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  • il y a 12 heures
Après avoir révélé cet automne le scandale des violences sexuelles dans le secteur périscolaire à Paris, Victoire Haffreingue-Moulart, journaliste au Parisien, a publié un livre sur le sujet : « Les Rois du silence : périscolaire, l’enquête choc ! » Récit.

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Transcription
00:00Les rois du silence, périscolaire, l'enquête choc, c'est le titre d'un livre publié ces jours-ci par
00:05une journaliste du Parisien,
00:07Victoire Afring-Moulard, c'est elle qui avait révélé les scandales de violences sexuelles dans le périscolaire à Paris à
00:13l'automne 2025.
00:14Alors pourquoi y a-t-il autant d'affaires de violences dans le périscolaire, violences sexuelles, violences éducatives ?
00:19Quel est le problème au fond ? Quelles sont les pistes de solutions pour faire mieux ?
00:24On en parle aujourd'hui dans Code Source Le Talk avec Victoire Afring-Moulard.
00:31Bonjour Victoire, tu es journaliste spécialiste des faits divers en Ile-de-France aux Parisiens.
00:37Toi au départ, est-ce que tu connaissais particulièrement le secteur du périscolaire ?
00:41Non parce qu'en fait moi j'ai un enfant qui ne va pas encore à l'école donc je
00:44ne connaissais pas le périscolaire.
00:45Trop petit ?
00:46Oui trop petit encore à la crèche et je ne connaissais donc pas vraiment le périscolaire, je l'ai découvert
00:50il y a quasiment un an maintenant.
00:53Et donc tu t'es vraiment plongée à fond dans ce dossier, on va en reparler.
00:57Et c'est toi qui as sorti les affaires de violences sexuelles dans le périscolaire à l'automne 2025, la
01:02plupart des affaires c'est toi qui les as sorties dans le Parisien.
01:07Est-ce que tu peux nous rappeler ce qu'il s'est passé à l'automne 2025 ?
01:11Au Parisien on avait commencé même dès l'été 2025, on était à quelques semaines après l'affaire Alphonse Baudin
01:20du nom de cette école dans le 11e arrondissement où un animateur était accusé justement de violences sexuelles.
01:25Et à la rédaction on avait eu plusieurs infos, donc un autre ciliennement notamment d'accusations de violences sexuelles dans
01:33un centre de loisirs.
01:35Il y a eu aussi des faits de violences dans d'autres centres dans le reste de la région.
01:41Et donc je me souviens être entrée dans le bureau de ma chef en disant voilà il faut qu'on
01:45se lance sur le sujet.
01:46Donc c'est comme ça que c'est parti.
01:49Et après il y a eu beaucoup d'affaires qui sont sorties.
01:50Oui et après on a documenté, voilà moi j'ai investigué, c'était pas facile d'avoir ces informations parce
01:55que, je l'explique dans le livre, les municipalités ne communiquaient pas en fait.
02:02Quand il y avait des signalements qui étaient faits, généralement les autres parents n'étaient pas forcément au courant donc
02:06ça a été difficile d'aller chercher l'info.
02:11Et en fait au fil des semaines on a documenté ces signalements pour des faits de violences sexuelles dans les
02:17écoles à Paris.
02:18À ce moment-là il y avait combien d'affaires à l'automne ?
02:21Combien d'affaires révélées ?
02:23Au départ à l'automne 2025, donc on est à une petite dizaine d'animateurs qui sont suspendus et ça
02:31fait déjà grand bruit en fait dans la capitale.
02:33Et beaucoup plus récemment, le dimanche 17 mai, le parquet a communiqué sur le sujet, la procureure de Paris était
02:39sur RTL et elle a fait un point.
02:41On a appris que des enquêtes sont en cours à Paris dans 84 écoles maternelles, une vingtaine d'écoles primaires
02:47et une dizaine de crèches.
02:49Des dizaines d'animateurs périscolaires ont été suspendus au début de l'année 2026, ça on l'avait su un
02:54petit peu plus tôt du côté de la mairie.
02:55Une trentaine de ces animateurs suspendus ça a été pour des suspicions de violences sexuelles.
03:00Ça montre quoi ? Qu'il y a eu plus de vigilance après ces révélations de l'automne ?
03:05Oui sans doute, certains parlent d'un MeToo école, je ne suis pas sûre que ce soit la bonne formule
03:11parce qu'en fait un MeToo ça veut dire que les enfants se mettent à parler alors que ce n
03:15'est pas forcément ça.
03:16Ils parlaient déjà ?
03:17Ils parlaient déjà, c'est plutôt les parents qui sont plus enclins à écouter leurs enfants et à faire des
03:24signalements.
03:24Et puis il y a aussi une espèce d'omerta qui tombe, il y a eu ces révélations, les parents
03:32ont été sans doute un petit peu plus vigilants sur ce qui se passait et les médias dénonçant ces affaires,
03:37il y a eu une espèce d'effet de vague.
03:41Alors dans ton livre Les Rois du silence, tu expliques bien que le problème concerne toute la France et pas
03:46uniquement Paris et qu'il va au-delà de la question des violences sexuelles et on sent que vraiment que
03:51tu as essayé d'aller au fond du problème, de voir vraiment ce qui n'allait pas.
03:54C'est ça, c'était ton but ?
03:55Oui, l'idée c'était vraiment de ne pas se contenter de traiter les violences sexuelles dans le périscolaire parisien.
04:02C'est un problème national avec un État qui a délégué la responsabilité de l'organisation de ces temps périscolaire
04:08aux communes.
04:10Et c'est dans l'organisation de ces temps qu'il y a un réel souci.
04:13Alors justement, on va essayer de détailler ce qui ne fonctionne pas aujourd'hui dans le périscolaire.
04:17On va voir pourquoi, on va aussi évoquer les solutions possibles à la fin de ce podcast.
04:22Avant d'aller plus loin, c'est quoi le périscolaire ?
04:25Oui, ce n'est pas forcément évident pour tous les parents.
04:28Quand ils déposent leur enfant à l'école, ils ont l'impression de déposer à l'école avec un grand
04:32E et de le confier à l'éducation nationale.
04:35Alors qu'en réalité, les temps périscolaires, c'est ce temps de garderie avant 8h30, le temps de cantine.
04:42C'est aussi le temps du goûter.
04:44Et il y a aussi l'accueil de loisirs le mercredi ou pendant les vacances scolaires.
04:48Alors qui gère le périscolaire ? Ce n'est pas l'éducation nationale, c'est ça ?
04:52Non, justement, c'est les collectivités.
04:55C'est les collectivités à qui on a laissé justement la possibilité de gérer ces temps.
04:59Donc il y a vraiment deux entités qui cohabitent au sein des écoles, donc les municipalités, ou parfois quand elles
05:07sont déléguées à des associations, les associations, et l'éducation nationale.
