00:00Il est 20h, bonsoir et bienvenue. Les recherches se poursuivent d'Angers pour tenter de retrouver la petite Liana, cette
00:06collégienne de 10 ans.
00:07Elle n'a pas été vue depuis sa sortie du collège vendredi dernier.
00:11Un homme a été mis en examen, il est soupçonné de l'avoir enlevé.
00:14Et on va s'intéresser ce soir à son profil alors qu'un nouveau témoignage vient de nous parvenir.
00:19Une mère qui dit avoir déjà porté plainte contre lui.
00:22On va en parler avec notre plateau, Alexandra Gonzales, chef adjointe du service police-justice.
00:28Bonsoir à vous.
00:28Bonsoir.
00:29On est avec Dylan Slama, avocat pénaliste.
00:32Bonsoir Dylan.
00:33Avec Johanna Rosenblum, psychologue clinicienne.
00:35Bonsoir Johanna.
00:36Et Laurent Valigué, journaliste d'investigation.
00:37Bonsoir à tous les quatre.
00:39Alexandra Gonzales, je vais donc commencer par vous.
00:41C'est un nouveau témoignage dans cette disparition.
00:45Une maman qui dit avoir déjà porté plainte contre lui en août dernier.
00:50Oui, c'est une mère qui nous a contactées, rongées par la colère et par la tristesse tout à l
00:57'heure,
00:57pour nous expliquer qu'en août dernier, elle avait déposé plainte au nom de sa fille,
01:03âgée de 10 ans au moment des faits qu'elle dénonçait l'an dernier.
01:06Elle avait déposé plainte le 22 août 2025 contre l'homme qui est actuellement mis en examen et placé en
01:14détention provisoire,
01:16soupçonné de la disparition de la petite Liana parce que, dit-elle, sa fille dénonçait des viols multiples commis au
01:24domicile de cet homme
01:25alors qu'elle était l'une des amies, enfin l'amie de l'une de ses filles qui était âgée
01:30à peu près du même âge.
01:32Alors, que s'est-il passé depuis le dépôt de cette plainte le 22 août dernier près de Toulouse ?
01:37On a contacté le parquet de Toulouse qui nous a dit avoir été informé procéduralement par les gendarmes
01:43de l'existence de cette plainte le 15 octobre 2025
01:47et avoir transmis immédiatement le dossier au parquet d'Oche
01:51en raison du lieu de la commission présumée des faits,
01:56c'est-à-dire au domicile de cet homme à Montestruc près d'Oche.
01:59Donc, c'est le parquet d'Oche qui a récupéré ce dossier le 28 octobre 2025.
02:05Depuis, que s'est-il passé ?
02:07Nous avons contacté à de multiples reprises ce soir le parquet d'Oche
02:11mais nous n'avons pas eu de retour pour le moment.
02:13En revanche, l'avocate, l'une des avocates de cet homme qui s'appelle Maître Vasquez
02:19nous a indiqué que dans ce dossier, qui est toujours au stade de l'enquête préliminaire,
02:25son client n'a jamais été interrogé.
02:28Il est présumé innocent, bien sûr,
02:31et il n'a donc jamais été entendu, ne serait-ce qu'en audition,
02:36sur ces faits précis datant de l'an dernier.
02:39Donc, jamais de garde à vue.
02:41La question qui se pose aujourd'hui, c'est pourquoi,
02:45lorsque cet enfant a dénoncé ces faits avec sa maman en août dernier,
02:50pourquoi, neuf mois plus tard,
02:52il n'y a, d'après l'avocate de cet homme,
02:58pourquoi il n'y a toujours pas eu une seule garde à vue le concernant,
03:01pourquoi était-il donc toujours libre de ces mouvements,
03:03pas de mise en examen, pas de placement en détention provisoire.
03:07Et aujourd'hui, cette maman qui nous a contactés tout à l'heure,
03:12déjà est effondrée par le fait qu'elle a reçu, dit-elle, du mépris
03:16des autorités judiciaires et des gendarmes auprès de qui elle avait déposé plainte.
03:20Et elle se dit effondrée, à la fois pour sa fille,
03:23mais aussi pour les proches de Liana,
03:25en se disant que peut-être, si elle avait été écoutée,
03:27si la justice avait été plus rapide,
03:30peut-être que ce drame de Liana aurait pu être évité.
03:33Je dis peut-être parce que, rappelons,
03:36que Jérôme B est présumé innocent
03:38et qu'il a nié toute implication pour le moment.
03:41Je rappelle donc cet homme, Jérôme B,
03:43qui est pour l'instant le seul suspect dans la disparition de la petite Liana,
03:47interpellée, placée en garde à vue samedi,
03:50il a été mis en examen hier soir pour enlèvement et séquestration,
03:53placée en détention provisoire.
03:55Et c'est lui dont on parle, c'est contre lui
03:58que cette plainte avait été déposée en août dernier
04:00par cette maman et sa fille,
04:03sa fille qui l'accuse de multiples viols,
04:06plainte déposée donc en août dernier,
04:08neuf mois plus tard.
