jamais trouvé
00:39:55sur place remède à son mal.
00:39:57De quel mal
00:39:58souffre-t-elle donc ?
00:39:59De quoi voulez-vous ?
00:40:01L'amour, mon ami.
00:40:03L'amour.
00:40:06Isabelle a connu
00:40:07il y a peu
00:40:08le revers d'une passion
00:40:09qu'elle croyait partager.
00:40:10Elle a surpris
00:40:11celui qui lui avait juré
00:40:12sa flamme
00:40:12dans les bras d'une autre.
00:40:14Enfin,
00:40:15quand je dis dans les bras,
00:40:16j'espère que vous me comprenez.
00:40:18Ma sœur s'est alarmée
00:40:19car la santé d'Isabelle
00:40:20donnait des signes d'inquiétude
00:40:21après cette pénible déconvenue.
00:40:24on ne saurait compter
00:40:25le nombre de fois
00:40:26où Isabelle a été surprise
00:40:26en larmes.
00:40:28Sans parler
00:40:29de ce jour pas si lointain
00:40:30où elle a voulu
00:40:31se jeter dans la rivière.
00:40:33Enfin !
00:40:34J'ai arraché ma nièce
00:40:35à son tourment
00:40:36et la voilà guérie.
00:40:39Je vous vois fatiguée
00:40:41chère Fontenelle.
00:40:42Vous dites ?
00:40:44Ah oui.
00:40:46L'amour.
00:40:51Me pardonnerez-vous, monsieur,
00:40:53un comportement
00:40:54aussi ce qu'inexplicable
00:40:55alors que vous me faisiez
00:40:57la faveur
00:40:57de votre immense savoir.
00:41:00Il me faudra bien
00:41:02du courage
00:41:02pour réparer
00:41:03devant vous
00:41:04alors même
00:41:05que je ne saurais
00:41:06et me résigner
00:41:06à ne plus vous voir.
00:41:29je ne sais pas
00:41:31Assy, Assy, Assy, Assy producers,
00:41:32Allez !
00:41:51Mademoiselle ?
00:41:53Mademoiselle ?
00:41:53Monsieur de Fontenelle m'a chargé de vous remettre ceci.
00:42:18Ah ! Monsieur de Fontenelle !
00:42:21Je suis bien l'aise de vous revoir.
00:42:23Monsieur Diderot et Monsieur d'Alembert disaient à l'instant que vous étiez leur maître.
00:42:26Ce n'est pas un mince privilège, madame, que d'être née avant tout le monde.
00:42:31Mademoiselle, vous avez retrouvé de bonnes mines.
00:42:34Mademoiselle sera ravie de vous revoir.
00:42:37Au juste moment, Mademoiselle.
00:42:39Cette jeunesse nous donne le vertige.
00:42:47Qu'il me soit permis de saluer l'esprit le plus libre et le plus avancé de notre temps.
00:42:55Monsieur d'Alembert, vous me faites trop d'honneur.
00:42:58Notre encyclopédie vous est sans foire de vables.
00:43:01Vous verrez que mon âge finira par me rapporter.
00:43:10Je ne suis point de ces hommes qui exhibent des certitudes.
00:43:15Mais je sais que c'est par la connaissance et le raisonnement que le monde sortira des ténèbres.
00:43:20Nos articles lui ouvriront les yeux et nos souscripteurs ne seront pas que des lecteurs.
00:43:25Comprenez-vous, ils transmettront, ils témoigneront.
00:43:31Monsieur de Fontenelle !
00:43:35On me dit que vous ne ménagez point votre peine pour nous soutenir.
00:43:38Soyez-en mille fois remerciés.
00:43:40Ce premier volume de votre encyclopédie me ravit, monsieur Diderot.
00:43:45C'est une vaste entreprise.
00:43:47Trop vaste, peut-être.
00:43:48En tout cas, elle vous apportera peu de satisfaction.
00:43:52Les hommes tels que vous sont faits pour les grandes aventures et la règle des 3D.
00:43:59J'ignore cette règle.
00:44:02Déconvenue, difficulté, découragement.
00:44:05Eh bien, j'en ajoute un quatrième.
00:44:07Défile.
00:44:08Je veux le relever.
00:44:09Vous avez raison.
00:44:11Il était tombé assez bas ces derniers temps.
00:44:19Charmant tableau.
00:44:21Lequel se tient l'autre ?
00:44:22Oh, Diderot préférera toujours Fontenelle à Voltaire.
00:44:25Il vaut caresser un chat qu'un scorpion.
00:44:36Monsieur de Fontenelle !
00:44:39Vous me voyez confuse.
00:44:41Oh, je veux vous assurer que l'idée que vous avez de moi n'est pas la bonne.