05:11Et du coup, il n'y a pas forcément de dialogue entre l'éducation nationale, les enseignants et les animateurs
05:16du périscolaire, c'est ça ?
05:17Comment ça se passe au quotidien ?
05:19Non, en fait, on s'est rendu compte, et moi pendant mon enquête, je me suis rendu compte à quel
05:23point c'était étanche entre les deux secteurs.
05:27L'éducation nationale et les municipalités ne se parlent pas, je le disais, elles cohabitent en fait.
05:33Donc quand on va chercher son enfant au périscolaire par exemple à 18h30 et qu'il s'est passé quelque
05:39chose à l'école,
05:40les animateurs ne sauront pas vous dire s'il y a eu un événement important pendant l'école, ils ne
05:45seront pas en mesure de vous donner des informations.
05:47Il n'y a pas eu de transmission d'informations, c'est ça ?
05:49Non, il n'y a pas de transmission d'informations et parfois il y a des situations un peu hallucinantes,
05:58notamment dans le cadre de violences sexuelles ou quand il y a des parents qui allaient voir la directrice de
06:02l'école,
06:02parce que généralement c'est un peu la figure vers laquelle les parents se tournent,
06:10la direction était capable de dire mais ce n'est pas nous, c'est le périscolaire.
06:13Pour celles et ceux, les animateurs, les animatrices qui travaillent dans le périscolaire,
06:16ça veut dire que les journées sont morcelées, c'est ça ? Ils sont fractionnées ?
06:20Oui, c'est un métier pas du tout attractif aujourd'hui, effectivement ils ont des horaires morcelés,
06:26donc j'ai dit qu'ils peuvent commencer à 7h30, donc faire 7h30 à 8h30, puis 11h30, 13h30,
06:34et puis être réembauchés entre 16h30 et 18h30, donc ils vont avoir une journée avec une grosse amplitude horaire,
06:41mais en fait au final ils auront travaillé 5h.
06:42On sait ce qu'ils font entre temps du coup, parce que j'imagine que souvent ils n'habitent pas
06:46forcément dans la commune où ils travaillent,
06:47ils doivent attendre de revenir travailler, c'est ça comment ça marche ?
06:50C'est un peu ça la difficulté pour eux, soit ils habitent juste à côté, c'est une chance,
06:54ils peuvent rentrer chez eux, soit ils n'ont même pas le temps d'avoir un autre, un job complémentaire
07:01pour avoir un salaire à temps plein.
07:03Et combien est-ce qu'ils gagnent ?
07:05Ça, ça dépend encore une fois du nombre d'heures qui feront dans la semaine, en général c'est plutôt
07:1220h et on tourne autour du millier d'euros.
07:15Le résultat de tout ce que tu viens de nous décrire, c'est que les mairies ou les collectivités ou
07:20les associations qui gèrent le périscolaire,
07:22elles ont beaucoup de mal à recruter.
07:24Oui, parce qu'aujourd'hui il y a une vraie pénurie de candidats,
07:28donc elles font face à des candidatures, des animateurs qui seront sans diplôme et sans formation
07:37et faute de mieux si je puis dire, elles vont les embaucher.
07:41Parce qu'elles n'ont pas le choix.
07:42Est-ce qu'il y a un diplôme requis pour être animateur, animatrice de périscolaire ?
07:46Alors oui et non. C'est-à-dire que pour les services périscolaires déclarés, donc un certain nombre de communes,
07:53on leur impose 50% au moins d'animateurs qui sont diplômés.
07:58Mais l'État accepte 20% d'animateurs pas du tout diplômés
08:04et la marge d'ajustement, ça va être ce qu'on appelle les animateurs stagiaires, donc en cours de formation.
08:09Tu as dit là pour le périscolaire déclaré, pourquoi ? Explique-nous, parce qu'il y a différents systèmes là
08:15encore ?
08:15Oui, en fait, il y a deux solutions pour organiser son service périscolaire.
08:21Les municipalités ont la possibilité de déclarer au titre d'un accueil collectif de mineurs leur service périscolaire
08:27et à ce titre, elles vont percevoir des subventions.
08:30Donc là, c'est quand c'est déclaré à l'État, c'est ça ?
08:32Voilà, exactement.
08:34Et on donne aussi la possibilité aux communes de ne pas le déclarer, donc elles n'auront pas ces subventions.
08:39En revanche, elles ne seront soumises à aucune réglementation.
08:43Donc, en matière de taux d'encordement, elles font ce qu'elles veulent.
08:45Si elles considèrent qu'un animateur pour 30 enfants, c'est suffisant, elles ont la possibilité de le faire.
08:51Elles ne sont pas obligées de recruter des animateurs qui sont diplômés
08:54et elles ne sont même pas obligées de contrôler leur casier judiciaire.
08:57Et ça, on sait dans combien de cas c'est comme ça ? C'est non déclaré à l'État
09:00?
09:01C'est 39% des communes, donc c'est considérable.
09:04Après, ça ne veut pas dire que c'est 39% des enfants parce que ça concerne plutôt les communes
09:08rurales,
09:09donc les petites communes, mais c'est quand même beaucoup trop.
09:12Pour les animateurs et animatrices du péri-scolaire, quand elles sont embauchées,
09:17au départ, il y a peu ou pas de formation, c'est ça ?
09:20Non.
09:20Formation sur le travail, qu'est-ce qui va devoir être fait au quotidien avec les enfants ?
09:23Non, en fait, on se rend compte que les animateurs sont littéralement lâchés sur le terrain sans aucune formation.
09:31Et du coup, ils font un peu ce qu'ils peuvent et un peu au feeling.
09:35Tu disais dans ton livre, pour Paris, je crois que pendant longtemps, ça a été un PowerPoint,
09:39donc un fichier ou un fichier Excel, c'est plus un fichier informatique comme ça, une petite feuille ?
09:44Oui, c'est ça, c'était un PowerPoint sur les violences sexuelles
09:48que le directeur péri-scolaire devait retransmettre à ses animateurs
09:54et ensuite, ils étaient lâchés encore une fois comme ça.
09:58Toi, Victoire, pour ton enquête, tu as fait le choix de faire une immersion,
10:01c'est-à-dire de te faire embaucher comme animatrice péri-scolaire.
10:05Spoil, tu n'as eu aucun problème pour te faire embaucher.
10:07Mais d'abord, comment tu as fait ? Tu as dû tricher sur ton CV, c'est ça ?
10:10Oui, l'idée, ce n'était pas du tout de se présenter comme l'animatrice de l'année
10:14avec toutes les formations possibles.
10:17Ça n'aurait pas été crédible, presque.
