00:01Le Gabon n'est pas un pays pauvre.
00:04Avec ses ressources pétrolières, minières, forestières et sa faible démographie,
00:08il possède objectivement les moyens d'assurer un niveau de vie largement supérieur à celui observé aujourd'hui.
00:14Pourtant, les inégalités persistent et le sentiment d'exclusion progresse.
00:18Plus qu'un problème de création de richesses, le Gabon fait face à une crise plus profonde,
00:23celle d'un égoïsme social et politique qui concentre les opportunités entre quelques mains.
00:29Le Gabon souffre d'un mal dont on parle peu avec franchise, l'égoïsme des élites.
00:34Depuis des décennies, le débat public tourne autour de la répartition des richesses
00:38comme si le problème central du pays résidait uniquement dans la distribution des revenus.
00:42C'est une lecture partielle, car avant même la redistribution, il existe une question plus fondamentale
00:48qui contrôle les levées de décisions, les opportunités économiques et les mécanismes d'ascension sociale.
00:54Le véritable drame gabonais n'est pas l'absence de richesses.
00:56Le Gabon est objectivement un pays riche.
00:59Peu de nations africaines disposent d'un tel potentiel naturel avec une population aussi réduite
01:04de moins de 2,5 millions d'habitants.
01:06Le problème réside dans une culture profondément enracinée de captation des opportunités.
01:11Chacun veut contrôler son secteur, son administration, son marché, son cercle d'influence,
01:17parfois son village administratif.
01:19Et cette logique produit une société fragmentée où l'intérêt collectif recule devant les intérêts individuels.
01:26Le phénomène est visible dans tous les secteurs stratégiques, qu'il s'agisse de l'administration,
01:30des marchés publics, de l'accès à l'emploi ou des initiatives économiques.
01:34Les mêmes mécanismes se répètent.
01:36Proximité, réseau, appartenance, fidélité.
01:40Il faut être le bon petit d'un bon grand pour saisir telle ou telle opportunité.
01:44Il faut appartenir à telle obédience ou à telle formation politique, ressortir de telle ou telle autre localité.
01:50Trop souvent, les compétences deviennent secondaires face aux logiques relationnelles.
01:53Et lorsqu'une société cesse de promouvoir le mérite, elle finit toujours par produire de la frustration et de l
02:00'inefficacité.
02:01Le danger de ce système est qu'il détruit progressivement le sentiment national.
02:05Car un citoyen qui a le sentiment que tout est verrouillé finit par se désengager de la République.
02:10Il ne croit plus à l'effort, il ne croit plus à l'égalité des chances.
02:13Et il finit par considérer que son avenir dépend davantage de ses connexions que de son travail.
02:19Une nation ne peut durablement avancer dans un tel climat psychologique.
02:24Le plus inquiétant est peut-être ailleurs.
02:26Dans l'acceptation progressive de cette situation comme une normalité,
02:29beaucoup considèrent désormais comme logique qu'un responsable arrive à un poste privilégié immédiatement son cercle familial, ethnique ou relationnel.
02:38Cette banalisation du favoritisme détruit silencieusement l'idée même de la République.
02:42Car une République repose précisément sur le dépassement des appartenances particulières au profit de l'intérêt général.
02:49Le développement du Gabon exige donc un changement profond de logiciel mental.
02:53Il faut sortir d'une logique où chacun cherche uniquement à sécuriser son confort personnel sans se soucier des conséquences
02:59collectives.
03:00Aucun pays ne devient puissant lorsque ses élites vivent dans l'entre-soi pendant que la majorité lutte simplement pour
03:07survivre.
03:07A long terme, cette fracture devient toujours une menace politique et sociale.
03:13Le Gabon est à un tournant historique.
03:15Il possède encore les ressources nécessaires pour construire un modèle de développement équilibré et humain.
03:20Mais cela suppose une rupture claire avec l'égoïsme structurel qui mine les institutions, l'économie et les rapports sociaux.
03:27Le défi n'est plus uniquement de produire de la richesse,
03:29il est de créer une société où cette richesse bénéficie réellement au plus grand nombre.
03:34Car au fond, une nation ne se juge pas à la fortune de quelques-uns, mais à la dignité offerte
03:40à tous.
03:41Et tant que le Gabon restera prisonnier de logique de confiscation,
03:44il continuera de donner au monde cette image paradoxale.
03:48Celles d'un pays immensément riche dont une partie du peuple continue pourtant de vivre dans la précarité.
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