00:00Moi, je crois beaucoup aux valeurs et surtout beaucoup à pourquoi on fait les choses.
00:04En politique, si on ne s'accroche qu'à sa personne, je pense qu'on ne peut pas avancer.
00:09La politique, c'est les autres, c'est la population, c'est l'engagement.
00:13Et l'engagement, c'est le dépassement de soi.
00:16En fait, sa propre personne n'a pas beaucoup d'importance.
00:19C'est vraiment ce qu'on fait qui était important.
00:25Ma première pensée, c'était de me dire qu'on avait vraiment bien travaillé,
00:34d'avoir une espèce de reconnaissance vraiment profonde pour tous les élus qui avaient travaillé, l'administration.
00:43Et il y avait un mot qui m'est venu vraiment, c'est merci.
00:48Merci pour cette confiance.
00:56Apaisée, déterminée et pleine d'énergie, comme d'habitude.
01:04Je crois qu'avec l'âge, ce qui me touche le plus, peut-être, c'est sur ma vie personnelle.
01:11Parce que je trouve qu'il faut garder quand même cette dignité, cette pudeur.
01:22C'est important, la pudeur, pas pour soi, mais pour ceux qu'on aime.
01:26Et je pense à ma famille singulièrement.
01:28C'est une forme d'attaque qui leur est faite.
01:32Et ça, ça me touche beaucoup.
01:38Depuis que j'ai commencé mon militantisme politique, depuis que j'ai une visibilité,
01:47oui, bien sûr que c'est lié à la… il y a des critiques qui sont très liées au fait
01:52que je sois femme, indiscutablement.
01:54Dans l'histoire, il y a quand même cette représentation et cette expression du sexe faible.
02:00C'est très sexuée, l'image d'une femme, même quand on ne le veut pas, c'est sexuée.
02:08Alors, quand elle le veut, c'est encore plus sexuée, voire sexuelle.
02:14Et puis, il y a cette représentation du sexe faible, la personne qui est faible.
02:20Il faut qu'elle fasse ses preuves, oui, mais elle ne l'avait jamais fait.
02:24Mais voilà, c'est toutes ces choses qui sont répétées, pas pendant une année, pendant des siècles.
02:30Et il faut défaire les représentations.
02:32Et ça, ce n'est pas simple.
02:33Nous, on y arrive.
02:34Il faut beaucoup d'énergie, beaucoup de combat, beaucoup d'abnégation et beaucoup de volonté.
02:39Et beaucoup de force.
02:41Beaucoup de force.
02:48Oh, quand on passe de 4 à 6, c'est passé au pouvoir des femmes.
02:53Je ne crois pas du tout, on en est loin.
02:54Il y a une petite augmentation.
02:56On va voir si ça se confirme dans les années qui viennent.
02:59Et il faudrait qu'on passe tout de suite à 50% en 2033.
03:04Là, oui, je dirais qu'il y a une poussée.
03:06Mais uniquement dans ces conditions-là.
03:08Parce que si on gratte une femme de temps en temps dans la victoire politique,
03:15je pense qu'on prendra beaucoup trop de temps.
03:23Ah bah oui, c'est encore un combat.
03:24Alors, on a des petites lueurs.
03:26D'abord, on a eu un grand homme qui a disparu, à qui on rend hommage.
03:31C'est Jospin, qui a fait quand même la loi sur la parité.
03:34Et au moment où il y avait cette loi parité, je me rappelle très bien d'ailleurs,
03:38il y avait des gens à l'époque qui disaient
03:42« Non mais ne faisons pas l'obligation de mettre des femmes,
03:46elles seront là de toute manière si elles sont compétentes ».
03:50Déjà, poser le sujet comme ça était une façon de dégager les femmes.
03:58Parce qu'on ne pose pas forcément la place des hommes sur un aspect compétence.
04:03On pose la place des hommes et leur présence dans l'environnement politique,
04:08puisqu'on est en politique, parce que ce sont des hommes et c'est leur place.
04:12Par contre, la femme, il faut voir si elle est compétente,
04:14si elle est en compétence, elle est là.
04:15Donc, un, heureusement qu'il y a eu la loi parité,
04:19parce que je pense que je ne serai pas là.
04:21Deux, le combat est encore ouvert.
04:23Mais moi, je suis optimiste.
04:25Alors, pas parce que maintenant, on est six et en 2020, on était quatre,
04:29mais un peu pour ça, mais parce que je vois la jeune génération
04:32et je trouve que les jeunes femmes aujourd'hui sont féministes
04:36et sont très fortes et elles prendront leur place.
04:44Je suis entourée de modèles féminins.
04:48Ma grand-mère, ma mère, mes tantes,
04:52j'ai toujours eu ces femmes absolument exceptionnelles
04:58qui n'ont pas bénéficié comme nous de l'éducation nationale,
05:02de l'école de la République, du bus qui emmène devant la classe,
05:06de la cantine gratuite, etc.
05:08Ce sont des femmes extrêmement intelligentes
05:10et si elles avaient eu à l'époque les moyens des politiques publiques d'aujourd'hui,
05:15elles auraient été peut-être, elles, dans des fonctions,
05:18ou dans des missions beaucoup plus importantes.
05:23Mais en tout cas, pour nous, pour les filles de la famille,
05:29elles nous ont donné une force incroyable.
05:31Et c'est vraiment nos modèles.
05:38De temps en temps, ça m'arrive.
05:40Je dors moins bien.
05:41Parce que c'est aussi un poste où il faut prendre des décisions
05:47qui ne sont pas toujours plaisantes.
05:49Mais exercer le pouvoir, ça n'est pas se faire plaisir
05:52et être dans un confort tous les jours.