10:19Je ne sais pas, mais moi, je me suis présentée comme une maman d'un enfant de 2 ans,
10:25assez éloignée du marché du travail, en tout cas, qui n'avait pas travaillé depuis 3 ans.
10:29Et j'avais zéro expérience, si ce n'est celle d'avoir un enfant.
10:33Et ça a donné quoi quand tu as mis en ligne, quand tu as posté ton CV ?
10:35Ça a donné quoi ?
10:36J'ai eu plusieurs retours, notamment, je le raconte dans le livre,
10:42pour une municipalité qui m'a appelée à 10h du matin pour embaucher à 11h30 sans aucun entretien.
10:51Et donc, tu as finalement été passé à un entretien avec un directeur de périscolaire,
10:56un homme prénommé Étienne.
10:58Comment ça se passe la première fois que tu le vois ?
11:00Étienne, c'est vraiment la caricature de l'animateur de Colo.
11:07Voilà, il est jeune.
11:08Il est jeune, il a un peu moins de 10 ans que moi.
11:12Il a 27 ans, je crois.
11:13Oui, 27 ans, c'est ça.
11:14Je ne peux pas travailler en secret, mais...
11:15Il a 27 ans.
11:17Et en fait, c'est un directeur qui est très investi,
11:20donc voilà, qui fait très bien son travail,
11:25qui a justement conscience des violences éducatives,
11:28ce qui n'est pas le cas pour tous les professionnels de ce milieu,
11:31mais qui est passionné.
11:34Et donc, un jour, tu es jetée dans le grand bas, c'est ça, avec les enfants ?
11:37Comment ça se passe ?
11:38Oui, donc Étienne me donne rendez-vous 5 minutes avant ma prise de poste
11:43en me disant, voilà, on va faire le tour de l'école
11:46et puis je vais te montrer comment ça se passe.
11:48Donc, on fait effectivement le tour des classes, etc.
11:50Puis après, on me dit, voilà, tu as 8 enfants, tu vas t'en occuper.
11:55Et la première chose qui se passe, c'est que je dois les emmener aux toilettes.
11:59Et là, personne ne m'a dit ce que je devais faire.
12:02C'est-à-dire, oui, concrètement, voilà, est-ce qu'il faut les essuyer, etc. ?
12:05C'est des questions où on ne t'a pas dit quoi faire.
12:08Exactement, c'est ça.
12:09C'est en fait, on fait un peu, encore une fois, au feeling.
12:12On dit, est-ce qu'il faut les essuyer ?
12:14Est-ce qu'il y a un accident ? Comment ça se passe ?
12:17Enfin, vraiment, on est un peu démuni, quoi.
12:19Et c'est des questions quand même importantes.
12:21Quand on parle aussi, par ailleurs, d'affaires de violences sexuelles, etc.
12:26Est-ce qu'il faut prendre l'initiative d'essuyer un enfant,
12:28donc toucher ses parties intimes ?
12:30C'est forcément questionnant.
12:31Ce n'est pas forcément évident de savoir ce qu'il faut faire.
12:34Non, non, c'est bien pour ça que, voilà, moi je le dis,
12:37les violences sexuelles, ça fait partie des conséquences, des failles du système.
12:41Voilà, quand on ne forme pas les animateurs,
12:45il peut y avoir, évidemment, des dérives.
12:47Qu'est-ce que tu trouves difficile quand tu dois t'occuper de ces enfants ?
12:51Moi, ma crainte, c'était d'en perdre, en fait.
12:53J'avais eu tellement de témoignages de parents qui me racontaient
12:56que leur enfant avait été retrouvé sur le parking,
12:58ou l'histoire de cette fillette de 4 ans en Seine-Saint-Denis
13:03qui était rentrée toute seule chez elle, à pied,
13:05parce qu'elle avait échappé à la surveillance d'animateurs.
13:10Moi, c'était mon angoisse, donc frénétiquement, je l'ai comptée.
13:15À chaque instant.
13:15Tu n'en as perdu aucun ?
13:16Non.
13:17Dans ton livre, tu racontes qu'un jour,
13:18il faisait vraiment trop froid, trop mauvais
13:20pour rester dehors avec les enfants,
13:22et donc tu as pris l'initiative de les amener
13:24dans leur propre salle de classe,
13:26vraiment la salle où ils sont le reste du temps,
13:30avec leur enseignant ou enseignante.
13:32Raconte-nous ce moment.
13:34Oui, en fait, j'en avais, je crois, 8 ou 9.
13:36On rentre dans la classe et la maîtresse était là,
13:38et elle accepte qu'on vienne un peu troubler sa tranquillité.
13:43Donc, les enfants veulent faire du coloriage.
13:45Donc, on va se servir, en fait, dans les feutres
13:48et dans le papier qui était là à disposition de la classe.
13:51Ils étaient dans leur classe, je le répète.
13:53Et ça se passe...
13:55Voilà, il ne se passe pas grand-chose.
13:57La maîtresse ne dit rien, etc.
13:58Et puis, l'activité se termine.
14:03J'essaie tant bien que mal de ranger la classe,
14:06de la remettre en ordre.
14:07Je demande aux enfants de m'aider, etc.
14:09Voilà, ça se termine comme ça.
14:11A priori, tout va bien.
14:12A priori, tout va bien.
14:13Et en fait, le lendemain,
14:14Étienne, le directeur périscolaire,
14:15vient me voir en me disant
14:16« Bon, la maîtresse n'était pas très contente
14:19parce que la classe n'était pas en ordre,
14:21parce que tu es allé piocher
14:23dans les réserves de feuilles et de feutres de sa classe. »
14:29Et en fait, j'avais du mal à comprendre.
14:31Certainement, ces enfants avaient utilisé ce même feutre
14:33et ce même papier une heure plus tôt.
14:38Et là, c'est ce qu'on me reprochait.
14:39Donc, il y avait une incohérence totale.
14:41Parce que c'était sur le budget de la classe ?
14:44Oui, c'est ça.
14:45C'est parce qu'en fait,
14:45c'est le budget de l'éducation nationale
14:47et le périscolaire, encore une fois,
14:48c'est les municipalités, les collectivités.
14:50Et donc, c'est deux budgets différents
14:51et il ne faut pas mélanger.
14:53Et on sait depuis combien de temps
14:54c'est comme ça, un système cloisonné
14:56avec d'un côté l'éducation nationale,
14:58de l'autre côté le périscolaire,
14:59mais qui ne se parle pas ?
15:01En fait, la possibilité d'organiser
15:04ces temps périscolaire
15:05a été donnée aux municipalités
15:07dans les années 80.
15:09Et ensuite, il y a un autre virage,
15:11c'est celui de la réforme des rythmes scolaires
15:13où là, les municipalités
15:15ont pris encore plus de place
15:16dans les écoles
15:17et on a réduit le temps scolaire.
