Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 mois
En 2018, le philosophe Michel Onfray revient sur l’affaire d’héritage de Johnny Hallyday. Sans détour, il analyse le rôle de Laeticia Hallyday et apporte son regard critique sur les dessous de cette histoire familiale et médiatique.

Catégorie

🎵
Musique
Transcription
00:00Je n'ai jamais connu de Johnny Hallyday.
00:04Je l'ai rencontré une fois, un peu bizarrement.
00:07J'étais en train de faire une conférence à Brest, dans une librairie.
00:10Et le soir, après le dîner, je suis rentré dans mon hôtel,
00:13dans cet hôtel, dans un coin tout seul.
00:16On fumait encore dans les hôtels à cette époque-là.
00:18Il y avait Johnny Hallyday qui était en train de fumer une cigarette
00:20et de boire un whisky ou quelque chose comme ça.
00:23Il m'avait l'air bien triste, bien seul,
00:25et assez désespéré, donc un peu désespérant.
00:28Et c'est la seule fois où je l'ai vue.
00:32Je suis passé et je suis allé me coucher.
00:35Tout le monde connaît l'affaire Johnny Hallyday depuis.
00:37Alors évidemment, la veuve a été éplorée.
00:39On a mis en scène des choses formidables.
00:41Elle avait répété le baiser au cercueil.
00:43C'était très bien d'arriver avec deux enfants
00:45et d'un seul coup, un, deux, trois, on se penche,
00:47on embrasse le cercueil, on fait un pas en arrière.
00:49Tout ça a été scénarisé, ça a été formidable.
00:52On a montré effectivement une veuve éplorée
00:54dont on nous a dit qu'elle lui avait permis à Johnny Hallyday
00:57de conserver un certain nombre d'années
00:59qu'il aurait de toute façon perdu dans l'alcool, la drogue
01:02ou une vie un peu dissolue.
01:04On a dit qu'elle était formidable,
01:05elle a réuni tout le monde,
01:07elle a permis des grands repas,
01:09c'était, faisait finalement,
01:11le surmoi d'un Johnny qui n'était qu'un ça
01:14pour parler le langage de la psychanalyse,
01:16c'est-à-dire un personnage
01:17qui obéissait à ses désirs.
01:20Je ne l'ai pas connu, mais j'ai connu des gens,
01:21je peux le citer, il s'agit de François-Olivier Gisbert
01:23qui l'ont connu, est bien connu,
01:25et qui m'ont dit beaucoup de bien de lui,
01:27de sa gentillesse, de sa générosité,
01:29de sa douceur, de sa bienveillance,
01:32de sa capacité à payer partout,
01:34tout le temps, en permanence,
01:35les notes, les notes de restaurant,
01:37avec tout le monde, donner de l'argent,
01:39de faire des gros chèques,
01:40d'être de cette grande générosité.
01:42Et cette générosité attire toujours les prédateurs,
01:45ça me paraît évident.
01:46Alors évidemment, je ne dis pas vraiment les moyens
01:49de juger de cette affaire,
01:51ou du bien fondé de cette affaire,
01:52je voudrais juste juger une anecdote.
01:54Il y a des testaments,
01:56ils ont été nombreux,
01:57ils ont été faits, refaits, surfaits,
01:59ils sont en faveur de l'un,
02:01en défaveur de l'autre,
02:02on voit que finalement,
02:03c'est la veuve éplorée qui récupère le tout,
02:06que les enfants semblent ne pas récupérer grand-chose,
02:08que la fortune de Johnny Hallyday était immense,
02:11et qu'on argue du fait qu'il est saupoudré
02:13avec quelques confettis de temps en temps,
02:15son fils, sa fille, en disant
02:16il y a un appartement acheté ici
02:18ou un appartement acheté là,
02:20ça ne me paraît pas beaucoup
02:21par rapport à la fortune estimée de Johnny Hallyday
02:23et à sa fortune à venir,
02:25car les morts font toujours les affaires des vendeurs,
02:28un disque qui va sortir bientôt,
02:30Johnny qu'on a entendu partout
02:31et des gens ont acheté à nouveau des disques,
02:33enfin bon, il y a effectivement une manne qui est là.
02:36Je voulais juste juger,
02:37je disais tout à l'heure,
02:39une anecdote qui a été rapportée,
02:40je n'ai pas les moyens non plus de vérifier
02:42la vérité de cette anecdote,
02:43mais si elle est avérée, c'est terrible.
