Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Dans cette intervention médiatique, le philosophe Michel Onfray livre son analyse de l’affaire de l’héritage de Johnny Hallyday. Il revient sur les enjeux familiaux, médiatiques et juridiques de cette succession très médiatisée, tout en exprimant son point de vue critique sur le dossier.

Catégorie

🎵
Musique
Transcription
00:00Je n'ai jamais connu de Johnny Hallyday.
00:04Je l'ai rencontré une fois, un peu bizarrement.
00:07J'étais en train de faire une conférence à Brest, dans une librairie.
00:10Et le soir, après le dîner, je suis rentré dans mon hôtel.
00:13Et dans cet hôtel, dans un coin tout seul, on fumait encore dans les hôtels à cette époque-là.
00:18Il y avait Johnny Hallyday qui était en train de fumer une cigarette et de boire un whisky ou quelque
00:22chose comme ça.
00:23On avait l'air bien triste, bien seul, et assez désespéré, donc un peu désespérant.
00:29Et c'est la seule fois où je l'ai vue, et je suis passé, et je suis allé me
00:33coucher, et voilà.
00:35Tout le monde connaît l'affaire Johnny Hallyday depuis.
00:37Alors évidemment, la veuve a été éplorée, on a mis en scène des choses formidables.
00:41Elle avait répété le baiser au cercueil.
00:43C'était très bien d'arriver avec deux enfants, et d'un seul coup, un, deux, trois, on se penche,
00:47on embrasse le cercueil, on fait un pas en arrière.
00:49Tout ça a été scénarisé, ça a été formidable.
00:51On a montré effectivement une veuve éplorée dont on nous a dit qu'elle lui avait permis à Johnny Hallyday
00:57de conserver un certain nombre d'années qu'il aurait de toute façon perdu dans l'alcool, la drogue, ou
01:02une vie un peu dissolue.
01:04On a dit qu'elle était formidable, elle a réuni tout le monde, elle a permis des grands repas,
01:08c'était finalement le surmoi d'un Johnny qui n'était qu'un ça pour parler le langage de la
01:14psychanalyse,
01:15c'est-à-dire un personnage qui obéissait à ses désirs.
01:19Alors, je ne l'ai pas connu, mais j'ai connu des gens, je peux le citer, il s'agit
01:22de François-Olivier Gisbert qui l'ont connu,
01:24et bien connu, et qui m'ont dit beaucoup de bien de lui, de sa gentillesse, de sa générosité, de
01:29sa douceur,
01:30de sa bienveillance, de sa capacité à payer partout, tout le temps, en permanence, les notes,
01:36les notes de restaurant avec tout le monde, donner de l'argent, de faire des gros chèques,
01:39enfin, d'être de cette grande générosité.
01:42Cette générosité attire toujours les prédateurs, ça me paraît évident.
01:47Alors évidemment, je n'ai pas vraiment les moyens de juger de cette affaire, ou du bien-fonder de cette
01:52affaire,
01:52je voudrais juste juger une anecdote.
01:54Il y a des testaments, ils ont été nombreux, ils ont été faits, refaits, surfaits,
01:59ils sont en faveur de l'un, en défaveur de l'autre,
02:02on voit que finalement c'est la veuve éplorée qui récupère le tout,
02:06que les enfants semblent ne pas récupérer grand-chose, que la fortune de Johnny Hallyday était immense,
02:10et qu'on argue du fait qu'il est saupoudré avec quelques confettis de temps en temps,
02:15son fils, sa fille, en disant il y a un appartement acheté ici, ou un appartement acheté là,
02:20ça ne me paraît pas beaucoup par rapport à la fortune estimée de Johnny Hallyday,
02:23et à sa fortune à venir, car les morts font toujours les affaires des vendeurs,
02:28un disque qui va sortir bientôt, Johnny qu'on a entendu partout,
02:31et des gens ont acheté à nouveau des disques,
02:33enfin bon, il y a effectivement une manne qui est là,
02:36je voulais juste juger, je disais tout à l'heure, une anecdote qui a été rapportée,
02:40je n'ai pas les moyens non plus de vérifier la vérité de cette anecdote,
02:43mais si elle est avérée, c'est terrible,
02:47Johnny Hallyday aurait été obligé de s'inventer des rendez-vous chez le dentiste pour voir ses enfants.
02:52Moi ça me suffit, je n'ai pas besoin d'avoir beaucoup d'autres informations,
02:56quand un homme qui a une vie, deux vies, trois vies, cent vies, avant d'en avoir une,
03:00a eu des enfants, a eu des femmes, des compagnes, des maîtresses, des histoires,
03:05et bien il n'y a rien que de très normal dans cette aventure, il a eu un passé, il
03:10a eu un passé.
