00:00Alors bien sûr, vous ne l'avez pas mentionné, mais je fais actuellement une thèse d'endroit sur la question
00:03de la protection des enfants contre les violences sexuelles.
00:05Donc c'est pleinement mon sujet. Le traitement judiciaire de la libération de la parole, si je puis dire, à
00:10l'après, le post-sententiel.
00:12Et ce n'est pas simple, déposer plainte, accepter ses délais. Le traitement de cette parole, c'est le parcours
00:18de l'impossible.
00:19Vous avez de la chance aujourd'hui si vous êtes reconnu victime. Vous avez de la chance, si on vous
00:22rappelle, avant six mois.
00:23Au quotidien, je fais face à des parents, à des jeunes majeurs qui me disent « c'est normal, ça
00:27fait trois mois, ça fait six mois, ça fait trois ans, ça fait cinq ans ».
00:30Je voudrais avoir un mot aujourd'hui pour Irina. Ça fait cinq ans qu'elle attend que son agresseur, dont
00:34la justice a pourtant les vidéos, les viols, soit placé en détention.
00:39Il est libre aujourd'hui. Et cette jeune fille, elle a des troubles du comportement alimentaire, elle a tenté de
00:44se suicider, elle est scarifiée. Et ça fait cinq ans qu'elle attend.
00:47Elle a quel âge ?
00:48Elle a 15 ans.
00:4915 ans ?
00:5015 ans, oui.
00:50Et son agresseur est en liberté ?
00:52C'était son beau-père, oui.
00:53Son beau-père.
00:54Vous dites que les violences tuent l'enfance. Une agression sexuelle, ça tue, évidemment, une partie de l'enfant.
01:02Bien sûr. Moi-même, j'ai fait une tentative de suicide quand j'avais 14 ans, une semaine de coma,
01:06et je ne dois ma vie qu'à moi, puisque j'ai passé un appel qui m'a sauvé la
01:09vie.
01:09Quand vous êtes agressée sexuellement ou violée, si on parle crûment, vous avez envie de mourir.
01:15Parlons à une femme qui s'est faite agressée dans la rue, elle vous parlera de ses idées noires.
01:18Donc c'est déjà pas simple de vivre après, de retrouver un sens à la vie, de croire qu'il
01:22y a un avenir après cela.
01:24Imaginez encore si la justice ne vous croit pas, ne vous écoute pas.
01:27C'est la raison pour laquelle je fais ce doctorat, parce que je veux trouver les moyens et bouger les
01:32politiques publiques quant à cette question de la preuve.
01:35Parce que la preuve, le plus souvent on l'a, mais on refuse de la caractériser.
01:38La parole de l'enfant est une preuve si on sait la recueillir.
01:42Un enfant, selon la manière dont il vous parle, vous ne pouvez pas ne pas le croire, il ne peut
01:45pas inventer.
01:46Est-ce que vous pensez que ce drame de la mort de Liana peut faire réellement bouger les choses dans
01:51notre pays ?
01:51On voit que les politiques s'emparent du sujet, une inflation de propositions, de mesures à mettre en place.
01:58Écoutez, j'aimerais tellement, si je me trouve devant vous, c'est parce qu'il y a près de 5
02:01ans, j'ai pris la parole en espérant que mon petit frère ne soit pas mort pour rien.
02:04Alors j'aimerais tellement que la souffrance des parents de Liana soit la dernière, mais je doute fortement, oui.
02:10Et même si on ne voulait pas parler des présidentielles, je ne pense pas que dans les deux prochaines années,
02:14on aura vraiment la révolution que ce système de protection de l'enfant se mérite.
02:17Pourquoi ? Pourquoi on n'aura pas ça ?
02:19Parce qu'il faut beaucoup de moyens, beaucoup d'argent, et aujourd'hui, ce n'est absolument pas ce qui
02:23est attribué à ces questions.
02:24Parce qu'il faut aussi la volonté, moi je suis contre les théories complotistes, donc ce n'est pas du
02:27tout ce que je vais vous dire ici, mais il faut une volonté, il faut considérer que c'est une
02:31priorité.
02:32Combien est-ce qu'on a donné à l'écologie, à d'autres sujets, et combien est-ce qu'on
02:35donne aux enfants qui sont l'avenir de notre société ?
02:37Il y a une phrase qui dit que si on renonce à nos enfants, à leur protection, alors on renonce
02:42à notre avenir.
02:47Merci.
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