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  • il y a 2 jours
Table-ronde T'educ "lire les frontières, lire le monde" avec :en 1ère partie : entretien avec Michel Foucher, géograohe, diplomate et ancien ambassadeuren 2ème partie : Jean-Luc Mercier, professeur d'histoire-géographie au lycée Henri Wallon d'Aubervilliers, Laurent Pech professeur d'histoire-géographie au collège Victor Hugo de Cachan, Ludovic Sot, professeur d'histoire-géographie au lycée Marie-Curie de Sceaux et secrétaire général adjoint de l’Association des Professeurs d’Histoire et Géographie (APHG) ; Alexandra Rayzal, professeure d'histoire-géographie en collège à Paris et présidente du CRAP-Cahiers pédagogiques.en 3ème partie : Astrid Aron et Maud Gouy, commissaires de l'exposition Frontière ; Geoffrey Guerinot, médiateur scientifique à la Cité des sciences et de l'industrie.Animé par Marie-Catherine Mérat, journaliste scientifique.

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Transcription
00:00:00...
00:00:06Bonjour, bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue.
00:00:10Dans cet éduc organisé en partenariat avec le CRAP Cahier Pédagogique
00:00:14et l'Association des Professeurs d'Histoire-Géographie, la PHG,
00:00:19il sera bien sûr question de frontières,
00:00:21objet de l'exposition qui se tient en ce moment à la Cité des Sciences
00:00:24et jusqu'à janvier 2028, mais aussi plus généralement de géographie.
00:00:30Comment enseigner la géographie, la rendre plus ancrée, plus concrète,
00:00:34plus concernante pour les élèves ?
00:00:36Quels en sont les métiers, souvent méconnus ?
00:00:39Et pour débuter nos réflexions, j'ai le plaisir d'accueillir Michel Fouché.
00:00:43Bonjour.
00:00:44Bonjour.
00:00:45Alors Michel Fouché, vous êtes géographe spécialiste des questions de frontières,
00:00:49vous faites partie du comité scientifique et culturel de l'exposition
00:00:52de la Cité des Sciences et de l'Industrie.
00:00:54Comme vous l'écrivez dans votre livre récemment réédité,
00:00:57« Arpenter le monde, mémoire d'un géographe politique ».
00:01:00Vous avez été professeur, chercheur, cartographe, consultant et diplomate,
00:01:06analyste et conseiller, conférencier et témoin engagé.
00:01:09On pourrait ajouter aussi « inlassable voyageur ».
00:01:12Vous avez, je vous cite, « Arpenter le monde sans relâche pour le penser ».
00:01:15Alors avant d'évoquer les frontières, il faut d'abord parler de la géographie,
00:01:19que vous explorez activement depuis plusieurs décennies.
00:01:23C'est quoi, Michel Fouché, la géographie ?
00:01:26Et c'est quoi être géographe ?
00:01:28Gégraphé, la description du monde, dessiner, décrire.
00:01:34Pour moi, ce qui est géographique, c'est ce qui est cartographiable.
00:01:42À partir de là, description du monde connu.
00:01:49Beaucoup de cartes entourées par les barbares, les diables étrangers,
00:01:56les animaux sauvages, etc. jusqu'à récemment.
00:02:00Deuxième point important,
00:02:04pas suffisamment pris en compte,
00:02:07mais très, très utile pour comprendre le chaos contemporain.
00:02:12Cette description, elle est à la fois subjective et objective.
00:02:18Objective, c'est-à-dire qu'on cartographie ce qu'on connaît.
00:02:22Au congrès de Berlin en 1895,
00:02:25c'était des frontières de papier,
00:02:27on s'est partagé des espaces qu'on ne connaissait pas.
00:02:30On s'est quand même partagé des espaces.
00:02:33C'est un effet de réalité à partir d'une ignorance absolue.
00:02:37Donc, dans l'analyse géographique,
00:02:39il faut être conscient qu'il y a une grande part d'ignorance.
00:02:42Et d'autre part, d'où l'importance du terrain,
00:02:44on en reparlera tout à l'heure sur le métier de la géographie,
00:02:47le métier de géographie,
00:02:48mais il y a quelque chose de subjectif
00:02:50qui est ce que j'appelle les cartes mentales.
00:02:54On peut donner deux ou trois exemples
00:02:56sans entrer dans le débat géopolitique,
00:02:58mais juillet 2021,
00:03:02le gouvernement russe publie un document signé du président.
00:03:07Les Russes et les Ukrainiens sont un seul peuple.
00:03:10Bon, il annonce la couleur.
00:03:13Si on veut bien admettre que les cartes mentales,
00:03:16les représentations, dirait-on en philosophie,
00:03:19ont un sens et sont même quelquefois
00:03:22un des moteurs de l'action.
00:03:24Quand on dit à Pékin qu'il faut réunifier
00:03:27la grande famille chinoise,
00:03:28donc mettre la main sur Taïwan,
00:03:30c'est la même chose.
00:03:32Vous voyez, etc.
00:03:33Donc, c'est très important d'articuler
00:03:36ce qui est à la fois objectif,
00:03:38qu'on connaît,
00:03:40et ce qui est de l'ordre des représentations.
00:03:45Et vous donnez d'ailleurs un autre exemple
00:03:47qui est assez éclairant,
00:03:48que je conseille aux auditeurs.
00:03:51Vous avez récemment écrit un article
00:03:53dans la revue Le Grand Continent
00:03:55intitulé
00:03:56« Pourquoi le Groenland enquête sur le dieu Mercator ? »
00:03:59et vous y faites une analyse de Trump
00:04:01et de son appétit pour le Groenland
00:04:02qui est basé, justement,
00:04:04sur une carte mentale
00:04:04qu'il a en tête,
00:04:05qui est la projection Mercator.
00:04:07Oui, parce que jusqu'au milieu
00:04:09de son premier mandat,
00:04:11le département d'État,
00:04:12j'ai évidemment vérifié ça,
00:04:14le département d'État
00:04:15a une division,
00:04:16un bureau du géographe
00:04:17depuis la fin de la Première Guerre mondiale,
00:04:21qui a été créé d'ailleurs
00:04:22par un géographe,
00:04:23Isaia Bauman,
00:04:24qui était le conseiller de Wilson
00:04:25sur les nouvelles frontières en Europe.
00:04:29Ils avaient aussi la projection Mercator,
00:04:31comme le Quai d'Orsay aujourd'hui.
00:04:32Si vous cherchez une carte
00:04:34sur le site du Quai d'Orsay
00:04:35de nos ambassades et de nos consulats,
00:04:37c'est toujours la projection Mercator.
00:04:39C'est une projection qui a eu son utilité
00:04:42pour les navigateurs européens
00:04:44parce que c'est assez précis
00:04:46pour la zone intertropicale.
00:04:49On allait chercher des épices au Moluc,
00:04:51on les ramenait à Lisbonne ou à Séville
00:04:54et ça suffisait.
00:04:58Alors que c'est une projection
00:05:00où les méridiens sont parallèles.
00:05:03Donc le Groenland est aussi grand
00:05:07que le continent africain,
00:05:09alors que c'est 4 fois plus petit.
00:05:11Mais quand vous raisonnez
00:05:13en promoteur immobilier,
00:05:14vous dites, oh là là.
00:05:15Il le dit d'ailleurs dans un entretien
00:05:16dont je rencontre.
00:05:20Trump dit, j'aime les cartes.
00:05:22Et il dit, le Groenland, c'est gros.
00:05:24C'est un gros morceau.
00:05:26C'est plus grand que Marais-le-Lago.
00:05:27Je vais l'annexer.
00:05:29Et après, on construit les raisonnements,
00:05:31si vous voulez.
00:05:32Alors, il ne faut pas ne parler que de lui.
00:05:35Il nous occupe déjà suffisamment.
00:05:36Mais enfin, c'est extraordinaire quand même
00:05:38de voir l'effet.
00:05:40C'est un raisonnement simpliste.
00:05:43Mais pourquoi ?
00:05:44Évidemment, c'est valorisant
00:05:45pour l'hémisphère nord,
00:05:46la projection Mercator.
00:05:48C'est celle de Google Maps.
00:05:49Donc c'est une déformation.
00:05:51Moi, j'ai demandé au Calorcet,
00:05:53au cabinet du ministre,
00:05:53de donner instruction
00:05:56à leur division cartographique,
00:05:58de modifier nos cartes officielles.
00:06:01Il y a une projection de Robinson
00:06:03qui restitue, si vous voulez,
00:06:05dans une certaine façon,
00:06:07l'aspect sphérique de la Terre.
00:06:12Et ce n'est pas aisé,
00:06:13ce n'est pas facile.
00:06:14Et quand j'en ai parlé,
00:06:15comme ils ont tous fait Sciences Po ou l'ENA,
00:06:17et qu'il n'y a pas de géographie à l'ENA,
00:06:18il n'y a pas de géographie au Sciences Po,
00:06:20évidemment pas au Collège de France
00:06:21depuis 50 ans,
00:06:22ni à Sciences Po,
00:06:24ils ne comprennent pas.
00:06:25Ils n'ont pas compris.
00:06:26Ils m'ont dit,
00:06:26c'est la première fois qu'on nous parle de ça.
00:06:27Ils ne comprennent pas.
00:06:28Parce que les cartes mentales,
00:06:30ce qu'on apprend à l'école,
00:06:31ça devient des croyances,
00:06:32au sens religieux du terme.
00:06:34Et une croyance,
00:06:35ça ne peut pas être mis en cause.
00:06:38C'est hérétique.
00:06:39C'est très profond, tout ça.
00:06:41N'oubliez pas quand même
00:06:42qu'en France,
00:06:43l'enseignement de la géographie à l'école,
00:06:45c'est d'ailleurs son problème
00:06:46d'être trop scolaire,
00:06:47dans la perception des gens,
00:06:49s'est importé d'Allemagne,
00:06:51parce que c'était l'outil
00:06:52de l'unification allemande
00:06:54au milieu du XIXe,
00:06:56sous l'égide de la Prusse,
00:06:58où Bolt et tous ses successeurs.
00:07:00Donc c'était un outil
00:07:01de construction nationale,
00:07:03comme le récit historique.
00:07:05Vous voyez ?
00:07:06Donc la fonction pratique ou politique,
00:07:08elle est là depuis le début.
00:07:11Elle est là depuis le début.
00:07:12Et de fait,
00:07:12les cartes façonnent la réalité.
00:07:15À la fois,
00:07:16elles représentent une portion de réalité
00:07:19à une certaine échelle.
00:07:21Et donc tout le travail,
00:07:23c'est d'articuler les échelles
00:07:24pour comprendre les problèmes
00:07:26qui se posent.
00:07:27Donc ça, je dis toujours,
00:07:29les échelles,
00:07:29c'est la boîte à outils du géographe.
00:07:32Mais en même temps,
00:07:34ça peut être mis au service
00:07:35de projets politiques
00:07:37ou agressifs
00:07:39ou pacifiques, d'ailleurs.
00:07:40Souvent, on se réunit autour d'une carte
00:07:42pour calmer le jeu.
00:07:44Vous parliez justement
00:07:45des liens entre la géographie
00:07:47et la politique.
00:07:48Vous-même,
00:07:48et vous le racontez,
00:07:49dans Arpenter le monde,
00:07:51mémoire d'un géographe politique,
00:07:53que vous avez été embouché
00:07:56au Quai d'Orsay
00:07:56parce que vous étiez géographe
00:07:58et c'était entre 1997 et 2002.
00:08:01J'avais travaillé,
00:08:02parce que je peux parler du passé
00:08:04parce que je suis quand même
00:08:05un vieux monsieur
00:08:06avec mes cheveux blancs,
00:08:07mais j'ai d'abord travaillé
00:08:09avec l'équipe de François Mitterrand
00:08:10avant les grands changements
00:08:12de 1989-1991.
00:08:15Parce que j'avais fait ma thèse
00:08:17en 1986 sur les questions de frontières
00:08:19et que dans le livre
00:08:20Chez Fayard,
00:08:21France et frontières,
00:08:22un tour du monde géopolitique,
00:08:23l'éditeur Eric Vigne,
00:08:25avec beaucoup de lucidité,
00:08:26m'a dit
00:08:26« Tu sors du tiers-monde
00:08:28et tu parles,
00:08:29tu continues ta thèse
00:08:32en quelque sorte
00:08:32pour publication
00:08:33en traitant ce que tu n'as pas traité.
00:08:35Tu es Amérique du Nord,
00:08:36Union soviétique, Europe. »
00:08:38Et là, j'ai découvert
00:08:39en publiant
00:08:40« Front et frontières »
00:08:41l'ampleur des problèmes à venir
00:08:44en termes de frontières
00:08:45et surtout,
00:08:45notre obsession à l'époque,
00:08:46c'était des conflits
00:08:47autour des questions
00:08:47de minorités nationales
00:08:50qui, d'ailleurs,
00:08:51ont éclaté en Yougoslavie.
00:08:52Donc, j'avais beaucoup travaillé
00:08:54avec l'équipe diplomatique
00:08:55du président de la République
00:08:56qui était très conscient
00:08:58de ces questions-là
00:08:59parce qu'il avait
00:08:59une connaissance
00:09:00de l'histoire européenne
00:09:02assez forte.
00:09:04Et je rapporte,
00:09:06donc,
00:09:06ce n'était pas...
00:09:07Et lorsque je vois,
00:09:09donc ça,
00:09:10c'est 97,
00:09:11la cohabitation,
00:09:13Jospin Chirac,
00:09:16Hubert Védrine
00:09:16est nommé ministre,
00:09:18je vais le voir,
00:09:18on discute,
00:09:19il me dit
00:09:20« Fais-moi une proposition. »
00:09:21Et mon papier,
00:09:22c'est « Qu'est-ce qu'un géographe
00:09:24peut apporter
00:09:25à un ministre
00:09:25partisan
00:09:26d'une diplomatie
00:09:27du mouvement ? »
00:09:27J'ai les textes,
00:09:28tout ça,
00:09:29ça peut être publié.
00:09:30Et puis,
00:09:31on discute,
00:09:31je vais avec lui
00:09:32en Yougoslavie,
00:09:33on va à Zagreb,
00:09:34on va à Belgrade,
00:09:36etc.
00:09:37Et puis ensuite,
00:09:38on se voit,
00:09:39il me dit,
00:09:40je cite,
00:09:41c'est la pure vérité,
00:09:41je n'invente pas
00:09:42pour vous faire plaisir,
00:09:44il me dit
00:09:45« Je vais gérer des crises. »
00:09:47On était en des affaires yougoslavs,
00:09:48Proche-Orient,
00:09:49n'en parlons pas.
00:09:50« Tu as des cartes dans la tête,
00:09:51rejoins mon cabinet. »
00:09:52C'est exactement
00:09:53ce qui s'est passé.
00:09:54Donc,
00:09:55je revendique vraiment
00:09:58cette méthode,
00:09:59si vous voulez,
00:10:00très spécifique
00:10:01de l'analyse géographique.
00:10:03La carte,
00:10:05les échelles,
00:10:06évidemment,
00:10:06la longue durée.
00:10:07Et c'est pour ça
00:10:08que j'ai un peu
00:10:08des difficultés
00:10:09avec le mot géopolitique,
00:10:10parce que c'est devenu
00:10:11très à la mode,
00:10:12tout le monde veut en faire,
00:10:13tout le monde veut en vendre,
00:10:14surtout,
00:10:15y compris dans les écoles de commerce,
00:10:16sauf qu'on oublie
00:10:17le géo en route.
00:10:19On oublie le géo en route.
00:10:20Ceux qui parlent
00:10:20de géopolitique,
00:10:21qui ne sont pas géographes,
00:10:22oublient le géo en route
00:10:23et ne savent pas faire.
00:10:24C'est un métier.
00:10:25Mais qu'est-ce qu'ils ne savent pas faire,
00:10:26au fond ?
00:10:26Parce qu'on a effleuré
00:10:27la question du terrain.
00:10:29Ils ne savent pas analyser
00:10:29les questions spatiales,
00:10:30les territoriales.
00:10:31Ils savent analyser
00:10:33les relations internationales,
00:10:34mais pas quand c'est ancré.
00:10:37Détroit d'Hormuz,
00:10:39qu'on appelle à Washington
00:10:40le Golfe d'Hormuz.
00:10:41Vous voyez,
00:10:42c'est ça la question.
00:10:45Les grandes puissances,
00:10:46souvent, ont des dirigeants
00:10:48extrêmement ignorants
00:10:49de ces problématiques territoriales.
00:10:51Il n'y a pas de déterminisme,
00:10:52mais il y a une approche
00:10:54particulière
00:10:55à l'analyse géographique.
00:10:57Le jeu des échelles,
00:11:00ce que l'on sait,
00:11:01prendre en compte
00:11:02ce qu'on ne sait pas,
00:11:03savoir ce qu'on ne sait pas,
00:11:06et faire,
00:11:07non pas des prévisions,
00:11:09mais quand vous conseillez
00:11:11un décideur,
00:11:14qu'est-ce qu'on fait
00:11:15si cette décision
00:11:17qui n'est pas du tout rationnelle
00:11:18se produit.
00:11:20Et là, souvent,
00:11:21il y a une dimension territoriale.
00:11:23L'Ukraine,
00:11:23on conquête le territoire.
00:11:26On voit des choses
00:11:27avec la carte.
00:11:28On anticipe.
00:11:30Oui, bien sûr.
00:11:30On savait très bien
00:11:31que la première ville
00:11:32qui prendrait sur la figure
00:11:33en dehors de Kiev,
00:11:34c'est Mariupol.
00:11:36Ce n'est pas seulement la carte,
00:11:37c'est ce qu'il y a
00:11:38dans la tête du Kremlin,
00:11:40des dirigeants du Kremlin
00:11:41à cette époque-là.
00:11:42Il faut connaître le passé,
00:11:44quand même.
00:11:44Il y a Mariupol et Odessa
00:11:45qui sont des obsessions
00:11:47poutiniennes.
00:11:49Donc, ça,
00:11:49ce n'est pas seulement
00:11:50l'analyse géographique.
00:11:52Donc, il y a un lien
00:11:53avec la stratégie,
00:11:54évidemment.
00:11:54La stratégie,
00:11:55c'est le mouvement.
00:11:56Et l'intérêt
00:11:57de l'analyse cartographique,
00:12:00c'est qu'en fait,
00:12:01il faut voir les cartes
00:12:03en fonction d'un mouvement,
00:12:06du point A au point B.
00:12:07C'est ça, la stratégie.
