00:007h45 sur BFM Business et sur RMC Live, notre invité ce matin c'est Emmanuel Assoin.
00:04Bonjour, vous êtes secrétaire générale de l'autorité de contrôle prudentiel et de résolution.
00:09La CPR, gendarme des établissements bancaires et des compagnies d'assurance,
00:13vous êtes adossé à la Banque de France et d'ailleurs fait une partie de votre carrière à la Banque
00:16de France.
00:17Quand on dit contrôler les activités des établissements bancaires et de l'assurance,
00:21qu'est-ce que vous faites précisément de différent par rapport à l'AMF,
00:24par rapport à ce qu'impose la BCE, vous vous situez où ?
00:26Alors, merci beaucoup pour cette question.
00:28Nous sommes superviseurs des banques et des assurances.
00:31Ça veut dire quoi ?
00:32Ça veut dire que nous nous assurons que les banques et les assurances respectent bien les réglementations
00:39qui leur sont applicables et qui sont très diverses.
00:42Donc c'est des réglementations qui ont trait, bien entendu, à l'activité financière,
00:48mais qui vont beaucoup plus loin.
00:50Par exemple, c'est la gestion des risques opérationnels avec la directive d'ORA sur tout ce qui est cyber
00:57ou des exigences qui ont trait à la protection de la clientèle.
01:02Et bien entendu, au-delà de ça, on s'assure que les banques et les assurances
01:08prennent les bons virages en termes stratégiques,
01:11notamment en termes de technologie, de digitalisation,
01:14parce que ça fait partie de leur performance de long terme.
01:17Et on veut continuer à avoir des banques et des assurances performantes plus tard.
01:22Alors, les banques françaises, elles sont bien capitalisées,
01:25elles sont quand même assez puissantes.
01:28On n'a pas d'inquiétude sur la solidité du système bancaire français,
01:31mais on a des vents de face qui arrivent,
01:33alors que ça soit sur l'intelligence artificielle, sur les risques climatiques,
01:36sur la dérégulation américaine.
01:37Je commence avec le sujet mythos, dont on parle quand même aujourd'hui dans toutes les banques,
01:43avec cette annonce de dire qu'il y a des cyberattaques qui peuvent arriver de n'importe où.
01:47Comment vous regardez le dossier, sachant que toutes les banques n'ont pas eu accès à mythos,
01:50puisqu'aujourd'hui, la technologie, elle est réservée aux banques américaines.
01:53Il peut y avoir une distorsion, d'ailleurs, avec les banques américaines
01:56qui ont des filiales en Europe.
01:57Qu'est-ce que vous leur dites aujourd'hui aux banques ?
01:59Vous leur dites, allez regarder comment fonctionne mythos,
02:01trouvez un moyen parce que le danger arrive.
02:04Comment vous communiquez avec elles ?
02:05Alors, le risque cyber, pour nous, ACPR, Banque de France,
02:09et la sphère globale, les acteurs globaux de la stabilité financière,
02:13c'est vraiment en haut de notre agenda.
02:15C'est en haut de notre agenda depuis longtemps.
02:17Ça a été rehaussé à cause de la guerre russe en Ukraine,
02:20avec les attaques cyber qu'on pouvait supposer à cet endroit.
02:24Et puis là, il y a une nouvelle impulsion qui est donnée
02:27avec ces outils d'intelligence artificielle
02:29qui augmentent la capacité de protection, d'identification des vulnérabilités,
02:36le mythos que vous mentionnez,
02:39et donc qui est un outil très bon pour les défenseurs,
02:42pour régler un certain nombre de problèmes,
02:45mais qui, placé dans les mains d'attaquants malveillants,
02:49serait problématique, notamment vis-à-vis des institutions
02:53qui n'auraient pas pris les mesures adéquates au préalable.
