00:00Bonjour Axel Clerget.
00:01Bonjour.
00:01Quand on évoque votre nom, on pense à votre pseudo, la langouste déjà,
00:05et on revoit instantanément des images,
00:07notamment de ce combat déterminant qui permet à la France de battre le Japon en JODT de 2020,
00:12et donc grâce à vous de remporter le titre, cette médaille d'or tant convoitée par équipe mixte.
00:18Je crois que c'est ce qui fait d'ailleurs votre singularité, c'est l'amour que vous avez de
00:22l'équipe.
00:23Oui, vous êtes ce judoka qualifié de monstre par votre coach et un technicien hors pair.
00:28C'est ce qu'on découvre d'ailleurs dans le documentaire qui vous est consacré.
00:31Vous êtes champion olympique par équipe à Tokyo en 2021,
00:34double médaillé mondial en individuel et vice-champion d'Europe en 2017.
00:37Vous êtes pour beaucoup un exemple de force, de ténacité, d'abnégation, de détermination,
00:42notamment quand on connaît l'exigence physique et mentale donnée par le judo de haut niveau
00:47et demandée d'ailleurs par le judo de haut niveau.
00:49Vous avez, Axel, annoncé prendre votre retraite si vous n'étiez pas qualifié,
00:54notamment et si vous ne pouviez pas aller encore plus loin,
00:56parce que l'âge avançant, il vous fallait prendre une décision.
01:00C'est effectivement, ça a été un choc pour tout le monde, un choc aussi pour vous.
01:03On le découvre dans ce documentaire.
01:05Vous, ce petit garçon qui a grandi au club de Manarval Saint-Dizier,
01:10vous avez d'ailleurs fini par le quitter en 2014 à 27 ans.
01:14Vous avez intégré l'INSEP à 19 ans.
01:16Vous vous rappelez du moment d'ailleurs dans ce documentaire
01:18où vous franchissez ce portail extraordinaire qui symbolise beaucoup de choses finalement.
01:24Oui, je me souviens très bien, merci déjà pour cette présentation tellement flatteuse.
01:28Oui, je me souviens très bien, en fait, cette image, il y a encore,
01:31le portrait, la grande photo dans mon petit club d'origine.
01:35Et ça me touche à chaque fois de la voir parce que c'est énorme.
01:38Ça rappelle un très bon souvenir, le retour des juifs à la maison.
01:41Chaque athlète, quand il rentre dans sa ville d'origine, adore ce moment-là.
01:44Et puis ça montre à tous les jeunes du club, quand ils viennent à l'entraînement tous les jours,
01:49voilà, tu t'entraînes ici, tu viens pour t'amuser, tu viens pour passer des bons moments,
01:52apprendre le judo, mais tu peux rêver grand.
01:54Et c'est un message que j'adore, tu peux rêver grand peu importe d'où tu viens.
01:58Et même d'une petite ville de Saint-Dizier dans l'Est de la France,
02:00tu peux rêver à des gros titres et à faire des choses exceptionnelles.
02:04C'est là où on se rend compte que vous êtes aussi un humain, Axel Clerget.
02:09Vous évoquez la difficulté de perte du poids, le rapport avec le poids,
02:13qui a changé d'ailleurs depuis que vous êtes à la retraite,
02:15puisque vous êtes redécouvert différemment.
02:17Mais on vous voit à un moment donné, on est à 4 heures de montée sur une balance.
02:22Il vous faut perdre 2,8 kg.
02:24C'est improbable. On se dit, mais ce n'est pas possible.
02:27Bon, alors évidemment, c'est suivi par une équipe de médecins.
02:29Je le précise, c'est important. On ne fait pas ça n'importe comment.
02:32Et vous allez en une heure perdre ces 2,8 kg.
02:36Ça aussi, c'est un soulagement pour vous d'avoir arrêté ça en tout cas.
02:39Ah ouais, c'est génial.
02:40C'est parce que ces 2,8 kg, c'est la partie émergée de l'iceberg.
02:44Mais en fait, c'est surtout un mois avant de restrictions alimentaires,
02:48de contraintes. Et c'est ça qui est difficile.
