00:00On mange tous en moyenne trois fois par jour, mais pour certains, le rapport à la nourriture peut devenir une
00:04source d'angoisse.
00:05On évoque les troubles du comportement alimentaire ce matin, anorexie, boulimie, à l'occasion d'une semaine de sensibilisation à
00:12ce qu'on appelle les TCA.
00:14Pour en parler avec nous, le docteur Antoine Épin, médecin généraliste et nutritionniste à Nancy. Il répond à vos questions,
00:19Louise Joyeux.
00:19Bonjour Antoine Épin.
00:21Bonjour, merci d'accueil.
00:22Bonjour, depuis quelques temps, quelques semaines, on voit dans les vitrines des magasins, des publicités, des affiches, des corps parfaits.
00:30Je mets des guillemets à parfait pour ceux qui nous écoutent, des femmes très minces, des hommes musclés.
00:34Est-ce que ces représentations peuvent avoir des conséquences sur nos comportements alimentaires ?
00:39Je vous remercie pour cette question qui est extrêmement pertinente.
00:42Effectivement, on va dire que l'alimentation c'est dans l'assiette, mais ce que vous suggérez, c'est que
00:47peut-être l'image de notre corps conditionne la manière dont nous mangeons.
00:50Et c'est tout à fait le cas.
00:52Je ferai une petite paralèse sur le monde de la mode.
00:55On avait vu s'étendre un petit peu la gamme des tailles dans les différents défilés, jusqu'à un fameux
01:03t-shirt qui est sorti à Berlin en 2024.
01:05I love Ozampik.
01:06Ozampik, c'est un des médicaments contre le diabète qui avait un effet amaigrissant, qui a donné par la suite
01:12les nouveaux traitements médicamentaux de l'obésité,
01:14qui sont détournés et utilisés, bien évidemment, dans le showbiz pour garder une ligne assez fine.
01:19Donc aujourd'hui, le corps est un bastion pour montrer à quel point nous sommes importants et nous sommes fiables.
01:26Ça passe évidemment aussi par l'assiette et le contrôle qu'on y met.
01:29On a détourné la fonction de l'alimentation.
01:32La réalité du terme se nourrir, se nourrir, c'est apporter des choses pour combler un besoin du corps, mais
01:38pas que.
01:39C'est aussi pour combler des besoins émotionnels ou intellectuels comme nos représentations.
01:43Vous avez cité deux des trois grandes familles de troubles du comportement alimentaire, l'anorexie, la boulimie.
01:49Mais cette année, un troisième trouble contre du comportement alimentaire est à l'honneur, l'hyperphagie boulimique.
01:55Elle est mise en avant par madame la ministre Stéphanie Risse dans la feuille de route obésité.
02:00Et c'est heureux, car c'est un petit peu la rencontre des mécanismes de l'anorexie avec les mécanismes
02:05de la boulimie.
02:08Selon la Haute Autorité de Santé, ces troubles du comportement alimentaire touchent 3 à 5 % de la population.
02:13Vous avez l'air de dire, hors micro en arrivant, que c'était peut-être plus ?
02:20Alors, du fait du billet de recrutement que je peux avoir, les gens qui viennent me voir en ont presque
02:24tous.
02:25Et même quand ils viennent me voir pour des consultations de médecine générales, la réalité, c'est que,
02:31vous savez, il faut que je fasse attention, je mange un petit peu comme ça du chocolat le soir pour
02:36me rassurer.
02:37A quelle fréquence ? Pratiquement tous les soirs.
02:39Et alors, qu'est-ce qui se passe ? De temps en temps, le petit carré de chocolat se transforme
02:43en une tablette, voire deux.
02:45C'est plus fort que moi, ça me dépasse.
02:46Et il y a une honte à exprimer réellement ce qui se passe vis-à-vis des autres.
02:53Ce sont des mécanismes aujourd'hui qui permettent de réguler aussi notre tension sociale.
02:58La douleur sociale, elle existe, elle a été montrée.
03:00Et on voit qu'au niveau du cerveau, ce sont les mêmes aires qui s'affichent par rapport à l
03:05'insatisfaction corporelle,
03:06par rapport à la douleur sociale, par rapport à la régulation du comportement alimentaire.
03:11On est sur un sujet très complexe et très transverse avec le premier sujet que vous avez évoqué.
03:15J'imagine qu'il y a quand même une différence entre le chocolat réconfort du soir, qui peut-être est
03:21un indice.
