- il y a 4 heures
Interview ou reportage d'une émission cinéma produite par CANAL+ autour d'un film disponible sur CANAL+ ou sortant en salles, un événement ou une actualité du 7ème Art
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TVTranscription
00:00Personne de Savy Nebou avec Romain Duris.
00:03Alors Romain, c'est un voyage qui est à la fois un voyage intérieur
00:07et puis une vraie aventure.
00:09C'est-à-dire qu'il est à la fois à la découverte de la Thaïlande,
00:12tout à fait autrement qu'à travers les circuits touristiques,
00:14et puis l'histoire de cette relation qui se construit
00:17entre ce père adoptif et ce petit garçon qui revient.
00:21C'est cette émotion particulière qui vous a intéressé dans ce film ?
00:25Oui, et puis comme vous dites, le voyage, le road movie,
00:28sans beaucoup de mots, c'est la première fois
00:29que je fais un personnage aussi taiseux,
00:31il y a une vraie liaison d'attitude
00:35où vraiment on est au départ comme des étrangers
00:37puisque l'enfant avait visiblement choisi plutôt la maman,
00:41la mère adoptive, qui n'est plus là au départ, au début du film,
00:44et du coup avec le père, il y a quelque chose d'assez maladroit,
00:47assez étranger, et à intervalles réguliers dans le film,
00:51ils vont se rapprocher, c'est en voulant le protéger
00:53que je vais comprendre peut-être ce qu'est la paternité,
00:56c'est un bel apprentissage chez chacun de nous
01:01d'une liaison forte qui va se finir avec de l'amour.
01:04On sait assez peu de choses de ce personnage de Thomas,
01:07de son passé, de ce qui lui est arrivé avant,
01:10comment est-ce que vous voulez, imaginez-vous ?
01:12C'est quelqu'un qui travaillait beaucoup,
01:14qui est pris pas mal par le travail,
01:17et qui a décidé d'adopter avec sa femme,
01:21et moi ce qui m'a le plus demandé de travail,
01:23c'est de me mettre justement dans la peau d'un homme et d'une femme
01:27qui ont décidé d'adopter,
01:30et je me suis rendu compte pour avoir lu plein de témoignages,
01:32j'ai vu pas mal de films sur le sujet,
01:35que c'est pas juste un désir d'avoir un nouvel être à la maison,
01:39ça devient vraiment quelque chose, une décision qui est viscérale,
01:43et à partir du moment où on a déclenché ce choix,
01:47on a beaucoup de mal à revenir en arrière.
01:49Donc voilà, la disparition de la maman adoptive
01:52va pousser cette quête de ce père vers la mère biologique.
01:56– Et j'imagine que la difficulté de l'exercice
01:58dans ce genre d'histoire et de films,
02:00c'est d'abord de ne pas céder à la miévrerie,
02:03ou au pathos.
02:04– Tout le temps, à chaque plan, à chaque moment,
02:06on s'empêchait, on se regardait avec le metteur en scène,
02:09et c'est sur un fil, parce que si on joue trop grave,
02:12ça ne marche pas.
02:14Et donc je préférais jouer le personnage perdu,
02:16le personnage qui se trompe,
02:18le personnage vulnérable, fragile,
02:20que la sensation un peu mièvre.
02:23– Mais vous avez un truc que peu d'acteurs ont, Romain,
02:26vous avez une espèce de gravité légère,
02:29c'est-à-dire que quand on vous voit à l'écran,
02:31souvent on pleure dans vos films,
02:33je dois vous dire que vous m'avez fait souvent pleurer au cinéma,
02:35et en même temps, vous le faites avec une espèce de légèreté,
02:37elle vient d'où ?
02:38– Je pense que c'est un décalage,
02:40c'est une façon de se décaler du drame,
02:43je veux dire, elle vient de choses personnelles,
02:45de comment vivre les passages dramatiques,
02:48je veux dire, une espèce de petite distance.
02:51– De politesse ?
02:52– De politesse, de pudeur sûrement,
02:54de ne pas envoyer la lourdeur,
02:58de la tristesse de ce qu'on vit.
03:00Je pense que la retenue, elle est assez belle.
03:02– Et dans la vie, vous êtes comme ça ?
03:03– En tout cas, elle convient pas mal au cinéma.
03:04– Dans la vie aussi, vous êtes comme ça ?
03:06– Ou c'est au cinéma ?
03:07– Dans la vie, je m'en sors plus avec le rire,
03:08donc je fais un choix,
03:10c'est peut-être plus actif que le personnage.
