00:00Bonjour Joël Arnaud, vous êtes bénévole responsable de la prévention du comité de Saint-Etienne de l'association Enfance et
00:06Partage,
00:07association qui lutte contre toute forme de violence envers les enfants, que ce soit physique, psychologique ou sexuel.
00:13Je ne trahis rien en disant que vous êtes une ancienne professeure des écoles, aujourd'hui aussi par votre action
00:18bénévole au sein de cette association.
00:20Forcément, quand vous avez entendu parler de ces événements hier, vous avez dû être choquée.
00:25Alors, comme tout le monde, on est choquée, mais pour moi, comme je suis quand même dans la prévention,
00:32il faut dire que cet enfant, elle a eu, si on peut dire en guillemets, la chance d'avoir tout
00:39de suite des personnes qui l'ont aidée.
00:41Elle n'a pas eu à parler, parce que c'était tellement évident.
00:44Alors qu'il faut dire que la plupart du temps, les violences sont dans un milieu connu de l'enfant,
00:52que ce soit son milieu familial, que ce soit à l'école, que ce soit au milieu des activités sportives,
00:58le périscolaire.
00:59Et là, c'est plus difficile pour l'enfant.
01:03Donc nous, notre association, on agit auprès des enfants, en ce qui concerne la prévention, dans les établissements.
01:09Et on agit de la grande section au CM2, avec différents modules.
01:14Et la première chose qu'on apprend à un enfant, c'est déjà à connaître ses droits.
01:18Parce que la plupart des enfants ne savent pas qu'on n'a pas le droit de leur faire du
01:23mal,
01:24quand on a autorité sur eux.
01:26Oui, c'est ça, arriver à questionner le fait que quelqu'un que je connais très bien,
01:31qui fait partie de mon entourage, n'a pas le droit de tout faire.
01:34Voilà, donc on leur fait comprendre que comme ils ont un règlement,
01:38il y a aussi une loi qui interdit de faire du mal à un enfant,
01:41même si on a autorité sur lui, que ce soit un papa, une maman, une tonton, une tati, un prof,
01:47un entraîneur de foot, et même pour mettre de l'humour, le président de la République,
01:52personne n'a le droit de faire du mal à un enfant.
01:54On doit lui obéir, mais pour ça, c'est non, non, non.
01:57Il y a connaître ses droits, effectivement,
01:59et puis il y a parfois, quand des faits se produisent,
02:05arriver à prendre la parole.
02:06Ce n'est pas facile pour des enfants d'aller vers et de dire
02:10« Voilà ce qui se passe, voilà ce qui s'est passé ».
02:12Alors, ce qui se passe, c'est qu'à peu près 80% des violences sont intrafamiliales.
02:17Donc, imaginez le fait de parler à l'intérieur de la famille.
02:21Tous les gens qui ont vu ce fait ont été choqués.
02:25Imaginez quand ça se passe à l'intérieur d'une famille, d'une cellule familiale,
02:28comme ça peut être choquant.
02:29Et bon, l'enfant, il n'est vraiment pas forcément cru au départ.
02:33Donc, les enfants, on leur apprend aussi, lors de la prévention,
02:36on leur fait connaître des situations dangereuses.
02:38Et quand ils sont face à une de ces situations, une de ces violences,
02:41on leur apprend à dire non, et surtout à parler.
02:44Et on leur dit qu'ils peuvent parler.
02:46On ne dit jamais à un enfant qu'il doit parler.
02:48Parce que s'il est sous l'effet de sidération,
02:51c'est-à-dire qu'il est tellement choqué qu'il ne peut pas parler,
02:54si on lui a dit qu'il devait parler,
02:56la prochaine fois, il dit « Non, ce n'est pas la peine, j'aurais dû parler ».
02:59Et il se sent fautif.
03:01Et on apprend aux enfants aussi que ce n'est jamais de leur faute.
03:03Et à qui doivent-ils parler ?
03:05À qui leur conseillez-vous d'aller parler ?
03:07Alors, tout le temps, on leur conseille de parler à une personne de confiance.
03:09Alors, une personne de confiance, c'est quelqu'un qui les écoute,
03:12qui les croit, et qui va tout faire pour les aider.
03:15Parce qu'un enfant, quand il parle, la première chose qu'il veut,
03:18c'est qu'on l'aide.
03:19Donc, cette personne de confiance, on va en parler,
03:22et on va leur faire faire sous forme,
03:24alors ça dépend de l'âge, ça va être des planètes,
03:26ça va être des fleurs, etc.
03:29On va lui donner un outil où il va marquer,
03:31où il va dessiner les personnes à qui il ferait confiance.
03:33Alors, dans la famille, à l'école, dans le sport,
03:37dans les activités culturelles, s'il en a.
03:39S'il ne peut pas parler à un adulte de préférence,
03:42parce que c'est lui qui a plus de pouvoir,
03:44il parle à un camarade qui sera le témoin d'eux.
03:47Et sinon, le numéro 119, le numéro d'enfance en danger, le 119.
03:53Et puis, on a aussi notre numéro Enfance et Partage National,
03:570800 05 1 2 3 4.
03:59Et s'il ne peut pas parler,
04:02à ce moment-là, il peut faire un dessin,
04:04il peut écrire et le donner,
04:06soit à une personne de confiance,
04:08soit à ce moment-là, il y a des boîtes qui existent dans les écoles,
04:11où on peut poser des messages comme ça.
04:12Des petites boîtes aux lettres, effectivement.
04:13Il y a un enjeu, pour terminer, qui est très important,
04:15c'est la formation des enseignants.
04:18Est-ce qu'on est à la hauteur de l'enjeu, justement, aujourd'hui, là-dessus ?
04:21Aujourd'hui, non.
04:23Alors, c'est en train de se mettre,
04:24mais c'est toujours une machine très très longue à mettre en place.
04:27C'est pour ça que nous, quand on intervient dans les classes,
04:30il y a beaucoup d'enseignants qui nous disent
04:31« Oui, parce que moi, je ne me sens pas à l'aise. »
04:35« Oui, parce que c'est bien que ce soit une tierce personne qui vienne en parler. »
04:38Parce que, par rapport aux parents,
04:39il y en a certains qui sont gênés de parler de violence sexuelle, par exemple,
04:42ou d'autres choses.
04:44Donc, il y a encore un effort à faire de la part de l'éducation nationale
04:48et puis aussi de laisser entrer les associations dans les écoles ?
04:51Tout à fait. Voilà.
04:51Parce qu'il y en a encore,
04:53on pense que c'est aux enseignants de faire uniquement ça.
04:56Et nous, on est formés, on a des outils.
04:58Par contre, nous, on est une association,
05:00on fait ces partages, et là, je lance un appel,
05:02où on a peu de bénévoles,
05:03et on voudrait faire plus d'écoles,
05:05mais on manque de bénévoles.
05:07Voilà.
Commentaires