02:46Johnny Hallyday aurait été obligé de s'inventer
02:50des rendez-vous chez le dentiste
02:51pour voir ses enfants.
02:53Moi, ça me suffit.
02:54Je n'ai pas besoin d'avoir beaucoup d'autres informations.
02:56Quand un homme qui a une vie,
02:58deux vies, trois vies, cent vies,
02:59avant d'en avoir une,
03:01a eu des enfants,
03:02a eu des femmes,
03:03des compagnes,
03:04des maîtresses,
03:04des histoires,
03:05et bien il n'y a rien que de très normal dans cette aventure.
03:09Il a eu un passé,
03:10il a eu un passé.
03:11Quand on rentre dans la vie de quelqu'un
03:12qui a un passé,
03:14son passé fait partie de soi-même,
03:17ça devient son passé.
03:17On épouse le passé de celui
03:19qui rentre dans sa vie,
03:20qui a eu un mari,
03:21qui a pu divorcer,
03:22qui a eu des enfants,
03:23qui a eu, etc.
03:24Donc, ça fait partie de la vie.
03:26Et on ne doit pas justifier
03:28qu'un homme comme Johnny Hallyday
03:30puisse devoir se cacher
03:32ou doivent se cacher
03:32pour pouvoir voir ses enfants.
03:34Je ne trouve pas ça vraiment très élégant.
03:36Je ne sais pas grand-chose.
03:37Mais je ne saurais que cette histoire.
03:40Eh bien, il me suffit de le savoir.
03:42Johnny Hallyday est obligé
03:43d'inventer des rendez-vous de dentiste
03:45pour voir ses enfants.
03:46Tout ça pour se cacher de son épouse.
03:48C'est pitoyable pour celle
03:50qui exige ou qui rend possible
03:52ce genre de choses
03:53ou qui nécessite.
03:54Ce genre de travestissement.
03:56Travestir sa vie,
03:57ce n'est pas forcément
03:58une chose formidable.
04:02Cette anecdote suffit.
04:03Je pense qu'on n'a pas besoin
04:03d'épiloguer longuement.
04:06On doit pouvoir,
04:07quand on aime un homme,
04:08aimer son passé,
04:09aimer les femmes de son passé,
04:10aimer les enfants de son passé,
04:11aimer les enfants
04:12qui ne sont pas de son propre lit,
04:13les accueillir autour de sa table
04:15et faire de telle sorte
04:15qu'on puisse y trouver du bonheur.
04:19J'ai vu, il y a quelques jours,
04:22un film de Lelouch
04:23que je n'avais jamais vu.
04:24On t'aime salaud.
04:25J'ai découvert un grand acteur.
04:27Ça m'a semblé étonnant.
04:30Je ne connaissais pas
04:31le travail d'acteur de Johnny Hallyday.
04:33Ce film est superbement fait
04:35parce qu'il y montre
04:35des vraies fragilités,
04:37des vraies faiblesses,
04:39à peine jouées,
04:39à peine surjouées,
04:40mais vraiment vécues.
04:41On a vraiment l'impression
04:42plus d'un documentaire
04:43que d'un film.
04:44et il est bien évident
04:45que si Claude Lelouch
04:47fait ce film
04:48en demandant à Johnny Hallyday
04:51et à Eddie Mitchell
04:51de jouer dans ce film,
04:52c'est que, bien sûr,
04:53Lelouch dit des choses
04:54sur lui-même
04:55puisque le film est dédié
04:56à ses propres enfants,
04:58mais il dit aussi des choses
04:58de la vie de Johnny Hallyday.
05:00Et ce film montre
05:04avec quelques moments
05:06extrêmement intimes
05:07dans des plans,
05:08dans des regards,
05:09dans des plans de coupe,
05:11dans des silences,
05:12montre quelqu'un
05:13qui, d'une certaine manière,
05:15jouait son rôle.
05:15Il était presque en train
05:16de jouer son rôle.
05:18C'était un homme doux et bon,
05:20me semble-t-il.
05:22Il n'y a pas d'exemple
05:23dans sa vie
05:23de moments où il aurait été
05:25ni doux ni bon.
05:26Il a été un mauvais garçon
05:27tout au départ.
05:28Oui, d'accord.
05:28Il n'a pas payé ses impôts,
05:30mais apparemment,
05:31il ne savait même pas
05:32ce que c'était que les impôts.