03:13– Vous le disiez, il y a quelques instants,
03:15il y a peu de dialogue,
03:16le personnage est assez taiseux,
03:19il y a en plus la barrière de la langue,
03:21est-ce que ça vous aide de jouer un personnage empêché,
03:24comme il l'est ?
03:25– Moi, j'adore les pères empêchés,
03:28vulnérables, fragiles,
03:29qui se cherchent,
03:30qui apprennent vraiment quelque chose pendant le film.
03:33– Ouais, je cherche ça,
03:36j'ai beaucoup plus de mal à faire des papas bien cadrés,
03:38avec des principes,
03:39le patriarche qu'on connaît,
03:41qu'on a croisés dans les années 80.
03:44– Je préfère…
03:45– Il pense en me regardant.
03:47– Non, non, mais voilà.
03:48– C'est vraiment ce que j'y pensais, tu vois.
03:49– C'est marrant.
03:50– La paternité vous rattrape au cinéma,
03:52mais il semblerait quand même que les réalisateurs
03:54aiment vous projeter dans des rapports un peu contrariés,
03:58je cite le règne animal,
04:00la part manquante ou nos batailles.
04:01Comment vous l'analysez ?
04:03– Je ne sais pas, moi, je l'analyse,
04:06je choisis des papas qui me touchent, encore une fois.
04:10En tout cas, je suis toujours heureux de voir
04:12que c'est des relations vraiment folles, en fait,
04:15parce que les moments qu'on partage
04:17avec les enfants de tous âges,
04:20Paul Kircher, qui joue dans le rôle animal,
04:22c'est devenu un ami très très très proche.
04:25Donc à chaque fois, ça fait des rapports
04:28auxquels je ne m'attendais pas.
04:29– Et ça a été quel bascule pour vous ?
04:30Parce qu'on vous a découvert,
04:32vous étiez l'adolescent, en tout cas le jeune adulte,
04:35au moment où on a commencé à vous proposer des rôles de père,
04:37on se dit quoi ?
04:37On se dit « Waouh, j'ai vieilli »
04:39ou « Waouh, c'est vraiment super,
04:40c'est des nouveaux rôles qui s'offrent à moi ».
04:41– Ça s'est fait vraiment petit à petit,
04:43à intervalles assez réguliers.
04:45On m'a proposé de jouer des papas
04:47avant d'être père moi-même,
04:49donc il a fallu imaginer la chose.
04:53Ouais, donc il n'y a pas eu un choc brutal de « ça y est,
04:57j'ai des poils blancs à la barbe, je suis bien ».
04:59Ça s'est fait vraiment régulièrement
05:01et à chaque fois avec bonheur, vraiment.
05:03– Mais c'est un autre registre de jeu,
05:04vous vous êtes dit « tiens ».
05:05– C'est rempli, on cherche souvent,
05:07enfin moi je cherche souvent à ce que le corps soit rempli.
05:11Être père, c'est, je ne sais pas pour tout le monde,
05:14mais moi ça me remplit.
05:15Et quand je le joue au cinéma, c'est rempli,
05:18c'est jamais vide en fait.
05:20– Face à vous, il y a ce petit garçon
05:21qui a 4 ans jusqu'au moment du tournage
05:23et au silence extrêmement cinématographique,
05:27on parlait tout à l'heure en coulisses
05:29de cette star quality qu'il a,
05:31il est là, il est à l'image quoi.
05:33– Il est totalement magique, ouais.
05:34Non, il était étonnant, c'est-à-dire que
05:36je ne sais pas ce qu'il se racontait,
05:38mais parfois il était en avance sur nous quoi.
05:40C'est-à-dire qu'il n'était pas toujours au courant
05:43de l'issue de la scène
05:44qu'il nous la proposait naturellement.
05:47Et il allait chercher des émotions,
05:49mais c'est ce que disait le metteur en scène,
05:51c'est qu'il a une âme qui n'a pas d'âge.
05:53Il a l'impression d'avoir totalement pigé
05:54le processus de faire du film
05:57et il était tout le temps vrai.
05:59– Oui, mais vous dites souvent
05:59que vous aimez bien avoir des contacts
06:01quand vous tournez un film avec vos partenaires,
06:03vous échangez beaucoup.
06:04Là, au contraire, il fallait garder…
06:06– Ouais, là on avait la chance
06:07de tourner en ordre chronologique,
06:08donc au départ on était vraiment comme des étrangers
06:10et on n'a jamais cherché le contact en fait.
06:13C'est évidemment au fur et à mesure des journées de tournage
06:15où on a créé une relation,
06:16mais je m'empêchais de jouer avec lui,
06:19je parle de jouer, jouer au jeu quoi, hors champ.
06:22– Et à la fin du film, vous l'avez adopté pour de bon ?
