00:00Je n'ai jamais connu de Johnny Hallyday.
00:04Je l'ai rencontré une fois, un peu bizarrement.
00:07J'étais en train de faire une conférence à Brest, dans une librairie.
00:10Et le soir, après le dîner, je suis rentré dans mon hôtel.
00:13Et dans cet hôtel, dans un coin tout seul, on fumait encore dans les hôtels à cette époque-là.
00:18Il y avait Johnny Hallyday qui était en train de fumer une cigarette et de boire un whisky ou quelque
00:22chose comme ça.
00:23On avait l'air bien triste, bien seul, et assez désespéré, donc un peu désespérant.
00:29Et c'est la seule fois où je l'ai vue, et je suis passé, et je suis allé me
00:33coucher, et voilà.
00:35Tout le monde connaît l'affaire Johnny Hallyday depuis.
00:37Alors évidemment, la veuve a été éplorée, on a mis en scène des choses formidables.
00:41Elle avait répété le baiser au cercueil.
00:43C'était très bien d'arriver avec deux enfants, et d'un seul coup, un, deux, trois, on se penche,
00:47on embrasse le cercueil, on fait un pas en arrière.
00:49Tout ça a été scénarisé, ça a été formidable.
00:51On a montré effectivement une veuve éplorée dont on nous a dit qu'elle lui avait permis à Johnny Hallyday
00:57de conserver un certain nombre d'années qu'il aurait de toute façon perdu dans l'alcool, la drogue, ou
01:02une vie un peu dissolue.
01:04On a dit qu'elle était formidable, elle a réuni tout le monde, elle a permis des grands repas,
01:08c'était finalement le surmoi d'un Johnny qui n'était qu'un ça pour parler le langage de la
01:14psychanalyse,
01:15c'est-à-dire un personnage qui obéissait à ses désirs.
01:19Alors, je ne l'ai pas connu, mais j'ai connu des gens, je peux le citer, il s'agit
01:22de François-Olivier Gisbert qui l'ont connu,
01:24et bien connu, et qui m'ont dit beaucoup de bien de lui, de sa gentillesse, de sa générosité, de
01:29sa douceur,
01:30de sa bienveillance, de sa capacité à payer partout, tout le temps, en permanence, les notes,
01:36les notes de restaurant avec tout le monde, donner de l'argent, de faire des gros chèques,
01:39enfin, d'être de cette grande générosité.
01:42Cette générosité attire toujours les prédateurs, ça me paraît évident.
01:47Alors évidemment, je n'ai pas vraiment les moyens de juger de cette affaire, ou du bien-fonder de cette
01:52affaire,
01:52je voudrais juste juger une anecdote.
01:54Il y a des testaments, ils ont été nombreux, ils ont été faits, refaits, surfaits,
01:59ils sont en faveur de l'un, en défaveur de l'autre,
02:02on voit que finalement c'est la veuve éplorée qui récupère le tout,
02:06que les enfants semblent ne pas récupérer grand-chose, que la fortune de Johnny Hallyday était immense,
02:10et qu'on argue du fait qu'il est saupoudré avec quelques confettis de temps en temps,
02:15son fils, sa fille, en disant il y a un appartement acheté ici, ou un appartement acheté là,
02:20ça ne me paraît pas beaucoup par rapport à la fortune estimée de Johnny Hallyday,
02:23et à sa fortune à venir, car les morts font toujours les affaires des vendeurs,
02:28un disque qui va sortir bientôt, Johnny qu'on a entendu partout,
02:31et des gens ont acheté à nouveau des disques,
02:33enfin bon, il y a effectivement une manne qui est là,
02:36je voulais juste juger, je disais tout à l'heure, une anecdote qui a été rapportée,
02:40je n'ai pas les moyens non plus de vérifier la vérité de cette anecdote,
02:43mais si elle est avérée, c'est terrible,
02:47Johnny Hallyday aurait été obligé de s'inventer des rendez-vous chez le dentiste pour voir ses enfants.
02:52Moi ça me suffit, je n'ai pas besoin d'avoir beaucoup d'autres informations,
02:56quand un homme qui a une vie, deux vies, trois vies, cent vies, avant d'en avoir une,
03:00a eu des enfants, a eu des femmes, des compagnes, des maîtresses, des histoires,
03:05et bien il n'y a rien que de très normal dans cette aventure, il a eu un passé, il
03:10a eu un passé.