00:44:44Mais puisque je n'ai rien vu...
00:44:46Oh, le jour où vous m'avez surprise, mon mari m'avait insultée.
00:44:52Imaginez mon trouble.
00:44:53Comment le pourrais-je, madame ?
00:44:55C'est parce qu'il m'avait infligé cet affront que je me suis vengée de lui.
00:44:59Imagine que pareille vengeance vous coûte énormément.
00:45:04Personne n'est mort d'avoir été infidèle, n'est-ce pas ?
00:45:06Certains m'aiment vivre, madame.
00:45:09Mon mari m'a traité de catin.
00:45:13Pourtant, j'ai éprouvé de l'affection et de la tendresse pour tous les hommes qui m'a été donné
00:45:17de connaître.
00:45:18Dans ce cas, madame, ce n'est pas une insulte, c'est de la reconnaissance.
00:45:22Un peu de fraîcheur, un peu de fraîcheur me fera du bien.
00:45:34Quelle situation, monsieur ?
00:45:37Comment cela ?
00:45:38Ce rendez-vous que vous m'avez fixé dans les plus grands secrets.
00:45:41À la suite d'une lettre de vous et votre tante qui me l'a remise, croit encore que vous
00:45:48m'adressiez de simples remerciements.
00:45:51Je vous devais des excuses.
00:45:53J'ose à peine imaginer ce que vous avez pensé de moi après cette soirée.
00:45:56Mais ce que j'ai pensé dans l'instant n'a rien à voir avec ce que je crois désormais.
00:46:02Que voulez-vous dire ?
00:46:05Que sans l'évocation d'un sentiment qui vous tourmente, plus qu'il ne faudrait,
00:46:10je n'aurais pas assisté à un départ qui ressemblait à une fuite.
00:46:18Vous savez donc, je suis moins forte que je le pense.
00:46:23Je crois oublier, je ne fais qu'enfuir.
00:46:26Il est vrai et je crois que ce sera là ma plus grande gloire.
00:46:31Par quelle force faut-il donc être habité ?
00:46:34Je ne vois rien de banal dans les mouvements du cœur, mais j'ai préféré m'en garder.
00:46:40Comme si nous avions les choix.
00:46:42Nous l'avons.
00:46:44Il ne faut jamais chercher qu'à simplifier sa vie.
00:46:48Pour ma part, j'ai voulu faire l'économie d'histoire d'amour
00:46:51qui m'eussent les sépantelants.
00:46:54Je me connais trop bien.
00:46:56Mais vous avez aimé, monsieur.
00:46:58Il avait été en retour.
00:47:00Soutiendrez-vous le contraire ?
00:47:02C'est un sujet bien personnel, pour qui déteste parler de soi.
00:47:07Ainsi donc, vous pourriez tout connaître de moi
00:47:09et ne rien me confier en retour.
00:47:13Qui, mon existence, intéressera-t-elle ?
00:47:17Moi.
00:47:19Et pourquoi je vous prie ?
00:47:25Je ne sais.
00:47:27Ou plutôt, pour la première fois,
00:47:31je le sentimente d'être comprise.
00:47:35Nous nous connaissons peu, il est vrai,
00:47:37et pourtant,
00:47:39il me semble que nous avons déjà partagé un peu de notre vie.
00:47:45Vous ne voulez donc rien me dire ?
00:47:48Un jour.
00:47:50Quel jour ?
00:47:52Un prochain jour.
00:47:55Protégez-vous des secrets.
00:47:59C'est avec pareil raisonnement que ma petite-nièce prétend que tout m'a réussi.
00:48:04Je crains que l'affliction qu'elle me porte
00:48:07me fasse voir de travers.
00:48:10En quoi aurait-elle tort ?
00:48:11Oh !
00:48:12Il suffit de regarder de quelle manière j'ai parcouru le chemin.
00:48:16Quand j'ai voulu embrasser la carrière d'avocat dans ma ville natale,
00:48:20j'ai perdu la seule affaire qui me fut confiée.
00:48:22Quelle importance ! Vous aviez la poésie !
00:48:25Je ne lui ai donné plus qu'elle ne m'a rendue.
00:48:29Je fais mine aujourd'hui d'être détaché,
00:48:31mais je sais à quel point les détracteurs avaient raison.
00:48:34Mes ouvrages ne faisaient qu'imiter
00:48:36ce que l'on représentait de pire sur les théâtres.
00:48:40L'Académie vous a pourtant accepté ?
00:48:43Après quatre tentatives,
00:48:45ils auraient su que j'allais vivre vieux,
00:48:47qu'ils me faisaient attendre davantage.
00:48:51Vous êtes un grand savant.