05:33Il essaie faire
05:34des gens qui, effectivement,
05:35ont pu ne pas les payer pour lui
05:37et s'enrichir personnellement.
05:40Et c'est au détriment
05:41de Johnny Hallyday
05:42et de l'image
05:42qu'on a pu donner de lui
05:43en disant qu'il ne payait pas
05:44ses impôts.
05:45Moi, c'est pareil.
05:46Je laisse mes comptables
05:49gérer toutes ces affaires-là.
05:50Si un jour,
05:51il ne devait pas payer mes impôts,
05:53on pourrait dire
05:53que je ne mets pas mes impôts.
05:55Mais franchement,
05:56je fais une absolue confiance
05:58à tous ces gens
05:58qui gèrent mes affaires.
06:00Donc, j'imagine
06:01Johnny Hallyday
06:02disant
06:02je laisse faire
06:03des gens de confiance
06:04et si ces gens de confiance
06:05ne méritaient pas la confiance,
06:07eh bien, de fait,
06:08il a été abusé
06:09l'un comme ailleurs.
06:10Donc, je pense
06:11qu'il aura été
06:12beaucoup abusé,
06:14cet homme,
06:15pour une générosité
06:17que rien n'aura entamée.
06:19Sûrement pas le succès
06:20et sûrement pas
06:21la réputation
06:22qu'il avait.
06:23et cette affaire-là
06:24désigne des gens
06:27qui, effectivement,
06:28ne se sont pas bien comportés.
06:31L'avenir dira,
06:32le droit ne dit pas toujours
06:33la vérité,
06:34le droit ne dit pas toujours
06:35la morale,
06:35le droit dit le droit.
06:36Mais je n'ai pas besoin
06:38de savoir ce que le droit dira
06:39concernant ce testament.
06:40J'ai juste besoin de savoir
06:41une femme qui empêche
06:43l'homme qu'elle prétend aimer
06:44de voir ses enfants
06:45et qui le contraint
06:46à inventer
06:47des rendez-vous de dentiste
06:48pour voir ses enfants
06:49n'est pas une femme très honorable.
06:51C'est une drôle de question,
06:54c'est une belle question
06:54parce que
06:56quand mon père est décédé,
07:00tous les comptes
07:02ont été faits.
07:03J'ai évidemment laissé
07:04mon frère et moi,
07:06nous avons laissé à la mère
07:07tout ce qu'on pouvait lui laisser.
07:09Et j'ai touché un chèque
07:10de 30 euros,
07:1235 euros,
07:1338 euros
07:13ou quelque chose
07:13dans ce goût-là.
07:14C'était l'héritage
07:15de mon père.
07:16Et donc,
07:18par rapport à ce que
07:19j'ai hérité
07:19intellectuellement,
07:20ou ontologiquement,
07:21on dira.
07:22C'était évidemment
07:22un comment suramener
07:23d'ailleurs jamais touché
07:24ce chèque.
07:26Je me suis fait reprendre
07:27à chaque fois
07:27par le notaire
07:29qui me disait
07:29vous n'avez pas touché,
07:30vous n'avez pas endossé,
07:30vous n'avez pas encaissé.
07:31Et puis un jour,
07:32je lui ai dit
07:32arrêtez avec ça,
07:33je n'encaisserai jamais.
07:34Donc voilà,
07:34ils ont renoncé.
07:36Je n'ai pas encaissé.
07:36Je n'ai pas voulu
07:37peut-être la poubelle.
07:39Mais je comprends
07:41que cette question-là
07:42puisse être abordée
07:43de deux manières
07:43suivant qu'on a des choses
07:44à transmettre
07:45ou qu'on n'a pas
07:50l'héritage
07:50quand on a des choses.
07:52Et donc,
07:53il se fait que moi,
07:54j'ai des choses
07:54et qu'il y a eu
07:55des droits d'auteur
07:56qui m'ont permis
07:57d'acheter mon appartement,
07:58une maison
07:58dans mon village natal,
08:00que j'ai une bibliothèque,
08:01elle a été constituée
08:02depuis que j'ai 15 ou 16 ans
08:03et qu'elle a un sens,
08:05cette bibliothèque,
08:07des Pléiades
08:07que j'ai achetées
08:08très tôt.