00:12:09Oui, et puis quand même,
00:12:10le terrain n'a pas
00:12:13le même sens,
00:12:14le Rhin n'a pas
00:12:15la même valeur stratégique
00:12:18si c'est un fleuve
00:12:19qui vous défend
00:12:20ou si vous voulez
00:12:21le franchir.
00:12:22Si vous voulez le franchir,
00:12:24c'est un obstacle.
00:12:25Si vous voulez être
00:12:26à l'abri,
00:12:27c'est un atout.
00:12:29C'est ce qu'on appelle
00:12:29l'allié terrain.
00:12:31Donc, le territoire,
00:12:33si vous voulez,
00:12:34ne doit pas être vu du ciel.
00:12:36Ça, c'est le grand fantasme
00:12:37des rois
00:12:38qui aimaient les cartes
00:12:39et il y avait
00:12:40les géographes du roi.
00:12:42En fait,
00:12:42il y a quelque chose
00:12:43autour d'une vision divine
00:12:45quand vous regardez
00:12:46une carte.
00:12:47Vous êtes à la place
00:12:48du dieu,
00:12:49ou du Yuri Gagarin,
00:12:50je ne sais pas,
00:12:51qui n'a pas rencontré Dieu
00:12:52comme Khrouchchev nous l'a dit.
00:12:53On a vu le planétarien
00:12:55tout à l'heure.
00:12:56Mais la carte,
00:12:57il faut la regarder d'en haut,
00:12:58mais en fait,
00:12:59il faut la regarder
00:12:59au ras du sol.
00:13:00C'est-à-dire,
00:13:01c'est le mouvement.
00:13:01Non, ça vous aide
00:13:02à anticiper le mouvement
00:13:05du point A au point B.
00:13:07Donc, sortons de la vision divine.
00:13:09Et vous avez aussi écrit
00:13:10« J'ai toujours été convaincu
00:13:11que le terrain
00:13:12et donc les voyages
00:13:13offraient des grilles
00:13:13de lecture bien supérieures
00:13:14au seul découpage
00:13:15des articles de presse
00:13:16qui sont le pain quotidien
00:13:17de la géopolitique
00:13:18en chambre sédentaire. »
00:13:20Oui, alors, quand même,
00:13:24vous avez cité
00:13:24le Grand Continent.
00:13:25Le Grand Continent prépare
00:13:27avec le ministère
00:13:27de la Sférité étrangère
00:13:28au mois de juin
00:13:30une réunion sur le thème suivant
00:13:32« Y a-t-il une géopolitique
00:13:33à la française ? »
00:13:35Et moi, on m'a demandé
00:13:37de parler de l'aspect pratique
00:13:43géopolitique appliqué.
00:13:45C'est ce qui m'intéresse.
00:13:46On en reparlera dans les métiers.
00:13:48Et je me suis rendu compte,
00:13:50j'avais fait une recension
00:13:53des occurrences
00:13:54du mot « géopolitique »
00:13:57dans le quotidien Le Monde
00:13:59depuis l'origine,
00:14:01depuis 1945.
00:14:03Et j'ai trouvé 75 occurrences
00:14:06depuis, en fait, 1947.
00:14:10Et donc, j'ai essayé
00:14:13de faire des corrélations.
00:14:14Ça peut être la question allemande,
00:14:18la construction européenne,
00:14:20l'indépendance africaine,
00:14:22le conflit sino-soviétique.
00:14:25Vous voyez, ça apparaît
00:14:26dans des circonstances
00:14:27où il y a
00:14:30des mouvements de fonds
00:14:32qui ont à voir
00:14:33avec le territoire.
00:14:34Et moi, j'ai été formé
00:14:37comme étudiant.
00:14:38Il n'y avait pas de cours
00:14:39de relations internationales
00:14:41et encore moins de géopolitique
00:14:42à la Sorbonne.
00:14:44Et à l'Institut de géo,
00:14:46rue Saint-Jacques,
00:14:47c'était la géomorphologie,
00:14:52la climatologie
00:14:53et puis les grands succès
00:14:56de la planification soviétique
00:14:57avec Pierre-Georges.
00:14:58Un peu d'urbanisme,
00:14:59un peu de France,
00:15:00France régionale.
00:15:02Il n'y a jamais eu
00:15:03d'enseignement de relations
00:15:04internationales en France.
00:15:05Les historiens et juristes
00:15:06y sont toujours opposés.
00:15:08Et c'est encore un peu le cas.
00:15:09Il y a une vraie faiblesse.
00:15:10Sciences Po est en train
00:15:11de changer un peu ça.
00:15:14Donc, moi, ma formation
00:15:16comme étudiant,
00:15:19puis mon travail
00:15:20comme professeur,
00:15:21c'était de découper
00:15:24les articles du journal Le Monde.
00:15:26J'avais une demi-bibliothèque,
00:15:29deux dossiers.
00:15:30Et c'est avec ça
00:15:31que je faisais mes cours
00:15:32plus tard à l'IEP de Lyon
00:15:34ou à Vincennes,
00:15:35puis à Saint-Denis
00:15:36et dans tous les endroits
00:15:38où j'essayais de m'intéresser
00:15:40en fait au conflit.
00:15:41On appelait ça
00:15:42les points chauds.
00:15:43Donc, en fait,
00:15:43moi, j'ai été formé
00:15:44aux questions internationales
00:15:47par la lecture
00:15:48du journal Le Monde.
00:15:50Comme disait,
00:15:51je ne sais plus qui,
00:15:52Hegel,
00:15:53lecture de la gazette
00:15:54et la prière quotidienne
00:15:55de l'homme moderne.
00:15:57Donc, c'était
00:15:58ma prière quotidienne,
00:15:59comme vous.
00:16:00Et mes collègues
00:16:01faisaient pareil.
00:16:02Lacoste,
00:16:02il a écrit tous ses bouquins
00:16:04avec le journal Le Monde.
00:16:05Et à un moment,
00:16:07c'était apparu
00:16:08comme une faiblesse.
00:16:08Un peu de terrain.
00:16:09Non, pas du tout.
00:16:10Sauf que le mot géopolitique
00:16:11nous échappait.
00:16:12Il était employé,
00:16:13il était là,
00:16:14mais on n'en faisait rien.
00:16:16Et c'est avec Lacoste,
00:16:17Aérodote,
00:16:18Béatrice Giblin,
00:16:19etc.,
00:16:19qu'on a fait le lien
00:16:20entre géographie
00:16:22et géopolitique.
00:16:23On a sorti,
00:16:24en quelque sorte,
00:16:25ce mot géopolitique
00:16:27de son placard
00:16:28relation internationale
00:16:29critique,
00:16:30les grandes tensions,
00:16:32la guerre froide,
00:16:32tout ça,
00:16:33pour l'articuler
00:16:34à la géographie.
00:16:37Mais après,
00:16:38il y a eu tellement
00:16:38de succès
00:16:39que maintenant,
00:16:40c'est un peu
00:16:40des marchandes.
00:16:41Ça voudrait dire
00:16:41qu'on a remis
00:16:42de la géographie
00:16:43dans la géopolitique.
00:16:44On a articulé les deux.
00:16:46On a articulé les deux.
00:16:47Et ça,
00:16:47on peut en reparler.
00:16:48Et donc,
00:16:49c'est ce que je raconterai,
00:16:50si vous voulez,
00:16:51au 14h,
00:16:51au mois de juin.
00:16:53Il faut que je travaille
00:16:54un peu,
00:16:54mais vous voyez,
00:16:56le mot était là,
00:16:59mais on ne s'en servait pas.
00:17:01Il n'y avait que
00:17:01les grands journalistes
00:17:02qui faisaient du terrain
00:17:03et qui parlaient au chef d'État,
00:17:05style André Fontaine,
00:17:07qui était directeur
00:17:08adjoint du Monde,
00:17:09directeur du Monde.
00:17:11Il avait fait un jour,
00:17:12je parle de lui,
00:17:13parce que,
00:17:15dans une réunion,
00:17:16dans un cercle
00:17:17d'intellectuels,
00:17:18rue Madame,
00:17:19il avait fait une conférence
00:17:19sur la Chine.
00:17:21Et j'étais en propédotique.
00:17:24À l'époque,
00:17:25ça existait encore,
00:17:25la propédotique.
00:17:26Première année de fac.
00:17:28Et c'était formidable.
00:17:30Il rentrait de Chine.
00:17:33Et c'était avant 68.
00:17:37Et je lui ai écrit
00:17:38au journal Le Monde,
00:17:39rue des Italiens.
00:17:39Il me répond,
00:17:40parce qu'aujourd'hui,
00:17:41les gens ne répondent plus
00:17:42au courrier.
00:17:42Il me répond,
00:17:43je vais le voir.
00:17:44Et en gros,
00:17:45ma question,
00:17:46c'est qu'est-ce qu'il faut
00:17:47faire comme étude
00:17:47pour être capable
00:17:49de parler comme vous
00:17:51d'un pays lointain ?
00:17:53Et il m'a dit,
00:17:55histoire et géographie.
00:17:57C'est pour ça que j'ai fait
00:17:58de la géographie.
00:17:58Ce n'est pas la seule raison.
00:18:00Et puis,
00:18:00il m'a dit,
00:18:00si vous voulez faire un article,
00:18:01j'avais 18 ans.
00:18:03J'ai écrit dans Le Monde,
00:18:04mais plus tard.
00:18:05Vous voyez ?
00:18:06Et puis,
00:18:06l'imprimerie,
00:18:07il me dit,
00:18:08moi,
00:18:08je mettais de l'encre
00:18:09dans la cave de la maison
00:18:10pour commencer à composer
00:18:11des petits journaux.
00:18:12Donc,
00:18:12il y avait le côté journaliste.
00:18:14Mais vous voyez,
00:18:15il m'avait fait comprendre
00:18:16que l'histoire-géographie
00:18:17était fondamentale
00:18:18pour mieux comprendre
00:18:20la dynamique
00:18:21des relations internationales.
00:18:22Ce qu'on appelait à l'époque
00:18:23les relations internationales.
00:18:24Donc,
00:18:24ça reste très efficace.
00:18:26Et les frontières,
00:18:27alors ?
00:18:27D'où vient cet intérêt
00:18:28qui est très ancien
00:18:29depuis votre thèse ?
00:18:31Pourquoi les frontières ?
00:18:32Parce que
00:18:33j'étais dans une équipe
00:18:38de chercheurs
00:18:39en Amérique latine
00:18:42quand on faisait
00:18:42des études de géographie.
00:18:44Les géographes,
00:18:45c'était les parents pauvres
00:18:46des sciences humaines.
00:18:47C'était les gens
00:18:47qui n'avaient pas fait de latin.
00:18:48Ce n'était pas mon cas.
00:18:50Les latinistes,
00:18:52ils faisaient de l'histoire,
00:18:53ils travaillaient dans les archives,
00:18:54etc.
00:18:57Les prolétaires,
00:18:58ils faisaient de la géographie.
00:19:01Et il y avait deux camps.
00:19:02Il y avait les communistes
00:19:05avec Jean Dresch,
00:19:06Pierre-Georges
00:19:07et tous les autres
00:19:07qui s'intéressaient
00:19:09à la Roumanie,
00:19:09à l'Union soviétique,
00:19:11les formidables réalisations
00:19:12promettéennes,
00:19:13n'est-ce pas,
00:19:13de l'Union soviétique
00:19:15ou de la Chine.
00:19:17Et puis,
00:19:18il y avait ma branche,
00:19:19cathode gauche,
00:19:20le Tiers-Monde.
00:19:22Puis là,
00:19:23Donner l'air caméra,
00:19:24récit,
00:19:24je vais le voir ici,
00:19:26et je commence
00:19:26à travailler sur le Brésil.
00:19:27Et il y avait un professeur
00:19:30que j'aimais beaucoup,
00:19:30Pierre Monbeg,
00:19:31spécialiste du Brésil.
00:19:34Et il était spécialiste
00:19:35des fronts pionniers
00:19:36du café à São Paulo
00:19:37dans les années 30
00:19:38avec Fernand Brodel
00:19:39et toute la bande.
00:19:40Et donc,
00:19:40il me dit,
00:19:41faites une étude
00:19:42sur les nouvelles routes
00:19:43transamazoniennes.
00:19:44D'abord,
00:19:44c'était très pénible,
00:19:45très difficile comme terrain.
00:19:46On se faisait piquer.
00:19:47Enfin,
00:19:47c'était vraiment très,
00:19:48très dur.
00:19:49C'était trop tôt.
00:19:50Et puis,
00:19:51un jour,
00:19:51je tombe à Brasilia
00:19:53chez un père jésuite belge
00:19:57qui me dit,
00:19:57tiens,
00:19:58le général Golbery,
00:19:59l'ancien patron
00:20:00de la Sorbonne brésilienne,
00:20:01l'école de guerre
00:20:03brésilienne de Rio,
00:20:04conseiller du président,
00:20:05c'est une période
00:20:05de dictature,
00:20:07vient de sortir un livre
00:20:08qui s'appelle
00:20:09Géopolitica do Brasil.
00:20:11Et donc,
00:20:12je le regarde
00:20:13et je conclue
00:20:14que l'opération
00:20:17de conquête
00:20:18de l'Amazonie
00:20:18sert à transférer
00:20:20des paysans
00:20:21du nord-est,
00:20:22pauvres,
00:20:24vers l'Amazonie
00:20:25au profit
00:20:25de futurs grands propriétaires
00:20:27pour éviter
00:20:27une réforme agraire.
00:20:28On était en pleine guerre froide,
00:20:30en guérilla et tout ça.
00:20:31Donc,
00:20:31je rentre,
00:20:32je rencontre
00:20:33mon professeur
00:20:34et je lui dis,
00:20:34écoutez,
00:20:35front pionnier,
00:20:36oui,
00:20:36mais enfin,
00:20:37là,
00:20:37il s'agit d'autre chose.
00:20:39Ce n'est pas ce que vous avez étudié,
00:20:40vous.
00:20:41Ça s'appelle
00:20:41la géopolitique.
00:20:42Mais moi,
00:20:42je ne connaissais pas
00:20:43l'histoire du mot.
00:20:45Et il m'a dit,
00:20:46oui,
00:20:46alors,
00:20:46allez-y,
00:20:48soyez prudents,
00:20:49allez-y.
00:20:49Il m'autorise
00:20:50à employer le terme
00:20:51et je publie
00:20:52dans Problème d'Amérique latine
00:20:53en 72.
00:20:54J'ai réintroduit le terme
00:20:55importé du Brésilien.
00:20:57Vous voyez ?
00:20:57Et après,
00:20:58je me suis dit,
00:20:59les front pionniers,
00:21:00non,
00:21:00ce qui m'intéresse,
00:21:01c'est les frontières
00:21:02du tiers-monde.
00:21:03Donc,
00:21:05le tiers-monde
00:21:06était vaste à l'époque.
00:21:07Donc,
00:21:07l'apartheid
00:21:08en Afrique du Sud
00:21:09comme stratégie territoriale,
00:21:10Israël-Palestine,
00:21:11j'ai choisi les sujets durables.
00:21:13La ligne Durand,
00:21:14Afghanistan,
00:21:15Pakistan,
00:21:16toujours pas reconnue,
00:21:17100 ans après.
00:21:18Vous voyez,
00:21:19c'est venu comme ça.
00:21:21J'ai exploré un terrain,
00:21:22donc,
00:21:23j'ai articulé
00:21:24géographie,
00:21:25relations internationales
00:21:26et politiques
00:21:27sur le terrain.
00:21:28Voilà.
00:21:30Merci beaucoup.
00:21:31Je pense qu'on pourrait
00:21:32encore parler des heures,
00:21:33mais je préfère...
00:21:33Non,
00:21:33mais je voudrais quand même dire
00:21:34que je suis là
00:21:36parce qu'il y a
00:21:37cette exposition.
00:21:40j'ai failli
00:21:41tomber par terre
00:21:41parce que
00:21:42moi,
00:21:43je venais
00:21:43avec mes catégories
00:21:45classiques,
00:21:46si vous voulez,
00:21:47j'étais commissaire
00:21:48d'exposition
00:21:49il y a très longtemps
00:21:49au Musée Guimet
00:21:50en 2004
00:21:50et à la Roche-Guillon
00:21:52il y a quelques années.
00:21:53Mais c'était un peu,
00:21:54je dirais,
00:21:55au ras des pâquerettes,
00:21:56des cartes,
00:21:56des petits jeux,
00:21:57des histoires.
00:21:58Mais il n'y avait pas
00:21:59cette mise en scène
00:22:00extraordinaire
00:22:00dont j'ai compris
00:22:01grâce à Maud
00:22:01et à Astrid
00:22:04ce que c'était
00:22:05que la muséographie.
00:22:06ça n'a rien à voir
00:22:08avec un discours
00:22:10géographique
00:22:10sur des frontières
00:22:11même avec des belles photos,
00:22:12quelques récits
00:22:13de migrants
00:22:14qui mettent un an
00:22:15pour aller du Cameroun
00:22:16à Gennevilliers,
00:22:16etc.
00:22:18C'est une exposition
00:22:19que je trouve
00:22:20tout à fait formidable
00:22:21parce qu'elle traite
00:22:22d'un sujet
00:22:23sur lequel il y a
00:22:24un corpus
00:22:26scientifique aujourd'hui
00:22:26de connaissances
00:22:27mais ça ne suffit pas.
00:22:29Il y a des mises en scène
00:22:30et chaque séquence,
00:22:32chaque frontière,
00:22:34chaque couple,
00:22:35parce qu'il faut être deux
00:22:36pour faire frontière,
00:22:37fait l'objet
00:22:38d'une mise en scène,
00:22:39d'une mise en récit
00:22:41absolument extraordinaire.
00:22:42Donc vraiment,
00:22:42je suis complètement
00:22:43essoufflé.
00:22:43Je n'ai pas de mandat
00:22:47pour vous dire ça.
00:22:48C'est tout à fait
00:22:48la vérité
00:22:49et je la découvre
00:22:50parce que malheureusement
00:22:51je n'avais pas pu venir
00:22:52à l'inauguration
00:22:54du 14 avril
00:22:55mais c'est une exposition
00:22:56absolument extraordinaire.
00:22:57C'est vraiment ça.
00:22:58Et vous voyez,
00:22:59quelquefois,
00:22:59on a besoin
00:23:00de déposer son savoir
00:23:02pour que d'autres muséographes
00:23:04en fassent quelque chose
00:23:05de bien mieux
00:23:05que ce qu'on est capable
00:23:06de faire.
00:23:07C'est un bien joli compliment.
00:23:10Merci beaucoup.
00:23:11Je vous ouvre
00:23:12l'espace de la parole
00:23:13parce que j'imagine
00:23:15que vous avez des questions
00:23:15à poser à Michel Fouché
00:23:18et l'heure tourne.