00:48:53Sans la lecture de vos ouvrages,
00:48:55aurais-je du goût pour les sciences
00:48:57et aurais-je commis...
00:48:59Quoi donc ?
00:49:00Un petit traité.
00:49:03Un petit traité.
00:49:06Deux remarques plutôt sur la réfraction de la lumière.
00:49:09Aurais-je l'honneur de les lire ?
00:49:11Accepteriez-vous en échange
00:49:13de m'enseigner l'observation des étoiles ?
00:49:16Je suis trop mal habile.
00:49:18L'observation des...
00:49:19Isabelle !
00:49:20L'observation des étoiles, oui.
00:49:22Je ne m'y entends guère enseigner quoi que ce soit.
00:49:25Isabelle !
00:49:26Allons, acceptez-vous.
00:49:28Quel entêtement !
00:49:29Isabelle !
00:49:30Soit, soit.
00:49:33Quel était cet air que vous chantiez ?
00:49:37La, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la...
00:49:41C'est un air qu'on chatte à Florence
00:49:43et qui parle d'amour.
00:49:46Isabelle !
00:49:53Qui sait à quel instant
00:49:54de la succession des générations animales
00:49:56nous en sommes ?
00:49:58Qui sait si ce bipède déformé
00:50:00qui n'a que quatre pieds de hauteur,
00:50:02qu'on appelle encore un homme,
00:50:03et qui ne tarderait pas à perdre ce nom
00:50:05en se déformant un peu davantage
00:50:08n'est pas l'image d'une espèce qui passe ?
00:50:11Diderot est merveilleux.
00:50:12C'est grâce à des hommes comme lui
00:50:13que le monde va s'ouvrir.
00:50:15Le monde !
00:50:15Vous rendez-vous compte ?
00:50:17Qui puis-je ?
00:50:18Nous allons découvrir tant de choses nouvelles.
00:50:20Comme j'ai hâte et comme j'ai envie.
00:50:22Mon fils,
00:50:23les envies sont inutiles
00:50:25quand on peut tout avoir.
00:50:26Qui sait si tout ne tend pas à se réduire
00:50:27à un grand sédiment
00:50:29inerte et immobile ?
00:50:31Qui sait quelle sera la durée
00:50:33de cette inertie ?
00:50:34Qui sait quelle race nouvelle
00:50:40peut résulter d'un amas
00:50:42aussi grand de points sensibles
00:50:44et vivants ?
00:50:52Il sera plus aisé d'enseigner
00:50:54la mécanique
00:50:55que la tolérance.
00:50:57Sans doute.
00:50:58Il le faudra pourtant.
00:51:01C'est peut-être là
00:51:02notre véritable dessin.
00:51:03Certes.
00:51:05Mais l'homme,
00:51:06mais l'homme,
00:51:07il avance
00:51:08et il recule.
00:51:09Vous ne le changerez pas aisément.
00:51:11Je ne suis pas pessimiste.
00:51:14Des soirs comme celui-là,
00:51:16moi non plus.
00:51:22...
00:51:29...
00:51:31...
00:53:01...
00:53:39Je sais que, quand on se comporte ainsi dans sa 95e année, c'est que la déraison est à l
00:53:46'œuvre.
00:53:49Vous ne dites rien, bien sûr.
00:53:56Eh bien, mon oncle, que faites-vous là ?
00:54:00J'attends.
00:54:02Vous attendez ?
00:54:03Oui, une jeune personne qui doit me montrer certains traités qu'elle a commis.
00:54:11Et resterez-vous là jusqu'à son arrivée ?
00:54:14À vrai dire, elle ne viendrait que plus tard.
00:54:18Mais je tenais à m'assurer que tout était en place.
00:54:25J'attends.
00:54:40Vous n'oserez jamais me dire qu'est ce plat ?
00:54:46Vous n'acceptez que juste de l'impunité que l'âge me confère pour vous dire la vérité ?
00:54:52Votre étude est fort judicieuse et le style à votre image, pur et sensible.
00:54:58Pensez-vous, monsieur ?
00:55:01Mon souci de vivre selon des règles simples m'invite à toujours penser comme je dis.
00:55:12Je ne vois toutefois guère ce qu'il y aurait maintenant à vous apprendre sur l'observation des étoiles.
00:55:22Pardonnez-moi, monsieur, si je me suis mal faite entendre.
00:55:25En fait, ma tante ne possède pas des lunettes astronomiques.
00:55:29Et vous voudriez ?
00:55:31Venir étudier chez vous.
00:55:34Mais...
00:55:37La nuit ?
00:55:39Naturellement.
00:55:41Mais si cela est votre souhait, je vais vous rendre votre excellente étude.