05:55Il faut savoir aussi porter des décisions difficiles.
05:58humainement compliquées quand il y a l'avis des gens qui est en question,
06:06quand on aurait voulu faire, mais qu'on ne peut pas.
06:12Quelqu'un demande un logement, on voit bien sa situation.
06:16Et on a poussé une la veille et que ce jour-là, il n'y en a plus.
06:23Il y a 50 000 personnes qui attendent un logement.
06:25Donc il y a des situations humaines sur lesquelles on se dit zut,
06:31mais on peut rattraper après à condition d'être toujours attentif.
06:37Mais oui, on n'est pas toujours satisfait de sa journée.
06:47Une femme réunionnaise qui aime son île, qui aime sa ville, qui aime la vie aussi.
06:56J'aime les gens.
06:57Je prends ce temps qui passe comme un cadeau parce que ça m'apaise beaucoup.
07:01Je me rends compte, moi, que de temps en temps, je ne donne pas suffisamment de temps.
07:07Et donc, ça s'apprend.
07:09Maintenant, je prends un petit peu plus de temps pour ma maman qui vieillit, par exemple.
07:14Et je vois bien que c'est ce temps-là qui fait plaisir, qui l'apaise, qui lui emmène de
07:20la joie.
07:21Et qui donc, du coup, m'emmène aussi de la joie et donc de la force.
07:25Et quand ça m'amène de la force, c'est de la force que je peux donner aussi en tant
07:29que mère.
07:29Voilà, tout ça est un cercle vertueux, mais il faut trouver la bonne formule.
07:34Je suis une femme qui a envie aussi de transformer les choses.
07:39Pressée par le temps, peut-être un peu trop pressée par le temps.
07:42Parce que derrière le temps qui passe et des solutions qui n'arrivent pas,
07:46c'est la vie des gens.
07:49Donc, c'est pour ça que je suis toujours un peu pressée.
07:51Mais quelqu'un de simple qui vit normalement.
08:01Oui, bien sûr.
08:03Peur de l'échec.
08:07Pas peur de l'échec, mais pas envie de l'échec.
08:11Oui, bien sûr.
08:13Peur d'affronter les situations.
08:17Les situations nationales que j'ai pu vivre sont des situations exceptionnelles.
08:23Il fallait prendre cette force pour dépasser ça.
08:26Et que la peur ne soit pas aperçue.
08:29Mais quelquefois, c'est de la peur qui donne l'énergie aussi.
08:34Mais ça n'a jamais été une peur paralysante.
08:38Ça a toujours été une peur vivifiante.
08:43Je n'ai jamais été paralysée par la peur.
08:45Je n'ai jamais eu peur des choses.
08:47J'ai eu peur de ne pas réussir à faire les choses, par exemple.
08:52En Guyane, par exemple, c'était vraiment la peur de ne pas pouvoir trouver une réponse.
08:58Et derrière, un échec.
09:01Voilà, c'est ce genre de peur.
09:03Mais je suis plutôt un peu rentre-dedans.
09:09Donc, peur dans l'aspect terrifié.
09:14Je ne suis jamais terrifiée.
09:21J'aimerais bien continuer à être en forme, à être positive, et puis à vivre en bonne santé.
09:30Avant, la santé passait comme si c'était une évidence.
09:34Aujourd'hui, la santé devient de vrais combats personnels pour chacun.
09:38Parce qu'on a des maladies qui apparaissent, des crises sanitaires qui n'existent pas au moment où nous parlons.
09:44Et dans quelques mois, peut-être que ça aille.
09:46Donc, la santé, c'est un vrai sujet.
09:48Et je fais un clin d'œil singulièrement aux femmes.
09:52Aux femmes qui sont dans l'âge de la ménopause.
09:56Et moi, je dis souvent de toutes les maladies en hausse.
09:59Tous les sujets de cancer.
10:02Les femmes ont un corps aujourd'hui,
10:05qui en général a toujours été beaucoup plus fragile que celui des hommes.
10:12Et pourtant, on a mis sous le tapis la santé des femmes.
10:15Aujourd'hui, c'est un vrai sujet.
10:17Et nous, nous l'abordons en tout cas à la ville de Saint-Denis.
10:20Il faut en parler.
10:21C'est pour ça que moi, je mets des mots sur les choses.
10:24Ça choque ou pas.
10:25Mais c'est factuel.
10:28Moi, j'ai des dames aujourd'hui qui, à 60 ans, 65 ans, me disent « j'ai mal partout
10:35».
10:35Mais c'est normal.
10:36Non, ce n'est pas normal.
10:36On peut vieillir sans avoir mal partout.
10:41Aujourd'hui, il y a des kinés, il y a des rhumatologues.
10:45Faites attention à votre santé.
10:47Parce que faire attention à soi, c'est aussi un acte d'amour pour sa famille.
10:52Donc voilà, ça c'est très important.
10:54C'est un message que je rabâche.
10:56Parce que je vois trop de gens derrière la porte en mauvaise santé.
11:01Il y a un grand combat à la Réunion sur la santé à faire.
11:04Vraiment.
11:10J'avais raison de douter.
11:13J'avais raison de douter.
11:14Parce qu'il n'y a rien de mieux que le doute pour faire avancer.
11:18Quand on est toujours sûr de soi, qu'on décolle de la terre dès qu'il se passe quoi que
11:23ce soit,
11:23qu'on est toujours les premiers de tout et qu'on est les plus forts de tout, on n'apprend
11:28jamais rien.
11:28Alors j'ai eu raison de douter autant de moi parce que ça m'a permis de faire ce long
11:36chemin.
11:37Et qu'est-ce qu'on vous souhaite maintenant ?
11:39Continuez à douter.
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