00:00— Qu'est-ce que vous appelez le peuple, Michel Onfray ? Ça veut rien dire, le mot peuple.
00:02— Ah ben si vous ne savez pas, c'est votre affaire.
00:04— Je vous donne la parole. Tiens, on commence par Yann, et puis après, il est la salade.
00:07— Et même si on peut préciser, c'est quoi le peuple old school ?
00:11Puisque dans l'interview du Figaro, vous employez cette expression pour dire
00:15« le peuple old school n'est pas entendu ».
00:17— Le peuple, le mot peuple, le problème, en utilisant des mots comme ça,
00:21et d'ailleurs, c'est ce que je vous reproche depuis plusieurs années,
00:23c'est que vous imaginez que parce que vous intervenez sans cesse, vous pensez tout le temps.
00:27Et c'est ce que je vous reproche.
00:29J'essaye de vous lire, et moi qui admirez vos premiers ouvrages,
00:32depuis quelques années, je vous perds.
00:33Et je ne suis pas Laurent Geoffrin, et je ne pense pas que vous soyez un penseur d'extrême droite,
00:36et jamais je n'imagine que vous faites le jeu du Front National.
00:38Ça, je mets ça de côté.
00:39Laurent Geoffrin s'y salle l'amus pour se donner des sensations,
00:42de vous étiqueter dans ses haines et dans ses aberrations et ses aberrations.
00:47C'est possible.
00:48Moi, je ne vous classe pas du tout là-dedans.
00:49Je vous classe dans quelqu'un qui essaye d'envahir tout l'espace par une pensée
00:53qui, bien souvent, relève de la pensée de bistrot.
00:55Je n'arrive plus à stabiliser des phrases de vous,
00:57comme je le faisais il y a 10 ou 15 ans, où je me disais qu'est-ce qu'il
00:59est brillant.
01:00Depuis quelques temps, je m'aperçois que vous trahissez vos idoles.
01:03Vous trahissez votre...
01:05Vous avez trahi Sade, que vous détestez.
01:07Le livre n'était ni fait ni à faire.
01:09J'ai trahi...
01:10Ai-je jamais dit du bien de Sade ?
01:12Mais vous êtes incapable...
01:13A trahir, ça veut dire ça ?
01:14Vous coltinez la littérature.
01:15Vous êtes incapable de lire un poème ou un roman.
01:17Et Michel, franchement, je veux dire quelque chose,
01:19avec toute l'amitié que j'ai pour vous le respect.
01:20On n'a pas beaucoup d'intellectuels en France.
01:22Le but n'est pas de les abîmer.
01:23Mais vous faites...
01:24Après, je vous laisse la parole, bien sûr.
01:26L'apologie d'Albert Camus.
01:27Et la vraie trahison,
01:29ce n'est pas que vous vous trahissez simplement vous-même.
01:31Vous trahissez Albert Camus.
01:33Vous nous avez dit...
01:34Vous avez consacré 600 pages magnifiques à Albert Camus.
01:36Vous dites que son système est parfait.
01:38Mais est-ce que vous avez bien lu, lu et relu l'homme révolté ?
01:41Dans lequel il y a cette phrase.
01:42Nous sommes en droit de dire que toute révolte
01:44qui détruit cette solidarité,
01:46celle dont on parle notamment avec les migrants
01:47et qui est universelle,
01:50perd le nom de révolte
01:51et coïncide avec un consentement meurtrier.
01:54Alors, où est-ce que vous vous situez ?
01:56Est-ce que vous pensez qu'Albert Camus, lui,
01:58aurait essayé de savoir si c'est Jean-Paul Sartre
02:00qui avait déclenché le chaos, etc.,
02:02comme vous pouvez le faire, par exemple, avec Bernard Henri Lévy ?
02:04Est-ce que vous n'êtes pas du côté du consentement meurtrier
02:06quand vous tenez certains propos que vous tenez là,
02:09qui ne font pas de vous un épigone de l'extrême droite, bien évidemment ?