00:55:48Il y a d'autres choses dont vous m'avez promis de m'instruire.
00:55:54Ah, je ne vois pas.
00:55:56Comment avez-vous si vous détachez de l'amour ?
00:56:01Alors, monsieur, souvenez-vous de votre promesse.
00:56:07Comprenez mon embarras.
00:56:08Qu'y a-t-il d'embarrassant ?
00:56:10Rien.
00:56:11Eh bien...
00:56:15On se dévoile toujours trop.
00:56:18Quel danger !
00:56:19Il ne faut pas raconter sa vie.
00:56:22Après, les gens vous demandent des comptes.
00:56:26Ils estiment que je la les regarde.
00:56:31Alors ?
00:56:32Eh bien, dans ma dix-septième année, une jeune fille de quinze ans, une lointaine parente, était venue passer la
00:56:40belle saison chez nous.
00:56:42Un soir, quand nous nous promenions, j'ai osé lui donner un baiser.
00:56:48Dans son regard, j'ai vu une confiance qui m'a ému bien plus que le baiser lui-même.
00:56:57Cet instant de grâce n'a été gâché par aucune parole.
00:57:03C'est la seule fois de ma vie où j'ai ressenti quelque chose.
00:57:08N'avez-vous jamais revu cette jeune fille ?
00:57:12Je n'ai pas voulu.
00:57:15C'est pour cela que je ne l'ai jamais oublié.
00:57:18Mais après ?
00:57:21Ce souvenir a suffi à me garder des ravages du cœur.
00:57:26Elle ne point fixer le mien.
00:57:28Ce qu'il me fallait, je l'ai trouvé.
00:57:32La sérénité de complicité aimable et bien vécue.
00:57:37Pour le reste,
00:57:40regardez le calendrier.
00:57:43Vous verrez qu'il faut à l'amour bien du talent pour résister.
00:57:47En lieu et place de l'émerveillement perpétuel,
00:57:51vous trouverez l'exactitude et la régularité des jours.
00:57:56un vertige.
00:58:00Il faut que la présomption domine
00:58:02pour répondre favorablement à la seule question qui vaille.
00:58:08m'aimerez-vous encore demain ?
00:58:16J'aimerais qu'il m'arrive quelque chose d'heureux.
00:58:21Pourquoi est-ce si difficile ?
00:58:24Ça ne doit pourtant pas demander à Dieu un effort bien considérable.
00:58:29Qu'espérez-vous ?
00:58:31Qu'espérez-vous ?
00:58:33Ce que vous avez refusé.
00:58:35Vous vous y êtes déjà brûlée.
00:58:38Mais comment, enfin, pourrait-elle voir autrement sa vie
00:58:41qu'accordée à celle de l'homme qui sera l'aimée ?
00:58:44T'en ai fait une croyance assez répandue,
00:58:47en dépit des dégâts qu'elle cause.
00:58:50Vous parlez comme un impie.
00:58:52Ne mêlez pas Dieu à cela.
00:58:54Le diable, alors ?
00:58:55T'es souvent son homme d'affaires.
00:58:57Pour ne pas vous déplaire,
00:58:59il faudrait donc renoncer.
00:59:01Le cœur ne doit pas faillir.
00:59:05Souhaitez-vous cela pour moi ?
00:59:07Ne cherchez-vous point de conseil ?
00:59:10On ne se marie pas avec la solitude.
00:59:13N'est-ce pas préférable à un homme
00:59:15qui serait indigne de vous ?
00:59:17Vous possédez assez d'intelligence
00:59:19pour être jamais seul.
00:59:21Vous n'avez pas envie de connaître
00:59:22cette chose exquise et rare
00:59:24qu'on nomme liberté
00:59:26et de jouir par la même
00:59:28de cette autre merveille
00:59:29qu'on appelle la paix ?
00:59:32Je dois partir.
00:59:38Regardez,
00:59:39le soir est déjà tombé.
00:59:40En effet.
00:59:48Bonsoir, monsieur de Fontenelle.
00:59:52N'aimez-vous pas mon prénom ?
00:59:54Vous ne le prononcez jamais.
00:59:57Je vous l'apprivoige.
01:00:06Je voudrais ne pas me rappeler
01:00:07votre conseil, monsieur.
01:00:09Mais peut-être est-il déjà trop tard.
01:00:23Bonjour, Françoise.
01:00:25Comment un autre homme ce matin ?
01:00:26Comme hier, madame.
01:00:27Et comme avant-hier.
01:00:28Il s'entonne,
01:00:29se fait raser et poudrer
01:00:30une heure durant,
01:00:31exige des rubans
01:00:32à son habit.
01:00:33Et il ne ressent plus
01:00:34aucune douleur.