02:56Alors, on est bien armé en Europe,
02:58parce que depuis longtemps et depuis début 2025,
03:02on a une réglementation qui s'appelle DORA,
03:05et qui enjoint les autorités, bien entendu d'une part qui est chargée
03:10de le faire respecter, mais aussi les institutions financières,
03:14d'avoir la bonne gouvernance, d'avoir la bonne gestion du risque cyber,
03:18de faire des tests d'intrusion pour vérifier qu'elles sont peu attaquables,
03:25et puis de faire le recensement des incidents
03:29et de tous leurs services qui sont fournis par des prestataires tiers,
03:35qui pourraient être des vecteurs plus importants de risque cyber.
03:38Donc vous dites que c'est gérable ?
03:39Donc c'est gérable.
03:40On a déjà un cadre,
03:42on a déjà toute une gouvernance associée au risque cyber,
03:46et on est organisé.
03:47Donc là, on a un défi d'accélération,
03:51d'augmentation de l'identification des vulnérabilités,
03:55de l'accélération des patchings,
03:57donc de tout ce qui est réparation de façon de plus en plus importante,
04:03de façon plus volumineuse et plus rapide,
04:05mais on est en mesure de le faire.
04:07La Banque Centrale Européenne qui supervise avec nous
04:12les banques les plus importantes de la zone euro agit.
04:15Nous agissons aussi pour alerter,
04:18nous assurer que les banques et les assurances...
04:21Il faut aller plus vite que les hackers, en fait.
04:22Exactement.
04:23C'est un trait de vitesse.
04:24On a la bonne gouvernance,
04:26on répare et on sera en mesure de se protéger.
04:30Et les banques et les assurances sont bien protégées.
04:32Il y a la question du crédit privé.
04:34Là, on a peut-être plus de crainte du côté des assureurs
04:37que du côté des banques.
04:38Est-ce que pour vous, c'est circonscrit aux États-Unis ?
04:41Est-ce que ça peut arriver du côté européen
04:44d'avoir des fonds qui ne peuvent pas sortir d'argent,
04:48des problèmes de liquidité ?
04:49Alors, le crédit privé, c'est très peu d'expositions au bilan des banques.
04:53Donc, 0,4 % de leur exposition.
04:55Il y a un point qui est important,
04:57c'est que ça augmente de façon assez exponentielle,
05:00puisqu'on a fait à peu près plus de 25 %,
05:01ne serait-ce que sur l'année 2025.
05:03Du côté des assurances à leurs actifs,
05:06c'est à peu près 1 % de leurs encours,
05:09de leurs expositions, de leurs actifs.
05:11Donc, ça reste très limité.
05:13Mais on a une problématique de bonne compréhension des enjeux
05:17parce qu'il nous manque des données.
05:19Ça fait partie des éléments qu'on ne collecte pas en termes de données.
05:22Et puis, c'est très protéiforme, le crédit privé.
05:24On peut avoir des expositions sur les entreprises
05:27qui sont financées par les crédits privés
05:29et par ailleurs par les banques.
05:30Il y a du crédit bancaire habituel.
05:32On peut avoir des financements des fonds eux-mêmes
05:34et puis on peut avoir du financement sur les investisseurs
05:36qui détiennent les fonds.
05:38Et pouvoir agréger tout ça,
05:40c'est avoir une bonne vision du risque crédit privé.
05:44On n'est pas sûr que cette vision consolidée
05:47soit encore la bonne.
05:49Néanmoins, le point principal pour nous d'attention,
05:52compte tenu des chiffres que je vous ai donnés,
05:541,2 % et 0,4, c'est minime.
05:57Le point d'attention, c'est que c'est plus important
05:59du côté des États-Unis.
06:00Et on sait que quand il y a des problèmes
06:02du côté des États-Unis,
06:04on en a fait les frais au moment de la grande crise financière,
06:07il y a des effets de bord et de la contagion
06:11qui peuvent impacter nos bilans.
06:13Mais est-ce qu'il faut ralentir ?
06:14Vous dites qu'on a fait plus de 25 %
06:15sur le crédit privé l'année dernière.
06:16Est-ce que c'est un secteur qui manque de régulation
06:19et que les gens comprennent mal,
06:21donc il faut arrêter ?