15:22On a essayé d'alléger
15:23les journées d'école, de classe, c'est ça ?
15:25C'est ça.
15:26On est passé d'une école sur 4 jours
15:29à 4 jours et demi,
15:29donc avec la classe le mercredi.
15:32Et on a ajouté ces temps d'animation
15:35du coup, après la classe.
15:36Et aujourd'hui, par exemple, à Paris,
15:38il y a encore classe le mercredi matin ?
15:40Oui, c'est la seule grosse ville
15:42qui ait gardé ce système-là
15:44puisqu'on est revenu sur la réforme
15:46des rythmes scolaires
15:48de 3 ans plus tard.
15:50Et Paris a gardé ce système.
15:52En revanche, 95% des communes
15:54sont revenues à la semaine des 4 jours.
15:56Mais en tout cas,
15:57le périscolaire a pris au fil du temps
15:59de plus en plus de places.
16:01Et surtout, il y a de plus en plus
16:02de parents aujourd'hui
16:04qui ont besoin du temps périscolaire
16:07pour pouvoir les travailler, c'est ça ?
16:08Oui, alors les derniers chiffres,
16:10c'est 89% des enfants
16:12qui sont inscrits dans le périscolaire.
16:13Pour vous donner une idée,
16:15au début des années 2000,
16:17on était à 13% d'enfants
16:18qui étaient inscrits
16:19dans ces temps de garderie
16:21après 16h30.
16:22Donc, voilà, le changement est colossal.
16:25Et ça, quelque part, dans ton livre,
16:27tu dis finalement,
16:28ça arrange bien les parents
16:29d'avoir ce temps périscolaire,
16:30sinon ils ne pourraient pas
16:31aller travailler, s'organiser, etc.
16:34Tout le monde a besoin
16:34de ce périscolaire, on en a besoin.
16:36Oui, ça fait partie un peu
16:37des raisons aussi du problème,
16:40c'est-à-dire qu'aujourd'hui,
16:41les parents sont clairement dépendants
16:43effectivement de ces temps,
16:44ils ont besoin qu'on garde
16:46leurs enfants pour pouvoir travailler.
16:48Et donc, parfois,
16:50on voit des parents
16:51qui malheureusement se disent
16:53« Bon, oui, les conditions
16:54ne sont pas dingues,
16:55mais en fait,
16:55je n'ai pas trop le choix. »
16:56Donc, on laisse un peu
16:57avec la boule au ventre,
16:58en fait, son enfant au périscolaire.
17:00Et parfois, il y a aussi
17:01des parents qui se disent
17:02« On ne va pas monter trop au créneau
17:04parce qu'on a trop peur que, justement,
17:07s'il y a trop de suspensions d'animateurs,
17:09ces temps soient plus organisés. »
17:12Il y a un témoignage
17:14particulièrement fort,
17:15émouvant au début de ton livre,
17:17« Les Rois du silence »,
17:18c'est l'histoire de Précilia.
17:20Elle est mère célibataire,
17:21elle habite près de Lyon.
17:23Elle a un fils,
17:24Nassim,
17:24et un jour,
17:25alors qu'elle est au travail
17:26et que son fils est au périscolaire,
17:28elle reçoit un appel.
17:29C'est le 11 septembre 2024.
17:32Oui, ce jour-là,
17:33elle reçoit un appel,
17:34comme je pense que tous les parents
17:35ont déjà reçu.
17:38À l'autre bout du fil,
17:40il y a le directeur adjoint
17:42qui lui explique que
17:43« Voilà, Nassim ne va pas très bien,
17:44il est un peu malade,
17:45il a vomi,
17:45ce serait peut-être bien
17:46qu'elle vienne le chercher
17:47un peu plus tôt. »
17:48Donc voilà, Précilia,
17:50elle ne s'alerte pas,
17:52elle prend le temps
17:53de faire les passations
17:54avec ses collègues de travail
17:57dans le cabinet de radiologie
17:58où elle travaille.
17:59Et donc, elle arrive 45 minutes
18:02après cet appel
18:02et là, elle découvre Nassim.
18:06Nassim, en fait,
18:06il ne va vraiment pas bien.
18:07Il a fait vraisemblablement
18:09une chute,
18:10c'est ce qu'on lui explique
18:10plus ou moins sur place.
18:13Il se plaint d'avoir très froid,
18:14on lui dit qu'il a vomi.
18:16Donc, il y a des signes
18:16d'alerte importants.
18:18Et là, Précilia,
18:19donc elle court aux urgences
18:20et en réalité,
18:22Nassim a fait une hémorragie cérébrale
18:24et quelques instants plus tard,
18:26il tombera dans le coma.
18:26Et après, il est opéré en urgence ?
18:28Oui, c'est ça.
18:29Voilà, on le conduit
18:30dans un autre hôpital
18:31où il est opéré.
18:33On dit à cette maman,
18:33le neurochirurgien dit à cette maman,
18:35vous ferez mieux
18:36de lui dire au revoir
18:37parce qu'il n'y a aucune certitude
18:39qui se réveille.
18:40Donc, elle se retrouve
18:42dans cette salle d'attente
18:43de l'hôpital
18:44à attendre des heures
18:45qu'on vienne lui dire
18:47ce qu'il en est.
18:48Alors, c'est une chance.
18:50Nassim s'en est sorti.
18:51L'opération s'est bien passée.
18:54Mais voilà, il y a un gros risque
18:55de séquelles.
18:56Aujourd'hui, on est un peu plus
18:57d'un an après le drame.
18:58Et il a des séquelles.
18:59Et il a toujours des séquelles,
19:01des pertes de mémoire importantes.
19:02Il est très fatigué.
19:03Il a pu reprendre
19:04l'école à temps plein.
19:06Mais il a toujours, voilà,
19:08des rendez-vous
19:09chez les médecins
19:10pour l'aider à récupérer.
19:13Et la vie de Priscilla
19:14est devenue très compliquée.
19:16Aujourd'hui, elle doit beaucoup
19:17s'occuper de son fils.
19:18Il ne vit pas
19:19comme les autres enfants.
19:20Non, il doit effectivement
19:22avoir des médecins.
19:23Donc, elle doit le conduire
19:26un peu partout
19:27pour qu'il puisse
19:29suivre ses soins.
19:32Il a perdu
19:33beaucoup de facultés ?
19:35Oui, notamment.
19:36Ce qui est le plus inquiétant,
19:36c'est vraiment
19:37les pertes de mémoire.
19:37C'est-à-dire,
19:38elle raconte
19:40une fois que Nassim
19:41descend les escaliers,
19:42il la voit,
19:43il lui demande
19:43qui elle est.
19:44Donc, vous imaginez le...
19:45Il ne reconnaissait pas sa mère ?