00:23:19Ça va beaucoup trop vite.
00:23:29Est-ce que vous avez
00:23:29quelques questions ?
00:23:37Sinon, moi,
00:23:38j'en ai une dernière
00:23:38si vous ne voulez vraiment
00:23:40pas prendre la parole.
00:23:43Moi, dans ce cas,
00:23:45j'en ai une dernière.
00:23:47La frontière, finalement,
00:23:48c'est d'abord une limite
00:23:50symbolique dont on a besoin.
00:23:54Oui, là,
00:23:55ce n'est pas une réponse
00:23:55de géographe,
00:23:56c'est une réponse
00:23:57d'anthropologue.
00:23:58On a besoin d'une limite
00:23:59entre le dedans et le dehors.
00:24:00C'est très simple.
00:24:02Ce n'est pas de l'hostilité.
00:24:06Si je n'ai pas de porte
00:24:08dans ma maison,
00:24:08je ne peux pas l'ouvrir
00:24:09pour accueillir le visiteur.
00:24:11Il y a besoin d'une porte.
00:24:16On a besoin de cette distinction
00:24:20qui est structurante.
00:24:21Après, cette distinction,
00:24:22elle peut être sympathique,
00:24:24frontière ouverte, coopérative,
00:24:27etc.,
00:24:27ou elle peut être conflictuelle.
00:24:29Mais ça, c'est de l'anthropologie.
00:24:30Ce n'est pas la géographie.
00:24:33Je ne veux pas me répéter,
00:24:34mais il y avait un texte,
00:24:35malheureusement,
00:24:35j'ai vérifié sur le pont de l'Europe
00:24:38entre Strasbourg et Kels.
00:24:40Ça a été effacé.
00:24:40Il y avait un texte
00:24:41de Jean-Pierre Vernant,
00:24:43qui est un très, très beau texte,
00:24:44en introduction de son livre
00:24:46sur les frontières,
00:24:46mais c'était sur l'histoire,
00:24:49où il explique cette dialectique
00:24:52entre Hermès,
00:24:53sa part d'Hermès,
00:24:54et sa part d'Estia.
00:24:55Estia, la déesse du foyer,
00:24:57Hermès, le lieu du commerce,
00:24:59Mercure, le contrebandier,
00:25:01le brigand,
00:25:02mais le gardien des bornes.
00:25:04On a besoin de cette dialectique.
00:25:07Et c'est pour ça
00:25:08que le sujet des frontières
00:25:09est aussi d'actualité encore aujourd'hui,
00:25:13parce qu'on a constamment,
00:25:16regardez,
00:25:17tout le débat en permanence,
00:25:18le rapport à l'autre
00:25:21et le rapport au monde,
00:25:23l'articulation entre un pays
00:25:26et le vaste monde.
00:25:28Il se passe des choses
00:25:30à 3 000, 4 000 kilomètres d'ici,
00:25:33et vous le voyez
00:25:34quand vous prenez de l'essence à la pompe.
00:25:37Et donc, ça,
00:25:38c'est très, très compliqué
00:25:39à, je dirais,
00:25:42à assumer,
00:25:44à comprendre et à assumer.
00:25:46Et c'est pour ça que je crois
00:25:47à l'avenir des études géographiques,
00:25:50de l'enseignement de la géographie,
00:25:52et des différents métiers de géographe
00:25:54dont on parlera tout à l'heure.
00:25:55On a absolument...
00:25:56Pour moi,
00:25:57on ne peut pas être un citoyen
00:25:58d'un pays démocratique
00:26:00si on n'a pas
00:26:01une profonde connaissance
00:26:02de son histoire,
00:26:03c'est-à-dire savoir d'où on vient,
00:26:05la longue durée
00:26:06qui disparaît aujourd'hui complètement.
00:26:08Quand vous regardez des documents,
00:26:09maintenant,
00:26:09vous faites une recherche sur Internet,
00:26:11souvent,
00:26:11il n'y a même plus de date.
00:26:13Vous ne savez plus
00:26:14quand ce document a été fait.
00:26:17Et on a besoin,
00:26:18pour être citoyen actif,
00:26:21de savoir se situer
00:26:22dans le temps
00:26:23et dans l'espace.
00:26:24Et les frontières,
00:26:25l'exposition le montre parfaitement,
00:26:27c'est, je l'avais dit,
00:26:28du temps inscrit dans l'espace.
00:26:31Ces tracés sont très anciens,
00:26:32on n'y peut rien,
00:26:34et il faut faire avec.
00:26:35On en est content ou pas ?
00:26:38On en est content ou pas ?
00:26:40Il y a deux semaines,
00:26:41j'ai discuté avec Paul Kagame,
00:26:43qui est un homme un peu bizarre,
00:26:44président du Rwanda,
00:26:46parce qu'il avait fait
00:26:46une déclaration un peu troublante
00:26:48sur la remise en cause
00:26:49des frontières coloniales africaines.
00:26:50Alors, je dis,
00:26:51M. le président,
00:26:51qu'est-ce que vous voulez dire exactement ?
00:26:53Il me dit,
00:26:53non, non, je ne remets pas en cause
00:26:55le principe d'intangibilité
00:26:57de juillet 1964,
00:26:58la déclaration du CAIR,
00:26:59mais je suis pour l'intégration.
00:27:01L'intégration,
00:27:02c'est l'annexion du Kivu.
00:27:04Mais vous voyez,
00:27:05donc c'est des sujets
00:27:06très, très actuels,
00:27:07tout ça,
00:27:08et je crois que cette approche
00:27:10par les frontières,
00:27:11qui est quand même
00:27:12un peu ce que vous faites
00:27:14en première,
00:27:15surtout,
00:27:15avec le programme géopolitique
00:27:17et tout ça,
00:27:18ça permet justement
00:27:19de penser ce rapport à l'autre.
00:27:21c'est pour ça que les questions migratoires
00:27:23sont fondamentales,
00:27:24mais aussi de rapport
00:27:25à d'autres espaces
00:27:26avec tous les éléments
00:27:27de contradiction,
00:27:29couture,
00:27:30coupure,
00:27:31couture,
00:27:32coupure.
00:27:34et ça peut être instrumentalisé
00:27:36politiquement,
00:27:37on a des exemples
00:27:37tous les jours en France
00:27:38ou en Allemagne
00:27:40ou ailleurs,
00:27:41cette espèce de rapport
00:27:43au monde
00:27:43qui est compliqué.
00:27:45Et on va continuer
00:27:46à en parler.
00:27:47C'est l'éducation civique,
00:27:48le temps et l'espace.
00:27:50Et le temps,
00:27:51il nous en manque un peu,
00:27:52mais on va continuer
00:27:53à discuter
00:27:53avec notre première table ronde.
00:27:55Restez avec nous.
00:27:56Je me raconte,
00:27:57mais moi, je vois.
00:27:57Vous pouvez rester là
00:27:58et puis,
00:27:59pour poursuivre nos échanges,
00:28:00je vais demander
00:28:01à nos quatre intervenants
00:28:02de nous rejoindre.
00:28:04On va parler frontières,
00:28:06mais aussi et surtout géographie,
00:28:07la grande aventure
00:28:08de la géographie
00:28:09à l'école,
00:28:10au collège,
00:28:10au lycée.
00:28:18Alors,
00:28:19je vais essayer
00:28:19de vous présenter
00:28:20dans l'ordre,
00:28:21de gauche à droite,
00:28:22pardon.
00:28:24Alors,
00:28:24Laurent Pêche,
00:28:24vous êtes professeur
00:28:25d'histoire-géographie
00:28:26au collège Victor Hugo
00:28:27de Cachan.
00:28:28Je suis en...
00:28:30au lycée,
00:28:31vous me l'avez dit
00:28:32en plus,
00:28:33dans un lycée.
00:28:37Bonjour.
00:28:39Alors,
00:28:39je suis...
00:28:39j'ai été au collège
00:28:41pendant longtemps
00:28:41et là,
00:28:42depuis quatre ans,
00:28:43je suis en lycée
00:28:45au Kremlin-Bicêtre.
00:28:46Alors,
00:28:47toutes mes excuses,
00:28:47on n'a pas eu l'occasion
00:28:49de discuter avant,
00:28:49en effet.
00:28:50On a vrai.
00:28:50Il n'y a pas de souci.
00:28:52Voilà,
00:28:52l'arrivée au lycée,
00:28:53effectivement,
00:28:54nous fait découvrir
00:28:55d'autres programmes
00:28:56comme l'HGGSP,
00:28:57on aura l'occasion
00:28:58d'en parler.
00:29:01Jean-Luc Mercier,
00:29:02vous êtes professeur,
00:29:03je vais essayer
00:29:04de ne pas me tromper
00:29:04cette fois,
00:29:05d'histoire-géographie
00:29:06également au lycée
00:29:07Henri Wallon
00:29:08d'Aubervilliers.
00:29:09Exactement.
00:29:11Alexandra Rezal,
00:29:12vous êtes professeure
00:29:12d'histoire-géographie
00:29:13en collège à Paris
00:29:14et présidente du CRAP
00:29:15Cahiers Pédagogiques
00:29:16qui est partenaire
00:29:17de cet événement
00:29:18et vous tenez dans les bras
00:29:20un numéro des Cahiers Pédagogiques,
00:29:21c'est le 559,
00:29:23c'est ça ?
00:29:23C'est le 559.
00:29:25C'est ça,
00:29:26qui était consacré
00:29:27à la géographie.
00:29:27Voilà, 559,
00:29:29qui date un petit peu maintenant,
00:29:31il est de février 2020,
00:29:32mais les programmes
00:29:33n'ayant pas changé depuis
00:29:34et puis il n'est pas uniquement
00:29:36axé sur un programme spécifiquement,
00:29:38donc il est toujours
00:29:39totalement d'actualité.
00:29:40D'accord.
00:29:41Et Ludovic Sceau,
00:29:42vous êtes professeur
00:29:43d'histoire-géographie
00:29:44au lycée Marie Curie de Sceau
00:29:45et secrétaire général adjoint
00:29:46de l'Association des professeurs
00:29:48d'histoire et géographie.
00:29:51Alors, Jean-Luc Mercier,
00:29:53vous m'avez dit,
00:29:54en préparation de notre table ronde,
00:29:55une phrase qui m'est restée.
00:29:58Vous avez dit,
00:29:59sur le thème des frontières,
00:30:00on n'a pas trop de mal
00:30:01à intéresser les élèves.
00:30:02Pourquoi sur ce thème-là,
00:30:03on n'a pas trop de mal
00:30:04et pourquoi sur d'autres,
00:30:05on a du mal ?
00:30:06C'est la question que je me suis posée.
00:30:09C'est une très vaste question.
00:30:11Alors, pourquoi est-ce que
00:30:12sur le thème des frontières,
00:30:13on n'a pas trop de mal
00:30:14à intéresser les élèves
00:30:15parce que nos élèves
00:30:16vivent dans notre monde
00:30:18qu'on en parle beaucoup,
00:30:20des frontières,
00:30:21qu'ils font preuve
00:30:21de beaucoup d'empathie aussi,
00:30:22qu'ils connaissent
00:30:24beaucoup d'histoires,
00:30:25de parcours migratoires, etc.
00:30:26Donc, dans notre thème de seconde,
00:30:27sur les mobilités notamment,
00:30:29la question de la frontière,
00:30:30de son franchissement,
00:30:32de ses difficultés, etc.,
00:30:34c'est quelque chose,
00:30:35mais je pense que tous les collègues
00:30:36en ont fait l'expérience,
00:30:36même en quatrième,
00:30:38qui intéresse les élèves.
00:30:39Et dès qu'on parle aussi
00:30:40un petit peu plus généralement
00:30:42de géopolitique
00:30:42et d'histoires de conflits
00:30:45entre différents pays
00:30:46pour différentes raisons,
00:30:48etc.,
00:30:48c'est généralement quelque chose
00:30:49qui intéresse aussi les élèves.
00:30:51Mais est-ce que c'est une question d'âge
00:30:52ou c'est parce qu'ils ont choisi
00:30:53une spécialité
00:30:54qui fait que déjà,
00:30:55ils sont intéressés ?
00:30:56Alors, il faut faire la différence
00:30:57entre celles et ceux
00:30:59qui choisissent effectivement
00:30:59la spécialité à GGSP
00:31:01pour lesquels
00:31:02on leur reconnaît
00:31:03une appétence particulière
00:31:04pour ces questions géopolitiques,
00:31:05même si, pour rejoindre
00:31:06ce que vous disiez tout à l'heure,
00:31:07le terme géopolitique
00:31:09pose en vérité
00:31:10pas mal de problèmes.
00:31:11Ça dépend de ce qu'on met derrière.
00:31:13Mais même en tronc commun,
00:31:14par exemple,
00:31:14je pense au thème
00:31:15sur les mobilités généralisées
00:31:16en seconde,
00:31:17c'est généralement un thème
00:31:18qui intéresse les élèves.
00:31:21Enfin, en tout cas,
00:31:22l'expérience que j'en ai,
00:31:24c'est qu'ils en ressortent
00:31:25quand même avec une appréhension
00:31:28un peu plus précise
00:31:31de ce que peut être
00:31:32l'analyse géographique.
00:31:34qu'ils voient ça
00:31:34de manière un peu plus concrète
00:31:35que certains autres thèmes
00:31:37qui peuvent paraître
00:31:38parfois un peu plus techniques,
00:31:40un peu trop jargonnants,
00:31:41un peu trop conceptuels.
00:31:42Et Laurent Peche,
00:31:43c'est quelque chose
00:31:43que vous constatez aussi.
00:31:44Le lien à l'actualité aussi,
00:31:46ils commencent à être plus grands,
00:31:47ils s'intéressent à l'actualité ?
00:31:49Oui, et puis c'est vrai
00:31:50que l'objet géographique
00:31:51de frontières,
00:31:52en fait,
00:31:53c'est une clé d'entrée
00:31:54pour de très, très,
00:31:55très nombreuses questions.
00:31:58Effectivement,
00:31:58il y a un thème
00:31:59en AGGSP en première,
00:32:01les frontières,
00:32:01très bien,
00:32:02mais les migrations,
00:32:04tu en parlais,
00:32:05la question de la gestion
00:32:07des risques,
00:32:08risques internationaux
00:32:09à toutes les échelles,
00:32:10comment est-ce qu'on fait
00:32:11pour dépasser les frontières ?
00:32:13Parce qu'une frontière,
00:32:14ça peut être une coupure,
00:32:15c'est une couture,
00:32:15et c'est aussi
00:32:17une réalité
00:32:18qu'il faut intégrer
00:32:20dans le cadre
00:32:21des relations internationales
00:32:23quand il faut prendre
00:32:23des décisions.
00:32:25Donc, en cinquième,
00:32:26on travaille sur
00:32:26le changement global,
00:32:28sur la gestion des risques.
00:32:29quand il s'agit
00:32:31de faire face
00:32:32au grand tsunami
00:32:34qui a eu lieu
00:32:35dans l'océan Indien,
00:32:36il était évident
00:32:37que les vagues
00:32:38ne se sont pas arrêtées
00:32:39aux frontières,
00:32:39sans revenir
00:32:40à la question de Tchernobyl,
00:32:43qui est d'actualité.
00:32:45Donc, en fait,
00:32:47de toutes les questions
00:32:50qu'on peut avoir
00:32:51à aborder,
00:32:51depuis petit,
00:32:53même en cycle 3,
00:32:54même en primaire,
00:32:55on peut avoir
00:32:56comme clé d'entrée,
00:32:58comme porte d'entrée,
00:32:59la frontière.
00:33:00Et au final,
00:33:01ils sont habitués
00:33:03à entendre ce terme.
00:33:04En plus,
00:33:06dernière chose,
00:33:07d'avoir en tête
00:33:08souvent une association,
00:33:10à mon sens,
00:33:11bien trop classique,
00:33:12de géographie
00:33:13égale localisation
00:33:15égale carte.
00:33:16Sauf que c'est utile
00:33:17pour nous,
00:33:18pour vendre,
00:33:19justement,
00:33:20entre guillemets,
00:33:20cet enseignement
00:33:22qu'est la géographie.
00:33:23Parce que sur les cartes,
00:33:24effectivement,
00:33:24la première chose
00:33:25qu'on voit,
00:33:25c'est ses patchworks
00:33:27de couleurs,
00:33:28mais aussi,
00:33:29du coup,
00:33:29ses frontières.
00:33:31Donc voilà,
00:33:31elles sont omniprésentes
00:33:32dans l'imaginaire
00:33:33des élèves,
00:33:34de toute façon.
00:33:35Oui,
00:33:36Michel Fouché,
00:33:37vous voulez réagir ?
00:33:39Allez-y.
00:33:40Moi,
00:33:40j'ajouterais juste
00:33:41deux éléments.
00:33:42D'abord,
00:33:42par rapport à ce que vous avez dit
00:33:44tout à l'heure aussi,
00:33:44dans l'ancien programme
00:33:45de Terminal,
00:33:46on avait un chapitre
00:33:46qui s'appelle
00:33:46Descartes pour comprendre le monde,
00:33:48qui était justement
00:33:48sur toutes les projections
00:33:50et qui était extrêmement intéressant
00:33:51pour faire comprendre
00:33:52cette question des projections
00:33:53et prendre conscience
00:33:55de la réalité.
00:33:56Et puis,
00:33:56pour compléter ce que disaient
00:33:57mes collègues tout de suite,
00:33:58c'est vrai aussi
00:33:59qu'en classe de Terminal,
00:34:01quand on travaille
00:34:01sur la mondialisation,
00:34:02la question,
00:34:03est-ce qu'on est dans un monde
00:34:04sans frontières ?
00:34:05La question,
00:34:05elle se pose aussi
00:34:06et on voit bien que non.
00:34:08Et c'est justement
00:34:09quelque chose
00:34:10qui est assez intéressant
00:34:12pour amener les élèves
00:34:14à réfléchir à cette question.
00:34:15Et dans l'exposition,
00:34:17il y a aussi
00:34:17cette question
00:34:18du monde numérique
00:34:19qui est aussi perçue
00:34:21comme un monde sans frontières
00:34:22et dont on perçoit bien
00:34:23et par le dispositif
00:34:24qui est proposé,
00:34:25on voit bien justement
00:34:27en quoi est-ce qu'il est
00:34:27éminemment un monde
00:34:28de frontières aussi.
00:34:30Donc, on a,
00:34:31dans tous les thèmes,
00:34:32sur toutes les années
00:34:35en histoire et en géographie,
00:34:37à aborder la question
00:34:38des frontières.
