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Dans son édito du 22/05/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Alors, la réponse toute simple, c'est oui, bien que ça ne se réduise pas à cela.
00:05La première réponse, c'est qu'Emmanuel Macron est toujours président, il est toujours président en droit,
00:09il est en droit de faire des nominations, il n'a pas vocation à devenir un président fantoche ou un
00:13président potiche,
00:14donc il ne s'agit pas de lui dire « sois impuissant parce que demain tu seras chassé du lit
00:19».
00:19Bon, donc personne ne lui dit ça.
00:21Il n'en demeure pas moins qu'Emmanuel Macron dans cette stratégie de nomination,
00:26et ça dépasse Emmanuel Macron parce qu'on voit ça partout dans le monde occidental,
00:29on voit partout les institutions se braquer avec la logique suivante.
00:34La connexion avec le peuple n'est plus établie.
00:38Autrement dit, la légitimité populaire n'est plus là.
00:40Les institutions tiennent par l'habitude, tiennent par la peur, tiennent par le conditionnement psychologique,
00:46tiennent par la menace de la force, mais ne tiennent plus par elles-mêmes.
00:49Dès lors, qu'est-ce qu'on doit faire, c'est là le fameux réflexe autoritaire dont on parle souvent
00:53ici,
00:53c'est qu'il faut tout faire pour verrouiller les institutions, pour résister à la vague populaire qui pourrait les
00:59balayer.
01:00Et par ailleurs, il y a aussi cette idée que le peuple en ce moment est un peu irrationnel.
01:05Donc c'est au nom de la démocratie qu'on verrouillera les institutions contre un peuple devenu irrationnel.
01:12Il y a eu plusieurs nominations ces derniers temps,
01:14qui témoignent justement de cette stratégie de nominer des gens ici et là pour tenir le fort quand la vague
01:19viendra.
01:20Emmanuel Moulin, vous l'avez dit, à la Banque de France.
01:22Claire Toury, je précise ça, ce n'est pas une nomination macroniste classique, elle s'est fait élire,
01:27mais c'est l'incarnation d'une certaine gauche militante qui dit
01:30« je veux me camper au CESE pour être capable de lutter contre l'extrême droite si jamais elle prend
01:35le pouvoir ».
01:36Madame de Montchalin, bien évidemment, à la Cour des Contes, Richard Ferrand,
01:39Marc Guillaume, vice-président au Conseil d'État.
01:42Donc on voit des nominations importantes.
01:44Mais ça va au-delà de ça.
01:46Moi, il y a plusieurs fois, on m'a fait un écho, mais remonté ces derniers mois, en fait.
01:50En fait, depuis 2024, des hauts fonctionnaires qu'on peut rencontrer lorsqu'on fait des conférences
01:53ou lorsqu'ils décident de nous écrire, on les rencontre, nous disent souvent la chose suivante.
01:58On nous a dit « si jamais l'extrême droite arrive au pouvoir, n'hésitez pas à faire jouer votre
02:02clause de conscience ».
02:03N'hésitez pas.
02:04Donc je ne sais quel directeur leur dit, ils ont la politesse de ne pas me dire d'où vient
02:07exactement l'info.
02:08Mais plusieurs fois, on m'a dit « vous êtes en droit de tenir tête, soit de chercher à contenir
02:14la lutte contre l'État de droit
02:15qui représenterait l'extrême droite au pouvoir, soit de faire jouer votre clause de conscience contre un pouvoir illégitime,
02:21soit tout simplement de vous mettre en retrait pour empêcher un gouvernement qui n'agirait pas selon le sens de
02:26l'État de droit
02:27d'appliquer ces mesures.
02:28Je l'ai entendu assez souvent pour que ça dépasse l'anecdote.
02:31Je ne prétends pas, bien évidemment, faire un phénomène massif.
02:34Mais de plusieurs échos, j'ai eu plusieurs fois cet écho.
02:37Derrière cela, il y a toujours la même idée.
02:40Si le RN ou le camp national, plus largement, l'emporte en 2027,
02:44ce sera l'équivalent à l'échelle de l'histoire, bien que de manière moins dramatique, on l'espère,
02:48ce sera l'équivalent de l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933 ou des fascistes auparavant en Italie,
02:54c'est-à-dire un pouvoir illégitime, un pouvoir illégitime qui, s'il appliquait ses politiques,
02:59irait contre l'intérêt fondamental de la France, contre les valeurs universelles de la France.
03:03Dès lors, pour sauver la démocratie, il faut se méfier d'un peuple qui vote mal,
03:09qui porte au pouvoir des partis dangereux.