01:00:35Il prétend même
01:00:36que son ouïe
01:00:37ne l'a jamais fait souffrir.
01:00:38Voulez-vous mon avis ?
01:00:40Monsieur se moque de nous.
01:00:43Et le pire,
01:00:44c'est que son appétit
01:00:46a redoublé.
01:00:47Il redemande de tout.
01:00:49J'en suis à me demander
01:00:50si c'est la signe
01:00:51de bonne santé
01:00:51ou de quelques dérangements.
01:01:12Et je ne saurais vous dire
01:01:13à quelle heure il se couche.
01:01:15Pense-t-il seulement à dormir ?
01:01:17C'est-il encore où est sa chambre ?
01:01:19Excusez-moi.
01:01:20Excusez-moi.
01:01:20Je veux dire ce qu'il y a.
01:01:21Et non, maintenant, madame.
01:01:44Je me demande
01:01:45s'il ne confond pas
01:01:46la nuit et le jour.
01:01:47Lui qui ne s'est jamais agité
01:01:49de sa vie,
01:01:50on dirait que rien va assez vite.
01:01:52Mathieu et Simon
01:01:52se plaignent
01:01:53de ce qui les a transformés
01:01:54en courants d'air.
01:01:55Tout ça n'est pas bon, madame.
01:01:57Je vous le dis.
01:02:25Les visites de la jeune Isabelle
01:02:27semble avoir sur vous
01:02:28un effet souverain, mon oncle.
01:02:33Êtes-vous inquiète ?
01:02:34Non, point.
01:02:35Mais vous qui avez toujours accueilli
01:02:37avec la même humeur tranquille
01:02:38les gens et les choses,
01:02:41il semble que la jeune Isabelle
01:02:42puisse se flatter
01:02:43de provoquer le changement
01:02:45dans vos habitudes.
01:02:46Je suis attentif à ses travaux.
01:02:49Elle entend la science à merveille
01:02:51et pratique le raisonnement
01:02:52et la déduction
01:02:54comme peu de gens.
01:02:57Voudriez-vous que je fusse absent
01:02:59quand l'intelligence,
01:03:00la finesse,
01:03:01l'esprit et la beauté
01:03:03se sont donnés rendez-vous ?
01:03:06Je vous assure
01:03:07qu'il m'est plus agréable
01:03:08d'écouter
01:03:09et de regarder Isabelle
01:03:11que tous les académiciens
01:03:13sont bien réunis.
01:03:19L'autre jour,
01:03:21chez la marquise de Villemin,
01:03:22une femme qui devait
01:03:23pas voir dans les 40 ans,
01:03:25se mise à nous observer
01:03:27comme si elle s'inquiétait
01:03:28qu'Isabelle
01:03:28fût si jeune
01:03:29ou que je fût si vieux.
01:03:33Quelle tristesse
01:03:34que de se trouver
01:03:35entre deux âges.
01:03:38Vous avez changé, mon oncle.
01:03:41En bien ?
01:03:43C'est comme...
01:03:45Pardonnez-moi,
01:03:46j'allais dire une sottise.
01:03:48Allez, allez.
01:03:51Eh bien, c'est comme si,
01:03:52soudainement,
01:03:53vous vous découvriez
01:03:54un cœur.
01:04:23Je vous ai blessé,
01:04:24je suis impardonnable.
01:04:28Je suis confuse.
01:04:32Quelle étrange glisserie,
01:04:34cet air frais.
01:04:37Il est possible
01:04:38que cela porte un nom.
01:04:40ne le prononcez pas.
01:04:55Quand on me demande,
01:04:56eh bien, monsieur,
01:04:57comment va votre encyclopédie,
01:04:59j'ai l'impression
01:05:00qu'on me transperce le cœur.
01:05:02Voulez-vous la vérité ?
01:05:03Nous sommes persécutés
01:05:04par des coquins
01:05:04qui espèrent de nous
01:05:05la résignation.
01:05:07Et Voltaire qui nous conseille
01:05:08d'aller continuer
01:05:08en pays étranger.
01:05:09Mais quelle idée
01:05:10se fait-il donc du courage ?
01:05:12Oui, nous continuerons,
01:05:14mais à poursuivre nos ennemis
01:05:16et nous retournerons
01:05:17à notre profit
01:05:18la bêtise de nos censeurs.
01:05:20Il est heureux
01:05:21de vous entendre parler
01:05:22ainsi, monsieur Diderot.
01:05:23D'Alembert disait ici même
01:05:25l'autre soir
01:05:25que vous vous sentiez découragé.
01:05:27D'Alembert subit plus que moi
01:05:29les assauts des imbéciles.
01:05:31Mais il est vrai
01:05:32que le repos me tente.