00:34:39Et au final,
00:34:39est-ce qu'il y a un retour
00:34:40du goût pour la géographie
00:34:42ou est-ce que ce goût,
00:34:43d'ailleurs,
00:34:43a été perdu ?
00:34:44Parce que ça se suppose
00:34:44qu'il aurait été perdu.
00:34:45Mais est-ce que vous sentez
00:34:47comme ça un engouement
00:34:49des jeunes pour la géographie ?
00:34:51Peut-être que ça se traduit
00:34:52après sur les bancs
00:34:53de la fac ?
00:34:54Alors, un engouement
00:34:55pour la géographie,
00:34:56je pense qu'il faut
00:34:58peut-être modérer
00:34:58notre propre enthousiasme.
00:35:02Ça a longtemps été
00:35:04la matière un peu mal aimée
00:35:05du secondaire.
00:35:07Voilà, on ne va pas
00:35:07se faire d'illusions.
00:35:10Mais pourquoi ?
00:35:10Même pour beaucoup
00:35:11d'enseignants d'histoire-géographie
00:35:12eux-mêmes, d'ailleurs.
00:35:13Par son côté,
00:35:14pendant longtemps,
00:35:15peut-être un peu trop
00:35:17traditionnel,
00:35:17un peu trop axé
00:35:18sur des apprentissages
00:35:20de nomenclatures.
00:35:22Parce qu'en effet,
00:35:23sur certains programmes
00:35:24à certaines années
00:35:25des cycles 3, 4 du lycée,
00:35:29il y a des chapitres
00:35:30qu'on trouve un peu jargonnants,
00:35:31un peu arides,
00:35:32un peu...
00:35:33Bon, c'est vrai
00:35:34que faire rêver
00:35:34une classe de 3e
00:35:35avec l'aménagement du territoire
00:35:36ou les espaces productifs...
00:35:38C'est un peu abstrait,
00:35:39c'est un peu conceptuel.
00:35:40C'est abstrait,
00:35:41c'est un peu conceptuel.
00:35:42Voilà.
00:35:44Justement,
00:35:44l'intérêt qu'on a eu
00:35:45en faisant ce dossier
00:35:46des cahiers pédagogiques,
00:35:47c'était peut-être
00:35:49de réenchanter un peu
00:35:50aussi la géographie,
00:35:51de dire,
00:35:52il y a des façons
00:35:53de faire la géographie
00:35:54qui permettent
00:35:55d'embarquer les élèves,
00:35:56qui permettent
00:35:57de changer un peu...
00:35:58Et on va y venir.
00:35:59Mais Michel Foucher,
00:36:00je voyais que vous vouliez réagir.
00:36:01Non, non,
00:36:02parce que...
00:36:04C'est vrai,
00:36:05vous avez la nomenclature
00:36:07et puis c'est devenu
00:36:09l'économie.
00:36:11Sauf que la production
00:36:13de blé en Ukraine,
00:36:13brusquement,
00:36:14on se rend compte
00:36:14que ça a de l'importance.
00:36:17Vous voyez ?
00:36:17Donc,
00:36:18tout dépend de la façon
00:36:19dont les choses
00:36:20sont présentées.
00:36:22Soit c'est une statistique,
00:36:23soit ça devient un enjeu.
00:36:25Or,
00:36:25ce qui est localisé,
00:36:27il y a un caractère d'enjeu.
00:36:30Et vous avez raison,
00:36:31il y a une familiarité
00:36:32depuis la cinquième maintenant
00:36:34avec ces questions
00:36:35de frontières
00:36:37et c'est une bonne chose.
00:36:39Oui,
00:36:40et puis il y a un enjeu
00:36:41dès lors qu'on se sent
00:36:42un peu concerné.
00:36:43Oui,
00:36:44sauf que la nouvelle revue
00:36:45d'extrême droite
00:36:46a publié
00:36:48ses malheureux articles
00:36:49sur la frontière
00:36:50algéro-marocaine
00:36:51par Boilem Sansal
00:36:52s'appelle
00:36:53Frontières.
00:36:54Il faut faire attention
00:36:55à l'appétence croissante
00:36:56de l'extrême droite,
00:36:58l'extrême droite intellectuelle
00:36:59pour les questions géopolitiques.
00:37:02Alors,
00:37:02Alexandra Rezal,
00:37:03vous avez commencé
00:37:04à l'évoquer.
00:37:06il y a peut-être
00:37:06d'autres façons de faire
00:37:07pour intéresser,
00:37:09pour faire en sorte
00:37:10d'impliquer les élèves,
00:37:12de les embarquer,
00:37:13peut-être le terrain,
00:37:14peut-être il y a plein de choses.
00:37:15Alors,
00:37:15comme vous le disiez,
00:37:16en effet,
00:37:17le terrain,
00:37:18c'est la façon
00:37:20la plus fabuleuse
00:37:21de faire de la géographie.
00:37:23Évidemment,
00:37:23dans le cadre
00:37:23de l'enseignement secondaire,
00:37:24on ne va pas emmener
00:37:25nos élèves au Brésil,
00:37:26on ne va pas les emmener
00:37:27en Chine.
00:37:27On peut les emmener
00:37:28moins loin.
00:37:28Mais on peut les emmener
00:37:29moins loin,
00:37:30on peut les emmener
00:37:30là où on est,
00:37:31là où on enseigne.
00:37:33et oui,
00:37:35les faire observer,
00:37:36les faire dessiner,
00:37:37les faire comprendre,
00:37:38les faire ensuite
00:37:40les mettre en projet
00:37:41puisque ce qui se fait
00:37:43beaucoup maintenant
00:37:43dans les programmes
00:37:44de collège aussi,
00:37:44c'est la géoprospective,
00:37:47c'est la réflexion
00:37:49sur, voilà,
00:37:50maintenant que j'ai observé
00:37:51le présent,
00:37:52que j'en ai relevé
00:37:53les éléments essentiels,
00:37:55que je connais les enjeux,
00:37:56que je connais
00:37:57les évolutions probables,
00:37:59qu'est-ce que je peux imaginer
00:38:01pour l'avenir
00:38:01du territoire
00:38:02dans lequel je vis,
00:38:03par exemple,
00:38:03ou que j'ai du dit.
00:38:05Voilà.
00:38:06On voit aussi
00:38:07des croisements
00:38:08de disciplines
00:38:09qui sont très intéressants,
00:38:11très riches,
00:38:11très féconds.
00:38:13Comment réfléchir
00:38:13sur la géographie
00:38:14en y mêlant
00:38:16de la musique,
00:38:17en y mêlant
00:38:18de la poésie,
00:38:19en y mêlant
00:38:19toutes sortes de choses
00:38:20qui réenchentent
00:38:23la géographie,
00:38:24qui la font voir autrement ?
00:38:26Oui, d'ailleurs,
00:38:26Ludovic So,
00:38:27on avait discuté
00:38:28en amont
00:38:29de cette table ronde.
00:38:29Vous preniez l'exemple
00:38:30dans l'exposition
00:38:32de la frontière
00:38:33entre les deux Corées,
00:38:34la DMZ,
00:38:35en disant,
00:38:35pourquoi pas imaginer
00:38:36un projet
00:38:37avec l'enseignant
00:38:38de sciences de la vie
00:38:39et de la terre,
00:38:40par exemple,
00:38:40parce qu'il y a
00:38:41une biodiversité incroyable
00:38:42dans cette zone-là.
00:38:43Oui, c'est sûr
00:38:44que quand on regarde
00:38:45toute cette question
00:38:46des frontières,
00:38:47que ce soit celle
00:38:47de la Corée,
00:38:48on pourrait prendre
00:38:48celle des frontières
00:38:50aussi de l'Algérie,
00:38:51du Sahara,
00:38:51etc.,
00:38:52il y a tout un travail
00:38:53qui peut être mobilisé
00:38:54en interdisciplinaire,
00:38:56soit avec les profs
00:38:56de SVT,
00:38:58justement.
00:38:58Souvent,
00:38:59effectivement,
00:39:00nous,
00:39:00la géographie,
00:39:01c'est les profs
00:39:02d'histoire
00:39:02et de géographie.
00:39:03Si je ne me trompe pas,
00:39:04dans la plupart des pays,
00:39:05notamment en Allemagne,
00:39:07dans la plupart des landers allemands,
00:39:08c'est les profs de SVT
00:39:10qui font la géographie.
00:39:11Il y a quand même
00:39:12des passerelles
00:39:13qui peuvent être intéressantes.
00:39:14Et puis,
00:39:15on peut aussi réfléchir
00:39:16avec les profs de lettres.
00:39:18Il y a beaucoup
00:39:18de textes littéraires
00:39:20qui sont tout à fait intéressants
00:39:21sur cette frontière.
00:39:23Donc,
00:39:24on peut imaginer
00:39:27des travaux
00:39:30transdisciplinaires
00:39:30qui seraient tout à fait
00:39:32féconds
00:39:32à mettre en place.
00:39:34Après,
00:39:34il faut trouver le temps
00:39:35et ça,
00:39:36c'est toujours
00:39:36la course des enseignants.
00:39:37Il y a un exemple,
00:39:39notamment,
00:39:39dans le numéro des cahiers
00:39:41qui est intéressant,
00:39:41c'était,
00:39:42faute de pouvoir se déplacer,
00:39:43il y avait un enseignant
00:39:43qui avait fait venir Marseille
00:39:45dans sa classe
00:39:45via le rap.
00:39:47En fait,
00:39:47les élèves avaient travaillé
00:39:49sur les paroles
00:39:49d'une musique
00:39:50et avaient recréé
00:39:51une carte
00:39:53d'un quartier
00:39:54ou de la ville,
00:39:55je ne sais plus exactement,
00:39:56mais je trouvais ça
00:39:57assez intéressant
00:39:57comme approche.
00:39:58Donc,
00:39:59on mêle là
00:39:59la musique,
00:40:00éventuellement
00:40:00les arts plastiques
00:40:01et puis la géographie.
00:40:04Oui.
00:40:06Alors,
00:40:06oui,
00:40:07en effet,
00:40:07je l'avais fait aussi
00:40:08une année
00:40:09avec mes élèves
00:40:10de troisième
00:40:11sur la chanson
00:40:13d'Aurel San
00:40:13sur
00:40:15Caen.
00:40:16Et en effet,
00:40:17ils avaient
00:40:18redessiné
00:40:20dessiné
00:40:20tout simplement
00:40:21les différents espaces
00:40:23de la ville
00:40:24à partir des paroles
00:40:25de cette chanson.
00:40:26C'est vrai
00:40:26que ça permet
00:40:27de voyager
00:40:28à moindre frais.
00:40:32Vous parlez de la formation
00:40:34de l'éducation civique.
00:40:35Ça permet
00:40:36de sortir de soi.
00:40:38Et dans une période
00:40:39quand même
00:40:40de repli
00:40:40favorisé par
00:40:41les réseaux sociaux,
00:40:43c'est fondamental.
00:40:44Moi,
00:40:45je sais que
00:40:45quand j'étais enseignant
00:40:46tant en lycée
00:40:47qu'à l'université,
00:40:48j'avais obtenu
00:40:49du proviseur
00:40:50ou
00:40:52mon directeur
00:40:53toujours
00:40:54des crédits
00:40:55pour faire
00:40:56du terrain.
00:40:58quand j'étais
00:40:58à Nanterre,
00:40:59on allait
00:40:59au Havre
00:41:00parce que
00:41:01j'avais le père
00:41:01d'un élève
00:41:02qui connaissait bien
00:41:02le maire adjoint,
00:41:05etc.
00:41:06Souvent,
00:41:07il y a des élèves
00:41:07qui ont des liens
00:41:08à Lyon,
00:41:09c'était en Ardèche,
00:41:11etc.
00:41:11C'est fondamental
00:41:12parce que c'est là
00:41:13qu'ils découvrent
00:41:14de manière concrète
00:41:15justement
00:41:16que
00:41:17l'analyse géographique,
00:41:20ils en font
00:41:20par eux-mêmes,
00:41:21ce n'est pas seulement
00:41:22une discipline scolaire
00:41:23ennuyeuse
00:41:24et surtout
00:41:24une liste de chiffres
00:41:25économiques.
00:41:26Et c'est ça
00:41:27ce qui peut
00:41:28ensuite ouvrir
00:41:29à ce dont on va
00:41:30parler après,
00:41:30les métiers
00:41:31de la géographie.
00:41:32Et ça,
00:41:33ça reste absolument
00:41:34valable.
00:41:34Ce n'est pas du tout
00:41:34ringard.
00:41:35Il faut obtenir
00:41:36toujours
00:41:37des crédits
00:41:38pour pouvoir
00:41:39sortir de soi.
00:41:41Et Ludovic,
00:41:42vous avez aussi
00:41:43pour habitude
00:41:43avec vos terminales
00:41:44de partir
00:41:45de l'actu,
00:41:46en fait,
00:41:47de ce qui les a marqués ?
00:41:48Oui,
00:41:49alors effectivement,
00:41:50moi,
00:41:50en spécialité géopolitique,
00:41:51je commence toujours
00:41:52par un point
00:41:53sur l'actualité.
00:41:54Quels sont les points
00:41:55d'actualité qui les ont
00:41:56marqués,
00:41:57qui les interrogent
00:41:57par rapport à notre
00:41:58programme ou pas seulement ?
00:42:00Alors,
00:42:00c'est sûr que depuis
00:42:01l'élection du président
00:42:03des États-Unis,
00:42:04on a un point d'actualité
00:42:05tous les jours.
00:42:06Ça change régulièrement,
00:42:07donc c'est assez
00:42:10productif.
00:42:11Mais c'est vraiment
00:42:12partir du concret.
00:42:13Et quand...
00:42:14Enfin,
00:42:15la géographie,
00:42:16c'est aujourd'hui,
00:42:17c'est la science d'aujourd'hui.
00:42:17Ce n'est pas hier,
00:42:18ce n'est pas de l'histoire.
00:42:19Donc il faut bien partir
00:42:20de ce qui est aujourd'hui
00:42:23sous nos yeux
00:42:23et amener à le comprendre.
00:42:25Et je reviens aussi
00:42:26sur la question
00:42:27de la compréhension des cartes.
00:42:28Moi,
00:42:28je suis toujours étonné
00:42:30en classe de première
00:42:31quand je demande
00:42:32à mes élèves simplement
00:42:33de placer les villes
00:42:34de France sur une carte.
00:42:36J'ai quand même
00:42:36très souvent
00:42:37des grosses surprises.
00:42:39Et pourtant,
00:42:39ils l'ont déjà fait au collège,
00:42:40ils l'ont déjà fait
00:42:41en classe de CM2.
00:42:42Et pourtant,
00:42:43ça reste quand même
00:42:44quelque chose de compliqué.
00:42:45Ce qui veut dire que
00:42:47quand ils écoutent
00:42:48l'actualité,
00:42:49quand ils suivent,
00:42:50ça leur passe complètement
00:42:51à côté
00:42:51s'ils ne savent pas où c'est.
00:42:53Alexandra Rezal,
00:42:54c'est pareil,
00:42:54je fais référence au numéro.
00:42:56Je me souviens
00:42:56qu'il y a un article
00:42:57spécialement sur cette idée
00:42:58de la carte.
00:42:59Mais la carte qu'on n'utilise plus
00:43:00et qu'il faudrait réutiliser
00:43:02en permanence, en fait.
00:43:04Dès lors qu'on fait une sortie,
00:43:05mais pas forcément
00:43:05une sortie en géographie.
00:43:06En fait,
00:43:07pour n'importe quelle sortie,
00:43:08ça serait pas mal
00:43:09d'avoir une carte,
00:43:10simplement pour se situer
00:43:11dans l'espace,
00:43:12pour se repérer.
00:43:13Et une vraie carte,
00:43:15pas un GPS,
00:43:18parce que c'est vrai
00:43:19qu'on a tous pris l'habitude,
00:43:20y compris nous les adultes,
00:43:21de faire tous nos déplacements
00:43:22avec des GPS,
00:43:24c'est-à-dire finalement
00:43:24d'être tenus par la main
00:43:26et accompagnés
00:43:26dans des lieux
00:43:27qu'on ne perçoit pas du tout.
00:43:28De façon très passive, oui.
00:43:29Voilà,
00:43:30c'est un déplacement
00:43:32très, très passif
00:43:33et faire lire des cartes
00:43:35aux élèves avant la sortie
00:43:36pour qu'ils s'approprient
00:43:38l'itinéraire,
00:43:38qu'ils le comprennent,
00:43:39voire qu'ils l'élaborent
00:43:40eux-mêmes,
00:43:41encore mieux,
00:43:42c'est quelque chose aussi
00:43:43qui remet du spatial
00:43:44dans les têtes
00:43:44et qui nourrit ce que vous,
00:43:46ce dont vous parliez tout à l'heure,
00:43:47qui étaient les cartes mentales,
00:43:49c'est-à-dire
00:43:50où je suis
00:43:51par rapport
00:43:52à ce qui m'entoure
00:43:53et par rapport
00:43:54à où je vais,
00:43:56quelle est la réalité
00:43:57de l'espace
00:43:58plutôt que d'avoir
00:43:59des choses hors sol,
00:44:01flottantes.
00:44:03Bon, alors quand même,
00:44:03le hors-les-murs,
00:44:04ce n'est pas toujours possible
00:44:05et on peut travailler.
00:44:06Jean-Luc Mercier,
00:44:06vous voulez réagir ?
00:44:07Oui, sur cette question,
00:44:09généralement,
00:44:09en fait,
00:44:10il n'y a aucune raison
00:44:12rationnelle
00:44:13pour que la géographie
00:44:13ne soit pas
00:44:14la matière préférée
00:44:15des élèves,
00:44:16en vrai.
00:44:17Non, mais c'est vrai,
00:44:18c'est quand on y pense,
00:44:18en fait...
00:44:19Non, mais c'est vrai,
00:44:21nos élèves
00:44:22ont une géographicité,
00:44:24comme on dit un peu
00:44:24de manière pompeuse
00:44:25en géographie,
00:44:25mais en tout cas,
00:44:26ils ont tous
00:44:26et toutes une expérience spatiale
00:44:28comme nous.
00:44:29Et là,
00:44:29on tourne un peu
00:44:30autour de la question
00:44:31de comment est-ce
00:44:32qu'on peut concerner
00:44:33nos élèves
00:44:33au cours de géographie.
00:44:34Il faut leur faire
00:44:35prendre conscience
00:44:36qu'ils sont des acteurs
00:44:37eux-mêmes,
00:44:38spatiaux,
00:44:39qu'ils ont un rapport
00:44:40particulier à l'espace.
