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  • il y a 2 jours
Alors que l'affaire lyhanna continue de plonger la france dans une crise politique
nous continuons ce matin d'approfondir le sujet des violences sexuelles avec notre invitée



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00:00Alors que l'affaire Liana continue de plonger la France dans une crise politique,
00:04nous continuons ce matin d'approfondir le sujet des violences sexuelles
00:07avec notre invitée Mathilde Sacoccio, qui est membre du collectif Nous Toutes sur la Côte d'Azur.
00:13Bonjour Mathilde Sacoccio.
00:14Bonjour.
00:15La France est bouleversée par l'affaire Liana, du nom de cette collégienne de 11 ans, tuée dans le Gers.
00:19Est-ce que vous craignez que ça arrive chez nous, dans les Alpes-Maritimes ?
00:23On sait que ça peut arriver partout en France.
00:27C'est un fléau qu'on dénonce depuis des années.
00:29Donc, c'est pas impossible.
00:31C'est pas impossible, d'autant quand on voit ce chiffre, 500 procédures par an,
00:36enregistrées par le parquet de Nice pour des faits de violences et agressions sexuelles sur mineurs.
00:41Oui, on sait également que l'année dernière, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de
00:46l'homme
00:46pour mauvais traitement des plaintes pour viols sur mineurs.
00:50C'est parce que les magistrats ne font pas assez bien leur travail ou qu'ils n'ont pas le
00:54moyen de le faire ?
00:55Parce que pour ces 500 procédures, il n'y a que 5 magistrats spécialisés pour les traités à Nice.
01:01Oui, je pense que c'est plutôt une question de moyens.
01:05D'ailleurs, les syndicats de la magistrature alertent depuis des années le gouvernement aussi
01:08sur les difficultés de traitement des dossiers.
01:12Donc, non, je pense plutôt que c'est une question de moyens et de manque de magistrats.
01:16Pourtant, le président de la République affirmait la semaine dernière
01:19ne vouloir entendre aucun argument de moyens dans cette affaire.
01:23Est-ce qu'on peut encore espérer un électrochoc après cette affaire, Liana, quand on entend ces propos-là ?
01:30Je l'espère au niveau national des Français.
01:35Ces derniers jours, j'ai envie de dire, la France entière s'est mobilisée par rapport à cette affaire.
01:40Il ne faut pas baisser les bras, il faut continuer à se mobiliser avec nous tout au long de l
01:43'année.
01:45Il serait temps qu'il en prenne conscience.
01:46On sait très bien qu'en 2023, la civisme aussi a fait plus de 80 recommandations auprès de l'État
01:51pour lutter contre ce fléau.
01:53Aujourd'hui, on sait aussi que 75% de ces recommandations ne sont toujours pas appliquées ou mises en place.
01:59Donc, il serait temps que le président en prenne conscience.
02:01Il y a des dossiers non traités et aussi des dossiers considérés comme maltraités par les victimes.
02:06Par exemple, cette maman azuréenne qu'on a entendue dans le journal de 7h,
02:10obligée par la justice de faire garder sa fille par son ex-conjoint alors qu'elle le soupçonne de viol.
02:15Ça arrive souvent, ce genre de situation ?
02:19Malheureusement, oui.
02:20C'est quelque chose...
02:21On récolte beaucoup de témoignages.
02:23Et c'est quelque chose qu'on entend très régulièrement.
02:26On sait aussi que ça peut être inscrit sur des ordonnances du magistrat.
02:30Vraiment, si le parent, dans ces cas-là, la plupart du temps, la mère ne remet pas l'enfant au
02:35père,
02:35elle se verra retirer la garde.
02:38Je ne sais pas dans quelle mesure ce n'est pas encore plus traumatisant pour un enfant qui est victime
02:42de viol.
02:44Je veux bien éventuellement soupçonner d'être victime de viol,
02:47mais est-ce que le placement n'est pas en trauma supplémentaire, voire pire ?
02:50Mais du coup, derrière tout ça, on ne peut quand même pas priver un père de son enfant alors qu
02:56'il n'est que soupçonné.
02:57On l'a dit.
02:58Il y a un vide juridique par rapport à ça.
03:00Il n'est pas condamné, le père, dans ces cas-là ?
03:03Oui, mais en fait, j'ai envie de vous dire, la sécurité de l'enfant prime dans ces cas-là.
03:06Il doit bénéficier du doute, selon vous, finalement ?
03:10L'enfant ?
03:10Oui.
03:11Oui, moi je pense que l'enfant, dans ces moments-là, on a trop d'affaires, en fait,
03:15où finalement la justice s'est rendue compte que l'enfant ne mentait pas,
03:18que la mère ne mentait pas, sauf que ça arrive des années plus tard,
03:22donc des années de destruction.
03:23Il y a des témoignages aussi par l'association Carles, une association assez connue,
03:28où il y a peu de temps, la présidente a témoigné de sa propre vie.
03:32C'est des vies détruites, en fait, derrière ça.
03:35Souvent, on ne croit pas les enfants.
03:37Comment améliorer le recueil de la parole de ces jeunes ?
03:43Souvent, on ne croit pas les enfants.