03:11Quand on rentre dans la vie de quelqu'un qui a un passé, son passé fait partie de soi-même,
03:16ça devient son passé, on épouse le passé de celui qui rentre dans sa vie,
03:20qui a eu un mari, qui a pu divorcer, qui a eu des enfants, etc.
03:23Donc ça fait partie de la vie.
03:26Et on ne doit pas justifier qu'un homme comme Johnny Hallyday puisse devoir se cacher,
03:32ou doivent se cacher pour pouvoir voir ses enfants.
03:34Je ne trouve pas ça vraiment très élégant, je ne sais pas grand-chose,
03:37mais je ne saurais que cette histoire, et bien il me suffit de le savoir.
03:42Johnny Hallyday est obligé d'inventer des rendez-vous de dentiste pour voir ses enfants,
03:46tout ça pour se cacher de son épouse.
03:48C'est pitoyable pour celle qui exige ou qui rend possible ce genre de choses,
03:53ou qui nécessite ce genre de travestissement.
03:55Travestir sa vie, ce n'est pas forcément une chose formidable.
04:01Cette anecdote suffit, je pense, on n'a pas besoin d'épiloguer longuement.
04:05On doit pouvoir, quand on aime un homme, aimer son passé, aimer les femmes de son passé,
04:10aimer les enfants de son passé, aimer les enfants qui ne sont pas de son propre lit,
04:13les accueillir autour de sa table et faire de telle sorte qu'on puisse y trouver.
04:17Du bonheur.
04:19J'ai vu, il y a quelques jours, un film de Lelouch que je n'avais jamais vu,
04:24On t'aime salaud.
04:25J'ai découvert un grand acteur.
04:27Ça m'a semblé étonnant.
04:29Je ne connaissais pas le travail d'acteur de Johnny Hallyday.
04:33Et ce film est superbement fait parce qu'il y montre des vraies fragilités,
04:37des vraies faiblesses, à peine jouées, à peine surjouées, mais vraiment vécues.
04:41On a vraiment l'impression plus d'un documentaire que d'un film.
04:44Il est bien évident que si Claude Lelouch fait ce film en demandant à Johnny Hallyday et à Eddie Mitchell
04:51de jouer dans ce film,
04:52c'est que, bien sûr, Lelouch dit des choses sur lui-même, puisque le film est dédié à ses propres
04:57enfants.
04:57Mais il dit aussi des choses de la vie de Johnny Hallyday.
05:02Et ce film montre, avec quelques moments extrêmement intimes, dans des plans, dans des regards, dans des plans de coupe,
05:11dans des silences,
05:12montre quelqu'un qui, d'une certaine manière, jouait son rôle.
05:15Il était presque en train de jouer son rôle.
05:18C'était un homme doux et bon, me semble-t-il.
05:21Il n'y a pas d'exemple dans sa vie de moments où il aurait été ni doux ni bon.
05:26Il a été un mauvais garçon tout au départ.
05:28Oui, d'accord.
05:29Il n'a pas payé ses impôts, mais apparemment, il ne savait même pas ce que c'était que les
05:33impôts.
05:33Il essaie de faire des gens qui, effectivement, ont pu ne pas les payer pour lui et s'enrichir personnellement.
05:40Et c'est au détriment de Johnny Hallyday et de l'image qu'on a pu donner de lui,
05:43en disant qu'il ne payait pas ses impôts.
05:45Moi, c'est pareil. Je laisse mes comptables gérer toutes ces affaires-là.
05:50Si un jour, ils ne devaient pas payer mes impôts, on pourrait dire que je ne mets pas mes impôts.
05:55Mais franchement, je fais une absolue confiance à tous ces gens qui gèrent mes affaires.
06:00Donc j'imagine Johnny Hallyday disant que je laisse faire des gens de confiance.
06:04Et si ces gens de confiance ne méritaient pas la confiance,
06:07eh bien, de fait, il a été abusé, là comme ailleurs.
06:10Donc je pense qu'il aura été beaucoup abusé, cet homme, pour une générosité que rien n'aura entamée.
06:19Sûrement pas le succès et sûrement pas la réputation qu'il avait.
06:23Et cette affaire-là désigne des gens qui, effectivement, ne se sont pas bien comportés.
06:31L'avenir dira. Le droit ne dit pas toujours la vérité.
06:34Le droit ne dit pas toujours la morale. Le droit dit le droit.
06:37Mais je n'ai pas besoin de savoir ce que le droit dira concernant ce testament.
06:40J'ai juste besoin de savoir.