04:10Visiblement, il ne s'est rien passé.
04:12Dylan Slama, votre regard sur ces faits ?
04:15C'est terrible, mais ça ne m'étonne pas du tout.
04:16Le nombre de fois où on dépose, même nous avocats,
04:19alors je ne suis pas en train de dire que les plaintes sans avocat
04:21doivent être délaissées,
04:22mais parfois on se dit peut-être un peu naïvement
04:24qu'une plainte avec avocat sera prise un peu plus au sérieux
04:26par les enquêteurs, par les magistrats, etc.
04:28Donc très régulièrement, on reçoit des clients,
04:29on dépose pour eux des plaintes,
04:31et on appelle un mois, deux mois, trois mois après
04:33le tribunal, le parquet, pour savoir ce qu'il était advenu de cette plainte,
04:36et il n'est pas rare qu'on nous réponde
04:37que la plainte n'a pas encore été enregistrée.
04:39C'est-à-dire qu'il n'y a même pas encore de numéro de parquet
04:41et qu'elle n'ait même pas encore été ouverte.
04:43C'est parce que, si vous voulez,
04:45parce que la justice est sinistrée,
04:46c'est pas la faute d'un magistrat qui néglige.
04:47Trop de dossiers à gérer.
04:48Trop de dossiers à gérer,
04:49trop de plaintes qui arrivent tous les jours,
04:51et donc parfois, trois mois, quatre mois, cinq mois après,
04:53on a une plainte qui n'a toujours pas été enregistrée.
04:55Mais pardon, même lorsqu'il s'agit d'un homme
04:57qui est accusé de multiples viols sur des enfants,
05:00on parle d'une petite fille de dix ans.
05:03Surtout quand il s'agit d'enfants et de femmes.
05:06Surtout quand il s'agit.
05:07Il y a 160 000 enfants qui sont victimes de violences sexuelles
05:10chaque année en France.
05:10Et les chiffres de la CIVIS,
05:11la Commission indépendante sur l'inceste
05:13et les violences sexuelles faites aux enfants,
05:14il y a moins de 2% de condamnations en cas d'inceste.
05:17Donc surtout quand c'est les enfants qui parlent, en fait.
05:20C'est long.
05:21Là, ce qui s'est passé,
05:22c'est que la maman avait noté un changement de comportement
05:25chez sa fille
05:27qui posait beaucoup de questions liées à la sexualité.
05:30Alors, elle raconte dans sa plainte qu'elle était assez mal à l'aise
05:33mais qu'elle avait répondu à ces questions
05:35en se disant que c'était dû à son âge,
05:38à l'adolescence qui arrivait.
05:40Et puis, finalement, un jour, avec son compagnon,
05:43elle a fini par demander de façon un peu plus claire à sa fille
05:46s'il s'était passé quelque chose.
05:48Et là, elle raconte que sa fille s'est effondrée en larmes
05:51et qu'elle leur a dit qu'elle avait été violée par cet homme
05:55à de multiples reprises et au domicile familial.
05:58Alors, pourquoi se trouvait-elle au domicile de cet homme ?
06:01En fait, elle pratiquait un sport en dehors de l'école,
06:06une activité extrascolaire,
06:08comme les deux filles de ce suspect.
06:10Le taekwondo, c'est ça ?
06:11Voilà.
06:12Et c'est à ce titre-là
06:14qu'elle s'est retrouvée à de multiples reprises
06:18au domicile du papa de ses amis.
06:21Dans quelles circonstances, précisément, ensuite,
06:23les viols ont-ils été commis ?
06:25Ça, pour l'instant, nous n'avons pas cette information.
06:28Mais ce qu'elle décrit est très grave et très circonstancié.
06:32Il ne s'agit pas d'attouchement ou d'agression sexuelle,
06:35mais bien de viols commis à de multiples reprises.
06:38C'est ce qu'elle a raconté à sa maman.
06:41Et sa maman s'est empressée d'aller à la gendarmerie,
06:43on est le 22 août 2025 à ce moment-là,
06:45pour raconter ses faits.
06:47Et nous sommes neuf mois plus tard.
06:49Et d'après l'avocate de cet homme,
06:53il n'a jamais été interrogé là-dessus.
06:54D'après cette maman,
06:56elle n'a jamais eu réellement pour l'instant
06:58de nouvelles de l'avancement de son dossier.
07:00Et donc, bien sûr que la justice est lente,
07:03bien sûr que la justice manque de moyens,
07:05mais ça paraît incompréhensible
07:07que pour des faits aussi graves dénoncés par une enfant,
07:11il n'y ait pas plutôt une garde à vue
07:14du suspect mis en cause,
07:15une perquisition à son domicile
07:17pour tenter de voir s'il y a par exemple
07:18du contenu pédopornographique,
07:20pour qu'en fait, potentiellement,
07:22s'il s'agit bien d'un criminel,
07:25d'un pédocriminel,
07:27ces agissements puissent être arrêtés
07:29le plus rapidement possible
07:31pour éviter d'autres victimes.