19:46Voilà.
19:48Est-ce qu'elle a su, finalement,
19:49ce qui s'est passé ce jour-là
19:50dans le cadre du péri-scolaire ?
19:52Non, il y a une enquête
19:53qui a été ouverte.
19:54Donc, elle a des éléments
19:55de réponse.
19:56Il est question...
19:56Voilà, en fait,
19:58ce serait peut-être
19:58un camarade
19:59qui lui aurait donné
19:59sans faire exprès
20:00un coup de tapis de Jim.
20:03Mais, en fait,
20:03les vraies questions
20:04qui se posent,
20:05c'est pourquoi
20:05à aucun moment
20:06un animateur s'est dit
20:08quelque chose ne va pas.
20:10Nassim se plaint.
20:11Nassim a mal au crâne
20:13et personne ne se dit
20:14qu'il faut appeler
20:15le SAMU.
20:16Il s'est même fait gronder
20:17à un moment, Nassim,
20:17parce qu'il râlait trop,
20:18c'est ça ?
20:18Oui, c'est ça.
20:19Il y a une animatrice
20:20qui lui a dit
20:21arrête ton cinéma, quoi.
20:22Et si la prise en charge
20:23avait été de meilleure qualité,
20:24il aurait pu mieux se porter
20:26aujourd'hui, Nassim ?
20:27C'est ça.
20:28Ce qui est horrible
20:29dans cette histoire,
20:29c'est que les médecins
20:30le disent
20:30d'après Silla aujourd'hui.
20:31Si la prise en charge
20:32avait été plus rapide,
20:33donc si les animateurs
20:34avaient pensé immédiatement
20:35à appeler le 15,
20:37les dégâts
20:38ne seraient pas du tout
20:39les mêmes.
20:39Dans ton livre,
20:40tu évoques aussi
20:41d'autres drames
20:42pendant l'été 2025,
20:43notamment trois enfants
20:44se sont noyés
20:45en Ile-de-France
20:46dans le cadre de sorties
20:48avec des animateurs.
20:49Oui, il y a notamment
20:50l'histoire de Couillé.
20:51Couillé, c'est un petit garçon
20:52autiste de 11 ans
20:53qui était pris en charge
20:54dans un centre de loisirs
20:56à Paris.
20:57Ce jour-là,
20:58il part sur une base
20:59de loisirs
21:01dans le Val-de-Marne
21:02et pourtant,
21:04Couillé est censé être
21:05sous la responsabilité
21:06d'une animatrice,
21:07d'une animatrice
21:08qui a la vingtaine,
21:10donc qui est très jeune,
21:11qui n'a pas de diplôme,
21:12qui n'est pas formée
21:13et à un moment donné,
21:14Couillé va échapper
21:15à la surveillance
21:17de cette animatrice
21:18et du reste de l'équipe
21:19parce que ce n'est pas
21:20uniquement sa responsabilité
21:22évidemment
21:23et Couillé va être retrouvé
21:25trois quarts d'heure plus tard,
21:27son corps va être retrouvé
21:28immergé dans un plan d'eau
21:30qui se trouve à côté.
21:31Donc là,
21:31on est face à des cas extrêmes,
21:34vraiment extrêmes,
21:35mais au quotidien,
21:36que peuvent subir
21:37les enfants
21:38dans les heures
21:39du périscolaire.
21:39Qu'est-ce qu'on t'a raconté ?
21:41Qu'est-ce que racontent les parents ?
21:42Évidemment,
21:43là,
21:43on a évoqué les drames
21:44et il y a d'autres,
21:45voilà,
21:46violences du quotidien,
21:47ce qu'on appelle
21:47les violences éducatives,
21:48donc on a,
21:50voilà,
21:50les cris,
21:51les huminations,
21:55des faits de violence
21:57qu'il ne faut pas négliger,
21:58même s'ils sont évidemment
21:59moins graves
22:00que les violences sexuelles
22:01et que les noyades
22:02que tu viens d'évoquer,
22:03mais voilà,
22:04ça,
22:04c'est ce qu'on va trouver
22:06de manière plus commune
22:08dans quasiment
22:11tous les services
22:11de la scolaire.
22:12Et avec des animateurs,
22:13des animatrices,
22:14tu l'expliques,
22:15qui ne sont pas formés
22:16et qui,
22:16donc,
22:17du coup,
22:17font avec ce qu'ils sont,
22:18avec leur vécu,
22:20qui,
22:21des fois,
22:21ont subi des violences éducatives
22:23dans leur enfance
22:23comme beaucoup d'entre nous.
22:25Oui,
22:26c'est ça,
22:26en fait,
22:27à partir du moment,
22:28on n'est pas formés pour,
22:30personne ne leur explique,
22:31en fait,
22:31que,
22:31justement,
22:32crier sur les enfants
22:32ou leur faire des petites blagues,
22:34leur donner des surnoms,
22:35par exemple,
22:37ce n'est pas adapté,
22:38et bien,
22:38ils vont,
22:39si c'est ce qu'ils ont vécu
22:40dans leur jeunesse,
22:41ils vont reproduire
22:42et c'est comme ça
22:44qu'on se retrouve
22:45avec des animateurs
22:46qui,
22:47qui,
22:47parfois,
22:49vont,
22:51justement,
22:53violenter
22:54des enfants.
22:55Dans ton livre,
22:56tu fais aussi parler
22:57des parents
22:57dont les enfants
22:58ont été victimes
22:59de violences sexuelles.
23:00Qu'est-ce qui t'a marqué
23:01dans tous ces témoignages ?
23:02Évidemment,
23:03tous ces témoignages
23:05sont déchirants.
23:06Ces parents racontent
23:07le pire
23:08de ce qui peut arriver,
23:10le cauchemar
23:11de tous parents.
23:13Voilà,
23:14il y a,
23:14par exemple,
23:14cette maman
23:14qui raconte
23:16que sa petite-fille
23:17de 5 ans
23:18s'est créée
23:18une deuxième personnalité,
23:19tout simplement
23:20pour se protéger,
23:21en fait,
23:22des violences sexuelles
23:23qu'elle avait subies
23:25ou les cas de ses parents
23:26qui me racontent
23:27l'hypersexualisation
23:28de leur enfant.
23:30Enfin,
23:30voilà,
23:31toutes ces choses-là
23:32qui sont très dures
23:33à entendre
23:33mais qu'il est nécessaire
23:36de relayer.
23:37Normalement,
23:38les mairies
23:38ou les collectivités
23:39qui gèrent le périscolaire
23:40demandent systématiquement
23:41un extrait
23:42de casier judiciaire.
23:43Ça ne suffit pas,
23:44ça ?