06:42Une femme qui empêche l'homme qu'elle prétend aimer de voir ses enfants
06:45et qui est le contraint à inventer des rendez-vous de dentiste pour voir ses enfants
06:49n'est pas une femme très honorable.
06:52C'est une drôle de question. C'est une belle question.
06:54Parce que quand mon père est décédé, tous les comptes ont été faits.
07:03J'ai évidemment laissé, mon frère et moi, nous avons laissé à la mère tout ce qu'on pouvait lui
07:08laisser.
07:09Et j'ai touché un chèque de 30 euros, 35 euros, 38 euros, quelque chose dans ce goût-là.
07:14C'était l'héritage de mon père.
07:16Et donc, par rapport à ce que j'ai hérité intellectuellement ou ontologiquement, on dira,
07:22c'était évidemment un comment sur amener d'ailleurs jamais touché ce chèque.
07:26Je me suis fait reprendre à chaque fois par le notaire.
07:29Je me suis dit, vous n'avez pas touché, vous n'avez pas endossé, vous n'avez pas encaissé.
07:31Et puis un jour, je lui ai dit, arrêtez avec ça, je ne l'encaisserai jamais.
07:34Donc voilà, ils ont renoncé.
07:35Je ne l'ai pas encaissé.
07:36Je ne sais pas où il est, peut-être à la poubelle.
07:40Mais je comprends que cette question-là puisse être abordée de deux manières,
07:43suivant qu'on a des choses à transmettre ou qu'on n'a pas des choses à transmettre.
07:46Ce n'est effectivement pas du tout la même chose.
07:48Quand on n'a rien, c'est plus facile d'être contre l'héritage que quand on a des choses.
07:52Et donc, il se fait que moi, j'ai des choses et qu'il y a eu des droits d
07:56'auteur
07:56qui m'ont permis d'acheter mon appartement, une maison dans mon village natal,
08:00que j'ai une bibliothèque, elle a été constituée depuis que j'ai 15 ou 16 ans
08:03et qu'elle a un sens, cette bibliothèque, des Pléiades que j'ai achetées très tôt.
08:10D'ailleurs, Henri de Montvalier, qui est un auteur de la collection dont je m'occupe chez Autrement,
08:15qui a fait un très beau livre sur Maurice Blanchot,
08:20ou plutôt contre Maurice Blanchot, édition Autrement,
08:22et puis qui est en train d'en faire un autre avec l'ami Rousseau qui travaille avec lui,
08:27sur le style un peu barbare des philosophes du XXe siècle,
08:30me disait l'autre jour, il y a un truc que je ne comprends pas très bien,
08:32tu dis que ton premier Pléiade, c'est Baudelaire,
08:34puis finalement, ailleurs, tu dis que ton premier Pléiade, c'est Céline.
08:37Alors, je lui ai expliqué effectivement que quand j'avais 14-15 ans, j'étais au lycée,
08:42mon premier volume de Pléiade, ça a été Baudelaire.
08:45Et je me suis acheté avec mon argent de poche, un Baudelaire,
08:48et c'était cher pour un lycéen.
08:51Et puis je me suis retrouvé un peu raqué,
08:53donc j'ai dû vendre l'année suivante, je crois, mon Baudelaire d'occasion.
08:56Et donc mon premier Pléiade, c'est Baudelaire, que j'ai donc dû vendre.
09:01Ce qui fait que, quand j'ai travaillé après dans une fromagerie pour me payer mes études,
09:05l'été, avec mon premier salaire, je me suis acheté deux volumes de Céline.
09:08Donc, ce sont mes deuxièmes, c'est la deuxième fois que j'avais des premiers Pléiades.
09:14Donc, j'ai racheté Baudelaire, évidemment, après.
09:18Mais donc, elle a un sens, cette collection de Pléiades,
09:21pour moi, ça a été presque tous mes Noël, tous mes anniversaires,
09:24des occasions de fête, des cadeaux qu'on m'a fait,
09:27de gens qui m'étaient chers, et cette bibliothèque, elle est là,
09:30et un jour, je vais disparaître, je n'ai pas d'enfant.
09:32Et donc, je me dis, mais qu'est-ce que je fais de ça ?
09:34Alors, évidemment, on peut imaginer que le fisc arrive,
09:36en disant, on embarque l'appartement et la maison de Chamboy,
09:39et puis on embarque les livres aussi.
09:41On vend tout ça, puis on remet ça dans le pot commun,
09:43et ça va permettre d'acheter une voiture à gyrofart à Emmanuel Macron.