03:14Autrement dit, je le résumerai ainsi, méfiez-vous du peuple pour sauver la démocratie,
03:18et dès lors, assurez-vous que l'État soit capable de résister à la vague.
03:23On nous dit, je l'ai entendu assez souvent, en fait, Emmanuel Macron voudrait à travers cela préparer surtout son
03:28retour en 2032.
03:29J'exagérerai pas là-dessus, je pense qu'il peut penser au retour en 2032,
03:33et puis je pense que tout homme qui a eu le pouvoir un jour considère qu'il doit lui revenir
03:36pour toujours.
03:37Ça, je le comprends très bien.
03:38Mais cela dit, je crois qu'on est surtout devant une logique institutionnelle,
03:41de peur, panique devant un mouvement populaire qui nous échappe.
03:45On se demande comment tenir cinq ans avec les méchants au pouvoir.
03:48Ah non, pas du tout.
03:48Voilà pourquoi, si cette stratégie est possible, c'est parce que tout le dispositif institutionnel français,
03:54mais occidental, est préparé pour l'accueillir.
03:56On pourrait raconter l'histoire des 40 dernières années, mais même plus que ça,
04:02à la manière d'une histoire de dédémocratisation des sociétés occidentales.
04:05C'est-à-dire qu'on a tout fait peu à peu pour verrouiller les institutions,
04:09en chasser peu à peu la figure du peuple,
04:11parce que la figure du peuple est vue comme une figure qui vient troubler le jeu démocratique,
04:17le progrès de la raison, le progrès de l'histoire,
04:19le progrès d'une société bien administrée.
04:22Donc, moins le peuple sera présent et plus on aura une société bien gouvernée.
04:26Ça, c'est l'essence de principe qui commande nos sociétés depuis plusieurs décennies.
04:30D'ailleurs, soit dit en passant, dès que quelqu'un se fait élire, normalement,
04:33sur un programme, la première chose qu'il nous dit, c'est quoi?
04:36Ah, je ne pourrais pas appliquer tout mon programme.
04:37Les contraintes font en sorte que je ne peux pas.
04:39Mais il ne parle pas des contraintes économiques,
04:41ce sont des contraintes objectifs.
04:42Il parle des contraintes institutionnelles.
04:44Ah, le conseil ci, ah, le conseil ça, ah, l'Europe ci, ah, telle convention ne veut pas.
04:49Donc, racontons l'histoire brièvement de cette dédémocratisation.
04:52Le pouvoir des cours, qui est un pouvoir aujourd'hui
04:54qui est fondé sur une prétention à la vertu, une prétention à la morale.
04:58Il y a une forme de vérité révélée chez les cours,
05:00qui consiste à dire, nous savons aujourd'hui ce qui est le bon, le vrai pour nos sociétés,
05:04nous fixons les paramètres de la société,
05:06puis ensuite gérer à l'intérieur de ces paramètres,
05:08vous vulgaire, petit politique.
05:09Et ce qui s'est passé aujourd'hui avec les ZFE, c'est ça.
05:12Le peuple a beau voter par ses représentants
05:14pour en finir avec une mesure de discrimination antipopulaire
05:18au nom de l'écologie,
05:19en dernière instance, si je comprends bien ce qui s'est passé aujourd'hui,
05:22c'est le conseil constitutionnel dit, on s'en fout.
05:24Il y a mille et un arguments qui sont utilisés pour retoquer,
05:26mais le peuple n'est plus souverain.
05:28De la même manière, les hautes autorités
05:30qui viennent fonder l'idée d'une expertise
05:31dans le gouvernement des sociétés humaines, donc la science.
05:34On nous dit que c'est au nom de la science.
05:35Et de ce point de vue, l'écologisme, je précise,
05:37on a tous le souci de l'environnement,
05:39personne ne veut vivre dans une poubelle.
05:40Mais cela dit, l'écologisme prétend remplacer,
05:44encore une fois, la délibération démocratique
05:46par la science, entre guillemets.
05:48Mais la science, dans les faits, qu'est-ce que c'est?
05:49C'est le pouvoir de quelques-uns éclairés,
05:51contre ceux qui ne seraient pas scientifiques.
05:53Le problème, c'est que le gouvernement par la science,
05:54entre guillemets, c'était aussi ce qu'on a connu
05:56en Union soviétique au temps de l'URSS,
05:58au nom du marxisme,
05:59et c'est ce qu'on connaît aussi dans nos sociétés.
06:01Le gouvernement, au nom de la science,
06:02a engendré plusieurs dérapages massifs dans nos sociétés.
06:06De la même manière, l'administration,
06:08on veut tout bureaucratiser
06:10pour remplacer les comportements
06:12relevant du sens commun.
06:13Le commun est mortel.