02:50La partie 2,8 kg, elle est impressionnante.
02:52Elle a marqué le vidéaste.
02:54Et c'est pour ça qu'elle est liée.
02:55Moi, je ne suis pas forcément pour le montrer.
02:57Et on dit bien, attention, c'est encadré.
02:59Donc, il n'y a aucun effet pour la performance derrière.
03:01C'est quelque chose qui est spécifique à mon sport, qu'on sait faire.
03:04On est chargé en eau. Le corps est beaucoup hydraté.
03:06Donc, du coup, on va les perdre beaucoup plus facilement.
03:09Je me pèse deux heures après.
03:10Je les reprends immédiatement.
03:12Donc, en fait, il y a une perte hydrique qui est très courte.
03:14Je suis kinésithérapeute, donc je connais l'importance de tout ça.
03:18Mais c'est surtout la partie de restrictions.
03:20C'était aller chez les copains ou se priver d'une vie sociale.
03:23À la fin, j'arrivais à garder cette vie sociale.
03:24Mais c'était des tupperwares énormes que je faisais.
03:26Et que j'allais chez des amis avec.
03:28J'arrivais à faire des régimes au restaurant, mais avec beaucoup de contraintes.
03:31Et là, maintenant, tu peux enfin vivre normalement.
03:34Je ne me rends pas compte, en carrière, ta norme devient très élevée.
03:38Mais en ayant arrêté, qu'est-ce que c'est beaucoup plus léger.
03:41Partir en vacances sans avoir à faire tes séances d'entraînement,
03:44d'étirement, de mobilité,
03:47sans avoir à faire attention à ton alimentation tout le temps.
03:50Que si tu es fatigué, ce n'est pas grave, en fait.
03:52Tu es moins bon au boulot le lendemain.
03:54Mais bon, ce n'est pas grave.
03:55Alors qu'un athlète, s'il a mal dormi,
03:59il est stressé parce que s'il se blesse,
04:01c'est potentiellement ses trois prochains mois,
04:03ses six prochains mois,
04:04c'est un croisé.
04:05Et c'est toute sa carrière qui est en pâti.
04:07Donc en fait, il doit être hyper vigilant sur son alimentation.
04:09Il ne peut pas boire un coup tout le temps quand il veut.
04:11Parce que du coup, s'il est déshydraté,
04:13ses tendons sont déshydratés, il risque de se blesser.
04:15S'il dort mal, il risque de se blesser.
04:16Donc en fait, il y a un stress qui est permanent.
04:18On parle de la commotion, justement, de ce moment
04:21très important de votre carrière.
04:23Hier, Axel, où tout le monde était très inquiet.
04:25Vous le preniez d'ailleurs.
04:26Et où vous sentez que vous ne pouvez pas prendre un coup de plus.
04:29Que si jamais vous prenez un coup de plus,
04:31vous pouvez rester paralysé à vie.
04:33Il y a eu un passage très difficile dans cette carrière.
04:37J'ai eu beaucoup de blessures.
04:38C'est clairement la plus difficile.
04:40Qui m'irrisse encore les poils.
04:42Je pense qu'en ayant arrêté depuis quelques temps maintenant,
04:44c'est seulement maintenant que je n'ai plus de symptômes.
04:46Et encore, parce que je travaille dessus.
04:48Mais c'est un vrai sujet.
04:50C'est un sujet où, quand je suis sorti,
04:52je me souviens très bien,
04:53ma compagne m'avait dit
04:54« Ah, ça va, tu n'as pris qu'une commotion,
04:56je croyais que tu étais blessé. »
04:57Je voudrais qu'on revienne, justement,
04:59que vous nous racontiez à quel moment ça arrive.
05:00Ça arrive à six mois des Jeux.
05:02C'est-à-dire que, en fait,
05:04j'ai une grosse pubalgie avant les Jeux.
05:06Il y a le confinement.
05:07Donc du coup, j'ai eu du mal à m'entraîner
05:09à cause de cette pubalgie.