03:11Quand on rentre dans la vie de quelqu'un qui a un passé, son passé fait partie de soi-même,
03:16ça devient son passé, on épouse le passé de celui qui rentre dans sa vie,
03:20qui a eu un mari, qui a pu divorcer, qui a eu des enfants, etc.
03:23Donc ça fait partie de la vie.
03:26Et on ne doit pas justifier qu'un homme comme Johnny Hallyday puisse devoir se cacher,
03:32ou doivent se cacher pour pouvoir voir ses enfants.
03:34Je ne trouve pas ça vraiment très élégant, je ne sais pas grand-chose,
03:37mais je ne saurais que cette histoire, et bien il me suffit de le savoir.
03:42Johnny Hallyday est obligé d'inventer des rendez-vous de dentiste pour voir ses enfants,
03:46tout ça pour se cacher de son épouse.
03:48C'est pitoyable pour celle qui exige ou qui rend possible ce genre de choses,
03:53ou qui nécessite ce genre de travestissement.
03:55Travestir sa vie, ce n'est pas forcément une chose formidable.
04:01Cette anecdote suffit, je pense, on n'a pas besoin d'épiloguer longuement.
04:05On doit pouvoir, quand on aime un homme, aimer son passé, aimer les femmes de son passé,
04:10aimer les enfants de son passé, aimer les enfants qui ne sont pas de son propre lit,
04:13les accueillir autour de sa table et faire de telle sorte qu'on puisse y trouver.
04:17Du bonheur.
04:19J'ai vu, il y a quelques jours, un film de Lelouch que je n'avais jamais vu,
04:24On t'aime salaud.
04:25J'ai découvert un grand acteur.
04:27Ça m'a semblé étonnant.
04:29Je ne connaissais pas le travail d'acteur de Johnny Hallyday.
04:33Et ce film est superbement fait parce qu'il y montre des vraies fragilités,
04:37des vraies faiblesses, à peine jouées, à peine surjouées, mais vraiment vécues.
04:41On a vraiment l'impression plus d'un documentaire que d'un film.
04:44Il est bien évident que si Claude Lelouch fait ce film en demandant à Johnny Hallyday et à Eddie Mitchell
04:51de jouer dans ce film,
04:52c'est que, bien sûr, Lelouch dit des choses sur lui-même, puisque le film est dédié à ses propres
04:57enfants.
04:57Mais il dit aussi des choses de la vie de Johnny Hallyday.
05:02Et ce film montre, avec quelques moments extrêmement intimes, dans des plans, dans des regards, dans des plans de coupe,
05:11dans des silences,
05:12montre quelqu'un qui, d'une certaine manière, jouait son rôle.
05:15Il était presque en train de jouer son rôle.
05:18C'était un homme doux et bon, me semble-t-il.
05:21Il n'y a pas d'exemple dans sa vie de moments où il aurait été ni doux ni bon.
05:26Il a été un mauvais garçon tout au départ.
05:28Oui, d'accord.
05:29Il n'a pas payé ses impôts, mais apparemment, il ne savait même pas ce que c'était que les
05:33impôts.
05:33Il essaie de faire des gens qui, effectivement, ont pu ne pas les payer pour lui et s'enrichir personnellement.
05:40Et c'est au détriment de Johnny Hallyday et de l'image qu'on a pu donner de lui,
05:43en disant qu'il ne payait pas ses impôts.
05:45Moi, c'est pareil. Je laisse mes comptables gérer toutes ces affaires-là.
05:50Si un jour, ils ne devaient pas payer mes impôts, on pourrait dire que je ne mets pas mes impôts.
05:55Mais franchement, je fais une absolue confiance à tous ces gens qui gèrent mes affaires.
06:00Donc j'imagine Johnny Hallyday disant que je laisse faire des gens de confiance.
06:04Et si ces gens de confiance ne méritaient pas la confiance,
06:07eh bien, de fait, il a été abusé, là comme ailleurs.
06:10Donc je pense qu'il aura été beaucoup abusé, cet homme, pour une générosité que rien n'aura entamée.
06:19Sûrement pas le succès et sûrement pas la réputation qu'il avait.
06:23Et cette affaire-là désigne des gens qui, effectivement, ne se sont pas bien comportés.
06:31L'avenir dira. Le droit ne dit pas toujours la vérité.
06:34Le droit ne dit pas toujours la morale. Le droit dit le droit.
