00:01Le Gabon se trouve dans une zone de turbulence budgétaire dont les chiffres donnent le vertige.
00:06Derrière les discours de relance économique et de transformation structurelle se cachent
00:10une réalité beaucoup plus préoccupante, celle d'un Etat qui dépense largement au-dessus de ses
00:15moyens depuis des années et qui continue de repousser les limites de l'endettement. Le déficit
00:20public qui tournait encore autour de moins 1,9% du PIB en moyenne entre 2011 et 2019 a atteint
00:27moins 8,5% en 2025 selon le Fonds monétaire international et devrait grimper à près de
00:3410% en 2026 puis 11,2% en 2027. Cette dérive n'est pas le produit d'une catastrophe
00:40extérieure
00:40ou d'un choc économique imprévisible, elle est le résultat d'un manque chronique de sérieux
00:45budgétaires, d'une gouvernance qui a longtemps privilégié la consommation publique à la
00:49création de richesses, l'endettement, à la diversification économique, les dépenses
00:53de prestige, à l'investissement productif. Pendant des années, les recettes pétrolières
00:59ont alimenté un modèle où la corruption, les surfacturations, les exonérations opaques
01:03et la fuite des capitaux ont prospéré au détriment de l'industrialisation, de l'agriculture,
01:08de la santé ou encore de l'éducation. Les chiffres du projet de loi de finances
01:12rectificative 2026 illustrent parfaitement cette fuite en avant du budget prévisionnel initial.
01:18Alors que la croissance économique est révisée à seulement 4% contre 6,5% initialement prévue,
01:25les recettes budgétaires naît de chute à 2 928 milliards de francs CFA, soit près
01:30de 880 milliards de moins que les prévisions initiales. Dans le même temps, l'État continue
01:35de mobiliser massivement l'endettement, les ressources de trésorerie et de financement
01:39atteignant 2 252 milliards de francs CFA grâce notamment à un recours accru aux émissions
01:44de titres publics. Les charges financières de la dette grimpent à 488 milliards de francs
01:48CFA, tandis que les amortissements absorbent plus de 1 309 milliards de francs CFA, portant
01:54le coût total du service de la dette à près de 1 797 milliards de francs CFA, soit plus
02:00de 61% des recettes budgétaires. Certes, le budget rectificatif réduit fortement les
02:05investissements publics à 1 169 milliards de francs CFA, mais les dépenses de fonctionnement
02:09continuent de progresser, notamment les biens et services. Cette situation révèle une
02:14gouvernance budgétaire toujours marquée par une forte dépendance à la dette et une
02:19faible capacité à ajuster durablement les dépenses aux ressources réellement disponibles.
02:22Le plus paradoxal dans cette situation est que le Gabon continue d'entretenir un train
02:26de vie public particulièrement coûteux, alors même que ses marges financières se réduisent
02:31dangereusement. Parc automobile de l'État, mission à répétition, carburant, location
02:36administrative. Prestations externes et multiplication des structures publiques continuent de peser
02:40lourdement sur les finances publiques. La masse salariale de la fonction publique n'a baissé
02:45que d'un petit milliard, passant de 960 milliards de francs CFA à 958 milliards. Cela
02:51représente environ 25% des recettes budgétaires du pays. Le pays semble donc vouloir financer
02:57simultanément une transformation économique ambitieuse et un effort militaire massif et
03:02un appareil administratif toujours plus coûteux. Tout cela en hypothéquant l'avenir des générations
03:06futures. Cette accumulation de dépenses traduit moins une stratégie cohérente qu'une forme
03:10de fuite en avant politique et budgétaire. Pourtant, des économies substantielles pourraient
03:15être rapidement dégagées. Une rationalisation de 5% de la masse salariale pourrait générer
03:19près de 47 milliards supplémentaires. Quant au report de certains projets militaires,
03:24infrastructures peu rentables ou projets de prestige, il permettrait de soulager significativement
03:29les finances publiques sans remettre en cause des priorités du pays. L'exemple de
03:33la Guinée équatoriale montre justement qu'une autre trajectoire reste possible en Afrique
03:37centrale lorsque la rigueur budgétaire devient une priorité politique. Malgré une baisse
03:42de 12,5% de ces recettes entre 2024 et 2025, Malabo a choisi de réduire ses dépenses publiques
03:48de 172 milliards de francs CFA sur la même période. Le train de vie de l'État y a été
03:53abaissé de 12%, tandis que la masse salariale n'a progressé que de seulement 2%. Surtout,
03:59la Guinée équatoriale a pris la décision politiquement difficile de geler une partie
04:02de ses investissements publics, réduisant ce poste de dépense de 395 milliards de francs
04:08CFA. Résultat, le déficit budgétaire du pays a chuté de 99,9% avec l'objectif de retrouver
04:15rapidement le niveau excédentaire enregistré en 2023. Là où Malabo a accepté la discipline
04:22budgétaire Libreville semble encore croire qu'il est possible de financer durablement
04:26croissance, prestige étatique et expansion administrative par la dette.
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