00:00Monsieur Jean-Pierre Rosenberg, bonsoir. Vous êtes ancien président du Tribunal pour Enfants de Bobigny, auteur de la Justice et
00:06les Enfants.
00:07Vous avez présidé un tribunal pendant des années. Est-ce que vous avez vu déjà des affaires de cette sorte
00:13?
00:13Six procédures, des signalements et un homme jamais entendu ?
00:18Je n'ai pas personnellement rencontré de telles affaires, notamment au Tribunal pour Enfants.
00:24C'est plutôt des procureurs, comme Philippe Bilger, qui ont pu connaître ce type d'histoire.
00:31Mais tout le monde le dit, à juste titre, que ce n'est pas la première.
00:34Il y a eu effectivement nombre de dysfonctionnements.
00:39On rattrape souvent les choses, mais de temps en temps, tout dysfonctionne à tous les niveaux.
00:44Généralement, quand il y a un maillon qui dysfonctionne, l'autre le rattrape.
00:46Dans l'espèce, c'est que ça dysfonctionnait de partout.
00:49Ce mot dysfonctionnement, il choque les gens. Il est tout petit, finalement, pour expliquer ce fiasco, presque.
00:56Il nous choque aussi, si vous le voulez.
00:58Il faut qu'on essaie de comprendre et mettre un peu de rationalité.
01:03Comprendre ne veut pas dire excuser.
01:04Comprendre, ça veut dire à la fois voir ce qui s'est passé pour prévenir, pour que ça ne se
01:08réitère pas.
01:10Il faut savoir, par exemple, sur les violences sexuelles, et on y est pour quelque chose, pour un certain nombre
01:15d'entre nous,
01:15depuis 40 ans, on a contribué à libérer la parole des personnes qui étaient victimes, des femmes et des enfants.
01:20Chaque année, il y a 70 000 plaintes concernant des violences sexuelles faites aux enfants.
01:26Il faut les traiter. Il faut les traiter au niveau policier, au niveau judiciaire, au niveau de la magistrature, le
01:32parquet, le siège.
01:33Pas seulement avoir les personnes, mais avoir les personnes compétentes articulant leurs interventions.
01:36– Et quand vous étiez en activité, vous aviez déjà ce sentiment de débordement ?
01:41– Oui, c'est la grande difficulté du sujet. C'est que c'est une responsabilité collective.
01:46Dans le même temps où on a augmenté les moyens, personne ne peut nier, qu'on a augmenté de 4
01:50fois,
01:50sauf erreur de ma part, dans les 4 dernières années, 4 fois 8%, le budget de la justice.
01:54Quand j'étais jeune magistrat, Philippe Bilger le sait, nous étions 6 000.
01:57Aujourd'hui, il y a 9 000 magistrats.
01:59Le budget a singulièrement augmenté, et pourtant, il n'a pas augmenté à la hauteur du problème.
02:04D'abord, à la hauteur du besoin de justice, en général, des problèmes de sécurité,
02:10et de notre sensibilité aux affaires.
02:12Je vous donne un témoignage.
02:13J'ai rédigé, en 1983, la première circulaire interministérielle sur l'enfance maltraitée.
02:19Je n'ai pas pu y mettre le mot inceste.
02:21Non pas qu'on me l'ait interdit, parce que c'était tabou,
02:23mais on me disait que quand tu écris le mot inceste, qui va être signé par le Premier ministre,
02:27il faut définir une politique.
02:28Et nous ne sommes pas capables, en 1981, de définir une politique.
02:3140 ans plus tard, nous savons, ce que nous ne savions pas à l'époque,
02:34qu'il y a 3 millions de personnes qui disent avoir été victimes d'inceste,
02:39que nombre, très fréquemment, quand la parole est exprimée,
02:43elle n'est pas suivie de ce qu'il devrait être, c'est-à-dire une écoute,
02:46mais pas seulement une écoute sympathique, mais un traitement.
02:48Et là, dans cette affaire, d'évidence, moi ce qui me choque,
02:51c'est la troisième, sinon la quatrième affaire,
02:53où il était quasiment, les faits étaient sur table,
02:56une gamine de 11 ans, sauf l'heure de ma part.
02:57– La petite Rosa, qu'on a réveillée.
02:59– Excuse-moi, je ne vais pas entrer dans les détails.
03:00– Alors, elle porte plainte, et il y a un examen médico-légal assez rapide, c'est celle-là ?
03:04– Alors, elle porte plainte, elle est crédible, sa mère est crédible,
03:10et des examens, mais le soir même, logiquement, une instruction devrait être ouverte.
03:15Le soir même, une instruction devrait être ouverte.
03:18Et non pas, après, jouer au ping-pong et envoyer à bas, dans une autre affaire, etc.
03:22Les dysfonctionnements ont eu lieu.
03:23Alors, pourquoi ? Il faut essayer de le comprendre.
03:25Alors, volontairement, je prends du recul.
03:27Quand je dis ça, je n'excuse rien, j'essaie de comprendre.
03:29Mais quand vous mettez régulièrement sur un taux d'intervention qui est très élevé,
03:36vous changez de priorité toutes les cinq minutes.
03:38Un jour, c'est les narcotrafiquants, un jour, c'est la sécurité,
03:41un jour, c'est les violences sexuelles.
03:44Et il faut aussi mettre en œuvre les moyens des priorités.
03:47Et même, j'irais tendance à dire, il faut suivre l'exécution de ces instructions.
03:51C'est facile de donner les instructions ministérielles.
03:54Mais il faut réunir les conditions pour les mettre en œuvre.
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