23:44Alors,
23:45pas automatiquement
23:46puisqu'on l'a vu,
23:46celles qui ne déclarent pas
23:50leur service périscolaire
23:51ne sont pas obligées.
23:52donc on ne se rend pas compte
23:53aujourd'hui
23:53de la part de communes
23:54qui ne demandent pas
23:56ces casiers judiciaires.
23:59Non,
23:59ce n'est pas suffisant
24:00parce qu'en fait,
24:02la question,
24:02c'est bien de le faire,
24:04de contrôler l'honorabilité
24:05des animateurs
24:08qu'on recrute,
24:10c'est évidemment
24:10une bonne chose
24:11mais ce n'est pas suffisant
24:12parce qu'on voit
24:12que le taux de récidive
24:14chez les agresseurs
24:16sexuels de mineurs,
24:17ce n'est pas vraiment
24:19ce n'est pas vraiment
24:20le sujet en tout cas.
24:22C'est-à-dire ?
24:22Le taux est assez faible,
24:24on est entre 5 et 7%
24:26de récidive.
24:26Donc,
24:27il y a aussi
24:28tous ces primo-délinquants
24:30qu'il faudrait être
24:31en mesure de repérer
24:32et évidemment,
24:33ce n'est pas simple.
24:33Et puis,
24:33il y a aussi le fait
24:34que les agressions sexuelles
24:36aboutissent rarement
24:37à des condamnations.
24:38Oui,
24:38il y a finalement
24:39assez peu de mentions
24:39dans les casiers judiciaires.
24:40Oui,
24:41surtout,
24:41il y a effectivement ça
24:42aujourd'hui,
24:42le taux de classement
24:43sans suite des plaintes
24:45pour violences sexuelles
24:46sur mineurs,
24:47c'est 66%.
24:48C'est colossal.
24:49D'après les parents,
24:50les familles de victimes
24:51que tu as rencontrées,
24:52on leur a souvent demandé
24:53dans la plupart des cas
24:54de ne rien dire
24:55aux autres parents,
24:56de garder le secret.
24:57Oui,
24:57il y a une réelle
24:58omerta en fait
24:59qui existe.
25:01L'idée,
25:02quand des parents
25:03viennent dénoncer
25:04ces faits-là,
25:05la plupart du temps,
25:06c'est les municipalités
25:07qui disent,
25:08déjà qu'ils ne vont pas
25:09communiquer auprès
25:10des autres parents,
25:10et qui vont se retrancher
25:12derrière le secret
25:12de l'enquête,
25:13etc.
25:14Pour respecter
25:15la présomption d'innocence.
25:16Ou pour respecter
25:17la présomption d'innocence
25:18en mettant une petite pression
25:19sur les parents
25:21sous couvert
25:22d'enquête pénale.
25:23Oui,
25:24et pareil,
25:24dans ton livre,
25:24il y a beaucoup de parents
25:25qui disent
25:26présomption d'innocence,
25:27d'accord,
25:27mais il y a aussi
25:28un principe de précaution
25:29qui doit exister.
25:30Oui,
25:31et ça,
25:32c'est malheureusement
25:32les communes
25:33qui le décident.
25:35Donc,
25:36si elles décident
25:37qu'il n'y a pas
25:37suffisamment d'éléments
25:39pour suspendre
25:40un animateur
25:40alors qu'il y a
25:41une plainte
25:41qui est déposée,
25:42c'est elles
25:43qui le décident.
25:44Il n'y a pas
25:44de suspension
25:45automatique.
25:46Dans ton livre,
25:46tu expliques
25:47ce qui doit
25:47alerter les parents,
25:48les signaux
25:49qui peuvent faire dire
25:50que son enfant
25:50a été victime
25:51de violences,
25:52notamment de violences sexuelles.
25:53Qu'est-ce qu'il doit alerter ?
25:55Alors,
25:56effectivement,
25:56je le développe
25:57dans le livre.
25:59D'abord,
26:00c'est un changement
26:01de comportement brutal.
26:03Dans les témoignages
26:04que j'ai recueillis,
26:05ça commence toujours par là.
26:06Des crises de colère,
26:07il y a aussi
26:09si votre enfant
26:10à un moment donné
26:11dormait très bien
26:11la nuit
26:12et du jour au lendemain
26:13se retrouve à avoir
26:14des terreurs nocturnes
26:16ou des choses comme ça.
26:17Voilà,
26:17c'est des éléments
26:18qui doivent alerter.
26:19Il y a,
26:20on en parlait,
26:21l'hypersexualisation.
26:22Donc,
26:22un enfant qui est confronté
26:23en fait
26:23à la sexualité adulte
26:25va commencer à avoir
26:27des comportements d'adulte
26:29en matière de sexualité.
26:30Donc,
26:30il va toucher
26:31les parties intimes
26:31de ses parents
26:32ou d'invités
26:33qui viendront à la maison
26:35essayer de les embrasser
26:36sur la bouche.
26:36Voilà,
26:37c'est des petits signaux.
26:37il y en a
26:39toute une liste
26:40et je pense que
26:41c'est important
26:42de les connaître
26:42pour être bien armé.
26:43Et quand on pense
26:44que son enfant
26:45a pu être victime,
26:47comment faire
26:47pour accueillir sa parole,
26:49pour lui poser des questions ?
26:50Est-ce qu'il a des choses
26:51à faire ou à ne pas faire ?
26:52Alors,
26:52surtout la chose
26:53à ne pas faire,
26:53c'est lui poser
26:54des questions fermées.
26:56par exemple,
26:58est-ce que ce monsieur
26:59t'a fait du mal ?
27:00Ça,
27:01c'est typiquement
27:02le genre de choses
27:03qu'il faut éviter,
27:04mais il faut poser
27:05des questions ouvertes
27:07et surtout ne pas orienter
27:09en fait sa parole.
27:11Et ensuite,
27:12une fois qu'on a fait ça,
27:13il faut se tourner
27:13vers les professionnels
27:14et si on souhaite déposer plainte,
27:19se tourner justement
27:21vers la police.
27:22Et ce qui frappe
27:22quand il y a un dépôt
27:23de plainte,
27:24c'est les délais,
27:25le temps que ça prend
27:26et aussi l'absence
27:27d'informations.
27:28On peut porter plainte
27:29et ne pas savoir
27:29ce que ça donne finalement.
27:31Oui,
27:31ça c'est assez incroyable
27:34quand on est parent,
27:36quand on fait face
27:37aux révélations comme ça
27:38de son enfant
27:40qu'on va déposer plainte,
27:41on a l'impression
27:41que c'est tellement grave
27:43qu'en fait,
27:44les policiers vont se saisir
27:45tout de suite de l'affaire
27:46et en l'occurrence,
27:47ce n'est pas le cas
27:47parce qu'en fait,
27:48ces policiers sont débordés.