09:49Mais on peut aussi dire, après tout, transmettre,
09:52c'est dire son amour, son affection, c'est faciliter la vie des gens aussi, qu'on aime.
09:57Il y a des droits d'auteur, des choses comme ça,
09:58et ça peut vouloir dire aussi quelque chose, de désigner quelqu'un en disant,
10:02tu continues, après moi, il va y avoir des droits moraux, des choses comme ça.
10:05Il faut que quelqu'un soit capable de dire, ah non, non, non, on a trouvé dix lettres.
10:09Il y a un éditeur qui nous propose beaucoup d'argent pour publier ces dix lettres,
10:12mais ces dix lettres-là, ça relève d'un registre totalement privé,
10:16c'est pas la peine de publier ces choses-là, et donc on refuse l'argent,
10:18mais en même temps, on interdit cette édition.
10:23Et je pense que c'est bien qu'il y ait des héritiers qui puissent gérer un droit moral,
10:29qui ne soit pas qu'un droit patrimonial,
10:31ou qui ne soit pas qu'un droit de faire du fric avec les ancêtres dont on a hérité.
10:35Donc c'est compliqué, l'histoire de l'héritage,
10:37parce qu'il y a effectivement des gens qui ne se sont donnés que le malheur de naître,
10:42qui sont nés avec une cuillère dans la bouche,
10:44et on dit, voilà, on est fils d'eux, fille d'eux.
10:46Et on voit aujourd'hui d'ailleurs qu'il n'y a pas que des héritages financiers,
10:48on voit aussi aujourd'hui, dans le domaine des médias, de la philosophie, de la chanson,
10:54dans le domaine du théâtre, dans le domaine du cinéma,
10:56les fils de ceci ou les fils de cela,
10:58on fait une carrière assez fulgurante, ils ne doivent évidemment pas leur talent,
11:02mais quand papa est journaliste dans le monde de l'édition,
11:04et que Fifi devient journaliste et écrit des ouvrages pas très bons,
11:09mais sous découverture prestigieuse, ça, ça s'appelle hérité aussi,
11:12et on est moins gêné par ce type d'héritage.
11:15C'est l'héritage que Bourdieu a bien alésié, ce fameux livre qui s'appelait Les Héritiers,
11:21ou tous les autres ouvrages de Bourdieu,
11:22qui montrent effectivement qu'on n'hérite pas que de l'argent.
11:25Et qu'on aura beau dire, on confisque les biens, et ça appartient à l'État,
11:30à mon avis, l'essentiel de l'héritage ne sera pas concerné,
11:33parce que l'essentiel de l'héritage, c'est ce que les familles transmettent intellectuellement,
11:37moralement, culturellement, c'est ce qui fait que les enfants de riches
11:40s'en sortent la plupart du temps, tout le temps,
11:42et les enfants de pauvres, la plupart du temps, jamais, sauf quelques rares exceptions.
11:46Donc oui, l'héritage, c'est l'héritage d'argent, de biens, de possessions, de propriétés.
11:52J'ai quelques pièces d'art africain, ça va devenir quoi après moi ?
11:55Alors d'une certaine manière, ça m'est absolument égal.
11:57Mais en même temps, j'aimerais que ça puisse faire sens pour quelqu'un d'autre.
12:01Et en ce sens, les enfants qu'on a, je rappelle que je n'en ai pas,
12:05mais les enfants qu'on a ne sont pas forcément les meilleurs héritiers,
12:08ne sont pas forcément ceux qui sont les plus habilités à dire « je garde ça ».
12:12Il ne faut pas non plus rentrer dans la perspective du patrimonial en disant
12:16« on ne touche pas les chaussons, on ne touche pas le stylo,
12:18on ne touche pas le papier des toilettes tel qu'il était quand il est mort,
12:21il faut absolument que ça reste comme ça,
12:22et puis on met un petit cordon et on fait visiter, surtout pas ça. »
12:26Mais je pense simplement que, comme une cave à vin,
12:31jadis comme une bibliothèque, comme une collection d'art,
12:35comme une collection d'œuvres, quand on a quelques œuvres,
12:38quand on a des amis artistes qui nous ont fait des cadeaux, etc.,
12:41on a parfois envie de transmettre, pour que quelqu'un puisse dire
12:44« je garde la cohérence » plutôt que d'exploser une bibliothèque,
12:47plutôt que d'exploser une collection, plutôt que d'exploser tout ça en disant
12:50« venez par ici, je vais demander à un libraire d'occasion,
12:54il vient, il regarde, et puis il dit « bon, je vous propose tant »,
12:57et puis il achète le tout, et puis il balance des trucs à la poubelle,
12:59puis il en garde d'autres, et puis voilà.