05:10On revient sur une compétition qui est importante
05:11à six mois des Jeux.
05:12Et sur une action anodine en bordure de tapis,
05:14la tête tape.
05:15Ça paraît hyper anodin.
05:16J'ai pris des chocs beaucoup plus importants à la tête,
05:18une grosse pleine tête sur une défense.
05:20Il n'y a rien.
05:21Et là, sur une action anodine,
05:22parce que je suis relâché,
05:23parce que les muscles, du coup,
05:24ne sont pas activés.
05:25Là, du coup, la tête tape
05:26et je tombe comme un chaos complet en boxe.
05:29J'ai incapable de me relever.
05:31Je connais le protocole commotion,
05:32donc je répète sept fois la date
05:33au médecin qui vient me poser la question.
05:35Et derrière,
05:36je ne me souviens pas du tout
05:37des quatre heures qui ont suivi,
05:39je rentre difficilement.
05:41Le médecin me dit
05:42« Tu restes tranquille à la maison.
05:43Pas d'écran,
05:43pas de lecture,
05:45pas de télé, rien.
05:47Il me dit « Tu occupes de mon fils ? »
05:48Je vais aller le voir trois jours après.
05:49Je lui dis « Tu n'as pas d'enfant. »
05:50Il était parti en courant.
05:51J'étais incapable de le suivre.
05:52Mon petit frère vient me voir
05:53pour discuter.
05:55On devait faire une discussion légère.
05:56On aime bien aller en profondeur dans les choses.
05:58On discute pendant dix minutes.
06:00J'ai la mâchoire qui tombe,
06:01la langue qui pend,
06:02comme quelqu'un qui est inerte.
06:04Il me faut deux heures de sieste
06:05pour récupérer de ça.
06:07Ça dure deux à trois mois.
06:08Je suis incapable de faire
06:0915 secondes de gainage
06:11ou trois minutes de vélo
06:13à très très basse intensité.
06:14On est à six mois des jeux.
06:15Le stress monte très fort.
06:17Et surtout,
06:17j'ai eu des conséquences
06:18pendant très longtemps.
06:19Des séquelles
06:21sur l'hyper-irrétabilité,
06:23sur de l'anxiété majorée
06:24à cause de ça.
06:26Sur plein de choses
06:27qui sont vraiment cachées.
06:30Qu'on a du mal à identifier.
06:31Par exemple,
06:31j'ai eu le syndrome du cocktail.
06:33Quand j'étais,
06:33en tant qu'athlète,
06:34ça m'a beaucoup.
06:35Tu disais,
06:35tu discutes avec une personne,
06:36quand il y a du monde autour
06:37et que ça bouge,
06:38je me sentais très mal.
06:39J'avais la nausée.
06:40Je tournais.
06:41Et en fait,
06:41il a fallu que j'aille voir
06:42un kiné vestibulaire
06:43qui m'explique.
06:44Oui, c'est normal.
06:45Sauf qu'en fait,
06:45c'est plein de symptômes
06:46qui sont cachés.
06:47Moi, je pense qu'il y a
06:48beaucoup d'anciens athlètes
06:49qui sont dépressifs,
06:50qui ont pris des coups
06:51sur la tête.
06:52Et du coup,
06:52ça vient de là.
06:53Parce que du coup,
06:54tu as une hyper-irrétabilité
06:55du système nerveux.
06:56Et c'est vraiment un sujet
06:57que j'ai envie de développer,
06:58d'aider les gens.
06:59Parce que quand j'ai pris
07:00la parole sur ça,
07:01j'ai eu énormément de témoignages
07:02sur les réseaux sociaux,
07:04de familles en détresse,
07:05d'anciennes personnes
07:06en difficulté,
07:07de gamins qui étaient
07:07déscolarisés,
07:08des enfants qui étaient
07:09mis en hôpital psy.
07:11Parce qu'en fait,
07:11on ne comprenait pas
07:12leur réaction,
07:13qu'il y avait juste
07:14des symptômes tellement variés
07:16qu'on n'arrive pas
07:16à l'identifier
07:17à cause de la cocaution.
07:18Merci.
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