27:49Je peux prendre l'exemple
27:50de la brigade de protection
27:51des mineurs à Paris
27:52qui croulent sous les dossiers
27:54donc ils ne sont pas en mesure
27:56de faire face aux flux
27:57en plus aujourd'hui
28:00des plaintes
28:00et donc on va prendre
28:02les plaintes
28:02les unes après les autres
28:03donc il peut se passer
28:04des semaines,
28:04des mois
28:04avant que votre enfant
28:05soit auditionné
28:06et en tant que parent,
28:09vous êtes évidemment
28:11en détresse
28:12donc voilà,
28:13il y a ça
28:13et après,
28:14il se peut aussi
28:15que l'enquête se passe,
28:17vous n'avez pas connaissance
28:17des actes d'enquête
28:18justement qui sont menés
28:19par les policiers
28:20et soit un jour,
28:22vous découvrez un courrier
28:23dans votre botolette
28:24qui vous dit que votre plainte
28:25a été classée sans suite
28:26soit vous ne recevez même pas
28:27ce courrier
28:29alors que votre plainte
28:31a été classée
28:32et personne ne vous en informe.
28:33Oui, tu dis que les policiers
28:35croulent sous les dossiers
28:36tu le rappelles
28:36d'ailleurs dans ton livre
28:37on estime en France
28:38chaque année
28:39à 160 000
28:40le nombre d'enfants
28:42victimes de violences sexuelles
28:43pendant l'enquête
28:44pour ton livre
28:45tu as suivi
28:46pour le Parisien
28:46on en avait parlé
28:47d'ailleurs dans Code Source
28:49dans notre podcast
28:49le procès
28:50d'un animateur périscolaire
28:52accusé d'agression sexuelle
28:53alors les faits
28:54se sont déroulés
28:54dans deux écoles maternelles
28:55à Rezé
28:56c'est près de Nantes
28:57ça remonte
28:58à la fin des années 2010
28:59l'homme a été jugé
29:00sur deux jours
29:01en décembre 2025
29:03il a été condamné
29:03le 22 janvier
29:04à six ans de prison
29:06je précise qu'il a fait appel
29:08il est donc présumé
29:08innocent à l'heure qu'il est
29:10toi pendant ce procès
29:11qu'est-ce qui t'a marqué
29:12et pourquoi il est important
29:13ce procès ?
29:14Alors il y a deux choses
29:15qui m'ont marqué
29:15d'abord le témoignage
29:16des parents
29:17ils se sont succédés
29:18à la barre
29:19tous en racontant
29:20des histoires
29:22encore une fois déchirantes
29:23il y avait beaucoup
29:24de culpabilité
29:25de la part de ses parents
29:26qui avaient l'impression
29:27d'avoir un peu livré
29:28leur enfant
29:30à cet animateur
29:31donc voilà
29:32ça ça a été vraiment
29:33un moment
29:34très fort du procès
29:36donc il y a ça
29:37et aussi ce qui est important
29:38à retenir
29:38dans cette affaire
29:40même si tu l'as rappelé
29:41voilà
29:42l'animateur a fait appel
29:44c'est que c'était un dossier
29:45qui reposait beaucoup
29:46sur la parole
29:47de l'enfant
29:47alors ils étaient nombreux
29:48au total
29:49au départ il y avait quand même
29:50une vingtaine
29:51d'enfants qui l'accusaient
29:52même s'il y a 12 parties civiles
29:5413 parties civiles
29:55pardon
29:55qui se sont constituées
29:58au procès
29:58c'est un dossier
30:00donc qui reposait
30:00sur la parole
30:01des enfants
30:02et sur
30:03sur des expertises médicales
30:06justement
30:07qui accréditaient
30:08en fait
30:08la parole de l'enfant
30:09donc tous les
30:10les signaux
30:11dont on parlait
30:12un peu plus tôt
30:13
30:13l'hypersexualisation
30:15les crises de colère
30:16il y a des
30:17il y a des spécialistes
30:18qui ont
30:20diagnostiqué
30:21ces enfants
30:21ces enfants
30:22et qui ont
30:22voilà
30:22disent tout simplement
30:23que
30:24que ces signes
30:26étaient compatibles
30:27justement
30:28avec
30:30ce qu'ils avaient révélé
30:31et c'est ça
30:32qui a donné du poids
30:33à leur témoignage
30:34et donc il y a eu
30:35condamnation
30:36donc
30:37principalement
30:38sur la base
30:38de la parole des enfants
30:39alors que c'est bien souvent
30:40le problème
30:40c'est qu'il n'y a pas de preuve
30:41finalement de ces faits
30:42oui c'est ça
30:43il y avait effectivement
30:45la parole de l'enfant
30:46alors il y avait aussi
30:47d'autres alertes
30:48parce qu'il y avait des collègues
30:49qui avaient effectivement
30:52témoigné dans ce dossier
30:53sur le comportement
30:54voilà
30:56sur la proximité
30:57de cet animateur
30:58avec les enfants
30:59donc voilà
31:00mais effectivement
31:01c'est quand même notable
31:03de dire que
31:04c'était un dossier
31:06qui il y a quelques années
31:07qui n'était pas sûr
31:08d'aboutir à une condamnation
31:09donc voilà
31:09il a fait appel
31:10il faudra voir
31:11ce que ça donne
31:12au procès d'appel
31:13mais voilà
31:15en tout cas
31:17les spécialistes
31:18se félicitent
31:19et les médecins
31:19se félicitent
31:20de voir que
31:23cette décision
31:23du tribunal de Nantes
31:24on a commencé ce podcast
31:25par les affaires
31:26de violences sexuelles
31:27dans le périscolaire
31:28à Paris
31:28et très récemment
31:29ce 18 mai
31:30tu as sorti
31:31une nouvelle information
31:32dans le parisien
31:32Victoire
31:33un animateur
31:34qui travaillait
31:35dans le périscolaire
31:35à Paris
31:36a été mis en examen
31:37au mois de février
31:38pour agression sexuelle
31:39alors qu'il avait fait
31:41l'objet
31:41d'une première plainte
31:42dès 2024
31:44oui oui
31:45c'est un nouveau
31:46un nouveau scandale
31:47donc on a
31:49cet animateur
31:50de l'école
31:51Bulourde
31:52dans le 11ème
31:53qui en octobre 2025
31:54est accusé
31:55donc par plusieurs
31:56enfants
31:57de violences sexuelles
31:59il a été mis en examen
32:00donc en février
32:01et en fait
32:02on s'est rendu compte
32:03là qu'il y avait déjà
32:04une alerte
32:04il y avait une plainte
32:05qui avait été déposée
32:06par les parents
32:07d'une fille de 10 ans
32:08alors que cet animateur
32:10était exercé
32:13dans une école
32:15du 10ème arrondissement
32:16donc à l'époque
32:17on avait alerté
32:20les représentants
32:21des parents d'élèves
32:22la municipalité
32:23les avait informés
32:24on leur avait surtout
32:25demandé de rien dire
32:26donc les parents
32:27n'avaient pas été
32:27au courant
32:29et ensuite
32:30cet animateur
32:31a été suspendu
32:32mais quelques mois plus tard
32:33il a pu se faire
32:34réembaucher
32:34dans un autre arrondissement
32:35à Paris
32:36Emmanuel Grégoire
32:37a été l'humair
32:38au dernier municipal
32:40en mars
32:40le socialiste
32:41ancien premier adjoint
32:42d'Anne Hidalgo
32:42il a été lui-même
32:44victime d'abus sexuels
32:46quand il était enfant
32:47en CAM1
32:47il l'a dit
32:48pendant la campagne électorale
32:49après son élection
32:50est-ce qu'il a pris des mesures
32:51pour essayer de changer les choses ?