07:32C'est ça qu'on se dit, Laurent Valigué,
07:34que potentiellement,
07:37la justice avait entre ses mains
07:39un homme ultra dangereux
07:40qui avait été signalé en août dernier
07:43et qu'on n'a rien fait.
07:45Et donc, potentiellement,
07:46potentiellement,
07:47il reste présumé innocent,
07:48l'homme qui est mis en examen ce soir,
07:49mais potentiellement,
07:50il a refait du mal.
07:52Mais c'est une...
07:53En tout cas,
07:54des éléments dont on dispose ce soir,
07:56Alexandra m'a raconté tout ça
07:58juste avant qu'on rentre sur le plateau,
08:00c'est une défaillance majeure
08:02du service public de la justice.
08:05Le service public de la justice
08:06est totalement défaillant.
08:08Les gendarmes prennent une plainte,
08:10plutôt bien,
08:11une gendarmerie de campagne,
08:14ils prennent une plainte,
08:15elle est circonstanciée à la plainte.
08:16Il y a plein d'éléments concrets.
08:17Il y a plein d'éléments
08:19dans le récit de cette petite fille
08:21et de sa maman
08:21qui ont l'air extrêmement crédibles
08:24dans ce qu'elles racontent,
08:26dans les éléments périphériques,
08:27dans des constatations médicales
08:29qui ont été faites.
08:30Ça, les gendarmes font leur boulot.
08:32Alors, ils transmettent,
08:33puisqu'on est encore avec les frontières
08:35de la Révolution française,
08:36il se trouve que cette gendarmerie,
08:38le domicile,
08:38il est en Haute-Garonne,
08:39dans le département d'à côté.
08:40Donc, les gendarmes,
08:41ils transmettent au parquet de Toulouse,
08:44qui n'est pas compétent,
08:45puisque le domicile,
08:46il est dans le Gers,
08:46dans l'autre département.
08:48Alors déjà,
08:48il faut des semaines
08:49pour que le parquet de Toulouse
08:50se décessisse
08:51au profit du parquet d'Hoche,
08:53du Gers.
08:54Et puis,
08:54déjà, on perd du temps.
08:55Mais déjà,
08:55on perd du temps.
08:56Alors que tout ça
08:57est à portée de...
08:58C'est à une demi-heure
08:59en voiture.
09:01Les départements,
09:02ils ont été conçus
09:02à la Révolution française
09:04pour qu'ils soient tous
09:05à une journée de cheval.
09:06On en est toujours là.
09:08Bilan des courses,
09:09neuf mois après,
09:10comme le dit Alexandra,
09:11alors que là,
09:12sans préjugé
09:12du cas de la petite,
09:17il y en a
09:18que tout le monde
09:18cherche aujourd'hui.
09:19Mais en août,
09:21d'autres enfants
09:22sont potentiellement en danger
09:23quand les gendarmes
09:24et le parquet
09:25découvrent
09:25un comportement pareil.
09:27Ne serait-ce que ses filles,
09:28ne serait-ce que ses deux filles.
09:30Il a deux filles
09:31de 7 ans et 11 ans.
09:32Ne serait-ce que des vérifications
09:34sont à prendre en urgence
09:35pour savoir,
09:36parce que ça,
09:36elle ne le sait pas,
09:37la maman,
09:37pour savoir
09:38quelle est sa profession.
09:39Est-ce qu'il travaille
09:40au contact d'autres enfants ?
09:42Est-ce qu'il est
09:42dans un milieu scolaire ?
09:44Mais ça,
09:44c'est des questions
09:45de bon sens
09:46et d'urgence
09:48que la question se pose.
09:49Alors,
09:50je suis témoin
09:50qu'Alexandra a eu
09:51tout à l'heure
09:52l'avocate du suspect
09:54qui lui a dit
09:55« Ben oui,
09:55j'ai découvert ça moi-même,
09:57c'est une enquête préliminaire,
09:58mon client n'a jamais été entendu. »
10:00Et puis le parquet d'Auche
10:01a renvoyé la balle
10:02sur le parquet d'Agin,
10:04qui est maintenant compétent
10:05pour l'affaire de la petite fille.
10:07Mais Julie,
10:09c'est atterrant.
10:10Alors on peut dire
10:11que la justice
10:11a des piles et des piles
10:13de plaintes en souffrance
10:14pour des cambriolages,
10:16des affaires mineures,
10:17etc.
10:17Mais là,
10:18on est dans le haut du spectre
10:20de la criminalité,
10:22des violences sexuelles.
10:22En fait, il y a urgence
10:24que les autorités
10:25prennent conscience
10:26que la pédocriminalité
10:29doit passer en priorité
10:31aujourd'hui
10:32dans ce qui est traité
10:33par la justice.
10:34Et c'est...
10:34Et c'est...
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