03:44J'ai envie de vous dire, déjà, les faire témoigner dans des lieux, dans des commissariats,
03:49c'est déjà traumatisant pour nous, adultes.
03:51J'accompagne très régulièrement des mères ou des femmes portées plainte pour violences conjugales.
03:59Déjà, le lieu n'est pas accueillant pour un adulte.
04:04Alors, un enfant, c'est encore pire.
04:07Les adultes ne sont pas non plus assez formés pour ça, voire pas du tout.
04:13Et encore une fois, je pense aussi qu'on ne veut pas croire l'enfant,
04:16parce que c'est tellement terrible ce qu'on entend.
04:18L'affaire Liana, tout le monde dit, mais c'est horrible, c'est terrible.
04:21Oui, c'est terrible, mais en fait, ça existe, et beaucoup plus que ce qu'on ne le croit.
04:25Donc, croyons plutôt ces mères, croyons plutôt ces enfants,
04:28plutôt de se dire, non, non, ça n'existe pas.
04:31Forcément, elles mentent parce que c'est trop horrible.
04:33Vous parlez des enfants, des mères, des femmes.
04:36Est-ce qu'on peut généraliser, en fait, tous ces mécanismes aux violences faites aux femmes de manière générale ?
04:42Oui, pour moi, c'est lié.
04:43C'est exactement pareil ?
04:45C'est lié parce que souvent aussi, malheureusement,
04:50ces femmes qui dénoncent des agressions sexuelles sur leurs enfants
04:57ont été aussi victimes de violences physiques et sexuelles de la part de leurs conjoints ou ex-conjoints.
05:04Dans l'affaire Liana et dans bien d'autres, il y a la question de la récidive qui revient souvent
05:08puisque le meurtrier présumé a été visé par plusieurs plaintes pour viol sur mineurs.
05:13On peut prendre d'autres exemples.
05:15Cet anti-bois, déjà auteur d'un féminicide placé en détention provisoire
05:18après la mort de sa femme, il y a eu Larissa aussi à Nice.
05:23Comment c'est possible que ça se répète encore et encore alors que vous alertez depuis des années ?
05:28Je vous avoue que c'est quelque chose qui me dépasse encore.
05:31Vous avez encore de l'espoir que ça s'améliore ?
05:34De l'espoir, oui, parce que je me dis que tant qu'il y a de la lutte, il y
05:37a de la vie et il y a de l'espoir.
05:39Mais c'est vrai que ça me sidère à un tel abandon de la part de l'État.
05:46C'est l'État que vous vous accusez aujourd'hui ?
05:48Oui, complètement.
05:49Qui ne met pas les moyens ou qu'il n'y a pas assez de lois ?
05:52Parce que le Premier ministre la propose de compléter la loi sur les violences sexuelles pour les enfants.
05:57C'est ça la bonne direction ?
06:02Créer des lois autant que vous voulez, mais venez sur le terrain, voyez les travailleurs sociaux en difficulté, voyez les
06:07commissariats en difficulté, venez dans les tribunaux, voir les magistrats en difficulté.
06:12Mettez du personnel, mettez plus de gens, mettez de la formation, mettez de la prévention en place dans les écoles.
06:18C'est vraiment sur les moyens qu'il faut agir aujourd'hui ?
06:21Mais est-ce qu'il y a cette prise de conscience au niveau des autorités ?
06:25Moi je pense que soit c'est un déni encore total, mais j'ai du mal à le croire avec
06:31toutes les recherches aujourd'hui qu'on a, tous les témoignages, toutes les sources qu'on a.
06:38Je me dis peut-être que c'est une volonté aussi de ne pas voir parce que les chiffres sont
06:43catastrophiques et parce que peut-être que ça arrange certains, parce qu'on se cache derrière ça.
06:50Petite question un peu plus personnelle si vous me permettez pour terminer.
06:54Pendant toute cette interview, il y a votre fils qui vous a écouté, qui vous a regardé à travers la
06:58vitre du studio, il semble très jeune.
07:00Vous pensez à lui par rapport à tout ce qu'on vient d'évoquer ?
07:03Bien sûr que je pense à lui. Je pense à lui parce qu'il est scolarisé et je sais qu
07:08'aujourd'hui un enfant sur dix est victime d'agressions sexuelles, donc il y en a trois par classe.
07:13Je sais aussi que 83-85% de ses enfants, ça se passe au sein de la sphère familiale et
07:20sinon c'est dans les établissements scolaires ou centres aérés.
07:24Donc bien sûr que je pense à lui, je pense à lui pour ça, je pense à lui aussi en
07:27tant qu'adulte.
07:28Je veux qu'il sache que c'est important de se battre pour nos droits.
07:31Je veux qu'il sache que la lutte féministe, c'est aussi dans l'intérêt des hommes.
07:35Je veux qu'il soit libre.
07:37Voilà, donc oui, je pense à lui.
07:39Votre voix, elle n'a pas tremblé pendant toute cette interview, sauf quand c'est la mère qui a pris
07:43la parole.
07:44C'est plus difficile à ce moment-là.
07:46Merci Mathilde Sacoccio, membre du collectif Nous Toutes sur la Côte d'Azur, d'avoir été notre invitée ce matin.
07:52Bonne journée.
07:53Merci à vous, au revoir.
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