08:10D'ailleurs,
08:11j'ai Henri de Montvalier
08:13qui est un auteur
08:14de la collection
08:15dont je m'occupe
08:15sur autrement,
08:16qui a fait
08:16un très beau livre
08:17sur Maurice Blanchot
08:20ou plutôt contre
08:21Maurice Blanchot
08:21s'édition autrement
08:22et puis qui est en train
08:23d'en faire un autre
08:23avec l'ami Rousseau
08:25qui travaille avec lui
08:26sur le style
08:28un peu barbare
08:29des philosophes
08:29du XXe siècle
08:30me disait l'autre jour
08:31il y a un truc
08:31que je ne comprends pas très bien
08:32tu dis que ton premier
08:33Pléiade c'est Baudelaire
08:34puis finalement ailleurs
08:35tu dis que ton premier
08:35Pléiade c'est Céline.
08:37Alors je lui ai expliqué
08:38effectivement que
08:39quand j'avais 14-15 ans
08:40j'étais au lycée
08:42mon premier volume
08:44de Pléiade
08:44ça a été Baudelaire
08:45et je me suis acheté
08:46avec mon argent de poche
08:47Baudelaire
08:48et c'était cher
08:49pour un lycéen
08:50et puis je me suis retrouvé
08:52un peu raqué
08:53donc j'ai dû vendre
08:54l'année suivante
08:54je crois
08:55mon Baudelaire d'occasion
08:56et donc mon premier
08:57Pléiade c'est Baudelaire
08:59que j'ai donc dû vendre
09:01ce qui fait que
09:02quand j'ai travaillé après
09:03dans une fromagerie
09:04pour me payer mes études
09:05l'été
09:05avec mon premier salaire
09:06je me suis acheté
09:07deux volumes de Céline
09:08donc c'est mon deuxième
09:10ce sont mes deuxièmes
09:11c'est la deuxième fois
09:13que j'avais des premiers Pléiades
09:14donc j'ai racheté Baudelaire
09:16évidemment après
09:17mais donc
09:18elle a un sens
09:20cette collection de Pléiades
09:21pour moi ça a été
09:22presque tous mes Noëls
09:23tous mes anniversaires
09:24des occasions de fête
09:25des cadeaux qu'on m'a fait
09:26de gens qui m'étaient chers
09:28et cette bibliothèque
09:30elle est là
09:30et un jour je vais disparaître
09:31j'ai pas d'enfant
09:32et donc je me dis
09:33mais qu'est-ce que je fais de ça
09:34alors évidemment
09:35on peut imaginer
09:35que le fils qui arrive
09:36en disant
09:37on embarque
09:38et l'appartement
09:38et la maison de Chamboy
09:39et puis on embarque
09:40les livres aussi
09:41on vend tout ça
09:42puis on remet ça
09:43dans le pot commun
09:43et ça va permettre
09:44d'acheter une voiture
09:46à gyrofart
09:47à Emmanuel Macron
09:48mais
09:49on peut aussi dire
09:51après tout
09:52transmettre
09:52c'est dire
09:53son amour
09:54son affection
09:54c'est faciliter
09:55la vie des gens
09:56aussi qu'on aime
09:56il y a des droits d'auteur
09:58et des choses comme ça
09:59et ça peut vouloir dire
10:00aussi quelque chose
10:01de désigner quelqu'un
10:02en disant
10:02tu continues
10:03après moi
10:04il va y avoir
10:04des droits moraux
10:05des choses comme ça
10:05il faut que quelqu'un
10:06soit capable de dire
10:07ah non non non
10:07on a trouvé 10 lettres
10:08il y a un éditeur
10:10qui nous propose
10:11beaucoup d'argent
10:11pour publier ces 10 lettres
10:12mais ces 10 lettres là
10:14ça relève d'un registre
10:15totalement privé
10:16c'est pas la peine
10:16de publier ces choses là
10:17et donc on refuse l'argent
10:18mais en même temps
10:19on interdit cette édition
10:23et je pense que c'est bien
10:24qu'il y ait des héritiers
10:26qui puissent gérer
10:27un droit moral
10:28qui ne soit pas
10:29qu'un droit patrimonial
10:31ou qui ne soit pas
10:31qu'un droit de faire du fric
10:32avec les ancêtres
10:34dont on a hérité
10:35donc c'est compliqué
10:36l'histoire de l'héritage
10:37parce que
10:38il y a effectivement
10:40des gens qui ne se sont donnés
10:41que le malheur de naître
10:42qui sont nés
10:43avec une cuillère dans la bouche