01:05:35Je rêve parfois
01:05:36d'une vie tranquille
01:05:37au fond de ma province
01:05:40alors tout s'apaiserait
01:05:42et je pourrais voir
01:05:43dans les cœurs
01:05:44un peu d'innocence.
01:05:47Mais il faut être utile
01:05:48aux hommes
01:05:51et travailler.
01:05:53Je me demande pourtant
01:05:54si l'on fait pas autre chose
01:05:55que les amuser.
01:05:58Quelle différence y a-t-il
01:05:59entre le philosophe
01:06:00et le joueur de flûte ?
01:06:01On ne peut changer les hommes, monsieur.
01:06:03Et tantôt ils se tourneront
01:06:05vers votre philosophe,
01:06:06tantôt ils préféreront
01:06:07le joueur de flûte.
01:06:09Vous croirez entendre
01:06:10monsieur de Fontenelle ?
01:06:11Votre remarque me flatte, monsieur.
01:06:14Moi, je crois que les hommes
01:06:15sont faits de plusieurs
01:06:15petits récipients.
01:06:17Celui de la raison,
01:06:18celui de l'imagination,
01:06:20celui de l'esprit.
01:06:21Et qu'il y a aussi
01:06:22une grande marmite
01:06:24de pure bêtise.
01:06:26Ah !
01:06:27Voilà bien la preuve
01:06:28que tous les êtres
01:06:29ne se ressemblent pas.
01:06:30et que pour certains
01:06:31d'entre eux,
01:06:32le destin n'est plus
01:06:33que dans la grande marmite.
01:06:37Eh bien, moi,
01:06:38j'avance que tous
01:06:38les êtres humains
01:06:39doivent être considérés
01:06:40de la même façon.
01:06:42Vous ne pouvez quand même
01:06:43pas prétendre
01:06:44qu'ici même,
01:06:44nous sommes tous pareils.
01:06:46Et laissez donc
01:06:46le Seigneur seul juge
01:06:48de ce que nous sommes
01:06:50et de ce que nous allons.
01:06:52De qui parlez-vous ?
01:06:54Je suis surpris, monsieur,
01:06:56de ne pas vous avoir
01:06:56entendu blasphémé plus tôt.
01:06:59Mais voulez-vous
01:07:00que je me rattrape ?
01:07:02Taisez-vous.
01:07:05Je vais vous dire
01:07:05ma manière de penser,
01:07:07monsieur.
01:07:09Ah !
01:07:09Le châtiment est terrible.
01:07:13Je veux vous entendre
01:07:14en confession
01:07:15au plus tôt.
01:07:16En confession.
01:07:25On dit, mademoiselle,
01:07:26que vos travaux
01:07:26sont du plus grand intérêt.
01:07:28Monsieur de Fontenelle
01:07:29me prodigue des encouragements.
01:07:31Je voudrais y joindre les miens.
01:07:33Et...
01:07:34voudrais tout autant
01:07:35que vous ne refusiez pas
01:07:36que je vous entende chanter.
01:07:37Je ne peux, monsieur.
01:07:39Il n'y a personne
01:07:39pour tenir le clavecin.
01:07:41Si ?
01:07:43Moi ?
01:08:13Sous-titrage ST' 501 sides
01:08:142
01:08:43Musique
01:08:44Musique
01:09:32Nel, à ce temps matinal !
01:09:34Je dois voir votre nièce pour lui remettre ceci.
01:09:39Elle est sortie. Mais pourquoi avez-vous pris vous-même la peine de...
01:09:43Où est-elle ?
01:09:43Monsieur Diderot est venu la chercher.
01:09:46Voulez-vous me confier ce que vous avez là ?
01:09:49Je la peux attendre.
01:09:51À tantôt.
01:10:03Mais enfin, monsieur le Fontenelle, puisque je vous dis que monsieur Diderot n'est pas là !
01:10:06Où est-il alors ?
01:10:07Ah il est, pour vous dire sincèrement, il est...
01:10:09Où est-il là ?
01:10:10Le lieu, je l'ignore monsieur, mais il est...
01:10:12Avec une personne.
01:10:14Et que font-ils ?
01:10:15L'avez-vous vue, cette personne ?
01:10:17Ah, celle-là non, je ne l'ai pas encore vue.
01:10:19Enfin, vous avez bien une idée.
01:10:21Elle doit être jeune, non ?
01:10:24Jeune et belle.
01:10:26Elles sont toutes jeunes et belles, monsieur.
01:10:28Je vais l'attendre.
01:10:55Mais c'est Fontenelle !
01:10:57Mais qui a-t-il ?
01:11:00Je n'ai que peu de choses à vous dire, monsieur.