00:44:42Et je pense à une séance
00:44:43que j'ai faite
00:44:43il n'y a pas très longtemps
00:44:44dans une formation
00:44:45où, tout simplement,
00:44:46je leur ai demandé
00:44:47où est Internet ?
00:44:48Cette question simple
00:44:50qui peut nous paraître
00:44:50absurde a donné lieu
00:44:51à la construction
00:44:52d'une séance entière
00:44:53et a fini par intéresser
00:44:54les élèves.
00:44:55Pourquoi ?
00:44:55Parce qu'ils se sont aperçus
00:44:56que derrière cette question
00:44:57un peu absurde,
00:44:58eh bien, en fait,
00:44:59on voyait tous les réseaux,
00:45:00etc.
00:45:01Donc, étant donné que nos élèves
00:45:02sont quand même
00:45:03généralement,
00:45:04hyper connectés,
00:45:06je pense qu'ils ont peut-être
00:45:08plus de savoir géographique
00:45:09spontanément
00:45:10que nous ne l'avions
00:45:11peut-être à des époques
00:45:12précédentes
00:45:13où il fallait découper
00:45:14des articles du monde,
00:45:15etc.
00:45:16Et où c'était un peu
00:45:16plus compliqué
00:45:17d'avoir accès à l'information.
00:45:18Alors maintenant,
00:45:19ils ont accès
00:45:19à beaucoup d'informations
00:45:20de manière peut-être
00:45:22non hiérarchisée,
00:45:23etc.
00:45:23Mais on peut travailler
00:45:24à partir de cette matière-là
00:45:25en leur faisant comprendre
00:45:26aussi l'intérêt
00:45:27de faire de la géographie
00:45:28pour comprendre le monde
00:45:29dans lequel ils habitent.
00:45:31Vous voulez réagir,
00:45:32Laurent Pêche ?
00:45:33Oui.
00:45:33Et en particulier
00:45:35parce que, c'est vrai,
00:45:37on a aujourd'hui
00:45:37des outils
00:45:38qui sont fabuleux.
00:45:39Alors,
00:45:39le GPS, c'est vrai,
00:45:41c'est un petit peu
00:45:41le tue-l'amour
00:45:42de la géographie
00:45:44parce qu'on est très passifs.
00:45:45Mais le numérique,
00:45:47de façon plus générale,
00:45:49est quand même
00:45:50une source
00:45:51d'énormément d'outils
00:45:53qui sont très,
00:45:54très importants
00:45:55pour nous
00:45:56dans le cadre
00:45:56de nos métiers
00:45:57pour essayer
00:45:58de capter les élèves
00:46:00et puis de les rendre actifs
00:46:01dans la construction
00:46:03de leur savoir.
00:46:04C'est-à-dire qu'on ne peut pas
00:46:06aller tout le temps
00:46:06sur le terrain,
00:46:07matériellement,
00:46:08physiquement.
00:46:09Et il y a énormément
00:46:11d'outils sur Internet.
00:46:13Je pense à Géoportail,
00:46:14par exemple,
00:46:16et du Géo
00:46:17qui est une espèce
00:46:18de base de données
00:46:19très large,
00:46:20ou même,
00:46:22plus basiquement,
00:46:24Google Maps,
00:46:26qui nous permettent
00:46:28d'avoir à la fois
00:46:29des accès
00:46:29à des cartes,
00:46:30à des photos satellites,
00:46:32à des photos de paysages
00:46:34sur Google Street View,
00:46:35par exemple,
00:46:36et aussi nous permettent
00:46:38de faire des comparaisons,
00:46:39de voir un petit peu
00:46:41la profondeur
00:46:42dans le temps
00:46:43avec, par exemple,
00:46:44le site de l'IGN
00:46:45qui est remonté le temps.
00:46:46Sur Google Maps,
00:46:48vous avez sur Street View
00:46:49la possibilité
00:46:50de comparer
00:46:51les photos de paysages
00:46:52d'il y a,
00:46:54les premiers passages
00:46:55des Google Cars,
00:46:56c'était quoi,
00:46:56il y a 20 ans à peu près,
00:46:58vers 2005, 2007,
00:46:59jusqu'à aujourd'hui.
00:47:01On voit pour des phénomènes
00:47:03à grande échelle,
00:47:04par exemple,
00:47:05dans des métropoles,
00:47:06la gentrification
00:47:07d'un quartier,
00:47:09vous parliez de Marseille
00:47:10tout à l'heure,
00:47:11par exemple,
00:47:11le quartier du Panier
00:47:12ou alors à Chicago,
00:47:15un quartier
00:47:16qui a pu être transformé
00:47:18et qui avait fait l'objet
00:47:19d'une présentation
00:47:20au Festival de géographie
00:47:22à Saint-Dié
00:47:22l'année dernière.
00:47:24On voit qu'il y a
00:47:27deux façons
00:47:28très faciles,
00:47:30très accessibles
00:47:31dans les salles informatiques
00:47:32ou avec les ordinateurs
00:47:33que les élèves
00:47:34ont avec eux,
00:47:35notamment en Ile-de-France.
00:47:37on voit qu'il y a
00:47:40une accessibilité
00:47:40de l'espace.
00:47:45Et derrière,
00:47:46il faut qu'on se le réapproprie,
00:47:47nous, en tant qu'enseignants,
00:47:48et les élèves aussi.
00:47:50Mais cet espace,
00:47:50il est à portée de main,
00:47:53juste sur nos écrans.
00:47:55Oui, l'information géographique
00:47:56aussi est pléthorique.
00:47:57Oui, et il ne faut pas
00:47:58rejeter le numérique
00:48:00dans une idée
00:48:02qui serait de pureté
00:48:05pédagogique à l'ancienne.
00:48:07Je pense que vraiment,
00:48:07le numérique apporte
00:48:09pour nous,
00:48:09les géographes,
00:48:11pour les élèves,
00:48:12quelque chose qui,
00:48:14à la fois,
00:48:15donne de la consistance,
00:48:17permet aussi de dynamiser,
00:48:18parce que les élèves,
00:48:19c'est quelque chose
00:48:20forcément qui va les intéresser,
00:48:22l'accès au numérique.
00:48:24Donc, jouons dessus.
00:48:25Et justement,
00:48:26ça me...
00:48:28À part association d'idées,
00:48:30je pense aux métiers,
00:48:30parce que vous me disiez,
00:48:31Michel Fouché,
00:48:33justement,
00:48:33des métiers qui ont de l'avenir,
00:48:34c'est ceux qui allient
00:48:36la géographie et l'informatique
00:48:38et le numérique.
00:48:39C'est l'un des principaux débouchés
00:48:40aujourd'hui et à venir
00:48:42des étudiants en géographie.
00:48:43C'est ce qu'on appelle
00:48:44la géomatique,
00:48:45le lien entre géographie
00:48:46et informatique.
00:48:48Alors, moi,
00:48:48je continue à lire Le Monde,
00:48:50n'est-ce pas ?
00:48:51Je ne sais pas.
00:48:53Il y a eu le 10 avril,
00:48:55Kevin Limonnier,
00:48:57il est à l'Institut de géographie,
00:49:00de géopolitique.
00:49:01Le géographe,
00:49:02en plus, vous voyez,
00:49:03d'ailleurs,
00:49:04Le Monde, maintenant,
00:49:05dit le géographe,
00:49:06assez souvent,
00:49:07explique combien il est toujours
00:49:08nécessaire de cartographier
00:49:09les conflits actuels,
00:49:10même si le théâtre
00:49:12des opérations numériques
00:49:13complexifie la tâche.
00:49:15Donc, ça,
00:49:16lui, il travaille
00:49:17sur les questions
00:49:18de cyberguerre.
00:49:19Je signale d'ailleurs
00:49:20dans l'exposition
00:49:23un îlot,
00:49:24comme on dit techniquement,
00:49:26extraordinaire
00:49:26sur les réseaux cyber,
00:49:29tous les câbles optiques.
00:49:31Non seulement,
00:49:32c'est une carte,
00:49:33mais elle est interactive.
00:49:34C'est-à-dire,
00:49:34vous appuyez sur la Finlande,
00:49:35vous coupez trois câbles
00:49:36et vous voyez
00:49:38comment ça circule.
00:49:39C'est tout à fait extraordinaire.
00:49:40La matérialité de l'Internet,
00:49:42Marseille,
00:49:43les câbles,
00:49:44Alexandrie,
00:49:45Bombay,
00:49:45Singapour,
00:49:47c'est marrant
00:49:48parce que c'est
00:49:50l'Empire britannique
00:49:51du XIXe,
00:49:52les câbles.
00:49:53C'est-à-dire,
00:49:54les premiers se sont développés
00:49:55comme ça,
00:49:55entre Londres
00:49:56et la Bourse de New York.
00:49:57Enfin,
00:49:58ce n'était pas des câbles,
00:49:59c'était des gros trucs,
00:50:00mais téléphone.
00:50:01Mais vous voyez,
00:50:02c'est ça ce qui est extraordinaire.
00:50:04Il y a des permanences.
00:50:07Donc,
00:50:08tous les métiers
00:50:08de la géomatique
00:50:09et justement,
00:50:10tous les métiers liés
00:50:12à tous les métiers
00:50:14qui répondent
00:50:15au besoin
00:50:15de spatialiser
00:50:16les données numériques,
00:50:17si on peut le dire comme ça.
00:50:18C'est les transporteurs.
00:50:20À l'université de Sergi,
00:50:22maintenant,
00:50:22L3,
00:50:23vous avez
00:50:25des systèmes d'apprentissage
00:50:27pour les étudiants
00:50:27en licence.
00:50:28La moitié des enseignants
00:50:30sont des professionnels.
00:50:32Les étudiants
00:50:32peuvent présenter
00:50:33des projets.
00:50:34Il y en a qui travaillent
00:50:34sur Danone en Afrique.
00:50:36Il y en a qui travaillent
00:50:36pour Airbus,
00:50:38c'est-à-dire
00:50:38sur les implantations
00:50:41les filiales,
00:50:43à partir de données
00:50:45à l'origine
00:50:46qui sont des données numériques.
00:50:47J'approuve tout à fait
00:50:48votre approche.
00:50:50Mais ce que vous dites
00:50:52sur le numérique,
00:50:52il y a une telle abondance
00:50:53d'informations
00:50:54que la méthode
00:50:55de traitement,
00:50:57la boîte à outils
00:50:58est encore plus importante.
00:51:01Les échelles,
00:51:02la localisation,
00:51:04la spatialisation.
00:51:05Là, c'est un colloque
00:51:07à faire.
00:51:08Effectivement,
00:51:08vous m'aviez appris
00:51:09ces métiers de la géomatique
00:51:11que je ne connaissais pas du tout.
00:51:12Je suis allée voir.
00:51:13Oui,
00:51:14consultant environnement,
00:51:15éco-conseiller,
00:51:16administrateur de base
00:51:16de données géographiques,
00:51:17data scientist,
00:51:18data engineer,
00:51:19tout ce qu'on veut.
00:51:20Il y en a plein.
00:51:21Et c'est effectivement
00:51:22des débouchés
00:51:23qu'on connaît peu finalement.
00:51:25Mais donc,
00:51:26on en était à l'idée
00:51:27qu'on ne pouvait pas toujours
00:51:29malheureusement
00:51:29aller sur le terrain
00:51:30et faire cours
00:51:31tout le temps dehors.
00:51:32Ce serait sympa,
00:51:33mais on ne peut pas toujours.
00:51:34Et vous,
00:51:35Jean-Luc Mercier,
00:51:35on reste dans la classe,
00:51:37mais vous proposez
00:51:38une activité
00:51:39qui sont des photographies
00:51:40d'intérêt géographique.
00:51:41Est-ce que vous pouvez
00:51:42nous expliquer
00:51:44comment vous arrivez
00:51:45à concerner,
00:51:46à intéresser les élèves
00:51:47avec ces photographies
00:51:48et à les faire réfléchir ?
00:51:49Oui,
00:51:50Je peux vous l'expliquer
00:51:51si vous avez les photos.
00:51:52Oui.
00:51:54Mais même si vous n'avez pas
00:51:55les photos,
00:51:55je peux vous les décrire.
00:51:56Je n'ai plus la commande
00:51:57que j'avais posée
00:51:58sur la table.
00:51:59C'est merveilleux.
00:52:00C'est dommage.
00:52:02Oui.
00:52:03En attendant,
00:52:03qu'on retrouve la télécommande,
00:52:06pour prolonger
00:52:07ce que disait
00:52:07M. Fouché
00:52:08sur votre petite remarque.
00:52:10D'ailleurs,
00:52:10dans le monde,
00:52:10en ce moment,
00:52:11on écrit géographe.
00:52:12Si on peut passer
00:52:13la première slide
00:52:14à la technique,
00:52:15ça serait bien sûr.
00:52:15Je termine juste
00:52:16cette idée-là.
00:52:17On a un vrai problème
00:52:18en géographie aussi,
00:52:18c'est que nous sommes invisibles.
00:52:22Les historiens,
00:52:23ils occupent
00:52:24l'espace médiatique.
00:52:25Les géographes,
00:52:26on ne les voit jamais.
00:52:27C'est une complexité
00:52:29pour nos élèves
00:52:29de se dire
00:52:30qu'est-ce que c'est
00:52:30un géographe ?
00:52:31Est-ce qu'il y a
00:52:31un géographe célèbre ?
00:52:35Il n'y en a pas
00:52:35tant que ça.
00:52:36Dans les médias,
00:52:37on présente
00:52:38assez peu de géographes.
00:52:39En dehors de Magali Regéza,
00:52:40par exemple,
00:52:41on en connaît
00:52:41assez peu quand même.
00:52:43Sur cette photographie,
00:52:45je l'ai piquée
00:52:47dans une formation.
00:52:48C'est Camille Schmoll
00:52:49qui l'a présentée.
00:52:50Camille Schmoll,
00:52:50c'est une géographe
00:52:51qui a écrit
00:52:52un chef-d'oeuvre
00:52:52qui s'appelle
00:52:53Les Danées de la Mer.
00:52:54Une histoire
00:52:55des migrations
00:52:56des femmes,
00:52:57notamment,
00:52:57qui traversent
00:52:58la Méditerranée.
00:52:59Le principe,
00:53:00c'est un peu
00:53:02de la même manière
00:53:03que j'ai introduit
00:53:03un nombre de mes cours
00:53:04de géographie.
00:53:05C'est par de la photographie,
00:53:07de la photographie
00:53:08qui suscite un paradoxe
00:53:09ou qui crée une intrigue
00:53:09et qui va susciter
00:53:10un intérêt chez les élèves.
00:53:12Je leur pose
00:53:13une question toute simple
00:53:14sur cette photographie.
00:53:15C'est où sont les femmes ?
00:53:17C'était dans le cadre
00:53:18du cours
00:53:19sur les mobilités en seconde.
00:53:21Mon objet,
00:53:21c'était de déconstruire
00:53:23un certain nombre
00:53:23d'idées reçues
00:53:24qu'on entendait très souvent
00:53:25dans les médias.
00:53:26Les frontières de l'Europe
00:53:27sont des passoires,
00:53:28c'est une submersion.
00:53:31Il n'y a que des hommes
00:53:32qui migrent,
00:53:33des idées reçues
00:53:34qui sont très largement
00:53:36relayées par les médias
00:53:37d'extrême droite
00:53:37que vous mentionnez
00:53:38tout à l'heure.
00:53:40Où sont les femmes ?
00:53:40Les élèves s'interrogent
00:53:42et vont faire
00:53:43tout un tas d'hypothèses.
00:53:45Ils vont dire
00:53:46qu'il n'y en a pas
00:53:47parce qu'ils se disent
00:53:48que les femmes ne migrent pas,
00:53:50elles restent chez elles,
00:53:50alors que 40 %
00:53:52des traversées
00:53:53de la Méditerranée
00:53:54sont effectuées
00:53:55par des femmes.
00:53:56Là,
00:53:56ils vont s'apercevoir
00:53:59que les femmes
00:54:00sont au centre du bateau
00:54:01et qu'on ne les voit pas.
00:54:02Pourquoi elles sont
00:54:03au centre du bateau ?
00:54:04Les élèves se disent
00:54:05que c'est parce qu'on les protège,
00:54:06ce sont des femmes,
00:54:07elles sont avec les enfants.
00:54:08Pas du tout.
00:54:09Ce sont les places
00:54:10les moins chères
00:54:11que les femmes ont
00:54:12généralement moins de moyens
00:54:13pour migrer.
00:54:13Ce sont au contraire
00:54:14les places
00:54:15les plus dangereuses
00:54:16parce que l'eau
00:54:17rentre par l'intérieur du bateau.
00:54:19Ce sont souvent
00:54:20les premières à mourir
00:54:21avec les enfants.
00:54:22À partir de là,
00:54:23une fois qu'on a expliqué
00:54:24ça aux élèves
00:54:25qui se sont posé des questions
00:54:26et donc forcément,
00:54:27ils ont activé
00:54:29un certain intérêt
00:54:30pour le cours
00:54:30et là,
00:54:31c'est lancé
00:54:31parce qu'ensuite,
00:54:32ils vont évidemment
00:54:33adhérer à la suite du cours
00:54:36assez facilement.
00:54:38On peut continuer
00:54:38un petit peu avec vous
00:54:39parce que vous avez cité
00:54:40Camille Schmolle,
00:54:41une géographe
00:54:42qui a écrit
00:54:44Les Danées de la Mer
00:54:45et vous proposez
00:54:45à vos élèves
00:54:46un exercice
00:54:47de cartographie sensible.
00:54:49C'est une autre façon
00:54:50aussi de les embarquer.
00:54:51Oui, moi aussi,
00:54:52j'aime beaucoup faire
00:54:53de la cartographie
00:54:53mais le problème
00:54:55quand on fait
00:54:55de la cartographie
00:54:56en classe,
00:54:57c'est que souvent,
00:54:58les élèves vont le voir
00:54:58comme une succession
00:54:59de tâches mécaniques
00:55:01voire de coloriages,
00:55:02etc.
00:55:02Et puis,
00:55:03ils vont assimiler
00:55:03la géographie
00:55:04à cet exercice-là
00:55:05alors que la cartographie,
00:55:07c'est un outil
00:55:07du géographe
00:55:08mais il n'y a pas que ça.
00:55:09Et donc,
00:55:10je me suis dit
00:55:10pour essayer
00:55:11de le rendre
00:55:11plus intéressant,
00:55:13en fait,
00:55:15on lit
00:55:15le long témoignage
00:55:16de Camille Schmolle
00:55:18qu'a recueilli
00:55:19Camille Schmolle
00:55:20d'une personne
00:55:21qui a quitté
00:55:21le Cameroun
00:55:22qui s'appelle Julienne
00:55:23et qui est au début
00:55:24de son ouvrage.