10:44et on dit
10:44voilà on est fils d'eux
10:45fille d'eux
10:46et on voit aujourd'hui
10:47d'ailleurs
10:47qu'il n'y a pas que
10:47des héritages financiers
10:49on voit aussi aujourd'hui
10:50dans le domaine des médias
10:51de la philosophie
10:53de la chanson
10:53dans le domaine du théâtre
10:55dans le domaine du cinéma
10:56les fils de ceci
10:57ou les fils de cela
10:58on fait une carrière
10:59assez fulgurante
11:00qui ne doit évidemment pas
11:01leur talent
11:01mais quand papa
11:03est journaliste
11:03dans le monde de l'édition
11:04et que Fifi
11:05devient journaliste
11:06et écrit
11:07des ouvrages
11:08pas très bons
11:09mais sous découverture prestigieuse
11:11ça ça s'appelle hérité aussi
11:12et on est moins gêné
11:14par ce type d'héritage
11:15c'est l'héritage
11:16que Bourdieu a bien analysé
11:18ce fameux livre
11:19qui s'appelait
11:19Les héritiers
11:20ou tous les autres ouvrages
11:22de Bourdieu
11:22qui montrent effectivement
11:23qu'on n'hérit pas que de l'argent
11:24et qu'on aura beau dire
11:26on confisque les biens
11:27et ça appartient à l'État
11:29à mon avis
11:30l'essentiel de l'héritage
11:31ne sera pas concerné
11:33parce que l'essentiel de l'héritage
11:34c'est ce que les familles
11:35transmettent intellectuellement
11:36moralement, culturellement
11:38c'est ce qui fait que
11:39les enfants de riches
11:40s'en sortent la plupart du temps
11:41tout le temps
11:41et les enfants de pauvres
11:43la plupart du temps jamais
11:44sauf quelques rares exceptions
11:45donc oui l'héritage
11:47c'est l'héritage
11:48d'argent, de biens
11:50de possessions
11:51de propriétés
11:52j'ai quelques pièces
11:52d'art africain
11:53ça va devenir quoi après moi
11:55alors d'une certaine manière
11:56c'est absolument égal
11:57mais en même temps
11:58j'aimerais que ça puisse faire sens
11:59pour quelqu'un d'autre
12:00et en ce sens
12:02les enfants qu'on a
12:04je rappelle que je n'en ai pas
12:05mais les enfants qu'on a
12:06ne sont pas forcément
12:07les meilleurs héritiers
12:08ne sont pas forcément
12:09ceux qui sont les plus habilités
12:11à dire
12:11je garde ça
12:12il ne faut pas non plus
12:13rentrer dans la perspective
12:15du patrimonial
12:16en disant
12:16on ne touche pas les chaussons
12:17on ne touche pas le stylo
12:18on ne touche pas le papier des toilettes
12:20tel qu'il était
12:20quand il est mort
12:21il faut absolument que ça reste comme ça
12:22et puis on met un petit cordon
12:23et on fait visiter
12:24surtout pas ça
12:25mais je pense simplement que
12:27comme une cave à vin
12:30jadis
12:32comme une bibliothèque
12:33comme une collection d'art
12:35comme une collection d'oeuvres
12:37quand on a quelques oeuvres
12:38quand on a des amis artistes
12:39qui nous ont fait des cadeaux
12:40etc
12:40on a parfois envie de transmettre
12:42pour que quelqu'un puisse dire
12:44je garde la cohérence
12:45plutôt que d'exploser une bibliothèque
12:47plutôt que d'exploser une collection
12:48plutôt que d'exploser
12:49tout ça en disant
12:50venez par ici
12:51je vais demander à un libraire d'occasion
12:54il vient, il regarde
12:55et puis il dit
12:56bon je vous propose tant
12:57et puis il achète le tout
12:58et puis il balance des trucs à la poubelle
12:59puis il en garde d'autres
13:00et puis voilà
13:01donc il faut repenser l'héritage
13:05il y a des fortunes considérables
13:08je pense que la question
13:10n'est pas une question de principe
13:11du genre on n'hérite jamais
13:12on n'hérite tout le temps
13:13mais de quoi hérite-t-on
13:14et qu'est-ce que l'état peut prendre
13:17sur l'héritage
13:19c'est une chose à penser
13:22moi je ne connais pas bien
13:23la question de l'héritage