01:11:04Ce que vous faites...
01:11:05Oui.
01:11:08Ce que vous faites est...
01:11:11Elle est...
01:11:12Incomplet.
01:11:14De quoi parlez-vous, non ?
01:11:16De votre encyclopédie.
01:11:20Qu'a-t-elle d'incomplet ?
01:11:22Vous n'y traitez point.
01:11:23Des passions.
01:11:24Du sentiment.
01:11:30Qu'avez-vous à rire ?
01:11:32C'est vous, monsieur de Fontenelle, qui parlez de sentiments.
01:11:35Ah, et puis faites quoi que vous voulez.
01:11:36Cela m'apprendra à donner des conseils.
01:11:38Eh bien, une colère du paisible Fontenelle, l'événement est unique.
01:11:42C'est un honneur.
01:11:42J'envie vos emportements.
01:11:44J'aimerais vous ressembler.
01:11:46Permettez que je vous renvoie le compliment.
01:11:48Mais vous n'êtes pas sérieux.
01:11:49Qu'est-ce donc que je possède qui vous manquerait ?
01:11:52Du courage.
01:12:12...
01:12:14...
01:12:15...
01:12:45Qu'avez-vous ?
01:12:47Rien.
01:12:50Vous semblez vous ennuyer ?
01:12:53Non, point du tout.
01:12:58Je crois que j'abuse de votre bonté.
01:13:00Ce n'est pas un peu d'intérêt pour un savant comme vous.
01:13:08Vous ne dites rien ?
01:13:11Que pense M. Diderot de vos observations ?
01:13:15Ma tante vous a dit.
01:13:17Il m'a fait l'honneur de trouver de l'intérêt à ce que je fais.
01:13:26Est-ce là ce qui vous contrarie ?
01:13:32C'est moi en effet qui devrais l'être.
01:13:35Yarnet vous partit alors que je chantais ?
01:13:38Non, vous avez bien d'autres oreilles pour vous entendre.
01:13:43Vous êtes de méchante humeur tout cela par ma faute.
01:13:47Aurais-je dû refuser l'invitation de M. Diderot ?
01:13:50Il s'est montré aimable et fort enjoué.
01:13:53Il n'en doute point.
01:13:55Reprenez vos observations.
01:14:04Pensez-vous que je ne puis oublier certains conseils ?
01:14:08Si M. Diderot a charmé mon esprit,
01:14:11mon corps, lui, n'a pas failli.
01:14:13Il aura été retardé en route.
01:14:15Vous croyez donc que je ne vous dis pas la vérité ?
01:14:19Pour ce que de bien connaître la vérité,
01:14:21je crois disposer d'une certaine avance.
01:14:23Bien inutile, je vous rassure.
01:14:27Les mises en garde que je vous ai adressées
01:14:29sont aujourd'hui dérisoires, dérisoires.
01:14:32Qui avait-il de dérisoires ?
01:14:34À vouloir m'épargner erreurs et souffrances ?
01:14:39Ce soir, je ne vois que trop la vanité de mes propos.
01:14:44Pas d'impulsion du cœur, du raisonnement.
01:14:50Je suis laissé entraîner à penser
01:14:52que ce qui m'avait si bien convenu
01:14:55devait vous convenir aussi.
01:14:58Voilà les paroles d'un homme
01:15:00qui toute sa vie a peu changé de place
01:15:05et qui en a tenu si peu.
01:15:11J'ai promis à M. Diderot
01:15:12d'aller lui rendre visite chez lui.
01:15:16Mais...
01:15:19J'aimerais continuer à étudier auprès de vous.
01:15:23Vous aimeriez, mais vous ne le souhaitez point.
01:15:29Je vous comprends mal.
01:15:31Vous cherchez à me dire que vous voulez votre liberté.
01:15:35Vous me blessez, monsieur.
01:15:37Je crains de vous blesser aussi.
01:15:40Cela arrive quand on vise juste.
01:15:43J'ai de l'amitié pour vous.
01:15:45J'ai pensé cette amitié partagée.
01:15:48Mais les parts étaient inégales.
01:15:51J'aurais dû le savoir.
01:15:53Vous entrez dans la vie quand je ne me décide pas à en sortir.
01:15:57Alors...
01:15:57Mon cœur est honnête, monsieur.
01:15:59Je serai toujours heureux d'avoir connaissance de vos travaux.
01:16:03Nous nous verrons chez votre tante,
01:16:05si toutefois vous y paraissez encore,
01:16:07ce dont je doute.
01:16:09Pourquoi cela ?
01:16:10Parce que votre tête, votre esprit, votre corps seront ailleurs.
01:16:14Ils y sont déjà.
01:16:16On ne peut pas songer les hommes.