02:12Je ne vous ferai pas cette insulte.
02:13Mais je ne vous suis plus.
02:15Est-ce que vous n'êtes pas du côté du consentement meurtrier ?
02:17Alors, on laisse répondre, Michel.
02:18Et qu'est-ce que c'est que le peuple ?
02:20Ah, j'ai resté sur cette question.
02:23Alors, je trouve déjà assez symptomatique
02:25que vous avez besoin qu'on définisse un mot comme celui-ci.
02:27Ça veut dire que vous l'avez tellement oublié
02:28que vous ne savez même plus ce que c'est,
02:30qu'on est obligé de...
02:30Les gens ont besoin d'une définition, Michel.
02:32Vous avez entendu, je vous la donne.
02:33Oui, ben j'ai hâte.
02:34Si vous aviez parlé moins longuement,
02:36si vous aviez parlé moins longuement,
02:38j'aurais répondu plus rapidement à votre question
02:40et je répondrai à votre délire ensuite.
02:42Sur le peuple, ça me paraît...
02:44Attention au délire, parce qu'il y a délire ennemi après.
02:46Oui, oui.
02:47Si vous me permettez de répondre à votre question,
02:50en ne me reprochant pas de ne pas y répondre
02:51parce que vous me coupez la parole,
02:53je pourrais vous dire...
02:55Je pourrais vous dire ce qu'est le peuple.
02:56Le peuple, c'est ce sur quoi s'exerce le pouvoir.
02:59C'est-à-dire, c'est pas vous.
03:00Parce que vous, vous l'exercez, le pouvoir.
03:01La place que vous avez, me la proposez, j'ai refusé.
03:04Donc le peuple, c'est celui qui s'en prend plein la fin.
03:05C'est vrai.
03:06Tous les jours.
03:06C'est la vérité.
03:07Tous les jours.
03:07C'est celui qui va au boulot le matin.
03:15Vos arguments sont fabriqués rue des Saint-Père,
03:17chez Grasset, où nous nous sommes rencontrés.
03:19La paranoïa.
03:19Oui, ou vous publiez également.
03:22Est-ce que je peux répondre ?
03:23Avec des arguments intellectuels.
03:24J'en ai, j'en ai.
03:25Vous m'avez insulté.
03:26Grasset, personne ne sait où c'est Grasset.
03:28J'étais en train de le dire.
03:29Non, mais très bien.
03:30Rue des Saint-Père, chez Grasset.
03:32Je vous demande de définir le peuple,
03:34vous me parlez de Grasset.
03:35Ça y est, c'est fait.
03:35Si vous n'avez pas compris que j'avais défini,
03:36il y a un problème.
03:37Vous allez avoir du mal.
03:38Le peuple, c'est une masse électorale.
03:40Est-ce que c'est l'action en mouvement ?
03:42Est-ce que c'est insurrectionnel ?
03:43Qui a fait la Révolution française ?
03:44C'est le peuple ou qui ?
03:46Non, mais vous savez,
03:47j'ai dit que vous étiez un excellent romancier,
03:49ce que je crois toujours.
03:50Mais il ne faut pas vous essayer.
03:51La pensée, ce n'est pas fait pour vous.
03:52C'est un gloubi-boulga.
03:53Je crois.
03:56Malheureusement, Michel,
03:58c'est là votre problème.
04:00Ce que vous appelez la pensée,
04:01c'est vous opposer aux autres.
04:02Être contre tout ce qui se fait.
04:04Mais en étant contre tout,
04:05vous ne faites qu'être pour à l'envers.
04:07Et c'est ça votre problème.
04:08C'est pas du tout.
04:10Vos formules sont très incantatoires,
04:13mais absolument fautives.
04:14Parce que vous avez autre chose.
04:18Avec la vie mondaine que vous menez à Paris,
04:21vous n'avez plus beaucoup le temps de lire.
04:22Quelle bassesse.
04:24C'est l'intellectuel le plus célèbre de France
04:27qui est en train de me parler de grâsser
04:29et que je vais à des mondanités.