00:55:25Le témoignage est long,
00:55:26il fait 20 pages.
00:55:27Donc,
00:55:27les élèves le lisent
00:55:28et ils vont devoir
00:55:29cartographier son parcours
00:55:31mais en utilisant
00:55:34une nomenclature
00:55:35et des figurés
00:55:38que j'emprunte
00:55:40à Sarah Meggian
00:55:42et Anne-Laure Amilazari
00:55:43dans un article
00:55:43qu'ils ont écrit
00:55:44il y a quelques années
00:55:45qui s'appelle
00:55:45« Figurer les entre-deux migratoires »
00:55:46où le principe,
00:55:47en fait,
00:55:48ça va être
00:55:49de figurer les émotions,
00:55:50la peur,
00:55:51l'espoir,
00:55:53le rejet,
00:55:55le danger,
00:55:56etc.
00:55:56Tout ce qu'on appelle
00:55:57la géographie sensible
00:55:58et la cartographie sensible aussi.
00:56:00Et donc,
00:56:01là,
00:56:01nécessairement,
00:56:02les élèves aussi
00:56:02vont entrer en empathie
00:56:04avec Julienne,
00:56:07comme beaucoup de géographes
00:56:08entrent en empathie
00:56:09avec leurs objets également,
00:56:10beaucoup de chercheurs,
00:56:11et donc chercher
00:56:11à représenter
00:56:12et à cartographier
00:56:13d'une manière
00:56:13un peu différente,
00:56:14moins froide,
00:56:16mais dégager davantage de sens
00:56:17et du coup,
00:56:18on va pouvoir mieux construire
00:56:20la notion de frontière traversée
00:56:22parce qu'en fait,
00:56:22elle va en traverser plein,
00:56:23les frontières,
00:56:24mais de manière totalement différente
00:56:25et elle va arriver,
00:56:26elle va passer par l'an P12
00:56:28à un moment,
00:56:28etc.
00:56:29Donc,
00:56:29voilà,
00:56:30elle arrive directement en Sicile,
00:56:31donc on voit comme ça
00:56:33différentes formes de frontières.
00:56:34Alors ça,
00:56:35la cartographie sensible,
00:56:36moi,
00:56:36je ne connaissais pas du tout.
00:56:37Michel Fouché,
00:56:37c'est quelque chose
00:56:38que vous avez vu arriver,
00:56:39vous-même,
00:56:40vous avez pu faire
00:56:41ce genre de travail ?
00:56:42Non,
00:56:43là,
00:56:43moi,
00:56:44c'est une question de génération,
00:56:45quand même,
00:56:45le numérique
00:56:46et la cartographie sensible.
00:56:49Moi,
00:56:50je suis un enfant
00:56:50de la guerre froide,
00:56:51donc rapport de force
00:56:52et tout ça.
00:56:53Non,
00:56:53non,
00:56:53je comprendrais...
00:56:55Non,
00:56:55c'est...
00:56:56Enfin,
00:56:57dans l'exposition
00:56:59du musée Guimet de Lyon
00:57:02de 2004,
00:57:03dont j'étais commissaire,
00:57:04il y avait déjà
00:57:06le parcours
00:57:07de ce Camerounais
00:57:08de plus d'un an,
00:57:09parce que les moyens
00:57:10dont on avait,
00:57:11on n'avait pas de muséographe
00:57:13distingué,
00:57:14c'était...
00:57:14On avait commandé
00:57:15des photographies
00:57:17un peu partout
00:57:18dans le monde
00:57:18et des histoires de vie.
00:57:20D'ailleurs,
00:57:20ça s'appelait
00:57:22scène de vie
00:57:23entre les lignes.
00:57:24Scène de vie
00:57:25entre les lignes.
00:57:26Donc,
00:57:26on racontait déjà ça.
00:57:27Donc,
00:57:27il y a quand même
00:57:27une sensibilité.
00:57:30Il n'y a pas que les rapports
00:57:31de force internationaux,
00:57:32bien entendu.
00:57:33Et puis,
00:57:33il y a la sensibilité,
00:57:35il y a l'imaginaire aussi.
00:57:36Il y a un concours
00:57:37qui est assez rigolo.
00:57:38Les Divixos,
00:57:38c'est vous qui m'en avez parlé.
00:57:41C'est un concours,
00:57:42il s'appelle
00:57:42concours Carto.
00:57:43Et en fait,
00:57:44il y a des cartes
00:57:46qu'on doit faire
00:57:46à partir de réalité,
00:57:47à partir de données réelles.
00:57:49Mais il y a aussi
00:57:49un concours
00:57:50où il s'agit
00:57:50de travailler
00:57:51sur l'imaginaire.
00:57:52Et d'ailleurs,
00:57:52le thème 2026,
00:57:53c'est Habiter la Lune
00:57:54en 2126.
00:57:55Et c'est pour les CM,
00:57:576e, 5e.
00:57:58Je trouve ça assez rigolo.
00:57:59Oui,
00:58:00alors en fait,
00:58:00le concours Carto,
00:58:01on le retrouve,
00:58:02si vous regardez
00:58:03le concours Carto,
00:58:04vous retrouverez
00:58:04les références
00:58:05assez facilement.
00:58:06Et d'ailleurs,
00:58:07la Cité des sciences
00:58:07est partenaire,
00:58:08si j'ai bonne mémoire.
00:58:10Ce concours Carto,
00:58:11il est avec
00:58:12différentes propositions
00:58:14selon les niveaux.
00:58:15Et il peut y avoir
00:58:15effectivement
00:58:16un travail
00:58:17sur l'imaginaire.
00:58:19Une carte
00:58:20un peu plus
00:58:21et notamment
00:58:22travaillée avec,
00:58:24alors moi,
00:58:24je ne l'ai pas fait
00:58:25directement,
00:58:26mais j'ai un collègue
00:58:26qui l'a fait
00:58:27avec des 6e,
00:58:27par exemple,
00:58:28et qui n'était plus
00:58:29pas sur une représentation
00:58:33spatialement réelle,
00:58:34mais sur la compréhension
00:58:36d'un espace montagneux,
00:58:38en l'occurrence,
00:58:39qui permettait
00:58:40d'approcher
00:58:41les réalités
00:58:43de manière
00:58:44un peu désincarnée,
00:58:45mais qui était
00:58:47finalement,
00:58:47pour les élèves,
00:58:48très sensible.
00:58:49Et c'est,
00:58:50de ce point de vue-là,
00:58:51très intéressant.
00:58:52Après,
00:58:52ce même concours
00:58:54prévoyait cette année
00:58:55travailler aussi
00:58:56avec les images
00:58:57du CNES
00:58:58sur Abidjan,
00:58:59si j'ai bonne mémoire.
00:59:00Et donc,
00:59:01là, pour le coup,
00:59:01on est beaucoup plus
00:59:02ancré dans la réalité
00:59:04du terrain.
00:59:06Alors,
00:59:06peut-être qu'on peut
00:59:06faire défiler
00:59:07les quelques images,
00:59:09les photographies
00:59:10d'intérêt géographique,
00:59:12pour qu'on voit
00:59:13un petit peu
00:59:13de quoi il s'agit.
00:59:15Et je souhaitais
00:59:16vous donner la parole
00:59:17maintenant.
00:59:18Peut-être que vous avez
00:59:19des questions
00:59:20à poser
00:59:21à nos intervenants,
00:59:22ou vous-même,
00:59:23des expériences,
00:59:24des projets,
00:59:27des tentatives
00:59:28à partager
00:59:29avec nous.
00:59:33Est-ce que vous-même,
00:59:36allez sur le terrain
00:59:37avec vos élèves ?
00:59:39Et qu'est-ce que ça
00:59:40leur fait ?
00:59:48Si c'est bon,
00:59:49vous m'entendez.
00:59:50Bonjour,
00:59:51merci à tous
00:59:52pour vos interventions.
00:59:54Je ne sais pas...
00:59:56Enfin,
00:59:57j'ai un tropisme parisien,
00:59:58ou en tout cas,
00:59:59francilien.
01:00:01Le fait est que
01:00:02les zones de frontières,
01:00:04elles existent
01:00:05dans notre quotidien
01:00:06à Paris
01:00:07ou en Ile-de-France.
01:00:09L'Académie de Paris
01:00:11a organisé
01:00:12une visite de terrain
01:00:14sur un aéroport,
01:00:16en fait,
01:00:16qui est déjà
01:00:16une frontière.
01:00:17Et c'est vrai
01:00:18qu'on a beaucoup de chance
01:00:19en Ile-de-France
01:00:19pour expérimenter,
01:00:21en fait,
01:00:21ces territoires de frontières.
01:00:23Je voulais dire...
01:00:24Je rejoins tout à fait
01:00:26ce que disaient
01:00:27les collègues.
01:00:28Et aussi,
01:00:30je ne sais pas
01:00:31si ça a changé
01:00:32au fur et à mesure
01:00:33des générations,
01:00:34mais il faut dire
01:00:34que nos élèves
01:00:35ont eux-mêmes
01:00:36l'expérience
01:00:37de la frontière.
01:00:38Et c'est aussi pour ça
01:00:40que ça les intéresse
01:00:41autant la géopolitique,
01:00:43les équilibres
01:00:43et aussi les luttes
01:00:45autour des frontières,
01:00:47même si parfois,
01:00:48on aimerait,
01:00:48comme l'a dit
01:00:49M. Fouché,
01:00:50leur rappeler
01:00:51que la frontière,
01:00:52ça se fait à deux
01:00:53et que c'est pas
01:00:54simplement une lutte,
01:00:56une comparaison
01:00:56et que ça peut être
01:00:57des échanges.
01:00:59Moi, la plupart
01:01:00de mes élèves
01:01:01ont une double culture,
01:01:02voire une triple culture.
01:01:04Donc,
01:01:05ils expérimentent
01:01:06la frontière
01:01:07plusieurs fois par jour,
01:01:09voire dans la même heure.
01:01:11Et vous en parlez,
01:01:12parfois,
01:01:13débattez dans la classe,
01:01:14échangé sur ces questions,
01:01:16à partir de leurs témoignages,
01:01:17parfois ?
01:01:18Oui, en fait,
01:01:21pour le coup,
01:01:23j'ai mis plusieurs projets en place,
01:01:27aussi avec les troisièmes
01:01:29par rapport aux décolonisations,
01:01:31parce que ça permet aussi
01:01:32de prendre en compte
01:01:34leurs différentes cultures,
01:01:35voir des parcours
01:01:38soit de migration personnelle
01:01:40ou dans leur famille,
01:01:41en quatrième.
01:01:42Enfin, voilà,
01:01:43il y a beaucoup
01:01:44de façons positives
01:01:46de voir leur multiculturalisme.
01:01:55Vous souhaitez réagir,
01:01:57peut-être,
01:01:57les uns et les autres ?
01:01:59Moi, ça me fait penser
01:02:00à un point,
01:02:00parce que cette frontière,
01:02:01elle peut être pratiquement
01:02:04aussi dans nos classes.
01:02:05Moi, je me souviens,
01:02:06quand j'ai commencé,
01:02:07j'étais à Mont-la-Jolie
01:02:08et pas du tout
01:02:09en géographie,
01:02:10en l'occurrence,
01:02:11mais en EMC.
01:02:12un exposé d'élèves
01:02:13et ne connaissant pas
01:02:15l'origine de chacun des élèves,
01:02:17les deux élèves
01:02:18qui commencent leur exposé
01:02:19disent,
01:02:19c'est très clair,
01:02:20regardez dans la classe.
01:02:21Ici, c'est le Val-Fouré,
01:02:22là, c'est les pavillons.
01:02:24Et donc, dans la classe,
01:02:25la manière dont il s'était installé,
01:02:27il y avait les jeunes du Val-Fouré
01:02:29et puis les jeunes des pavillons.
01:02:31Et donc, en fait,
01:02:32cette frontière,
01:02:33j'allais dire là encore,
01:02:35sensible,
01:02:36mais d'une certaine manière
01:02:37aussi parfaitement intégrée
01:02:38dans la géographie,
01:02:39elle était intégrée
01:02:39dans la classe.
01:02:40Et c'est quelque chose
01:02:41que, sauf si vous connaissez
01:02:44parfaitement
01:02:44où habitent tous vos élèves,
01:02:46c'est quand même
01:02:46plus difficile de savoir.
01:02:47Eux le savent,
01:02:48en l'occurrence.
01:02:53D'autres questions, peut-être ?
01:02:54Ou d'autres, d'ailleurs,
01:02:57partages ?
01:03:02Est-ce que vous avez pour habitude
01:03:03de sortir avec vos élèves
01:03:06de la classe
01:03:08pour aller voir,
01:03:08ne serait-ce que des sites industriels ?
01:03:12Non, non, il y a la question du budget,
01:03:14je l'entends bien,
01:03:14mais est-ce que...
01:03:16J'espère que certains vont lever la main.
01:03:17Ce serait chouette.
01:03:20Alors, oui,
01:03:22j'ai longtemps été prof en collège,
01:03:23donc pour un peu redynamiser
01:03:28les espaces productifs,
01:03:29parce que c'est vrai que
01:03:31c'est quand même compliqué
01:03:32d'enseigner.
01:03:33J'ai pu emmener des élèves
01:03:35du côté du plateau de Saclay,
01:03:37où il y avait, en fait,
01:03:38il y a des exploitations agricoles
01:03:40qui accueillent...
01:03:42En fait, certaines font
01:03:43de la cueillette,
01:03:44et j'ai pu être en contact
01:03:46avec, il y a longtemps,
01:03:47parce que maintenant,
01:03:47ça ne marche plus,
01:03:49une médiatrice scientifique.
01:03:50Donc, on avait vu
01:03:52cette exploitation agricole,
01:03:53on avait vu une en élevage intensif
01:03:57et l'autre en céréaliculture,
01:04:00et elle qui était en transition.
01:04:02Donc, ça, c'était intéressant,
01:04:04puisqu'on avait vu des champs
01:04:08avec de la luzerne, par exemple.
01:04:10Et puis, après,
01:04:10on faisait un petit tour,
01:04:11et là, on était vraiment
01:04:12en race campagne,
01:04:13c'était tout à fait étonnant,
01:04:14parce que, près du plateau de Saclay,
01:04:17on voyait, à un moment,
01:04:19le synchrotron de Saclay,
01:04:22et ça nous permettrait
01:04:23de voir l'exploitation agricole,
01:04:25une lecture de paysages
01:04:26en périurbain.
01:04:29Et puis, pour les élèves,
01:04:31de voir des vaches,
01:04:32c'est toujours une expérience sensible,
01:04:36passionnante.
01:04:36On passait la journée,
01:04:37c'était des très bons souvenirs.
01:04:40Toujours, voilà,
01:04:42et plus récemment, en fait,
01:04:43en lycée,
01:04:46moi, j'ai fait travailler mes élèves,
01:04:47alors pas sur la frontière,
01:04:48mais sur la question
01:04:49de la place des femmes dans la ville,
01:04:51avec, en fait,
01:04:53des enquêtes de comptage,
01:04:54d'observation,
01:04:57voilà,
01:04:58de nom des rues,
01:04:59enfin, j'ai repris des choses
01:05:01qui se font.
01:05:01Et vous les sentez motivés
01:05:03par ce type de...
01:05:04Pour les élèves de lycée,
01:05:05ça demandait beaucoup de travail,
01:05:06mais, en fait,
01:05:07tout d'un coup,
01:05:11la diversité,
01:05:12parce qu'en fait,
01:05:12je les faisais travailler par groupe,
01:05:13et puis après,
01:05:14chaque groupe venait présenter
01:05:16au reste de la classe,
01:05:17et de voir la diversité
01:05:18des sujets traités,
01:05:20des méthodologies mises en œuvre,
01:05:24de cette inégale représentation,
01:05:27visibilité des femmes dans la ville,
01:05:29oui, ça les faisait beaucoup réfléchir.
01:05:31Et je pense que certains ont...
01:05:33Enfin, plutôt certaines ont choisi
01:05:35de faire de la géographie
01:05:36après ce travail.
01:05:38Ah, c'est chouette.
01:05:40Merci.
01:05:50Je n'ai rien à faire.
01:05:56Oui, c'est...
01:05:57OK.
01:05:58Collège, lycée,
01:05:59en Seine-Saint-Denis aussi.
01:06:01Et, en fait,
01:06:02sur la frontière à GGSP,
01:06:04les élèves ont vraiment...
01:06:05Voilà, Michel Fouché,
01:06:07pris plaisir à découvrir
01:06:09votre définition.
01:06:10Et ce qu'on dit tous,
01:06:11c'est de passer
01:06:11d'un espace conflictuel
01:06:12à un espace
01:06:13qui est une représentation mentale.
01:06:15Et, en fait,
01:06:16quand ils comprennent
01:06:16que la géographie,
01:06:18c'est une représentation
01:06:19de quelque chose,
01:06:20alors qu'ils le travaillent
01:06:21depuis des années,
01:06:23c'est intéressant.
01:06:24Vraiment,
01:06:25il y a tout qui se met en place,
01:06:26la frontière,
01:06:26le territoire.
01:06:27il y a vraiment
01:06:28quelque chose
01:06:29qui se joue
01:06:29avec ce thème
01:06:32et avec leur compréhension
01:06:35de vos écrits.
01:06:37Donc, c'est vraiment super.
01:06:41Moi, je trouve
01:06:41qu'il y a un vrai intérêt
01:06:42pour la géographie.
01:06:44Collège, lycée,
01:06:46ils sont moteurs.
01:06:47Il y a toutes leurs intelligences,
01:06:49pas que la mémorisation.
01:06:50On est sur le terrain,
01:06:51on est debout,
01:06:52on doit chercher.
01:06:53Il y a l'enquête
01:06:54de la sixième
01:06:55à la terminale
01:06:56puisque j'ai tous les niveaux
01:06:57à peu près.
01:06:59Voilà.
01:07:00Et moi,
01:07:00j'ai fait un travail
01:07:01sur les parcours migratoires
01:07:05des familles aussi
01:07:06et la cartographie
01:07:07des parcours migratoires
01:07:08de familles en quatrième.
01:07:10Et on a fait venir,
01:07:11j'ai fait venir une journaliste
01:07:12du Nouvelle Obs
01:07:13qui avait travaillé là-dessus aussi.
01:07:14Et en fait,
01:07:15ils ont raconté
01:07:16ce qu'ils ont fait parler
01:07:17leurs parents.
01:07:18Ils ont mené l'enquête
01:07:19auprès des familles.