01:16:18Vous-même l'avez reconnu.
01:16:21Il est si pénible de dire adieu.
01:16:24Je voudrais vous éviter cet embarras.
01:16:27Ce soir...
01:16:30Vous êtes là pour la dernière fois.
01:16:33Et je l'ai su avant vous.
01:16:37J'insisterai, pour vous voir revenir,
01:16:40que je forcerai votre compassion.
01:16:44Ce serait me renier.
01:16:49Monsieur Diderot s'est montré enjoué.
01:16:51Dites-vous.
01:16:55Il sera donc libertin, quand vous le croirez galant.
01:16:59Vous serez ainsi rassurés en pensant que l'esprit l'emporte.
01:17:03Nous préférons toujours abdiquer dans le confort.
01:17:06C'est à cela qu'on reconnaît nos défaites ordinaires.
01:17:09gold.
01:17:24J' crimine de l'emporte sur le mont reproductif.
01:17:26Je suis pour ça.
01:17:26C'est à cela qu'on manufacturer Michel.
01:18:00Monsieur Delamotte est philosophe profond.
01:18:04Philosopher, c'est rendre à la raison toute sa dignité.
01:18:07Vous serez plus agréable de vous entendre lire La princesse de Clèves.
01:18:13Mais vous connaissez ce roman par cœur.
01:18:16Le mot est juste.
01:18:20Madame Geoffrin vous rend visite.
01:18:23Bonjour ma bonne amie.
01:18:25Que se passe-t-il ?
01:18:26Je vais vous expliquer.
01:18:30Votre avis me sera précieux.
01:18:32C'est au sujet d'Isabelle.
01:18:35Depuis un an, à peine l'ai-je vue sortir au matin de la maison et rentrer fort tard.
01:18:39Je sens bien tous les reproches qui peuvent m'être faits.
01:18:42Je ne me suis point alarmée, sachant comme elle se passionne pour les sciences.
01:18:47Mais je connais aujourd'hui les raisons de sa conduite.
01:18:50Eh bien, monsieur Liderot a fait se rencontrer ma nièce et l'un de ses libraires.
01:18:55Ce jeune homme est l'un de ceux qui continue à soutenir l'encyclopédie.
01:18:58Mais il part s'installer en Flandre, à Lille, et il a demandé Isabelle en mariage.
01:19:04Je ne sais que faire, mon bon ami.
01:19:07Vous qui lui fûtes si précieux.
01:19:09Qui l'avait aidé à sortir de son tourment par l'étude de la philosophie.
01:19:12Vous devez me conseiller.
01:19:16Lille.
01:19:17Très belle ville.
01:19:27Néanmoins, il ne se rebute à pointe encore.
01:19:30Il fit tout ce qu'il put pour la faire changer de dessin.
01:19:36Des années entières s'étant passées,
01:19:38le temps et l'absence ralentirent sa douleur
01:19:42et éteignirent sa passion.
01:19:45Madame de Clair vécue d'une sorte
01:19:47qui ne laissa pas d'apparence
01:19:49qu'elle put un jour revenir.
01:20:14Notre visite m'a enchanté.
01:20:18Je suis heureux de vous recevoir à Lille.
01:20:22Tout au service de la librairie.
01:20:25Je sais ce que je vous dois, monsieur.
01:20:27Je chercherai toujours de quelle façon
01:20:29vous exprimer ma reconnaissance.
01:20:32Je n'aurai plus à chercher longtemps, je pense.
01:20:35Que voulez-vous dire ?
01:20:37Mon âge a fini par me rattraper.
01:20:40Vous vous portez à merveille.
01:20:44J'étais venue dans l'espoir que vous m'y pardonnerez.
01:20:48Je n'ai pas un remarqué d'offense.
01:20:50Je préférais vous entendre dire
01:20:52que je m'étais montrée en grade.
01:20:54Nous ne sommes pas assez parfaits
01:20:56pour être toujours affligés.
01:21:01Travaillez-vous en ce moment ?
01:21:03J'étudie notre langue française.
01:21:07Sujet inépuisable.
01:21:10Je m'étonne toujours de ce que tant de choses
01:21:13puissent loger dans si peu de mots.
01:21:18Regardez, il n'en faut que deux
01:21:20pour dire que le temps
01:21:22n'est pas à notre disposition.
01:21:25Et c'est des mots ?
01:21:27Trop tard.
01:21:36Algo à mes sèvres.
01:21:57je ne chante plus monsieur et pourtant chaque fois que j'aimerais le faire je pense à vous
01:22:19c'est ça
01:22:21c'est ça
01:22:40Rentrez, il fut encore vrai.
01:23:05Vous avez raison, j'allais ne dire.
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