06:24– Non, c'est dur les fins, parce que je sais comment c'est les fins.
06:28On s'arrache, il faut bien rentrer, on se quitte quoi.
06:32C'est pas facile ce moment-là.
06:34Donc encore, avec toute humilité, on s'est dit au revoir.
06:37– Mais j'ai trouvé aussi que dans votre relation,
06:39ça se jouait beaucoup par les silences, les gestes, etc.
06:42C'est quel genre de dialogue pour vous, le silence au cinéma ?
06:47– Je dirais que ça dépend avec qui il est partagé.
06:50On joue pas le même silence face à Nilsa Restrup que face à Ma Pring.
06:55Ouais, il est tout le temps différent, le silence.
06:56Il peut y avoir de la gêne dans le silence.
06:59Là, il n'y a jamais eu de gêne, c'est une espèce d'entente, finalement.
07:02– C'est ça qui est étonnant, parce que j'allais vous poser la question,
07:04pourquoi vous, quand vous vous taisez, tout d'un coup c'est du cinéma,
07:07moi, si je me tais, on me regarde, c'est chiant en fait.
07:10C'est une vraie question que je me posais pendant le film.
07:12Je me disais, c'est fou, Romain Duris se tait, c'est du cinéma.
07:15– Dans un film.
07:17– Ben, regardez là, il est face à nous,
07:19moi, je suis dans un film.
07:21– Vous aussi.
07:22– Non, c'est quoi le secret, Romain ?
07:23– Non, non, il n'y a pas de secret, là, vraiment, par rapport à ce personnage.
07:27Mais c'est peut-être ce que je vous disais tout à l'heure,
07:29d'apprendre à être rempli, à être…
07:33Je ne dis pas que vous êtes…
07:34– Non, mais si, allez-y, vraiment.
07:35– Moi, je ne vous connais pas.
07:37Mais être rempli par la mission du personnage,
07:41ce qu'il a traversé, il a traversé un deuil.
07:44Bon, il n'y a pas un moment où je me sentais creux ou vide, quoi.
07:47– On parle souvent des silences au cinéma,
07:49mais quid des silences à la télévision ?
08:01– Là, tout le monde s'est barré, déjà.
08:04– Ça a perdu.
08:05– J'ai le sentiment, mon cher Romain,
08:07on se croise depuis quelques années maintenant,
08:09que vous vous minéralisez avec l'âge.
08:14– Minéralisez.
08:14– Minéralisez.
08:15– Je vais le dire, ça.
08:17– Cinq syllabes.
08:19Vous en êtes conscient, vous vous en rendez compte ?
08:21C'est quelque chose qui peut vous servir consciemment
08:24dans votre jeu ou pas ?
08:25– Non, mais je ne comprends pas complètement encore
08:28ce que ça veut dire.
08:28Je le comprendrai peut-être ce soir ou demain.
08:30– Non, mais j'entends par minéraliser,
08:32vous voyez, le jeune Gabin opposé au vieux Gabin
08:34ou Coluche d'avant de Chao-Pantin,
08:37et puis d'un seul coup…
08:37– Vous voulez dire que j'ai pris de l'âge ?
08:38– Oui, mais pas de la densité, de la…
08:43– Le rocher, quoi.
08:44Il vient de vous traiter de rocher, à peu près.
08:46– Ok.
08:47– Je ne vous ai jamais traité de rocher.
08:49– C'est ça, c'est pas ce que ça veut dire.
08:50– C'est absolument pas ce que ça veut dire.
08:51– Minéraliser, ça veut dire se transformer en rocher.
08:53– Ça peut être de l'eau minérale, ça peut être…
08:54– Non, le vin, ouais.
08:55– Alors, un autre personnage du film, évidemment,
08:57c'est la Thaïlande.
08:59Vous l'avez découvert en même temps que le film
09:00ou c'est un décor que vous connaissez ?
09:02– J'étais déjà allé, mais pas dans l'or,
09:05où on a été, dans des endroits assez sauvages,
09:08la frontière birmane, c'est extraordinaire, c'est puissant.
09:12Il faut aimer la montagne.
09:13– Et la végétation.
09:14– La végétation et la roche rouge.
09:16La roche et les rouges.
09:17– Et les bêtes qui piquent aussi, non ?
09:19– Je n'ai pas fait gaffe, on n'a pas le temps.
09:23Les conneries, on n'a pas le temps.
09:25– Bon, alors ça s'appelle « Fils de personne »,
09:27le film de Safi Mabou, qui a touché toute la rédaction
09:30de cette émission, et je vous en félicite une fois de plus,
09:32mon cher Romain.
09:33– Merci.
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