01:07:20Ils ont cartographié
01:07:21les itinéraires
01:07:22des familles
01:07:22depuis le Sri Lanka
01:07:23ou autre.
01:07:24Et même depuis
01:07:25des campagnes françaises.
01:07:27Mais moi, madame,
01:07:28je viens d'ici.
01:07:29Oui, mais qu'est-ce que c'est ici ?
01:07:30Et en fait,
01:07:32il y a vraiment un intérêt,
01:07:33je crois,
01:07:34des élèves
01:07:35pour montrer
01:07:36leurs intelligences multiples
01:07:39avec la géographie.
01:07:40Merci.
01:07:41Oui, vous avez dit moteur.
01:07:42Monsieur Mercier a dit acteur.
01:07:44Là, c'est vraiment ça.
01:07:45C'est-à-dire que
01:07:47c'est l'occasion de dire
01:07:48qu'ils sont acteurs
01:07:51partiellement
01:07:52de leur histoire,
01:07:53de leur vie
01:07:54et du lieu
01:07:55où ils habitent.
01:07:56Je crois que c'est comme ça
01:07:57qu'on...
01:07:58Et on ne le fait pas
01:07:59dans d'autres matières.
01:08:00Si, en littérature,
01:08:02on peut les faire écrire.
01:08:04L'histoire,
01:08:04c'est plus compliqué.
01:08:05Donc, je crois que c'est ça.
01:08:06Moi, en vous écoutant,
01:08:08je pensais à la sociologie
01:08:09de l'acteur,
01:08:10Edgar Morin,
01:08:11Alain Touraine.
01:08:12Si on a cette approche
01:08:13pédagogique-là,
01:08:14on a gagné.
01:08:18Merci.
01:08:20Ce qui vient
01:08:21évoquer naturellement
01:08:23l'aspect,
01:08:23enfin,
01:08:24les enjeux citoyens
01:08:24de l'enseignement
01:08:25de la géographie,
01:08:26puisqu'on a des élèves
01:08:28à l'adolescence
01:08:28qui sont notamment
01:08:29particulièrement sensibles
01:08:31aux questions de justice
01:08:31et d'injustice,
01:08:32qui est un peu
01:08:33un prisme
01:08:35un peu naturel
01:08:36pour eux
01:08:36dans la présentation
01:08:38des situations
01:08:38historiques
01:08:39ou géographiques.
01:08:41Et en fait,
01:08:41la démarche géographique
01:08:44a aussi pour,
01:08:45à mon avis,
01:08:46principal intérêt
01:08:47de faire d'eux
01:08:48des acteurs citoyens
01:08:50de leur pays.
01:08:53Oui,
01:08:54et pour rebondir
01:08:54sur cette question-là aussi,
01:08:55et par rapport
01:08:56à votre question
01:08:56sur est-ce qu'on organise
01:08:57des sorties régulières,
01:08:59je vois qu'il y a plein
01:09:00d'exemples qui sont possibles.
01:09:02Moi, j'ai toujours
01:09:02un peu de mal
01:09:03avec les sorties
01:09:03qui sont très organisées
01:09:05ou les élèves
01:09:06ont un cahier des charges.
01:09:07Par exemple,
01:09:07vous dites
01:09:07est-ce qu'on va visiter
01:09:08des sites industriels ?
01:09:11Écoutez,
01:09:11je vous invite
01:09:12à aller dans une classe
01:09:12et à dire
01:09:13on va organiser
01:09:14une sortie
01:09:14dans un site industriel.
01:09:15Youpi !
01:09:18Et pourtant,
01:09:18c'est intéressant.
01:09:19Mais il y a une sortie
01:09:20que j'ai faite
01:09:21il n'y a pas longtemps
01:09:22et je la recommande
01:09:23vraiment,
01:09:23c'est Marseille
01:09:25sur une journée.
01:09:26C'est tout à fait faisable.
01:09:28Vous prenez le train
01:09:28le matin,
01:09:29vous prenez le train
01:09:30le soir,
01:09:30c'est une grosse journée.
01:09:31Et on a même pris
01:09:32le bateau pour aller
01:09:33sur les îles du Frioul
01:09:34et j'avais simplement
01:09:35demandé à mes élèves
01:09:36de faire des remarques
01:09:36géographiques,
01:09:37d'enregistrer des choses,
01:09:38de prendre des photos,
01:09:39etc.
01:09:39On dit,
01:09:40mais monsieur,
01:09:40qu'est-ce qu'on va faire,
01:09:41etc.
01:09:41Bon,
01:09:42ils étaient un peu perturbés.
01:09:43Et puis au final,
01:09:44ils ont fait des exposés
01:09:44et il y en a un
01:09:45qui m'a fait un exposé
01:09:46sur...
01:09:47Alors,
01:09:47j'ai eu des exposés
01:09:48sur les Calanques,
01:09:49c'est beau les Calanques,
01:09:50etc.
01:09:51Mais même si l'exposé
01:09:52dure cinq minutes
01:09:53pour expliquer
01:09:53que les Calanques,
01:09:54c'est joli,
01:09:55la formation des paysages,
01:09:56les Calanques,
01:09:57etc.
01:09:57Enfin,
01:09:57je ne sais pas,
01:09:57on a déjà gagné,
01:09:58on a déjà fait de la géographie.
01:09:59Et il y en a un qui,
01:10:00lorsqu'on était
01:10:01sur les îles du Frioul,
01:10:01il m'a dit,
01:10:02mais monsieur,
01:10:02je ne comprends pas,
01:10:03elles sont où les banlieues ici ?
01:10:04Parce que j'ai l'impression
01:10:05qu'il y a des banlieues,
01:10:05mais je ne les vois pas.
01:10:06On regardait Marseille.
01:10:07Et donc,
01:10:08il s'est posé une question
01:10:10proprement géographique
01:10:10et cette question,
01:10:11il se l'est posée
01:10:11parce qu'il était
01:10:12sur l'île du Frioul,
01:10:13que c'était joli,
01:10:14qu'il faisait beau,
01:10:14etc.
01:10:15Et qu'il avait le paysage
01:10:17en face de lui
01:10:17et donc,
01:10:18il a fait un exposé
01:10:19sur la ségrégation
01:10:19socio-spatiale à Marseille.
01:10:20En plus,
01:10:21Marseille,
01:10:21comme vous le savez,
01:10:22c'est un exemple
01:10:22hyper intéressant
01:10:23parce que les pauvres,
01:10:24ils sont au centre de la ville
01:10:25à la différence
01:10:26de bon nombre
01:10:27de villes françaises.
01:10:29Et donc,
01:10:30voilà,
01:10:30on a réussi
01:10:31à égayer
01:10:31la sensibilité géographique
01:10:33par la sortie.
01:10:34Mais honnêtement,
01:10:35moi,
01:10:35j'enseigne à Aubervilliers.
01:10:36Donc,
01:10:37mon objectif,
01:10:38à chaque fois que je les sors,
01:10:39c'est de sortir
01:10:40d'Aubervilliers.
01:10:42Et donc,
01:10:42voilà.
01:10:43Aller à Marseille,
01:10:44je suis niçois,
01:10:45donc ça m'embêtait un peu
01:10:45d'aller que à Marseille.
01:10:47Mais bon,
01:10:48le train pour Nice,
01:10:49c'est un peu trop long.
01:10:50Mais voilà,
01:10:53nos élèves ont le droit.
01:10:54La géographie,
01:10:55c'est aussi l'amour
01:10:56des beaux paysages.
01:10:57Il faut quand même
01:10:57revenir à la base.
01:10:58La géographie,
01:10:58c'est le paysage.
01:10:59C'est quand même joli
01:11:00d'aller regarder
01:11:00des beaux paysages.
01:11:01Et c'est voyager.
01:11:03Merci beaucoup.
01:11:03En tout cas,
01:11:04ce sera le mot de la fin
01:11:05pour cette table ronde.
01:11:07Et on va poursuivre
01:11:09avec la suivante
01:11:11qui sera plus courte.
01:11:15Plus précisément,
01:11:16sur l'exposition.
01:11:17Alors,
01:11:17Michel Fouché,
01:11:18c'est comme vous voulez.
01:11:19Vous pouvez rester
01:11:20si vous...
01:11:22On l'a évoqué
01:11:23un petit peu,
01:11:24mais si vous souhaitez
01:11:26qu'on en parle un peu plus.
01:11:27Un mot sur les métiers
01:11:28de la géographie.
01:11:3030 secondes,
01:11:31ce sera vite.
01:11:32Un mot sur les métiers
01:11:33de la géographie.
01:11:34Non, non,
01:11:34on m'a demandé
01:11:35de faire ça.
01:11:35J'ai quand même préparé.
01:11:36J'ai sélectionné
01:11:38huit catégories.
01:11:40Il y a tous les métiers
01:11:41du développement local.
01:11:44les services de l'État,
01:11:46les collectivités locales,
01:11:47aménagement,
01:11:47environnement, etc.
01:11:49Cartographie géomatique,
01:11:52conseil aux entreprises
01:11:53qui ont des dimensions
01:11:54territoriales,
01:11:55transport, commerce,
01:11:56distribution,
01:11:57construction, etc.
01:11:59Le tourisme,
01:12:00culture patrimoine,
01:12:02social humanitaire,
01:12:05évidemment,
01:12:06être professeur,
01:12:07et tout ce qui est lié
01:12:08aux relations internationales,
01:12:11diplomatie,
01:12:12la défense,
01:12:13la défense,
01:12:15les ONG,
01:12:16la gestion de crise,
01:12:17etc.
01:12:18Donc, il y a un champ.
01:12:19Aujourd'hui,
01:12:1980% des diplômés
01:12:22en France
01:12:23qui ont des licences
01:12:24de géographie
01:12:25ne sont pas enseignants.
01:12:27Ils trouvent.
01:12:28Simplement,
01:12:29ils trouvent,
01:12:29il n'y a pas de métier
01:12:31de géographe
01:12:31comme il y a un métier
01:12:32d'architecte.
01:12:33Donc, le champ
01:12:34est extrêmement ouvert
01:12:35et prometteur.
01:12:37Merci.
01:12:38Merci beaucoup.
01:12:40Donner à ressentir
01:12:41la frontière,
01:12:42c'est précisément
01:12:43ce que fait l'exposition.
01:12:44Je vous invite
01:12:45à nous rejoindre.
01:12:47Maud de Gouy,
01:12:52Astrid Aron
01:12:54et Geoffrey Guérino,
01:12:57qui est là.
01:13:02C'est précisément
01:13:03ce que fait l'exposition
01:13:04à travers des récits
01:13:04des expéditions
01:13:05de géographes anthropologues,
01:13:08des vécus d'acteurs
01:13:09de la frontière,
01:13:09des cartographies sensibles
01:13:10aussi,
01:13:11des dispositifs artistiques
01:13:13interactifs,
01:13:13vous allez le voir tout à l'heure.
01:13:14Et pour vous donner
01:13:15justement un avant-goût
01:13:16de cette exposition
01:13:17que vous allez visiter,
01:13:17j'ai le plaisir
01:13:18d'accueillir
01:13:21Geoffrey Guérino,
01:13:22qui est médiateur scientifique
01:13:22à la Cité des sciences
01:13:23et de l'industrie,
01:13:25et Astrid Aron
01:13:26et Maud de Gouy,
01:13:27qui sont les deux commissaires
01:13:28de l'exposition
01:13:29Frontière.
01:13:31Alors déjà,
01:13:32une question
01:13:32que je me suis posée,
01:13:34pourquoi Frontière
01:13:35au singulier ?
01:13:36Est-ce que vous vous êtes posé
01:13:36la question de savoir
01:13:37si vous alliez mettre
01:13:38un S ou pas
01:13:39à l'intitulé
01:13:41de l'exposition ?
01:13:42Alors c'est en cours
01:13:44de conception
01:13:45qu'on a laissé tomber
01:13:46le S.
01:13:47Au départ,
01:13:47on parlait de frontière
01:13:48au pluriel,
01:13:49et puis on s'est aperçu
01:13:50très rapidement
01:13:51qu'on allait partir
01:13:52sur une dizaine
01:13:53d'îlots
01:13:54et qu'on n'allait pas
01:13:56faire une exposition
01:13:57qui allait raconter
01:13:58toutes les frontières.
01:13:59Ce n'était pas un atlas,
01:14:00ce n'était pas une anthologie
01:14:02au sens d'une anthologie
01:14:03de poésie
01:14:04où il y aurait
01:14:04beaucoup de récits
01:14:06de géographie.
01:14:07Et donc on s'est dit
01:14:09qu'on allait pousser
01:14:10la spécificité
01:14:11de la frontière,
01:14:12de chacune de ces frontières
01:14:13et d'aller retirer,
01:14:14de tirer un fil conducteur
01:14:16pour chacune d'elles
01:14:17et non pas parler
01:14:18des frontières
01:14:19de façon générale.
01:14:20Alors justement,
01:14:21vous êtes partie
01:14:21de l'exemple.
01:14:22Vous disiez
01:14:2310 îlots,
01:14:2410 exemples de frontières,
01:14:26pas facile de choisir.
01:14:27Comment on fait ?
01:14:30Eh bien,
01:14:31c'est des rencontres,
01:14:32en fait.
01:14:32Beaucoup de rencontres.
01:14:33Alors on s'est quand même
01:14:33mis quelques paramètres.
01:14:35On voulait qu'elles soient
01:14:37un peu réparties
01:14:38dans le monde,
01:14:38qu'elles racontent
01:14:39des choses très différentes.
01:14:42Mais surtout,
01:14:43on est parti
01:14:44du travail des géographes.
01:14:45Donc on a découvert
01:14:46des géographes
01:14:49qui nous ont rapporté
01:14:50leur travail de terrain.
01:14:51Et c'est à partir de là
01:14:53qu'on a construit
01:14:54en fait cette série
01:14:55d'exemples.
01:14:57C'est 9, 10 exemples.
01:14:59parce que, tout simplement,
01:15:01les géographes
01:15:03étaient là
01:15:04pour nous apporter
01:15:06du matériel.
01:15:07Et qu'il fallait mettre
01:15:08en scène,
01:15:09en muséographie.
01:15:11Comment, là aussi,
01:15:12comment on fait ?
01:15:13Quelle était l'idée ?
01:15:15Que vouliez-vous donner
01:15:17à voir et à ressentir ?
01:15:20Le sous-titre de départ,
01:15:22c'était
01:15:22Raisonner,
01:15:23R-A-I,
01:15:24et faire raisonner.
01:15:26Et on avait envie
01:15:27qu'il y ait un apport
01:15:28théorique
01:15:29sur ces frontières,
01:15:30qu'on parle justement
01:15:31des fameux frontières
01:15:33comme le fait
01:15:34Camille Schmoll.
01:15:34On voulait parler
01:15:35des travaux
01:15:37des géographes
01:15:38de façon
01:15:38extrêmement scientifique,
01:15:40mais on avait envie
01:15:41qu'il y ait de l'émotion aussi.
01:15:42On voulait susciter
01:15:43une forme
01:15:44d'empathie
01:15:46avec la géographie,
01:15:47qu'elle soit là
01:15:48pour témoigner,
01:15:50s'appuyer
01:15:51sur des essais scientifiques,
01:15:53tout en mettant
01:15:54de l'émotion
01:15:55dans ce qui se passe
01:15:57dans ces frontières,
01:15:58parce qu'avant tout,
01:15:59la frontière,
01:16:00ce sont des humains
01:16:00qui sont autour
01:16:01d'une épaisseur
01:16:03et non pas d'une ligne.
01:16:05Et vous me disiez aussi,
01:16:06on a essayé
01:16:07de rendre à la géographie
01:16:08son caractère spatial
01:16:09dans l'exposition.
01:16:11Il y avait notamment
01:16:12la notion de volume,
01:16:14donner du volume.
01:16:16Oui,
01:16:18la forme
01:16:20de muséographie
01:16:20qu'on pratique,
01:16:21c'est vrai que ce n'est pas
01:16:22de l'accrochage d'oeuvres,
01:16:24c'est qu'on doit inventer,
01:16:27créer en trois dimensions
01:16:29des supports
01:16:30pour raconter
01:16:31ce qu'on a à dire.
01:16:32Et donc là,
01:16:33le parcours,
01:16:34vous allez voir,
01:16:36il se fait
01:16:37comme si vous parcouriez
01:16:38le monde
01:16:39et vous allez passer
01:16:40d'îlot en îlot.
01:16:42Donc,
01:16:42c'est un voyage raccourci
01:16:43avec les élèves,
01:16:44pas besoin d'y passer
01:16:45la journée,
01:16:46de prendre le train,
01:16:47etc.
01:16:49Mais,
01:16:50on a travaillé
01:16:51avec un scénographe
01:16:52qui est interne
01:16:54à l'Universcience
01:16:55qui est un de nos collègues,
01:16:56Renaud Djean.
01:16:57Et,
01:16:59il a inventé
01:17:00une spatialité
01:17:01quand nous,
01:17:03on a aussi recherché
01:17:05à chaque fois,
01:17:06vous allez voir
01:17:07une façon différente
01:17:08d'aborder la frontière.
01:17:09Il y a une très grande variété,
01:17:10c'est ce qu'on essaye d'avoir.
01:17:12Il y a des films,
01:17:13il y a des jeux,
01:17:15il y a des multimédia,
01:17:17c'est-à-dire,
01:17:17notamment,
01:17:18ces écrans tactiles
01:17:19où vous allez avoir
01:17:19des activités,
01:17:20découvrir,
01:17:21de la cartographie,
01:17:22du cyberespace,
01:17:23des limites maritimes,
01:17:25et des théâtres d'objets,
01:17:26des installations.
01:17:27Et,
01:17:27en fait,
01:17:28on a essayé
01:17:28qu'à chaque fois,
01:17:30ce soit comme une surprise
01:17:31et une façon
01:17:32en trois dimensions
01:17:33d'aborder les choses
01:17:35propres à chaque frontière.
01:17:36D'ailleurs,
01:17:37si on en discute maintenant,
01:17:38c'est aussi
01:17:39parce que la visite
01:17:41se veut libre.
01:17:42C'est-à-dire
01:17:43qu'on n'aurait pas pu là
01:17:44faire une visite guidée
01:17:45parce que l'idée,
01:17:46c'est d'aller justement
01:17:47explorer,
01:17:48naviguer.
01:17:49Il n'y a pas vraiment
01:17:49de début ou de fin,
01:17:51au fond,
01:17:51ou pas tout à fait.
01:17:52Les gens sont toujours libres
01:17:53dans les expos.
01:17:54On a beau inventer
01:17:56des parcours,
01:17:57réfléchir,
01:17:59le public fait ce qu'il veut.