06:37Mais je n'ai pas besoin de savoir ce que le droit dira concernant ce testament.
06:40J'ai juste besoin de savoir.
06:42Une femme qui empêche l'homme qu'elle prétend aimer de voir ses enfants
06:45et qui est le contraint à inventer des rendez-vous de dentiste pour voir ses enfants
06:49n'est pas une femme très honorable.
06:52C'est une drôle de question. C'est une belle question.
06:54Parce que quand mon père est décédé, tous les comptes ont été faits.
07:03J'ai évidemment laissé, mon frère et moi, nous avons laissé à la mère tout ce qu'on pouvait lui
07:08laisser.
07:09Et j'ai touché un chèque de 30 euros, 35 euros, 38 euros, quelque chose dans ce goût-là.
07:14C'était l'héritage de mon père.
07:16Et donc, par rapport à ce que j'ai hérité intellectuellement ou ontologiquement, on dira,
07:22c'était évidemment un comment sur amener d'ailleurs jamais touché ce chèque.
07:26Je me suis fait reprendre à chaque fois par le notaire.
07:29Je me suis dit, vous n'avez pas touché, vous n'avez pas endossé, vous n'avez pas encaissé.
07:31Et puis un jour, je lui ai dit, arrêtez avec ça, je ne l'encaisserai jamais.
07:34Donc voilà, ils ont renoncé.
07:35Je ne l'ai pas encaissé.
07:36Je ne sais pas où il est, peut-être à la poubelle.
07:40Mais je comprends que cette question-là puisse être abordée de deux manières,
07:43suivant qu'on a des choses à transmettre ou qu'on n'a pas des choses à transmettre.
07:46Ce n'est effectivement pas du tout la même chose.
07:48Quand on n'a rien, c'est plus facile d'être contre l'héritage que quand on a des choses.
07:52Et donc, il se fait que moi, j'ai des choses et qu'il y a eu des droits d
07:56'auteur
07:56qui m'ont permis d'acheter mon appartement, une maison dans mon village natal,
08:00que j'ai une bibliothèque, elle a été constituée depuis que j'ai 15 ou 16 ans
08:03et qu'elle a un sens, cette bibliothèque, des Pléiades que j'ai achetées très tôt.
08:10D'ailleurs, Henri de Montvalier, qui est un auteur de la collection dont je m'occupe chez Autrement,
08:15qui a fait un très beau livre sur Maurice Blanchot,
08:20ou plutôt contre Maurice Blanchot, édition Autrement,
08:22et puis qui est en train d'en faire un autre avec l'ami Rousseau qui travaille avec lui,
08:27sur le style un peu barbare des philosophes du XXe siècle,
08:30me disait l'autre jour, il y a un truc que je ne comprends pas très bien,
08:32tu dis que ton premier Pléiade, c'est Baudelaire,
08:34puis finalement, ailleurs, tu dis que ton premier Pléiade, c'est Céline.
08:37Alors, je lui ai expliqué effectivement que quand j'avais 14-15 ans, j'étais au lycée,
08:42mon premier volume de Pléiade, ça a été Baudelaire.
08:45Et je me suis acheté avec mon argent de poche, un Baudelaire,
08:48et c'était cher pour un lycéen.
08:51Et puis je me suis retrouvé un peu raqué,
08:53donc j'ai dû vendre l'année suivante, je crois, mon Baudelaire d'occasion.
08:56Et donc mon premier Pléiade, c'est Baudelaire, que j'ai donc dû vendre.
09:01Ce qui fait que, quand j'ai travaillé après dans une fromagerie pour me payer mes études,
09:05l'été, avec mon premier salaire, je me suis acheté deux volumes de Céline.
09:08Donc, ce sont mes deuxièmes, c'est la deuxième fois que j'avais des premiers Pléiades.
09:14Donc, j'ai racheté Baudelaire, évidemment, après.
09:18Mais donc, elle a un sens, cette collection de Pléiades,
09:21pour moi, ça a été presque tous mes Noël, tous mes anniversaires,
09:24des occasions de fête, des cadeaux qu'on m'a fait,
09:27de gens qui m'étaient chers, et cette bibliothèque, elle est là,
09:30et un jour, je vais disparaître, je n'ai pas d'enfant.
09:32Et donc, je me dis, mais qu'est-ce que je fais de ça ?
09:34Alors, évidemment, on peut imaginer que le fisc arrive,
09:36en disant, on embarque l'appartement et la maison de Chamboy,
09:39et puis on embarque les livres aussi.
