00:00Alors mon cher Gilles, donc Jean Moulin, grand résistant, envoyé par De Gaulle en 1943 en France pour unifier la
00:05résistance
00:06et qui se fait choper par la Gestapo, par Klaus Barbie, et qui va y laisser sa vie.
00:12Ce qu'il y a d'intéressant, enfin particulièrement intéressant dans cette histoire, la manière dont c'est traité,
00:16c'est que ce n'est pas un biopic classique, je ne raconte pas toute la vie de Jean Moulin,
00:19mais ce moment où il est devant un choix absolument existentiel, la vie ou la mort.
00:24Dans le cinéma, est-ce que ça se présente souvent ça ?
00:26En tout cas, des propositions aussi fortes, il y en a peu, c'est rare.
00:30Il était évident que j'allais faire le film quand même, malgré cette grosse pression logique.
00:37Déjà parce que l'Aslo Némès, qui est un immense réalisateur, où j'admire, le fils de Saul,
00:42et puis après s'ensuit une sorte de longue préparation, de longue recherche pour essayer de comprendre l'homme,
00:49pas essayer de lui ressembler.
00:50Donc c'est juste essayer de comprendre la trajectoire incroyable, folle, inédite de cet homme.
00:57Et c'est vrai que là, le film se focus, se concentre sur ces dix derniers jours,
01:02où cette bascule absolue de son choix, de son courage, et de son sacrifice finalement.
01:13Qu'est-ce que c'est, ça ?
01:17L'opération s'enlève, c'est quand j'étais en fond.
01:21Alors, monsieur Barbier.
01:26Barbier ?
01:29Oui, Mathilde, c'est exactement ce que je vous disais.
01:31Ma famille était française, mais maintenant c'est Obersturmführer, Nicolas Barbier.
01:36Et en même temps, ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas stéréotypé.
01:39Ce n'est pas une image d'épinal, de Moulin.
01:41On sent aussi les failles, on sent à la fois sa bravoure, son côté héroïque, son jusqu'au bautisme,
01:45mais en même temps, sa paranoïa, sa trouille.
01:47Oui, parce qu'en fait, c'est un homme, il organise le CNR, le Conseil national de la Résistance.
01:53Il essaie d'unifier tout le monde pour le bien du pays, pour que les alliés puissent débarquer, etc.
01:58Donc il a beaucoup de secrets, il a beaucoup de choses qu'il a au fond de lui.
02:03Et effectivement, c'est une vie absolument de bêtes traquées, d'une paranoïa absolue.
02:08Et surtout, ce qui est troublant chez cet homme, c'est que ce n'était pas un homme de terrain,
02:13ce n'était pas un militaire aguerri, ce n'était pas quelqu'un qui avait une formation militaire.
02:17Donc en fait, c'était un homme comme vous et moi, qui s'est révélé.
02:21Et comme il l'a dit, et ça c'est une phrase qu'il a vraiment citée,
02:24« Si jamais on m'arrête et qu'on me torture, je parlerai. »
02:28Donc il avait une espèce de conscience du fait qu'il n'était pas un héros prédestiné.
02:35Le cœur du film, c'est la confrontation entre Moulin et Barbie,
02:38qui est jouée par cet acteur allemand, Lars E. Digger, qui est absolument incroyable.
02:42C'est un acteur religieux.
02:43Glaçant, pervers, littéralement terrifiant.
02:45Comment est-ce qu'il était accueilli à la table régie au moment de la coupure ?
02:49Alors pour être honnête, c'est le pauvre.
02:53Lars, c'est un immense acteur allemand, formation classique théâtrale.
02:57Et en fait, moi, il m'avait avoué que jouer en Asie, c'était horrible,
03:02parce que c'était presque comme un passage obligé pour un acteur allemand qui se respecte.
03:05Ce qui est absolument dégueulasse.
03:07Mais bon, c'est comme ça.
03:08Donc en fait, moi, on m'avait tellement parlé de son talent, de sa fougue,
03:12de la manière dont il envisageait les rôles, de façon très intense,
03:14que j'ai décidé de ne pas lui parler du tout.
03:17Ni bonjour, ni machin.
03:19On se voyait pour les scènes, on faisait nos scènes et merci, au revoir.
03:21Ce qu'il a assez mal vécu.
03:23Donc j'ai décidé de calmer un peu ma méthode Acteur Studio de Melun.
03:31Et donc à partir de ce moment-là, on a appris à se connaître, on a parlé ensemble.
03:36Et c'est un homme d'une immense douceur, mais d'une immense douceur,
03:40ce qui rend son travail d'acteur encore plus folle, encore plus dingue,
03:44sachant qu'il ne parle pas du tout français.
03:46Merci Gilles.
03:47Merci Antoine.
03:49Merci beaucoup.
03:50Merci.
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