01:18:01Mais c'est vrai
01:18:02que nous,
01:18:03on pense que cette exposition,
01:18:05elle peut se visiter
01:18:06dans un sens privilégié,
01:18:08qu'on espère spontané,
01:18:10mais qui n'a pas tellement
01:18:12d'importance au fond.
01:18:14Vous voulez rajouter
01:18:15quelque chose ?
01:18:16Non.
01:18:17Et quand même rappelez
01:18:18que, bon,
01:18:18il y a des...
01:18:18Même si vous n'êtes pas
01:18:19partie du tout
01:18:20des programmes scolaires,
01:18:21ce n'était pas vraiment
01:18:22l'idée,
01:18:23mais il se trouve
01:18:23qu'il y a beaucoup
01:18:23d'écho, évidemment,
01:18:25avec les programmes scolaires,
01:18:26à GGSP, bien sûr,
01:18:27mais pas seulement.
01:18:28Il y a énormément
01:18:29de thèmes qui peuvent
01:18:30être travaillés
01:18:30en allant voir l'exposition
01:18:32avec ses élèves.
01:18:33Oui, on a beaucoup
01:18:34pensé à vous
01:18:35quand on a préparé
01:18:36l'exposition.
01:18:36On espérait vraiment
01:18:37que vous viendriez
01:18:38nombreux
01:18:39et qu'il y ait des choses
01:18:40pour les élèves.
01:18:41Donc, voilà,
01:18:41on est curieuse
01:18:42d'avoir votre avis.
01:18:43Mais toi aussi,
01:18:44Geoffrey,
01:18:46bon,
01:18:46tu as beaucoup
01:18:46réfléchi à ça.
01:18:48Oui, alors...
01:18:49Oui, peut-être que
01:18:49je vais y revenir
01:18:50juste après, je pense,
01:18:51parce que moi,
01:18:52je n'ai pas travaillé
01:18:52directement sur l'exposition,
01:18:54mais en tout cas,
01:18:55quand j'ai découvert
01:18:56l'exposition
01:18:57en travaillant avec elle,
01:18:58c'était directement présent,
01:19:00cette dimension,
01:19:00oui, c'est sûr.
01:19:01Mais allons-y tout de suite.
01:19:02À partir d'octobre 2026,
01:19:04disons-le,
01:19:05on a une médiation
01:19:06qui va commencer
01:19:08qui s'appelle
01:19:08Sous les traces des frontières,
01:19:10qui est à la fois
01:19:11jeu de plateau,
01:19:12jeu de rôle,
01:19:12jeu de stratégie,
01:19:13en tout cas,
01:19:14qui est destinée
01:19:14aux lycéens.
01:19:16Exactement, c'est ça.
01:19:17Je vous laisse en dire plus.
01:19:18Voilà,
01:19:19sur...
01:19:20Il faut imaginer
01:19:21que quand on s'est dit
01:19:22qu'on allait proposer
01:19:23une médiation,
01:19:24justement,
01:19:25pour les lycéens,
01:19:26avec cette idée
01:19:28de la spécialité
01:19:29pour les lycées,
01:19:30où ça nous faisait
01:19:31un public
01:19:32particulièrement cible,
01:19:33intéressant,
01:19:34et qu'on arrive rarement
01:19:36à attirer en plus
01:19:37à la cité des sciences
01:19:38et de l'industrie,
01:19:39les spécialités
01:19:39histoire-géographie,
01:19:40ce n'est pas forcément
01:19:41les premiers publics
01:19:42qu'on a habituellement.
01:19:44Donc, on avait
01:19:45un gros enjeu
01:19:46à faire dessus
01:19:48et on a prospecté,
01:19:49justement,
01:19:50sur plusieurs différents
01:19:51types de jeux,
01:19:52de façons de parler,
01:19:54justement,
01:19:54de cette notion
01:19:55de frontière.
01:19:56On s'était posé
01:19:57la question
01:19:57de,
01:19:57est-ce qu'on leur fait jouer
01:20:00avec des frontières
01:20:01à dessiner
01:20:02et leur faire jouer
01:20:03avec des modèles
01:20:05comme une partie
01:20:06de civilisation,
01:20:07par exemple,
01:20:07ou de catane
01:20:08ou de risque,
01:20:09si vous voulez,
01:20:09sachant que notre objectif,
01:20:11c'est quand même
01:20:11que ça se joue
01:20:12en une heure.
01:20:14Alors,
01:20:14si vous avez déjà joué
01:20:15à risque,
01:20:17vous vous rendez compte
01:20:17de la difficulté
01:20:19de l'enjeu,
01:20:21notre objectif,
01:20:22c'était essentiellement
01:20:23d'arriver
01:20:24à les cibler dedans.
01:20:25Oui, mais justement,
01:20:26c'est bien qu'on aille
01:20:27un petit peu dans le détail
01:20:27parce que,
01:20:28pour comprendre un peu l'idée,
01:20:29on a quatre îlots,
01:20:30c'est maximum 36 élèves,
01:20:31des îlots de neuf
01:20:32et l'idée,
01:20:33c'est qu'à un moment donné,
01:20:34ils vont bouger
01:20:35d'un îlot à l'autre.
01:20:37Oui, alors voilà,
01:20:38dans les objectifs
01:20:39de ce qu'on voulait
01:20:41faire comprendre
01:20:42dans cette médiation,
01:20:43d'abord,
01:20:44que les frontières
01:20:45sont des créations humaines
01:20:46et que,
01:20:48en fait,
01:20:48on est très raccord
01:20:50avec justement
01:20:50l'approche
01:20:51qu'a eue Astrid et Maud
01:20:53sur l'exposition,
01:20:54que l'idée
01:20:55de frontières naturelles
01:20:56est un mythe
01:20:57et que c'est avant tout
01:20:59une construction humaine.
01:21:00D'autre part,
01:21:01que les frontières
01:21:03qui sont des choix
01:21:05politiques,
01:21:06stratégiques,
01:21:06le discours sur la géopolitique,
01:21:09le terme de géopolitique
01:21:10justement était assez intéressant
01:21:11là-dessus,
01:21:12et que ces décisions
01:21:13de base stratégique
01:21:14et politique
01:21:15ont des conséquences
01:21:16sur la vie réelle
01:21:17des personnes.
01:21:18Donc,
01:21:18ça va se construire
01:21:19en deux phases,
01:21:20ce jeu.
01:21:21Une première phase
01:21:22où ils incarnent,
01:21:24alors l'objectif,
01:21:25c'est de pouvoir accueillir
01:21:25une classe entière,
01:21:26donc maximum 36 élèves.
01:21:28J'espère que vos classes
01:21:29ne font pas encore
01:21:30plus de 36 élèves.
01:21:31Ça va être beaucoup
01:21:32après peut-être.
01:21:33Voilà.
01:21:34Divisé sur quatre tables,
01:21:35chaque table correspond
01:21:37au même jeu
01:21:37avec un plateau.
01:21:39Sur chaque plateau,
01:21:40au maximum neuf élèves
01:21:41donc sont répartis
01:21:42en trois équipes
01:21:43qui incarnent un pays.
01:21:45Première phase,
01:21:47ils doivent décider
01:21:48avec les deux autres équipes
01:21:50où faire passer
01:21:51les frontières
01:21:51de leur futur pays.
01:21:54Et donc là,
01:21:54les mettre justement
01:21:55dans une phase
01:21:55de discussion
01:21:56et de comprendre
01:21:57que tracer une frontière,
01:21:59ce n'est pas un acte individuel
01:22:01et que forcément,
01:22:02ça va partir
01:22:03sur des enjeux
01:22:04de discussion
01:22:05et de rapport
01:22:06aux autres pays.
01:22:08Une fois que ces frontières
01:22:09sont actées,
01:22:09même si elles ont
01:22:10des désaccords,
01:22:12on fait changer
01:22:13justement
01:22:13les équipes
01:22:16de plateau
01:22:16pour qu'ils se mettent
01:22:18à jouer
01:22:18sur les frontières
01:22:19qu'eux-mêmes
01:22:20n'ont pas dessinées
01:22:21et se confrontent
01:22:22à des frontières
01:22:22qu'ils n'ont pas voulues
01:22:23sur un terrain
01:22:24qu'ils ont déjà découvert.
01:22:25Et à partir de ce moment-là,
01:22:27ils doivent jouer,
01:22:28là on s'inspire plus
01:22:29sur le côté jeu de rôle,
01:22:31jeu de plateau justement,
01:22:32dérouler des histoires
01:22:33de personnages
01:22:34qui vont se faire
01:22:35en 3-4 tours
01:22:37qui ont un objectif
01:22:38à chaque fois
01:22:39de traverser la frontière
01:22:40ou faire traverser
01:22:42la frontière
01:22:44pour se mettre
01:22:45en situation
01:22:45justement
01:22:46de quelqu'un
01:22:46qui vit concrètement
01:22:47la frontière
01:22:48d'un point de vue
01:22:49un peu plus anthropologique
01:22:51avec l'objectif
01:22:52de dresser
01:22:53un panel
01:22:54des différents scénarios.
01:22:56On parlait d'injustice,
01:22:57justement du ressenti
01:22:58des élèves
01:22:59sur la justice
01:23:00et l'injustice.
01:23:01Je pense qu'on l'a bien ressenti
01:23:04quand on a fait nos recherches
01:23:05sur justement
01:23:06différentes façons
01:23:07de traverser des frontières.
01:23:09Par exemple,
01:23:09dans nos personnages,
01:23:10il va y avoir un touriste
01:23:11qui va traverser la frontière
01:23:13sans aucun problème,
01:23:14qui va se confronter ensuite
01:23:15à des difficultés
01:23:17une fois qu'il a changé
01:23:17de pays.
01:23:18à l'inverse,
01:23:19un exilé
01:23:20qui fuit son pays
01:23:21pour sa survie,
01:23:22lui,
01:23:23va sûrement se retrouver
01:23:24avec beaucoup plus
01:23:25de difficultés
01:23:26à traverser la frontière.
01:23:27Il y en a comme ça,
01:23:29effectivement,
01:23:29plusieurs rôles différents.
01:23:30Alors,
01:23:30ce qui est intéressant,
01:23:31c'est que les personnages,
01:23:32ce n'est pas des humains,
01:23:34c'est des oiseaux.
01:23:35Oui,
01:23:36alors ça,
01:23:36c'est une idée brillante
01:23:38qui est venue
01:23:38de notre stagiaire,
01:23:40qui est brillante,
01:23:41qui, en plus,
01:23:43dessine très bien
01:23:44et a proposé rapidement
01:23:45en rejoignant le projet
01:23:46que nos personnages
01:23:47soient anthropomorphisés.
01:23:49Elle a dessiné
01:23:50des personnages
01:23:50avec des têtes d'oiseaux.
01:23:52Pourquoi des oiseaux ?
01:23:53Parce que les oiseaux
01:23:53sont des êtres migrateurs
01:23:56et qu'elle les connaît bien,
01:23:58en plus,
01:23:58et on peut trouver rapidement
01:24:00des exemples
01:24:01d'espèces d'oiseaux
01:24:02qui vont se retrouver
01:24:03sur des profils
01:24:05de migration
01:24:06un peu différents.
01:24:07Mais l'idée aussi,
01:24:07c'était d'éviter
01:24:08peut-être trop d'émotions
01:24:10sur certaines histoires
01:24:11ou de déco
01:24:12avec,
01:24:13parfois,
01:24:13pour certains participants
01:24:15avec leur propre histoire,
01:24:16parfois.
01:24:16Oui,
01:24:17ça fait partie
01:24:17des sujets aussi
01:24:18qu'on a en tête.
01:24:19Comme vous le disiez,
01:24:21les élèves
01:24:22qu'on va recevoir,
01:24:23pour beaucoup,
01:24:24ont déjà expérimenté
01:24:26des frontières,
01:24:27sûrement même certains
01:24:28de façon beaucoup plus intense
01:24:29que nous.
01:24:30Donc,
01:24:31on s'attend justement
01:24:32à ce que ce soit
01:24:33un sujet émotionnel
01:24:34peut-être tendu.
01:24:35Et donc,
01:24:36notre objectif,
01:24:37c'est de mettre aussi
01:24:38une distance du jeu
01:24:39par rapport
01:24:40à leur propre vécu
01:24:41pour éviter justement
01:24:43des cas trop directs,
01:24:45trop francs,
01:24:46sachant qu'en plus,
01:24:48l'exposition,
01:24:48elle,
01:24:49permet de plonger
01:24:50vraiment longuement
01:24:52et durement
01:24:52sur des cas réels
01:24:54et concrets.
01:24:55Là,
01:24:56notre jeu
01:24:56se place plus
01:24:58à l'intermédiaire,
01:24:59essayer de trouver
01:25:00une petite distance
01:25:01par rapport à ça,
01:25:02tout en les mettant
01:25:03à incarner vraiment,
01:25:05à jouer
01:25:05plus précisément
01:25:06cet acte de décision
01:25:08de je dois aller
01:25:10traverser la frontière
01:25:11sachant que mes ressources
01:25:12sont extrêmement limitées
01:25:13et que les dangers
01:25:13sont importants.
01:25:15Quels vont être mes choix ?
01:25:16Quelles sont les péripéties
01:25:17qui vont m'arriver
01:25:18sur mon séjour
01:25:19pour essayer
01:25:19de faire cette migration ?
01:25:22Et c'est donc
01:25:23une médiation,
01:25:24un jeu
01:25:24qui vaut mieux jouer
01:25:25avant l'exposition
01:25:26parce que c'est en mode
01:25:27découverte
01:25:28et après,
01:25:28si on veut en savoir plus,
01:25:29on va voir l'exposition.
01:25:31Dernière question d'ailleurs
01:25:32sur l'exposition,
01:25:33c'est important de le dire,
01:25:34elle est résolument contemporaine
01:25:35comme vous me l'aviez dit.
01:25:39Il y a peu de profondeur
01:25:40historique
01:25:41et c'est volontaire.
01:25:44Oui, je dirais
01:25:45que le seul dispositif
01:25:47où on montre l'histoire
01:25:49pour comprendre le présent,
01:25:50c'est un dispositif
01:25:51qu'on a appelé
01:25:52la valse des frontières
01:25:53qu'on a d'ailleurs fait
01:25:56avec Michel
01:25:57et avec Philippe Rekasiewicz.
01:25:58Et donc là,
01:25:59on montre comment
01:26:00les frontières
01:26:00entre 1815 et 2026
01:26:03en cette date
01:26:05ont totalement évolué
01:26:06et comment s'est construit
01:26:07l'Europe.
01:26:09Sinon,
01:26:09on reste dans une géographie
01:26:12qui est contemporaine
01:26:13avec des chercheurs
01:26:13qui nous apportent
01:26:14les travaux
01:26:15qu'ils ont fait
01:26:16quasiment la veille.
01:26:17C'est le cas
01:26:18pour Valérie Gélezot
01:26:19qui était en Corée du Sud
01:26:21et qui a arpenté
01:26:22la frontière à pied
01:26:23avec son petit sac à dos,
01:26:25son appareil photo,
01:26:26un enregistreur
01:26:27et qui nous a donné
01:26:27tous ces sons,
01:26:28toutes ces images
01:26:29et nous,
01:26:30on les a transformés,
01:26:32muséographiés
01:26:32pour donner
01:26:33la compréhension,
01:26:35une mise en récit
01:26:36de ce qui se passe
01:26:37à la frontière
01:26:38entre les deux Corées.
01:26:39Et pas de frontière
01:26:40en guerre ouverte,
01:26:41ça, c'était aussi
01:26:41un souhait de votre part.
01:26:44Oui, parce que
01:26:46ce que vous savez
01:26:47ou que vous ne savez
01:26:47peut-être pas,
01:26:48c'est que
01:26:48une exposition
01:26:50se prépare
01:26:52dans la durée.
01:26:53Donc, on a mis
01:26:54deux ans à la faire.
01:26:56Elle va ensuite
01:26:56être exposée ici
01:26:58pendant deux ans
01:26:59et s'inscrire
01:27:00dans cette durée-là
01:27:02avec des cas
01:27:04qui peuvent
01:27:05s'emmener
01:27:06à changer
01:27:07au gré de l'actualité
01:27:08très rapidement,
01:27:09c'était difficile.
01:27:11Et puis,
01:27:12on voulait aussi
01:27:12avoir du recul
01:27:13pour pouvoir parler
01:27:14de ces sujets.
01:27:15Donc, voilà.
01:27:16Mais on a choisi
01:27:17quand même des frontières
01:27:18très éclairantes
01:27:19pour l'actualité.
01:27:21Merci beaucoup.
01:27:21On n'a plus qu'à aller
01:27:22la découvrir.
01:27:23Alors, on va remercier
01:27:24tous nos intervenants.
01:27:25Merci beaucoup
01:27:26pour ces échanges
01:27:27très riches.
01:27:28Merci à eux.
01:27:29Merci beaucoup.
01:27:31Et peut-être
01:27:32qu'on peut juste
01:27:33projeter la dernière slide
01:27:34qui était celle
01:27:35des ressources.
01:27:36Et Claire,
01:27:37je crois que tu avais
01:27:37peut-être quelque chose
01:27:38à ajouter.
01:27:43Juste,
01:27:44je vous retrouve
01:27:45à la sortie.
01:27:48de l'auditorium,
01:27:49il n'y a pas de mémoire.
01:27:51Tiens.
01:27:56Oui, je vous retrouve
01:27:57à la sortie
01:27:57de l'auditorium
01:27:58pour vous accompagner
01:28:00puisqu'on a un billet
01:28:00de groupe
01:28:01et vous montez
01:28:03sur l'exposition.
01:28:04Donc, voilà,
01:28:04on se retrouve
01:28:05juste à la sortie.
01:28:06Merci.
01:28:07Et puis,
01:28:07non, autre chose,
01:28:08c'est de la même façon
01:28:10qu'il y aura
01:28:11une médiation scolaire,
01:28:12on est en train
01:28:12de préparer
01:28:13des accompagnements
01:28:15pour les élèves.
01:28:15Alors, il y en a déjà
01:28:16un questionnaire
01:28:17pour les collégiens,
01:28:19un accompagnement
01:28:20de visite
01:28:21de l'exposition
01:28:22et il y en aura
01:28:22un à la rentrée
01:28:24pour les lycéens
01:28:26pour que vous puissiez
01:28:28visiter l'exposition
01:28:30avec ce support
01:28:31de visite
01:28:32pour vos élèves.
01:28:33Voilà,
01:28:33à tout de suite.
01:28:35Merci.
01:28:35Bonne visite.
01:28:40Merci.
01:28:52Bonne visite.
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