04:30C'est ça qui embête votre mentor,
04:32BHL, dont vous avez parlé.
04:33Moi, je n'en ai pas parlé.
04:34Voilà la paranoïa.
04:35Qu'est-ce que vient faire Bernard Rolivi là-dedans ?
04:36C'est vous qui avez cité son nom ?
04:37Non, je vous disais que vous cherchez...
04:38Je vais citer son nom.
04:39Écoutez, Michel Onfray,
04:40vous savez pourquoi vous êtes un...
04:41Non, mais si je ne peux pas parler...
04:42Michel, on parle de centaines de milliers
04:44de morts potentielles.
04:46Et vous parlez de Bernard-Henri Lévy et de Grasset.
04:47C'est honteux.
04:48C'est vous qui en parlez.
04:49Vous tenez des propos inouïs dans le Figaro.
04:52J'essaye d'avoir avec vous
04:52une conversation intellectuelle
04:54sur les définitions.
04:55Parce que à chaque fois...
04:56Non, Laurent, quand on parle de migrants,
04:58vous répondez peuple.
04:58Donc moi, je voulais savoir
04:59ce que vous entendiez par peuple
05:00parce que c'est votre peuple.
05:01Mirabeau disait que le peuple,
05:02ça ne voulait rien dire.
05:03C'est trop ou pas assez.
05:04Non.
05:04Il y a des gens qui se noient
05:06dans la Méditerranée
05:07et vous parlez de Grasset
05:08de Bernard-Henri Lévy.
05:08J'ai répondu à votre question.
05:10Et c'est bas.
05:11Et il y a une mondanité
05:12par rapport à des enfants
05:13qui meurent en Méditerranée,
05:14mais mondanité, c'est intéressant.
05:15Et qui vous a parlé
05:16de ces enfants qui meurent ?
05:17Et vous êtes un intellectuel
05:17à me parler de Grasset
05:18et de mondanité
05:19alors que je pensais
05:19que le débat allait être élevé.
05:21Parce que vous êtes incapable
05:21de définir un mot,
05:22vous m'attaquez.
05:23Si il y a un dîme de vous,
05:24vous me décevez encore plus.
05:25Vous me décevez au carré.
05:26Je dis simplement
05:27que le peuple,
05:28c'est ceux, ces UX
05:29sur lesquels s'exerce le pouvoir
05:30et qui n'ont jamais
05:31la possibilité d'exercer du pouvoir.
05:33Moi, je peux faire du lien de moi
05:34que c'est tenir une demi-heure
05:35en enfumant tout le monde.
05:36Je vous dis,
05:37c'est ça, ma définition.
05:38C'est simple.
05:39C'est simple.
05:39C'est simple.
05:43Vous connaissez Athènes ?
05:45C'est quoi la démocratie directe ?
05:47Oui, le peuple.
05:48Vous voulez qu'on parle
05:49de la démocratie Athènes maintenant ?
05:51Je veux bien, on y va.
05:51Sous Napoléon III,
05:52est-ce que le peuple est le même
05:53que sous le directoire ?
05:54Est-ce que c'est le même ?
05:55Mais non, mais non.
05:55C'est quelque chose
05:57qui varie, le peuple.
05:58C'est de Sartre, de Sade,
05:59de Camus.
06:01Quand vous dites
06:01que je suis contre tout,
06:03ça, c'est effectivement
06:04l'argumentaire qu'on vous a fourni.
06:05Je le connais.
06:06Je dis simplement
06:07qu'avec 100 bouquins,
06:08à chaque fois que j'ai fait des livres
06:09pour,
06:09on ne m'a jamais invité.
06:11Des livres pour...
06:11Mais vous êtes partout,
06:12Michel Oufré.
06:13Mais où ça, partout ?
06:14Mais vous êtes partout,
06:14vous faites la une des points
06:16une semaine...
06:17Pardonnez-moi.
06:18Je peux pas emplacer une.