09:41On vend tout ça, puis on remet ça dans le pot commun,
09:43et ça va permettre d'acheter une voiture à gyrofart à Emmanuel Macron.
09:49Mais on peut aussi dire, après tout, transmettre,
09:52c'est dire son amour, son affection, c'est faciliter la vie des gens aussi, qu'on aime.
09:57Il y a des droits d'auteur, des choses comme ça,
09:58et ça peut vouloir dire aussi quelque chose, de désigner quelqu'un en disant,
10:02tu continues, après moi, il va y avoir des droits moraux, des choses comme ça.
10:05Il faut que quelqu'un soit capable de dire, ah non, non, non, on a trouvé dix lettres.
10:09Il y a un éditeur qui nous propose beaucoup d'argent pour publier ces dix lettres,
10:12mais ces dix lettres-là, ça relève d'un registre totalement privé,
10:16c'est pas la peine de publier ces choses-là, et donc on refuse l'argent,
10:18mais en même temps, on interdit cette édition.
10:23Et je pense que c'est bien qu'il y ait des héritiers qui puissent gérer un droit moral,
10:29qui ne soit pas qu'un droit patrimonial,
10:31ou qui ne soit pas qu'un droit de faire du fric avec les ancêtres dont on a hérité.
10:35Donc c'est compliqué, l'histoire de l'héritage,
10:37parce qu'il y a effectivement des gens qui ne se sont donnés que le malheur de naître,
10:42qui sont nés avec une cuillère dans la bouche,
10:44et on dit, voilà, on est fils d'eux, fille d'eux.
10:46Et on voit aujourd'hui d'ailleurs qu'il n'y a pas que des héritages financiers,
10:48on voit aussi aujourd'hui, dans le domaine des médias, de la philosophie, de la chanson,
10:54dans le domaine du théâtre, dans le domaine du cinéma,
10:56les fils de ceci ou les fils de cela,
10:58on fait une carrière assez fulgurante, ils ne doivent évidemment pas leur talent,
11:02mais quand papa est journaliste dans le monde de l'édition,
11:04et que Fifi devient journaliste et écrit des ouvrages pas très bons,
11:09mais sous découverture prestigieuse, ça, ça s'appelle hérité aussi,
11:12et on est moins gêné par ce type d'héritage.
11:15C'est l'héritage que Bourdieu a bien alésié, ce fameux livre qui s'appelait Les Héritiers,
11:21ou tous les autres ouvrages de Bourdieu,
11:22qui montrent effectivement qu'on n'hérite pas que de l'argent.
11:25Et qu'on aura beau dire, on confisque les biens, et ça appartient à l'État,
11:30à mon avis, l'essentiel de l'héritage ne sera pas concerné,
11:33parce que l'essentiel de l'héritage, c'est ce que les familles transmettent intellectuellement,
11:37moralement, culturellement, c'est ce qui fait que les enfants de riches
11:40s'en sortent la plupart du temps, tout le temps,
11:42et les enfants de pauvres, la plupart du temps, jamais, sauf quelques rares exceptions.
11:46Donc oui, l'héritage, c'est l'héritage d'argent, de biens, de possessions, de propriétés.
11:52J'ai quelques pièces d'art africain, ça va devenir quoi après moi ?
11:55Alors d'une certaine manière, ça m'est absolument égal.
11:57Mais en même temps, j'aimerais que ça puisse faire sens pour quelqu'un d'autre.
12:01Et en ce sens, les enfants qu'on a, je rappelle que je n'en ai pas,
12:05mais les enfants qu'on a ne sont pas forcément les meilleurs héritiers,
12:08ne sont pas forcément ceux qui sont les plus habilités à dire « je garde ça ».
12:12Il ne faut pas non plus rentrer dans la perspective du patrimonial en disant
12:16« on ne touche pas les chaussons, on ne touche pas le stylo,
12:18on ne touche pas le papier des toilettes tel qu'il était quand il est mort,
12:21il faut absolument que ça reste comme ça,
12:22et puis on met un petit cordon et on fait visiter, surtout pas ça. »
12:26Mais je pense simplement que, comme une cave à vin,
12:31jadis comme une bibliothèque, comme une collection d'art,
12:35comme une collection d'œuvres, quand on a quelques œuvres,
12:38quand on a des amis artistes qui nous ont fait des cadeaux, etc.,
12:41on a parfois envie de transmettre, pour que quelqu'un puisse dire
12:44« je garde la cohérence » plutôt que d'exploser une bibliothèque,
12:47plutôt que d'exploser une collection, plutôt que d'exploser tout ça en disant
12:50« venez par ici, je vais demander à un libraire d'occasion,
12:54il vient, il regarde, et puis il dit « bon, je vous propose tant »,
12:57et puis il achète le tout, et puis il balance des trucs à la poubelle,
12:59puis il en garde d'autres, et puis voilà.