03:21Mais quand on parle tout de même d'anorexie, de boulimie, ce n'est pas une personne qui mange trop,
03:25une personne qui ne mange pas assez.
03:26Il y a toujours beaucoup de préjugés là-dessus.
03:28Ça reste quand même des maladies.
03:30Ce sont des maladies.
03:31Ce sont tout à fait des maladies.
03:32Justement, le but de mon introduction était de montrer que c'était des mécanismes bien complexes,
03:37qui ne dépendaient pas simplement de « je me prive de manger » ou « je mange en excès ».
03:41Mais c'est bien des phénomènes de régulation très très compliqués,
03:45qui nécessitent un accompagnement par des spécialistes en psychiatrie, en psychologie,
03:50des médecins nutritionnistes et des gens surtout formés aux troubles du comportement alimentaire.
03:55Ce n'est jamais un régime qui va forcer à manger ou qui va restreindre, qui va régler la situation.
04:01C'est beaucoup plus un accompagnement bienveillant et humain.
04:04Et justement, qui souffre de ces troubles du comportement alimentaire ?
04:06Est-ce que vous, vous voyez des différences ?
04:08Plutôt les hommes, plutôt les femmes ?
04:10Est-ce que ça touche tous les âges ?
04:12On n'a, à mon sens, pas la vue très claire.
04:15On est un petit peu borgne sur le sujet.
04:17Les femmes viennent plus facilement évoquer le sujet des troubles du comportement alimentaire.
04:23Et aujourd'hui, les jeunes hommes sont sous une grosse pression par rapport à l'aspect de leur musculature.
04:31Ils sont un petit peu dans un phénomène qu'on appelle la bigorexie,
04:34c'est-à-dire le contrôle de son corps pour qu'il soit tout à fait en accord avec ce
04:39que l'image demande.
04:41Est-ce qu'on en sort de ces troubles ? Est-ce que ça se guérit ?
04:45Est-ce que c'est quelque chose qui nous suit un petit peu toute sa vie ?
04:47On en sort le jour où on disparaît.
04:50Mais c'est comme tout événement de la vie.
04:51Oui, ça peut se suspendre pendant un temps.
04:54Ça peut revenir.
04:55C'est un petit peu dépendant de chacun.
04:58Ce sont des maladies chroniques.
05:00Donc cela s'accompagne dans le temps.
05:03On lui donne des soins.
05:04Mais la guérison, c'est quelque chose qui est très difficile à définir en médecine.
05:08S'il y a des auditeurs, des auditrices qui nous écoutent,
05:10qui se reconnaissent un petit peu dans ce que vous dites,
05:13qu'est-ce que vous leur recommanderiez ?
05:15Eh bien, ce sont des pathologies qui sont liées à la honte et à la culpabilité.
05:18Donc la première chose, c'est ne culpabilisez pas et n'ayez pas honte d'avoir une alimentation qui est
05:25contrariée par la régulation de vos émotions ou par d'autres mécanismes.
05:30Tout cela peut se comprendre.
05:32Il suffit de consulter les bons professionnels pour bien être encadrés.
05:35Juste une dernière question.
05:36Le gouvernement a décidé de rembourser au moins deux tiers de médicaments pour les personnes atteintes d'obésité.
05:43Vous qui êtes nutritionniste, je l'imagine que vous suivez des patients atteints d'obésité.
05:49Est-ce que c'est une bonne nouvelle ce remboursement ?
05:51Alors, oui et non.
05:53Tout comme toujours, ce remboursement est effectivement une extrêmement bonne nouvelle car il y a une maladie.
05:57L'obésité, elle a un traitement et il se doit de rembourser ces traitements comme toute autre maladie.
06:03Il n'y a pas de différence entre un diabète ou une maladie qui est l'obésité.
06:08Donc que le remboursement soit présent, c'est licite.
06:11Je m'interroge simplement sur les modalités de ce remboursement qui sont assez exigeantes
06:16et qui sont distinctes des modalités de sévérité de l'obésité que l'on peut voir dans la Haute Autorité
06:23de Santé,
06:24sur le parcours des patients, où là il y a des statifications
06:26qui ne sont pas tout à fait les mêmes.
06:28Merci beaucoup Dr Epin d'avoir été notre invité ce matin.
06:31On le rappelle, vous êtes médecin généraliste et nutritionniste à Nancy.
06:35Merci.
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