06:18Quand on m'a insulté
06:19dans la libération,
06:21j'ai reçu une invitation
06:21de Laurent Ruquier.
06:22On a reçu une dizaine
06:23de l'anglais.
06:24Vous avez reçu des invitations
06:25de tout le monde.
06:26Vous avez reçu une invitation
06:27de France Inter.
06:28Je refuse même
06:28d'être invité chez vous.
06:29France Inter.
06:30Vous m'avez invité,
06:30je suis pas venu.
06:32Alors, je ne dis pas
06:32que je suis partout.
06:33Je suis tellement partout
06:34que vous m'avez demandé.
06:39Vous faites tous les journaux,
06:40vous faites la une du point
06:41une semaine, oui, une semaine, oui.
06:42Je suis même la une de l'Ibé.
06:43Vous êtes dans le Figaro,
06:44vous êtes dans Valeurs Actuelles,
06:45vous avez des portraits agéographiques.
06:47Vous le dites vous-même,
06:47vous êtes sur France Culture,
06:48le service public
06:49que vous critiquez souvent.
06:51Jamais.
06:52Vous n'avez pas une émission
06:53sur France Culture.
06:54Vous faites l'éloge
06:54du service public.
06:56Alors, je peux lire
06:57l'attribut qui va sortir
06:58ce week-end dans le monde.
07:01Ce qui est écrit par vous.
07:03Cette fausse gauche-là
07:04et les journalistes
07:05qui est à la télé chaque matin
07:06sur les ondes
07:07de la radio du service public
07:08dans la presse subventionnée
07:09par les contribuables
07:10ne cessent de vendre
07:11la soupe qui nourrit
07:12la petite entreprise
07:13de Marine Le Pen.
07:14Donc, manifestement,
07:15vous critiquez la presse...
07:15Parce que vous êtes
07:16le service public.
07:16Non, je vous critique vous
07:17et votre copain Cohen le matin.
07:19Ça, c'est de la pensée, ça.
07:20Je ne critique pas
07:21le service public.
07:23Je critique l'usage privé
07:24qui est fait du service public.
07:25Je dis qu'à France Inter,
07:27on est payé par le contribuable.
07:28Et quand on est payé
07:29par le contribuable,
07:30on n'a pas une pensée unique,
07:31une seule, la même.
07:32Ça fait longtemps
07:33que vous n'avez pas écouté
07:33France Inter.
07:34Ah bah, hélas,
07:35de temps en temps,
07:35je me fais une piqûre de rappel
07:36pour être bien sûr
07:36que je n'ai pas l'impression...
07:38Non mais, Laurent...
07:40Je n'ai pas la...
07:41Je n'ai...
07:42Et c'est ce qui fait
07:43que puisque...
07:43Je n'ai pas l'impression...
07:44Puisque je suis invité partout
07:46et que vous y contribuez
07:46puisque vous m'avez invité...
07:47Absolument !
07:48Et que j'ai refusé...
07:49Et que j'ai refusé...
07:49Donc la victimisation
07:50de je ne suis nulle part
07:51et personne ne m'invite...
07:52Mon refus fait bien
07:52la démonstration
07:53que je ne vais pas partout,
07:54que je choisis mes endroits.
07:55Et si Laurent Ruquier m'a invité
07:56et comme une dizaine
07:57de personnes m'ont invité...
07:58Alors, soyez vignes
07:59des endroits qui vous invitent.
08:00Arrêtez de parler de ça,
08:00de France Inter.
08:01Mais la dignité de cet endroit
08:02n'est pas constipée
08:03par votre présence.
08:04Est-ce que vous êtes capable
08:05de penser...
08:06La dignité de cet endroit,
08:07elle est dans la possibilité
08:08de parler pendant 45 minutes
08:10avec des arguments
08:10quand on ne serait pas insultés.
08:12Je n'ai pas parlé de BHL.
08:13C'est des questions de fond, Michel.
08:14Et vous, bien, avez parlé.
08:15On va parler du fond.
Commentaires