13:02Donc, il faut repenser l'héritage, il y a des fortunes considérables,
13:08je pense que la question n'est pas une question de principe,
13:11du genre « on n'hérite jamais, on hérite tout le temps »,
13:13mais de quoi hérite-t-on, et qu'est-ce que l'État peut prendre sur l'héritage ?
13:21C'est une chose à penser, moi je ne connais pas bien la question de l'héritage,
13:25enfin si, je sais que je m'est arrivé de me retrouver devant des notaires
13:29qui m'expliquaient que c'était 60% pour le fils,
13:32qui restait une partie qui était imposable, etc., etc.,
13:36enfin bon, plus les frais, plus ceci, plus cela,
13:38et déjà l'État prend beaucoup, je dirais « et alors ? »
13:41Moi je suis pour les impôts, je serais donc pour le fait
13:45qu'on puisse avoir des héritages même confiscatoires,
13:47si, si, et si seulement, et si seulement si,
13:50on voyait des effets auprès des pauvres, auprès des gens modestes.
13:54Si cet argent allait vraiment servir pour qu'il y ait des bourses
13:59pour les jeunes étudiants, pour les jeunes étudiantes,
14:01qu'il y ait de l'argent pour que les pauvres ne soient plus pauvres,
14:03ou soient moins pauvres, ou qu'on puisse les aider, etc., etc.,
14:06si effectivement, dans ces cas-là, cet argent revenait,
14:11à ceux qui devraient pouvoir en bénéficier,
14:13les plus pauvres, les plus modestes, les plus démunis, etc.,
14:16alors évidemment, je serais pour un héritage absolument confiscatoire.
14:19Simplement, ce n'est pas comme ça que ça se passe.
14:20On voit bien le train de l'État, l'entretien de la bureaucratie,
14:25qui finalement est l'instrument de notre servitude volontaire,
14:28enfin, on voit bien que cet argent-là est confisqué
14:30pour faire marcher une grande entreprise étatique
14:34qui fonctionne souvent à la négation de l'individualité,
14:37de la subjectivité.
14:38Donc, dans l'état actuel des choses,
14:40je ne suis pas président de la République ni candidat,
14:42mais si je devais l'être,
14:43eh bien, je pense que je réfléchirais à ce que doit être
14:46la question de l'héritage et la question de la transmission,
14:50en imaginant que nous devrions pouvoir simplifier
14:53toutes les procédures d'héritage
14:55qui permettraient de garder la cohérence
14:57d'un certain nombre de choses,
14:58des patrimoines, d'urbanisme, de maisons, de châteaux,
15:02d'œuvres, de collections, ou ce genre de choses,
15:04et que l'État s'honorerait de créer des fondations
15:07qui accueilleraient ce genre de cohérence.
15:10L'idée que la bibliothèque de Sartre est disparue,
15:13que la bibliothèque de Simone de Beauvoir, de Malraux,
15:15enfin, que toutes ces bibliothèques soient ailleurs,
15:17invisibles, disparues.
15:18Bon, ceci dit, il y a des héritiers,
15:20peut-être les héritiers ont,
15:20j'ai dit une chose approximative,
15:23mais ce sont probablement les héritiers
15:26Sylvie Lebon, Beauvoir, et Arlette El-Kahim Sartre,
15:28qui ont de part et d'autre hérité des bibliothèques
15:30de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre,
15:31mais il y a un moment donné où ces bibliothèques
15:33sont patrimoniales.
15:35Les décors de la maison de Sartre, de Beauvoir,
15:38de Camus, de tous les autres,
15:40tout ça, c'est du patrimonial aussi,
15:41et qu'il devrait y avoir un régime spécial d'héritage
15:44qu'on n'hérite pas exactement de la même manière,
15:47de l'appartement d'entre-bretons,
15:48ou des aciéries, ou d'une fonderie.
15:50Et qu'il faudrait penser ces choses-là
15:52avec des regards absolument différents
15:54pour que, d'une part,
15:56tout ce qui est culturel et patrimonial
15:58soit préservé, et d'autre part,
16:00tout ce qui est fortune et honté
16:02soit quelque peu écorné
16:03pour que les pauvres puissent en bénéficier.
Commentaires

Recommandations