13:25enfin si je sais que
13:26il m'est arrivé
13:27de me retrouver devant des notaires
13:29qui m'expliquaient que c'était 60%
13:31pour le fisc
13:31et sur ce qui restait
13:33une partie qui était imposable
13:35qui etc etc
13:36enfin bon
13:36plus les frais
13:37plus ceci plus cela
13:38et déjà l'état prend beaucoup
13:40je dirais et alors
13:41moi je suis pour les impôts
13:43je serais donc pour le fait
13:45qu'on puisse avoir des héritages
13:46même confiscatoires
13:47si et si seulement
13:49et si seulement si
13:50on voyait des effets
13:52auprès des pauvres
13:53auprès des gens modestes
13:54si cet argent allait vraiment
13:55servir
13:57pour qu'il y ait des bourses
13:59pour les jeunes étudiants
14:00pour les jeunes étudiantes
14:01qu'il y ait de l'argent
14:02pour que les pauvres ne soient plus pauvres
14:03ou soient moins pauvres
14:04ou qu'on puisse les aider
14:05etc etc
14:06si effectivement
14:07dans ces cas là
14:08cet argent
14:09revenait
14:11à ceux qui devraient pouvoir en bénéficier
14:13les plus pauvres
14:14les plus modestes
14:15les plus démunis etc
14:16alors évidemment je serais pour un héritage
14:17absolument confiscatoire
14:19simplement c'est pas comme ça
14:20que ça se passe
14:20on voit bien le train de l'état
14:22l'entretien de la bureaucratie
14:25qui finalement
14:25est l'instrument
14:26de notre servitude volontaire
14:28enfin on voit bien
14:29que cet argent là
14:30est confisqué
14:31pour faire marcher
14:32une grande entreprise étatique
14:34qui fonctionne souvent
14:36à la négation de l'individualité
14:37et de la subjectivité
14:38donc dans l'état actuel des choses
14:40je ne suis pas président de la république
14:41ni candidat
14:42mais si je devais l'être
14:43et bien je pense que je réfléchirais
14:45à ce que doit être
14:46la question de l'héritage
14:47et la question de
14:48de la transmission
14:50en imaginant que
14:52nous devrions pouvoir simplifier
14:53toutes les procédures
14:54d'héritage
14:55qui permettraient de garder
14:56la cohérence
14:57d'un certain nombre de choses
14:58des patrimoines
14:59d'urbanisme
15:00de maisons
15:01de châteaux
15:01d'oeuvres
15:03de collections
15:03ou ce genre de choses
15:04et que l'état s'honorerait
15:05de créer des fondations
15:07qui accueilleraient
15:09ce genre de cohérence
15:10l'idée que la bibliothèque de Sartre
15:12ait disparu
15:13qu'elle bibliothèque de Simone de Beauvoir
15:15de Malraux
15:15enfin que toutes ces bibliothèques
15:16soient ailleurs
15:17invisibles
15:18disparues
15:18ceci dit
15:19il y a des héritiers
15:20peut-être les héritiers
15:20j'ai dit une chose approximative
15:23mais ce sont probablement
15:24les héritiers
15:25Sylvie Lebon
15:26Beauvoir
15:27et Arlette L. Caïm Sartre
15:28qui ont de part et d'autre
15:29hérité des bibliothèques
15:30de Simone de Beauvoir
15:31et de Jean-Paul Sartre
15:32mais il y a un moment donné
15:32où ces bibliothèques
15:33sont patrimoniales
15:35les décors
15:35de la maison
15:36de Sartre
15:37ou de Beauvoir
15:38de Camus
15:39ou de tous les autres
15:40tout ça c'est du patrimonial aussi
15:41et qu'il devrait y avoir
15:43un régime spécial
15:43d'héritage
15:44qu'on n'hérite pas
15:46exactement de la même manière
15:47de l'appartement
15:47d'entre-bretons
15:48ou des aciéries
15:49ou d'une fonderie
15:50et qu'il faudrait penser
15:51ces choses-là
15:52avec des regards
15:53absolument différents
15:54pour que
15:55d'une part
15:56tout ce qui est culturel
15:57et patrimonial
15:58soit préservé
15:59et d'autre part
16:00tout ce qui est fortune
16:01et honté
16:02soit quelque peu
16:03écorné
16:03pour que les pauvres
16:04puissent en bénéficier
16:05et puis

Recommandations