32:53Oui
32:53il a annoncé
32:55quelques jours seulement
32:55après sa prise de poste
32:56un plan conséquent
32:59avec un investissement
33:00de 20 millions d'euros
33:01pour réformer
33:03le service périscolaire
33:04dans son ensemble
33:05il a annoncé
33:08l'organisation
33:08d'une convention citoyenne
33:10avec les parents
33:11pour réfléchir
33:12à ces temps
33:13il y a aussi des travaux
33:14qui vont être menés
33:15dans les toilettes
33:16et dans les espaces bibliothèques
33:18justement
33:19pour éviter
33:21qu'il y ait encore
33:23des recoins
33:23dans lesquels
33:24un animateur
33:25pourrait se retrouver
33:26seul avec un enfant
33:27Vers la fin de ton livre
33:28tu donnes des exemples
33:29de mairies
33:30comme celle de
33:31Bursurivette
33:31en Essonne
33:32qui ont changé
33:33leur politique
33:33pour que le secteur
33:34du périscolaire
33:35devienne plus attractif
33:36en résumé
33:37elles ont choisi
33:38de mieux payer
33:39les animateurs
33:40c'est ça ?
33:40Oui c'est ça
33:41en fait Bursurivette
33:42en 2021
33:43se retrouve face
33:44à une pénurie
33:45de candidats
33:46donc à tel point
33:47qu'ils sont obligés
33:47de fermer
33:47des plages horaires
33:49de périscolaire
33:50parce qu'ils ont pu
33:51assez d'animateurs
33:53donc là
33:53ils réfléchissent
33:54à la manière
33:55de faire
33:55pour retrouver
33:57des candidats
33:58et donc
33:58ils vont revoir
34:00les salaires
34:01ils vont
34:03proposer
34:03de titulariser
34:05des animateurs
34:05au bout
34:06d'un certain
34:06nombre de mois
34:07donc voilà
34:08plein de mesures
34:09qui ont été prises
34:09comme ça
34:10et qui permettent
34:11de rendre
34:12le métier
34:12plus attractif
34:13et bien on se rend
34:14compte que ça a fonctionné
34:15Oui parce qu'on n'en a pas parlé
34:16mais les animateurs
34:17ils sont aussi très précaires
34:18il y en a beaucoup
34:18qui n'ont même pas de contrat
34:19c'est ça ?
34:20Oui c'est ce qu'on appelle
34:21des contrats de vacations
34:23les mairies
34:24les embauchent
34:24pour des missions
34:25qui sont censées être
34:26ponctuelles
34:28en réalité
34:29ils vont être embauchés
34:30avec ces contrats
34:32qui n'en sont pas
34:33vraiment d'ailleurs
34:35et pour des périodes
34:37plus longues
34:38alors que c'est
34:39censé être interdit
34:41Tu donnes aussi
34:42l'exemple de la Suède
34:43la Suède
34:43où le système
34:44est organisé
34:44de façon totalement différente
34:46Oui alors déjà
34:47la mentalité
34:48est très différente
34:49puisqu'en Suède
34:49c'est bien vu
34:50si je puis dire
34:51de venir chercher son enfant
34:52à 16h30
34:53quand on est parent
34:53ce qui est moins le cas
34:54en France
34:55avec une amplitude d'horaire
34:57des journées de travail
34:58qui est importante
34:58donc voilà
34:59c'est ça qui change
35:01et le service périscolaire
35:03est assuré par des professionnels
35:05qui sont diplômés
35:06il y a aussi
35:08les enseignants
35:09qui participent
35:10à ces temps périscolaire
35:11donc c'est assez différent
35:12C'est une question
35:13qui concerne tout le monde
35:14finalement
35:14c'est-à-dire les parents
35:16les collectivités locales
35:17l'éducation nationale
35:18le gouvernement
35:19tout le monde
35:19est concerné par cet enjeu
35:21aujourd'hui ?
35:22Oui
35:22et notamment l'État
35:23qui malgré les alertes
35:26depuis plusieurs années
35:27il y a des collectifs
35:28qui ont tiré la sonnette d'alarme
35:30il y a des rapports
35:31qui ont été faits
35:32pointant du doigt
35:33déjà ces dysfonctionnements
35:35mais l'État
35:36ne s'est pas vraiment
35:36saisi du sujet
35:38donc voilà
35:39on a beaucoup parlé de Paris
35:40mais il ne faut pas oublier
35:42que c'est un sujet national
35:43Deux responsables
35:44de l'association SOS
35:45Périscolaire
35:46signent la préface
35:47de ton livre
35:48qu'est-ce qu'elles espèrent
35:49aujourd'hui ?
35:49Justement elles espèrent
35:50une refonte du système
35:52et qu'on ne se contente pas
35:55si je puis dire
35:55de Paris
35:56qui est vraiment
35:57une prise de conscience
35:58au niveau national
36:00Merci Victoire
36:01Victoire Afringmoulard
36:02je redonne le titre
36:03de ton livre
36:04Les Rois du silence
36:05Périscolaire
36:06l'enquête choc
36:07livre paru ces jours-ci
36:08chez Robert Laffont
36:09Merci Victoire
36:10Merci
36:11Code Source
36:12c'est le podcast
36:13quotidien du Parisien
36:14disponible en audio
36:15chaque soir
36:15sur toutes les plateformes
36:17et maintenant en vidéo
36:18régulièrement
36:19au moins une fois par semaine
36:20sur leparisien.fr
36:21et sur Youtube
36:22Merci beaucoup
36:23de nous suivre
36:24et surtout
36:24n'oubliez pas de vous abonner
36:25pour ne rater aucun épisode
36:28Sous-titrage Société Radio-Canada
36:30Sous-titrage Société Radio-Canada
36:31Sous-titrage Société Radio-Canada
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