06:22Ou c'est un financement de l'économie parmi d'autres ?
06:24Il y a un financement de l'économie parmi d'autres
06:26qui permet de prendre de l'épargne
06:29et de financer notamment des secteurs technologiques.
06:34Ensuite, il faut pouvoir encadrer les risques,
06:37bien les gérer, bien les identifier
06:39et c'est ça qui est essentiel.
06:41En tant que superviseur, on ne dit pas
06:42qu'il ne faut pas prendre de risques.
06:44Il faut prendre des risques, c'est important
06:46en tant que banque et assurance,
06:47ça sert à ça, ces institutions financières,
06:50mais il faut pouvoir les gérer
06:51en toute connaissance de cause
06:53et mettre les bons fonds propres en face.
06:54Alors justement, gérer les risques
06:55en toute connaissance de cause
06:56sur le risque climatique, c'est complexe.
06:58Comment là, on travaille à l'ACPR ?
07:01Vous faites des modèles
07:02où vous regardez potentiellement
07:03à plus 4 des communes entières
07:05qui pourraient ne plus être assurées.
07:07Vous acceptez qu'on puisse
07:09ne plus complètement assurer
07:11des gens qui seraient trop en risque ?
07:13Comment vous regardez ça ?
07:14Alors, du côté de l'ACPR
07:15et de la Banque de France,
07:16on a été toujours très pionnés
07:18sur le risque climatique.
07:20En 2021, on a été les premiers
07:22à l'ACPR à faire un stress test climatique
07:25pour les banques et les assurances
07:27pour savoir comment les bilans
07:28allaient réagir sur du risque
07:31qui s'accumule sur 50 ans, par exemple.
07:34On a été les premiers à le faire.
07:36C'est une vision prospective
07:37parce qu'on n'a pas de statistiques
07:40qui nous permettent de faire
07:42des modèles habituels
07:43sur des comportements passés.
07:46Ce que ça donne,
07:47c'est que le risque climatique,
07:49que ce soit un risque physique,
07:51donc la survenance
07:53d'événements climatiques extrêmes
07:55ou des risques de transition
07:57liés à des politiques
07:59pour décarboner l'économie,
08:04c'est très significatif
08:06en termes d'impact macroéconomique
08:09à un horizon court,
08:11à un horizon de moyen terme.
08:13Pour vous donner une idée,
08:14on a fait des scénarios
08:15dans le cadre d'un réseau
08:16Banque Centrale.
08:18L'impact à court terme
08:19sur du 2-3 ans,
08:21c'est le même impact
08:21qu'un choc Covid
08:22quand on a un scénario de sécheresse
08:25puis un scénario d'inondation
08:27sur deux années successives.
08:29Et on ne peut pas écarter du tout...
08:30Et une fois qu'on sait ça,
08:30qu'est-ce qu'on fait ?
08:31Alors, ce qu'on fait,
08:32notre point,
08:33c'est d'avoir le bon diagnostic,
08:35la bonne exposition au risque
08:38pour chacun des établissements
08:39de crédit
08:40et des organismes d'insurance,
08:41une bonne identification,
08:43des plans de transition prudentiels,
08:46une bonne gestion,
08:47une bonne gouvernance de ces risques
08:49et la nécessité de développer
08:53tout ce qui est transition,
08:55financement de transition,
08:56mais aussi une attention forte
08:59à l'adaptation.
09:00Et peut-être un message
09:00plus particulier pour les assurances,
09:02vous mentionnez l'assurabilité,
09:05les primes augmentent,
09:06c'est aussi symptomatique
09:08de l'augmentation des sinistres.
09:09Il faut qu'on fasse davantage
09:11d'adaptation,
09:12davantage de prévention
09:13pour limiter cette pression
09:15à la hausse
09:15qui pourrait poser
09:16un problème d'assurabilité
09:17in fine.
09:18Merci beaucoup,
09:19Emmanuelle Achop,
09:19on est venu ce matin
09:20dans la matinale de l'économie.
09:21Merci.
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