06:14On a besoin, quelque part, d'un fonctionnaire
06:16pour nous dire, n'oublie pas de manger tes légumes.
06:18Il y a quand même quelque chose d'un peu étonnant là-dedans.
06:20La censure, il y a des autorités fixées
06:23qui décident aujourd'hui ce qu'on peut dire
06:25ou ne pas dire.
06:25Et dès lors qu'on sort un peu de l'orthodoxie,
06:28on bascule dans l'hétérodoxie,
06:29dans la déviance idéologique,
06:30la sanction sera nécessaire.
06:32On a aussi remplacé le peuple
06:33par les fameuses conventions citoyennes.
06:35Ça, c'était une forme d'innovation à la mode
06:37chez les macronistes.
06:38Donc, le peuple lui-même,
06:39c'est vu comme une masse bête et idiote.
06:41Mais les conventions citoyennes
06:43où on mobilise la société dite civile
06:45et tous les technocrates, les experts, les lobbies
06:47qui prétendent se substituer au peuple
06:48pour construire un peuple éclairé,
06:50ça, on aime parce que c'est un peuple
06:51qui répète ce qu'on attend de lui.
06:53Donc, si vous avez tout cela à l'espoir,
06:56pour ajouter, soit dit en passant,
06:57le pouvoir européen, bien évidemment,
06:58et aussi la modification du corps électoral
07:01par l'immigration.
07:02Donc, tout ça pour dire
07:03que nous ne vivons plus en démocratie
07:04depuis longtemps.
07:04Il y a des restes démocratiques,
07:06il y a des résidus démocratiques,
07:07il y a des ruines démocratiques,
07:08il y a des ruines, ça peut être beau.
07:09Mais en dernière instance,
07:10elles ne sont plus habitées
07:12spirituellement et politiquement.
07:13Le peuple a été chassé
07:14depuis longtemps de nos sociétés.
07:16Voilà, il n'est pas surprenant
07:17qu'on cherche à le chasser
07:18aujourd'hui encore plus.
07:19Vous semblez déclarer une société,
07:22Mathieu, irréformable et cadenassée.
07:25C'est bien le cas?
07:26Oui, en gros, oui.
07:28Soyons honnêtes.
07:28C'est-à-dire que...
07:29Traduisons ça autrement.
07:31Irréformable.
07:32Rien n'est irréformable.
07:33Rome est tombée, tout tombera.
07:35Tenons pour acquis
07:36qu'aucune organisation humaine
07:37est éternelle.
07:38Mais disons que c'est une forme
07:39d'optimisme assez light, convenons-en.
07:41Donc, si on veut penser une sortie
07:44de ce système antidémocratique,
07:45eh bien, il faut dire une chose,
07:46ce qu'on appelle le camp national,
07:47la droite nationale, le camp populiste,
07:49peu importe les étiquettes,
07:50doit comprendre qu'il ne peut pas jouer
07:52dans un système qui est fait
07:53pour l'anéantir.
07:54Dès lors que vous acceptez
07:55que vous fonctionnez dans un système
07:57qui est fondé sur le bannissement
07:59juridique et politique du peuple,
08:00sur la censure,
08:01sur la mise en procès permanente
08:03du commun et mortel,
08:04vous perdez.
08:05Il faut poser la question du régime.
08:06La question du régime,
08:07ça ne consiste évidemment pas
08:09à vouloir s'en prendre à la République,
08:10comme on dit.
08:11Ça consiste à vouloir réactiver
08:12le principe de la souveraineté populaire.
08:14Donc ça, c'est le fameux usage
08:15du référendum dont on parle beaucoup.
08:16Le référendum, pourquoi ?
08:18Parce qu'il fait ressurgir le peuple.
08:19Et alors expliquez-lui
08:20qu'il n'a pas le droit de se manifester.
08:22C'est aussi, je crois,
08:23et je terminerai là-dessus,
08:24c'est la volonté de déconstruire
08:25les institutions de la classe bureaucratique.
08:27Si vous ne comprenez pas
08:28que la classe bureaucratique
08:30a un pouvoir immense,
08:31et vous ne faites pas tomber
08:32ces hautes administrations-ci,
08:33ces conseils de-ci,
08:34ce conseil régional,
08:35en fait, tout l'espèce
08:36d'appareillage bureaucratique
08:38qui écrase la vitalité populaire,
08:40confisque l'argent des Français,
08:42étouffe leur volonté populaire
08:43et même leur identité,
08:44vous aurez beau placer
08:45qui vous voulez au pouvoir,
08:46ce sera un impuissant comme les autres,
08:48il ne manque pas.
08:49Sous-titrage Société Radio-Canada
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