13:02Donc, il faut repenser l'héritage, il y a des fortunes considérables,
13:08je pense que la question n'est pas une question de principe,
13:11du genre « on n'hérite jamais, on hérite tout le temps »,
13:13mais de quoi hérite-t-on, et qu'est-ce que l'État peut prendre sur l'héritage ?
13:21C'est une chose à penser, moi je ne connais pas bien la question de l'héritage,
13:25enfin si, je sais que je m'est arrivé de me retrouver devant des notaires
13:29qui m'expliquaient que c'était 60% pour le fils,
13:32qui restait une partie qui était imposable, etc., etc.,
13:36enfin bon, plus les frais, plus ceci, plus cela,
13:38et déjà l'État prend beaucoup, je dirais « et alors ? »
13:41Moi je suis pour les impôts, je serais donc pour le fait
13:45qu'on puisse avoir des héritages même confiscatoires,
13:47si, si, et si seulement, et si seulement si,
13:50on voyait des effets auprès des pauvres, auprès des gens modestes.
13:54Si cet argent allait vraiment servir pour qu'il y ait des bourses
13:59pour les jeunes étudiants, pour les jeunes étudiantes,
14:01qu'il y ait de l'argent pour que les pauvres ne soient plus pauvres,
14:03ou soient moins pauvres, ou qu'on puisse les aider, etc., etc.,
14:06si effectivement, dans ces cas-là, cet argent revenait,
14:11à ceux qui devraient pouvoir en bénéficier,
14:13les plus pauvres, les plus modestes, les plus démunis, etc.,
14:16alors évidemment, je serais pour un héritage absolument confiscatoire.
14:19Simplement, ce n'est pas comme ça que ça se passe.
14:20On voit bien le train de l'État, l'entretien de la bureaucratie,
14:25qui finalement est l'instrument de notre servitude volontaire,
14:28enfin, on voit bien que cet argent-là est confisqué
14:30pour faire marcher une grande entreprise étatique
14:34qui fonctionne souvent à la négation de l'individualité,
14:37de la subjectivité.
14:38Donc, dans l'état actuel des choses,
14:40je ne suis pas président de la République ni candidat,
14:42mais si je devais l'être,
14:43eh bien, je pense que je réfléchirais à ce que doit être
14:46la question de l'héritage et la question de la transmission,
14:50en imaginant que nous devrions pouvoir simplifier
14:53toutes les procédures d'héritage
14:55qui permettraient de garder la cohérence
14:57d'un certain nombre de choses,
14:58des patrimoines, d'urbanisme, de maisons, de châteaux,
15:02d'œuvres, de collections, ou ce genre de choses,
15:04et que l'État s'honorerait de créer des fondations
15:07qui accueilleraient ce genre de cohérence.
15:10L'idée que la bibliothèque de Sartre est disparue,
15:13que la bibliothèque de Simone de Beauvoir, de Malraux,
15:15enfin, que toutes ces bibliothèques soient ailleurs,
15:17invisibles, disparues.
15:18Bon, ceci dit, il y a des héritiers,
15:20peut-être les héritiers ont,
15:20j'ai dit une chose approximative,
15:23mais ce sont probablement les héritiers
15:26Sylvie Lebon, Beauvoir, et Arlette El-Kahim Sartre,
15:28qui ont de part et d'autre hérité des bibliothèques
15:30de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre,
15:31mais il y a un moment donné où ces bibliothèques
15:33sont patrimoniales.
15:35Les décors de la maison de Sartre, de Beauvoir,
15:38de Camus, de tous les autres,
15:40tout ça, c'est du patrimonial aussi,
15:41et qu'il devrait y avoir un régime spécial d'héritage
15:44qu'on n'hérite pas exactement de la même manière,
15:47de l'appartement d'entre-bretons,
15:48ou des aciéries, ou d'une fonderie.
15:50Et qu'il faudrait penser ces choses-là
15:52avec des regards absolument différents
15:54pour que, d'une part,
15:56tout ce qui est culturel et patrimonial
15:58soit préservé, et d'autre part,
16:00tout ce qui est fortune et honté
16:02soit quelque peu écorné
16:03pour que les pauvres puissent en bénéficier.
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